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La voyageuse de nuit ⭐️⭐️⭐️

 Laure Adler





  • Broché : 224 pages

  • Éditeur : Grasset (16 septembre 2020)
  • Existe en version numérique 
  • Langue : : Français
  •  #Lavoyageusedenuit #NetGalleyFrance



"Ce texte s'adresse aussi aux jeunes, à tous ces futurs vieux qui ont fait déjà en eux, souvent sans s'en apercevoir, une place ce à ce qu'ils seront plus tard."

C’est un singulier voyage, pour lequel  tout être humain est censé préparer ses bagages, pourvu que Dieu ou ses avatars lui prêtent vie assez longtemps. Lorsque l’étape est trop lointaine  pour s’en soucier, il est fort probable que le voyageur s’y prenne cependant au dernier moment, alors que la destination se sera insidieusement infiltrée dans les articulations et la mémoire…


Vieillir… N’est-on pas toujours, dès l’école primaire, le vieux de quelqu’un? Alors relativisons ! 


C’est avant tout dans la tête, avec un curieux décalage entre ce que nous laisse croire notre organe pensant, qui se ressent le même que lorsque nous avions quinze ans et ces signes extérieurs qui nous trahissent aux yeux de ceux qui se réveillent encore chaque matin en n’ayant mal nul part. Faut-il pour autant bannir les miroirs et ignorer le regard des autres, qui pensant nous faire plaisir nous font remarquer que nous ne « faisons pas notre âge?


Exemples et contre-exemples, l’âge mûr a ses caractéristiques individuelles et chacun le vivra avec ses antécédents  et plus ou  moins de chance.


Je souscris aux remarques pertinentes de l’auteur, avec une petite objection : n’opposons pas l’âge d’or de la jeunesse, elle n’est pas rose pour tout le monde, au naufrage de la vieillesse, qui n’est pas non plus toujours un parcours d’obstacles.


L’ouvrage n’atteindra sans doute pas ceux qui ne sont pas (encore) concernés, à ceci près que le plaidoyer pour le vivre ensemble et la prohibition des ghettos qui sont autant d’antichambres de la mort dépend du bon vouloir des générations qui nous suivent.




La vieillesse, ce n'est pas que de l'avoir été, c'est de l'être encore.

*

Ce texte s'adresse aussi aux jeunes, à tous ces futurs vieux qui ont fait déjà en eux, souvent sans s'en apercevoir, une place ce à ce qu'ils seront plus tard.

*

C'est l'heure de la sieste un jour de plein été. Tout le monde dort dans la maison de vacances. Je monte le raidillon qui conduit, par une chemin de ronces, aux rochers d'où l'on peut plonger. Devant moi, un homme fait son jogging. Débardeur, short, le tout moulant. Malgré la chaleur, il ne semble pas trop souffrir. Corps longiligne, muscles dessinés. Je l'envie et peste entre mon âge qui ne m'autorise plus ce genre de plaisir. Au sommet de la route, l'homme s'arrête devant une voiture, ouvre le coffre. Il prend une serviette pur éponger la sueur et se retourne. C'est un monsieur d'une certain âge ou d'un âge certain, on ne sait plus comment nommer cette frontière invisible, personnelle, à la fois subjective et objective, à partir de laquelle on atteint...une contrée où l'on ne peut plus tricher non avec soi-même ni avec les autres. 



 
Laure Adler, née Laure Clauzet, est une journaliste, biographe, essayiste, éditrice et productrice de télévision française.


Un loup quelque part ⭐️⭐️⭐️

Amélie Cordonnier



Un loup quelque part par Cordonnier

  • Broché : 288 pages
  • Editeur : FLAMMARION (11 mars 2020)
  • Collection : Littérature française


  • Un sujet difficile et peu abordé et pourtant à l’origine de tant de drames. Il n’est pas facile d’être mère et il est encore plus difficile d’avouer en être incapable.

