vendredi 11 octobre 2019

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Jean-Paul Dubois








  • Broché : 256 pages
  • Editeur : L'Olivier (14 août 2019)
  • Collection : Littérature Française
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français








Jean-Paul Dubois a l’art de vous attacher immédiatement à ses personnages, et l’on a une seule envie, dès les premières lignes, de savoir comment Paul Hansen s’est retrouvé derrière les barreaux de la prison de Bordeaux, à Montréal. Qu’est-il arrivé à  ce fils de pasteur danois pour être amené à partager son quotidien et sa cellule avec un Hells qui ne rêve que d’une chose, c’est de couper en deux tout humain qui se met en travers de son chemin?

On reprend donc les choses au commencement, la rencontre improbable de ses parents, l’évolution divergente de ces deux êtres, jusqu’au point de non-retour et à la séparation. Le pasteur émigre au Québec, le fils le rejoint et l’histoire se construit.

Outre le suspens crée par la question posée au départ, l’histoire est passionnante; Les personnages sont saisis dans ce qu’ils ont de plus universels et tout ce petit monde sème peu à peu les jalons du drame ultime.

Que dire du compagnon d’infortune, que le narrateur compte comme un homme et demi, ce qui exacerbe l’exiguïté relative de la cellule? Ce sale type est extrêmement sympathique, avec sa philosophie de comptoir et ses affirmations à l’emporte-pièce, contrastant avec ses fragilités inattendues. 

Roman bien construit, pétri d’humour malgré la gravité du sujet, avec des dialogues réjouissants et une belle plume.


Une vrai réussite de cette rentrée.



Read ployait chaque année davantage sous le poids des morts dont il devait fouiller les poches. Toujours à l'épicentre du malheur, confronté à des assureurs prêts à tout pour minorer leur perte, à des familles avides de majorer leurs gains, à des juges imprévisibles et à des avocats férocement accrochés à leur pourcentage de conseils, Read trempait dans ce ragoût d'humanité délétère où mijotaient les pires travers, les bas morceaux de l'espèce.

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On pouvait penser que ces hommes, sur le cours d'une vie, se montraient probablement plus fidèles à ces flacons d'hydrocarbures raffinés et additivés qu'à la femme qui avait eu la patience de les regarder vieillir en les écoutant ressasser des histoires de bagnoles qui consomment toujours plus qu'elles ne le devraient.


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 Même la maison DuLaurier aurait refusé de construire quoi que ce soit à partir d'un plan aussi maladroit quand, de surcroît, l'architecte de cet empilement, au comble de son impéritie, fait, en un seul texte est à trois reprises, usage du point-virgule, ponctuation de l'embarras et du doute, révélatrice d'un esprit timoré hésitant entre la tentation d'en terminer une bonne fois pour toutes ou de continuer la phrase pour voir jusqu'où elle nous mène.

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Une grande variété de boules et de lumières ridicules scintilleront et clignoteront dans la maison comme dans toutes les autres maisons de la ville, les grands magasins diffuseront des Christmas Carols pour lubrifier les cartes de crédit et, en un illisible ballet, toutes sortes d'objets inutiles et dispendieux, extirpés du néant pour y revenir bientôt, transiteront de main en main, tandis que pour l'occasion, les radios enchantées programmeront All I want for Christmas is you.






Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement. Journaliste, il commence par écrire des chroniques sportives dans Sud-Ouest. Après la justice et le cinéma au Matin de Paris, il devient grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur. Il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l'Olivier : L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002). Écrivain , Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans (Je pense à autre chose, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi). Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996), le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une vie française (Éditions de l'Olivier, 2004). 
Source : Babelio)



1 commentaire:

  1. Je ne sais pas si je lui aurais accordé le Goncourt pour ce titre en particulier, mais j'ai quand même apprécié ma lecture. Beaucoup d'humour et d'humanité dans ce récit très réussi.

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