mardi 7 janvier 2020

Préférer l'hiver

Aurélie Jeannin






  • Broché : 240 pages
  • Editeur : HarperCollins (8 janvier 2020)
  • Collection : HarperCollins
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • #PréférerLhiver #NetGalleyFrance











C’est un huis clos sombre, l’histoire de deux femmes, mère et fille, contée par la plus jeune, qui nous révèle peu à peu ce que les a conduit à cette forêt, où elles vivent de peu, hantées par le souvenir de leurs drames passés. 

Le lien qui les unit est fort, étayé par le deuil qui les a atteintes, la perte de leurs fils. C’est peu à peu, au fil des révélations de la narratrice que l’on découvrira les circonstances de ces drames

Si la forêt est hostile, elle est néanmoins sinon domptée, au moins apprivoisée, et pourvoie à leurs besoins qui sont peu importants. L’ambiance n’est pas sans rappeler Dans la Forêt de Jean Hegland, même si le contexte est différent.

Ce qui est le plus touchant est le portrait que dresse la narratrice de sa mère : derrière les mots tendres et l’art de réenchanter les failles, on perçoit toute la fragilité de cette femme, veillie avant l’âge par la souffrance.

Les épreuves passées ne protègent pas de nouveaux dangers, et c’est une fois de plus une terrible événement qui viendra les atteindre au coeur de leur refuge.


Ce premier roman se démarque par une écriture sublime, ciselée, et terriblement efficace; La construction est très habile et nous conduit pas à pas  vers la compréhension de cette histoire pas banale. 


Très belle découverte. 





Je ne cherche pas à ce que l'on me raconte une histoire. Je veux que cela soit divinement écrit. Je veux sentir l'équilibre parfait des tournures. Le poids des mots qui se pondèrent dans les phrases. Je veux cette fluidité qui transporte. Quand tout coule et semble si juste mais alors si juste.


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Maman distingue les écrivains et les romanciers. Elle dit que les romanciers savent raconter des histoires. Que ce qui importe aux écrivains, ce sont les mots, leur enchaînement et le rythme. Ceux qui excellent dans les deux elle les  appelle les auteurs. Et j'adore la voir savourer leur œuvre auprès du feu.

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Vous n'êtes pas folle. Vous n'êtes pas malade. Vous venez de découvrir que dans votre cerveau, les informations, les idées et les émotions ne s'enfilent pas comme des perles sur un fil, mais tissent une toile. Ou se ramifient comme pousserait un arbre. C'est une information factuelle que vous pouvez accueillir comme telle. À l'heure où nous parlons, notre sémantique de psychologue n'a toujours pas trouvé de mots justes pour définir ce fonctionnement.

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Comment décrire l'intelligence ? L'homme, pourvoyeur de progrès en tout genre, détruit chaque jour sa planète, avec ses créations et ses évolutions. Dans une course contre la montre, contre les autres, contre le savoir, il imagine, créer, invente, sans limite. Mais où est son intelligence si elle ne mène à sa perte ? Quelle est la véritable intelligence ? Celle qui consiste à faire toujours plus ou celle qui permet de faire mieux ? L'homme sera-t-il être assez intelligent pour, désormais, savoir adapter son progrès ? Acceptera-t-il de ralentir ? De faire moins ou différemment ? Saura-t-il s'arrêter pour mieux progresser et durer ?

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Presque  toujours, j'ai laissé mon exigence, ou mon inquiétude, rogner mon bonheur. Et je pensais, avec un fond de condescendance dont j'étais consciente mais que je ne parvenais pas à éviter malgré tous mes efforts pour le repousser loin, qu'il y avait dans le bonheur quelque chose de simpliste. Je l'ai donc étouffé, en soignant mon excessive conscience des choses. Je trouvais toujours matière à doucher n'importe quel élan de spontanéité ou de joie simple. Je pensais en redoutant  le pire , en permanence, je parviendrais à la tenir à distance. J'ai ainsi sapé mon plaisir, longtemps, tout le temps. J'ai été quittée pour cela.








Aurélie Jeannin est une auteure française. Préférer l'hiver est son premier roman

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