    Pour elle, jusque là, tout se présentait plutôt bien, un mari sympa, une merveille de petite fille, pas de tracas matériels notoires. Cette deuxième grossesse inattendue, elle s’y était faite. L’arrivée du bébé se déroule aussi bien que possible. jusqu’à cet examen médical, qui lui fait découvrir une grain de beauté dans le cou de son fils.  C’est banal, mais ce qui l’est moins, c’est que l’enfant se couvre peu à peu de ces marques tandis que sa peau fonce de plus en plus . Le verdict tombe, l’enfant est métis. Bien entendu de nombreuses interrogations surgissent , avec à la clé un secret de famille qui tombe.  Le désarroi de cette mère qui se sent bafouée, se fonde sur ces révélations qui font basculer toutes ses certitudes. Et la conséquence est sans appel, l’ocytocine qui a du inonder son organisme à la naissance du petit, ne persiste plus guère après ces découvertes. 

    Il paraît incroyable que l’on ne puisse s’attacher à un petit être issu de ses propres entrailles , et de n’en voir que les aspects négatifs : les contraintes, la dépendance, les cris. Et ce qui est pour Alban une différence sans handicap, dans ce qu’elle a révélé de sa famille, n’est pas acceptable pour elle. Ce n’est même plus de l’indifférence mais de la haine. 

    Certes ce qu’elle vit est douloureux, mais j’ai été plus touchée par les sévices subis par l’enfant, au delà de la simple négligence, que par les états d’âme de cette femme au bord de la folie. 

    Quelques invraisemblances : il est difficile de croire que l’entourage ne réagisse pas plus aux tentatives de masquer l’évidence, et ne perçoive le danger immédiat pour le petit .

    Le roman se lit comme un thriller, tant on craint pour la survie de ce petit Alban. La résolution est peut-être un peu rapide, mais il n’est pas facile de conclure une telle histoire

    Lecture intéressante, à part quelques vices de forme.








La salle d’attente est noire de monde. Quatre mères patientent déjà avec leur marmot. Plus un père qui sauve tous ses congénères partis sans trop se poser de questions au boulot. Des magazines déchirés s’entassent sur la table basse. Tout le monde tente de s’y intéresser avant de reprendre son portable. Les parents peinent à tromper l’ennui. Pas les petits. Ça chouine, renifle, tousse et se mouche pendant que ça farfouille dans la malle où se mélangent jouets cassés et puzzles incomplets. Alban gazouille sur ses genoux. Il bave tant qu’il peut, le pauvre, mais contrairement aux autres n’a pas l’air malade. Eux sont juste là pour la visite des cinq mois.

*

Elle se sent trahie, roulée. Roulée dans la farine. Comme dans le conte de Grimm. Pas ballots, les sept chevreaux. Ils avaient très bien reconnu la voix rauque du loup. Et ce chacal n’aurait pas réussi à les berner si le meunier, terrorisé, n’avait pas blanchi sa patte. Car leur maman les avait prévenus : si vous lui ouvrez, il vous dévorera tout cru. Elle personne ne l’a avertie. Personne ne lui a dit que le blanc pouvait dissimuler du noir.

*

Lundi 5 février
Jambe gauche Beige Jambe droite Beige
Pieds Beige
Ventre Sépia
Bras gauche Beige Bras droit Beige
Poitrine Beige
Cou Sépia
Visage Beige
Dos Sépia





                                                        Amélie Cordonnier  

Amélie Cordonnier est journaliste depuis 2002 et auteure.


Elle est chef de rubrique Culture à "Femme Actuelle" depuis 2014 ainsi qu’à "Prima".




Journal d'un marchand de rêves

Anthelme Hauchecorne








  • Broché: 544 pages
  • Editeur : French Pulp éditions (31 mai 2018)
  • Collection : Anticipation
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français











Bienvenue au pays des rêves! Attention cependant : on n’est pas au pays des rêves bleus, mais dans l’univers glauque de quelqu’un qui aurait un poids sur la conscience. Walter Krowley intègre le boudoir qui mène dans un monde peuplé d’Outlaws, de Poltrouilles et où les héroïnes ont plus à voir avec Demi More dans A Armes égales, qu’avec Sissi impératrice. Confronté à des hordes de créatures peu amènes, parmi lesquelles il devra faire le tri entre alliés et ennemis, il traine aussi comme un boulet une chimère inquiétante : son Ça. Le travail est colossal, décrypter les signes, déjouer les pièges, et trouver la manne qui est à la source de son inspiration créatrice, une substance hautement addictive et convoitée  : du  sable. Tandis que peu à peu, de révélations en énigmes, un secret sans doute à l’origine de cette épopée onirique sera dévoilé.

