vendredi 11 juin 2021

Les heures furieuses ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Casey Cep




  • Éditeur : Sonatine (20 mai 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 400 pages
  • Traduction (Anglais) :Cindy Colin-Kapen
  • #LesHeuresfurieuses #NetGalleyFrance








Si Les Heures furieuses se construit autour de la personnalité particulière de Harper Lee, l’autrice d’un roman unique qui l’a propulsée au devant de la scène littéraire et lui a permis de vivre de ses rentes jusqu’à la fin de sa vie, c’est aussi une plongée au coeur de lAmérique de la seconde moitié du vingtième siècle, entre Manhattan et les Etats du Sud. 

En partant de l’histoire de Maxwell, le révérend accusé de plusieurs homicides qui avait parfaitement compris le système des assurances-vie, mais qui fut abattu de sang-froid lors des funérailles de l’une de ses présumées victimes, Casey Cep restitue avec adresse l’ambiance de l’époque. Le lien avec Harper Lee est le manuscrit  qu’elle aurait du rédigé pour en faire un second roman, puisqu’elle a enquêté avec pugnacité sur cette affaire. En proie à ses démons, et pour bien d’autres raisons, si elle l’a écrit, on n’a jamais retrouvé la trace de ce roman potentiel. 


Tom Radney, l’avocat qui défendit Maxwell puis son meurtrier aurait en effet pu être un héros à la hauteur d’Atticus, incarnation du père de Harper dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. C’est Casey Cep qui en dresse le portrait.


La quatrième partie est sans doute la plus intéressante, centrée sur Nelle Harper Lee, son enfance, son caractère rebelle, son amitié avec Truman Capote alors qu’ils fréquentaient la même école primaire ! 


C’est passionnant, malgré quelques redondances et la tendance à renforcer les chapitres par de la non-information.


C’est aussi une réflexion sur le processus de l’écriture, qui ne se résume pas à emplir une page de mots, mais nécessite un travail à la fois d’appropriation du sujet puis de restitution. Et cette démarche peut être inhibante ou cathartique, en fonction de ce qui fait  la personnalité de l’auteur. 

Le succès n’est pas toujours un chemin de félicité, c’est aussi un processus violent qui peut faire pencher le héros du côté obscur de la force



Il n’en est pas moins  que cet essai est passionnant, tant sur le plan littéraire qu’historique .


Je remercie Netgalley et les éditions Sonatine.




Lee percevait déjà l'intérêt excessif que Capote portait à Perry Smith, qui était peut-être lié à une certaine ressemblance physique entre les deux hommes, mais surtout à leurs expériences émotionnelles communes. Ils étaient tous deux taillés comme les pommes sauvages, et tous deux tombés du même genre d'arbre : leurs pères étaiten absents, leurs mères alcooliques.


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Parmi toutes les raisons pouvant expliquer pourquoi un écrivain cesse d’écrire – problème d'addiction, anxiété, dépression, le vitriol des critiques, la distraction de l'amour, l'arrivée d'un enfant, le manque d'idées, une avalanche de doutes –, la moins évidente est peut-être les impôts. Pourtant, avant même que Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur ne vienne remplir les rayons des librairies, Harper Lee déclara que le fisc l'empêchait d’écrire.


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Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur n'était pas une biographie du père de Nelle Lee, et pourtant, elle avait immortalisé sur le papier certaines de ses caractéristiques essentielles, partageant ses vertus au moment où les lecteurs voulaient plus que jamais croire qu'il y avait des Blancs respectables dans le sud et que les hommes bons pouvaient le rester même dans les périodes les plus sombres.


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Les bons écrivains, selon elle, traitaient leur travail « comme une sorte de sacerdoce moyenâgeux », et se claquemuraient pour l'accomplir correctement. « Ils n'écrivent pas pour communiquer avec les autres, expliqua Lee, mais pour communiquer plus sûrement avec eux-mêmes. »


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Rien ne s'écrit tout seul. Livré à lui-même, le monde ne se transformera jamais en mots, et qu'importe la qualité des pages de notes, interviews, et documents que génère une enquête de terrain, la page qui compte le plus commence toujours vierge.






Casey Cep est originaire de la côte Est du Maryland. Après un diplôme d'anglais à Harvard, elle étudie la théologie à Oxford. Son travail a été publié dans The New Yorker, The New York Times et The New Republic. Les Heures furieuses est son premier roman.






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