samedi 13 avril 2019

L'empreinte

Alexandria Marzano-Lesnevich








  • Broché: 480 pages
  • Editeur : Sonatine (10 janvier 2019)
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
Traduction (Anglais) : Héloïse Esquié










C’est parce que le petit Jeremy est mort à 6 ans, victime d’un délinquant, proie de hasard d’un jeune homme déjà repéré et condamné pour des attouchements et qui la renvoie à de douloureux souvenirs, ou au moins ce qu’il en reste lorsque la mémoire a censuré l’impensable, 
qu’Alexandria Marzano-Lensnevich a pris la plume. 

Pour décortiquer les circonstances du drame, refaire l’enquête, analyser les insuffisances du processus judiciaire, étudier méticuleusement les histoires des personnages, du criminel comme de leur famille. Pour comprendre. Comprendre comment on peut en arriver à commettre de tels méfaits, et quels sont les mécanismes à l’origine de ces aberrations. Rôle de l’inné et de l’acquis, responsabilité de l’éducation? 

Cette quête n’est pas anodine, l’auteur le révèle rapidement, elle fut elle même victime d’attouchements, de la part de son grand-père et circonstances aggravantes, les faits ont été soigneusement camouflés, bien que connus de la famille, experte pour taire tout ce qui peut faire des vagues.

Des questions plus générales en découlent. 

Sur la peine de mort. Faut-il être pour ou contre? Faut -il établir une hiérarchie des délits pour déterminer de qui devrait relever de la peine capitale ? Il ne suffit pas de se prononcer précisément pour s’en sortir. C’est ce que l’auteur a pu constater quand, dans le cadre de son métier puisqu’elle fut un temps avocate, elle défendait l’abandon de la peine de mort, mais l’a souhaitée dans ce cas particulier du meurtre de Jeremy. 

De même, il faut se mettre dans la peau d’un juré, plutôt favorable à une exécution sur des arguments d’inhumanité du crime, ne peut se résoudre à prononcer la sentence pour l’accusé qui lui fait face en chair et en os. Les convictions basées sur la théorie peuvent être malmenées lorsqu’elles sont confrontées au réelle 


Outre le caractère passionnant de ce débat intérieur, il faut reconnaître à l’auteur un talent de conteuse, qui fait de l’empreinte un récit captivant. Les deux récits se mêlent et tentent de répondre à la question fondamentale  : le pardon est possible? 



Je ne tomberai jamais amoureuse, je ne ferai jamais tous ces chichis que toutes les filles que je connais semblent désirer plus que tout ; pour moi, pas de froufrous. Jamais. C’est à peine si je sais ce que je suis en train de me promettre, si ce n’est la chose suivante : une vie différente. Je porte cette certitude de ce vers quoi je tends comme un secret à l’intérieur de moi, une dette de laquelle m’acquitter, un avenir dû.

*

À l’époque, la maladie de Lyme est nouvelle, à peine connue. Le médecin ne m’a pas fait faire les tests. Nous ne pouvons voir que ce pour quoi nous disposons d’un nom. À présent, il se penche sur la table. Il a les yeux bleu glacier, un bleu trop vif.
« Tu es en parfaite santé », dit-il, d’une voix artificiellement aiguë, comme s’il parlait à une petite enfant. « Physiquement, tout va bien. Parfois, quand quelqu’un est très triste… »
Un signal retentit en moi. Je le déteste. Je le déteste immédiatement.

*

J’ai changé le nom de ma sœur dans ce livre, par respect pour son choix, et autant que possible j’ai changé les noms des autres membres de ma famille et de certaines personnes qui ont traversé la vie de Ricky. Mais je ne peux pas me résoudre à écrire un récit qui isole une fois de plus au sein de ma famille ce que j’ai eu à vivre. Je refuse de faire sur la page ce qui a été fait dans la vie.

*

comment puis-je expliquer que si j’essaie d’exhumer l’origine de cette histoire, c’est parce que je ne parviens pas à trouver une origine à ma propre vie ? 

*

Ce qui m’a tant séduite dans le droit il y a si longtemps, c’était qu’en composant une histoire, en élaborant à partir des événements un récit structuré, il trouve un commencement, et donc une cause. Mais ce que je ne comprenais pas à l’époque, c’est que le droit ne trouve pas davantage le commencement qu’il ne trouve la vérité. Il crée une histoire. Cette histoire a un commencement. Cette histoire simplifie les choses, et cette simplification, nous l’appelons vérité.

*

D'ailleurs, ce qui t'est arrivé n'est pas si grave que ça. Quand j'étais petit, ça m'est arrivé aussi.








Fille de deux avocats, Alexandria (Alex) Marzano-Lesnevich a obtenu son doctorat en droit à la Harvard Law School, où elle s'est concentrée sur des questions relatives à la peine de mort. 

Elle est également titulaire d'un BA en sociologie de l'Université Columbia et d'une maîtrise en écriture documentaire de l'Emerson College. 



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