Dans un décor steampunk, foisonnant de trouvailles esthétiques mais aussi symboliques, on accomplit un voyage extraordinaire. Très visuel, bourré de références, littéraires, musicales, cinématographiques, l’ensemble est dense. Hormis un passage aux trois quarts du roman où l’on aimerait bien que cela avance un peu plus vite, impossible de s’ennuyer. D’autant que l’écriture est à la hauteur : rythmée, drôle, avec des dialogues percutants, et le sens de la formule. Quel talent!

Et ces décors ne sont pas là que pour faire joli, une vraie histoire, un scénario solide assoit l’édifice, du dramatique accident initial, au dénouement peu prévisible, on est mené pieds et poings lié dans ce récit fantastique qui pour moi, est un modèle du genre. 


Merci  à Babelio et aux éditions French Pulp pour cette belle découverte.



Il existe un stade de nullité en deçà duquel un carnet d'adresses bien rempli n'est d'aucun secours.,J'en suis l'incarnation.

*

- Pas causant, hein? Pas grave, ce n'est pas ta conversation qui m'intéresse. Combien tu pèses?
- Quel rapport?
- l'Humanité se répartit en deux catégories, ceux qui portent un flingue et ceux qui répondent aux questions. Combien?

*

- Où est l'agent Davis?
- Devant vous
- Il doit y avoir erreur.
- Je sjuis D.A.V.I.S. - Drone Administratif de Vérification et d'investigation des Songes. Veuillez me suivre. Je vous brieferai chemin faisant.

*

Il te reste beaucoup à apprendre. Le concept de "Noosphère" par exemple. Les professeurs Vernadsky et Teilhard de Chardin l'ont inventé en 1922. Ils avaient anticipé l'apparition d'une conscience collective chez l'espèce humaine, avec l'accélération des moyens de communication. Internet, les smartphones, ces gadgets modernes leur donnent raison...

*

Butch a dégainé son arme, une étrange créature en forme de fusil. Vu de près, son Ça évoquait le fruit des amours délictueuses d'un phase et d'une Winchester. 

*

Dommage? Tu dérailles, Walt. Dommage est le mot adéquat quand tu rates ton bus. En revanche, quand une civilisation entière sombre dans l'oubli, un humain avec toutes ses facultés emploierait les termes apocalypse, cataclysme, ou bien désastre.











Anthelme Hauchecorne, né le 27 janvier 1980, est un auteur français de romans et nouvelles fantastiques, ancrés dans des univers gothiques, baroques ou steampunk.


L'empathie

Antoine Renand








  • Broché: 464 pages
  • Editeur : Robert Laffont (17 janvier 2019)
  • Collection : La bête noire
  • Langue : Français









Sur la couverture, un avertissement signale que l’on risque après lecture de ne plus pouvoir dormir la fenêtre ouverte. En fait on risque de ne plus pouvoir dormir du tout. Dans un premier temps parce qu’on aura réduit ses heures de sommeil pour avancer dans ce thriller qu’on ne peut pas lâcher. Et ensuite parce qu’on va rapidement découvrir que ce n’est pas une fenêtre fermée, quel que soit l’étage où elle se trouve,  qui arrêtera Alpha. 

Alpha. Le nom que l’on redoute de voir apparaître car on sait immédiatement que quelqu’un va passer un sale quart d’heure. Rien n’arrête ce démon, uniquement animé par sa propre jouissance qui ne peut se manifester que dans la torture et la domination de ses victimes. Même si l’on découvre peu à peu son passé, pas question de l’absoudre, on souhaite juste que les valeureux flic qui sont sur ses traces parviendront à le neutraliser. Si possible pour  toujours.

La  Poire, c’est lui qui traque ce pervers démoniaque. Ce surnom fruitier, lié à la morphologie peu excitante d’Anthony Rauch, cache un passé trouble, que l’on va découvrir peu à peu. Et quel que soit ce passé, Anthony reste un personnage qui suscite l’empathie. Mais tout cela sera révélé à petites doses. Le seul indice livré dès le départ est la personnalité remarquable de sa mère, avocate réputée pour plaider les causes perdues.

Troisième élément d’un thriller, les victimes. La compassion est là inévitable. Et elles contribuent par leurs caractéristiques sans originalité à l’impression générale que cela peut arriver à n’importe qui. Il suffit juste d’être là au mauvais moment. 

C’est donc un thriller haletant, difficile à lâcher, à la fois en raison de la terreur qu’inspire le psychopathe mais aussi parce qu’on beaucoup à découvrir sur le passé du capitaine Rauch. 


Un thriller efficace et mouvementé comme je les aime.





Elle se mit à craindre les hommes, elle qui ne les avait jamais fuis. La présence de ses patients masculins, même si elle les connaissait, lui devenait de plus en plus désagréable. Là encore, rien n'était conscient, le problème était physique. Mais il fallait qu'elle travaille, qu'elle masque... qu'elle demeure professionnelle.


*

Le lendemain, elle interrogea son fils comme l'aurait fait un professionnel. Elle sur qu'il disait vrai et qu'il n'aurait pas pu tout inventer. Depuis la veille, un sentiment de culpabilité  l'étreignait. Elle avait livré son enfant à un pédophile.


*

Avant de devenir des bourreaux, ils ont été des victimes.









Antoine Renand a écrit et mis en scène des courts-métrages, primés en festivals et diffusés à la télévision. 

Il est l’auteur de plusieurs scénarios de longs-métrages en cours de production. "L’Empathie" (2019) est son premier roman. 
(Source : Babelio)

Le vieux qui voulait sauver monde

Jonas Jonasson









  • Broché: 504 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (11 octobre 2018)
  • Langue : Français
  • Traduction (Suédois) : Laurence Mennerich













Il est de retour, Allan Karlsson, toujours en forme, et prêt pour de nouvelles aventures. D’autant que le magot avec lequel il profitait du grand luxe dans un palace à Bali avec son pote Julius se réduit peu à peu à peau de chagrin. Il est donc temps de prendre la poudre d’escampette  et de découvrir de nouveaux horizons, et c’est une excursion en montgolfière qui leur donnera l’occasion de vivre à nouveau de folles aventures .

Après avoir témoigné d'un siècle d'histoire, Allan analyse à travers  le prisme de sa personnalité hors du commun notre époque. Il  s’est même mis à la page, en découvrant les charmes et les ressources d’une tablette numérique, à laquelle il devient vite accro.

De Trump à Kim-Jong-Un en passant par la ministre des Affaires étrangères suédoise, Allan se fera de nouvelles relations, avec lesquelles il restera fidèle à lui-même , brut de décoffrage. Pas de langue de bois, c’est ce qui fait sa force. Bien entendu tout cela se fait sur un fond de trafic d’uranium ou de plutonium?), et de mallettes échangées.

Pas de surprise avec cette suite du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire , même ambiance, même ingénuité des dialogues, ce qui contribue à déstabiliser ses interlocuteurs, désarmés par le culot du bonhomme, impressionnés par son âge qui force le respect, mais laisse planer un doute sur ses capacités.

L’intrigue est plus simple que dans le premier opus, et met en jeu moins de personnages et ce n’est pas plus mal.


On frémit un peu en constatant que de part de d’autre de la planète , deux fous à peine caricaturés, jouent à la bataille sans se soucier le moins du monde de l’impact de leurs décisions sur l‘avenir de la planète et de ses habitants (ont-ils conscience d’en faire partie? Il vaut mieux en rire, et c’est ce que nous propose une fois de plus Jonas Jonasson, dans cette farce bien troussée, qui laisse l’espoir de retrouver un jour ce vieux décidément burlesque et désopilant.

Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité pour leur confiance.


Vous êtes invités à nous accompagner au restaurant, en particulier si votre générosité va jusqu'à payer l'addition, car je viens de me souvenir que nous sommes sans le sou. Nous avions un briquet en or, mais nous l'avons échangé à Pyongyang contre du muesli et du lait

*

- Pourquoi est-ce que vous répétez tout deux fois? lança Allan
-De quoi? lâcha le Président 
Le centenaire se trouvait maintenant face à un dilemme.
- Au risque de me rendre coupable du même défaut, je me demandais pourquoi vous répétez tout deux fois. Surtout que la plupart du temps, ce n'est même pas vrai;
- Pas vrai? Pas vrai? éructa le Président, revenant instantanément à son humeur du début de leur entrevue. Je vois que vous êtes un lèche-bottes du New York Times, sale rat!
Certains golfeurs sont plus susceptibles que d'autres après un coup dans un bunker






Un tueur dans les arbres

Patrick Raynal













  • Relié: 172 pages
  • Editeur : Le Verger (21 novembre 2018)
  • Collection : Mauvaise graine
  • Langue : Français








Un Tueur dans les arbres est une réédition d’un polar paru en 1982. Nous sommes à Nice, en compagnie d’une galerie de personnages typiques des romans noirs, au point que l’on pourrait imaginer l’intrigue en noir et blanc. Et surtout en noir.

Randa, la quarantaine désabusée, largué par son épouse, se conduit à peu près comme un personnage de Tex Avery lorsqu’il rencontre la divine Asfaneh, qui lui propose un petit casse, avec beaucoup de sous à la clé. Bien entendu, il ya un os dans le potage, et plutôt qu’un magot, ce sont de gros ennuis qui s’annoncent. D’autant que les flics chargés de l’affaire qui finit dans un bain de sang, ne sont pas très nets.

C’est du noir, du polar plutôt classique et qui j’oserais qualifier de littérature pour mecs. A la fois pour le casting des personnages, et pour l’ambiance peu portée sur la psychologie. (Attention, je ne dis pas que les mecs sont incapables de psychologie, mais plutôt que les intrigues  purement dans l’action sont moins souvent écrites par ou pour des écrivaines)



C’est fort bien écrit, avec des dialogues percutants et l’on en attendait pas moins de l’auteur au vu de  son CV.

Ajoutons que le livre est un bel objet, avec une couverture épaisse et sobre, et une police d’écriture agréable.


Pour les amateurs de polars noirs de facture plutôt classique .




Je coupais précipitamment le calembour vaseux d'un speaker jovial et me resservis une tasse de café. J'étais plutôt satisfait. Le monde était toujours une vraie chierie et mon affaire ne s'annonçait pas trop mal.

*
Six parallélépipèdes blancs , haut de vingt étages, troués de baies vitrées fumées, bordées d'armatures en alu. Il ne s'était pas foulé l'architecte. Le tout planté dans un gazon vert pour l'éternité. Beurk! Les arroseuses qui tournaient sans arrêt comme des ma tes religieuses catatoniques embuaient l'ensemble. Léché, prêt à vendre. Miami made in France. aseptisé haut de gamme. Tennis et piscine, natürlich, club-house à cocktails partouzes. L'architecture de la Vè quoi!

Dracula Les origines

Dacre Stoker 
J.D Barker








  • Broché: 538 pages
  • Editeur : Michel Lafon (18 octobre 2018)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Eric Betsch















A partir des notes de Bram Stoker, le célèbre auteur du célèbre Dracula, son arrière petit-neveu, aidé d’un spécialiste  de la littérature fantastique , se propose de nous restituer les prémisses du roman, dont les 102 premiers pages avaient été récusées par l’éditeur. 

Je reviendrai sur le roman après avoir évoqué l’ouvrage initial, le Dracula de Bram Stoker, oeuvre mythique, construite sous forme d’échanges épistolaires, et qui rapporte l’enquête obstinée d’un professeur de ce que l’on appellerait de nos jours neurosciences, passionné également d’explorations de phénomènes paranormaux. Sur les traces d’un être malfaisant, aidée de leurs victimes, Jonathan Harker et sa fiancée, l’équipe va se confronter au comte Dracul, qui , non content de vider ses proies de leur sang, répand l’aberration  comme une épidémie.
Ce roman là est passionnant, et transmet l’angoisse à travers celle éprouvée par les personnages. Quelques scènes montrent le monstre en action, mais la terreur est presque plus prégnante quand il est proche mais non visible. 

Dans le roman de Drace Stoker, le ton est beaucoup plus direct, customisée à la sauce des films d’horreur contemporain : ça grouille, ça suinte, ça pue. Les larves de tout acabit accompagnent les cadavres. C’est un premier écueil.

Quant à l’articulation avec le roman du grand-oncle, elle est peu claire. Le seul personnage commun est celui de la comtesse  citée rapidement dans les premières pages du Dracula original. Et le personnage principal est Bram Stoker lui-même , qui nous conte son enfance par l’intermédiaire d’un journal. On est également informé de l’évolution des événements par la correspondance d’autres personnages, un peu comme dans le roman original. 
L’histoire  est construite sur la recherche de celle qui fut la nourrice de Bram, et qui le sauva d’une mort quasi-certaine en utilisant un remède très personnel et non homologué par la faculté de médecine. Curieusement, même si c’est vaguement expliqué , le jeune Bram ne contracte pas la malédiction.

L’histoire est agitée, les déplacements nombreux entre l’Irlande et la Transsylvanie, et le tout un peu confus.


Cela reste une lecture intéressante, mais n’apporte rien à l’ouvrage princeps, relu à cette occasion,  que je préfère tant sur le fonds que sur la forme.

Merci à Babelio et aux éditions Michel Lafon pour leur confiance





La transition

Luke Kennard






  • Broché: 300 pages
  • Editeur : ANNE CARRIERE (31 août 2018)
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Marie de Prémonville















Pas facile pour la génération des millenials d’avoir les moyens de ses ambitions. Karl ne peut exploiter les inutiles connaissances acquises au cours d’aussi inutiles études de lettres, et le salaire d’institutrice de Genevieve est insuffisant pour s’acquitter d’un loyer surcoté à Londres. Karl tente de compenser le manque à gagner en vendant des services sur le net (fausses appréciations de produits, rédaction de dissertations pour étudiants fortunés mais ignares), mais cela ne suffit pas : alors les emprunts se suivent pour mieux  s’accumuler. Jusqu’à un point de non retour. Deux issues : la prison ou la Transition. Aubaine ou piège. Le couple est accepté dans un programme destiné à les remettre sur les  rails. A quel prix? Pas de loyer, des conditions très correctes d’hébergement, oui mais… Qui sont les mentors qui les épient dans le moindre de leurs gestes, et leur expliquent comment se laver les dents? Et quel est le prix à payer? 
Peu à peu, le doute s’installe, avant dans l’esprit de Karl que dans celui du lecteur. Sur la relation qui unit le couple, sur les buts des mentors, et sur l’hypothétique rébellion d’anciens membres du programme, dont les messages sibyllins accentuent les soupçons du jeune homme.

L’ensemble est suffisamment bien construit pour que le lecteur soit soumis aux mêmes interrogations que Karl, sur les intentions cachées de l’organisation, qui pourrait sonner le glas de leur liberté. Quand c’est gratuit , c’est vous le produit , c’est bien connu. Sauf que dans un tel scénario, tout est possible, et par conséquent Karl est peut être lui-même un élément pathologique dont la paranoïa réinvente son entourage et construit de toute pièce les troubles mentaux qu’il attribue à son épouse . 

État des lieux à peine parodiée de la situation d’une génération dont la formation ne correspond pas aux exigences du monde du travail ni au prix de revient exorbitant des besoins supposés  dans un milieu urbain branché. Diplômés mais sans compétences, plein de désirs mais bridés dans leur accomplissement, avec le risque de céder aux sirènes des usuriers.

Un peu déçue par l’issue de la narration, qui retombe comme un soufflé alors que les prémisses laissaient présumer quelque chose de plus surprenant . 


Honnête dystopie , sur fond de satire  sociale, un très bon premier roman. 



- La plupart des gens sont comme des chewing-gums
- Jetables, tu veux dire ? (...)
- Non. De moins en moins intéressants.



Traduit de l'anglais-Luke Kennard est un poète et critique britannique. Il a remporté un prix Eric Gregory en 2005 pour son premier recueil The Solex Brothers. Son deuxième recueil, The Harbour Beyond The Movie, a été sélectionné pour le prix 2007 Forward Award de la meilleure collection, faisant de lui le plus jeune poète jamais nommé.






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