La plus secrète mémoire des hommes ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Mohamed Mbougar Sarr



  • Éditeur ‏ : ‎ Philippe Rey; 1er édition (19 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 448 pages










Diégane Faye a quitté le Sénégal pour accomplir son destin d’écrivain. Lorsqu’il tient entre ses mains Le labyrinthe de l’inhumain, roman d’un auteur maudit écrit quatre-vingts ans plus tôt, il est loin se douter de l’impact de cette découverte sur sa propre vie. Il s’engage presque malgré lui dans une enquête abyssale qui lui fera parcourir le monde à la recherche T.C Elimane, le mystérieux romancier banni.


Le mystère qui entoure l’histoire du roman encensé puis rejeté pour plagiat, ne se borne pas à une traque de l’auteur, mais aussi à de nombreuses interrogations sur les décès par suicide qui ont suivi cette affaire…


Tout est prétexte autour de cette intrigue à parler de la littérature, de la définir, de cerner ses limites, de mettre en évidence la subjectivité de ceux qui en jugent la valeur (la critique littéraire est un point central de cette analyse).  Et tout cela est incrusté entre les lignes sans jamais susciter un sentiment de pédantisme ou pire, de copié-collé ! Du grand art et la preuve d’une culture remarquable. 


Les pérégrinations nécessaires pour pister  l’auteur disparu permettant aussi de se plonger au coeur de la grande histoire, et d’aborder les questions du colonialisme, et des heures sombres de l’antisémitisme en France. Deux facettes d’un racisme appliqué et destructeur. 


Le débat sur la question du plagiat revient sans cesse et  est argumenté avec ferveur. 


« Toute l’histoire de la littérature n’est-elle pas l’histoire d’un grand plagiat ? ». 


Tout a déjà été écrit et le sera à nouveau. C’est tout l’art de l’écrivain de construire de la nouveauté sur les sédiments des oeuvres de  ceux qui l’ont précédé. Avec discrétion : 


« Le labyrinthe de l’inhumain affiche trop ses emprunts. C’est son péché. Être un grand écrivain n’est peut-être rien de plus que l’art de savoir dissimuler ses plagiants et références »


Cette quête du sens riche et érudite est réjouissante et le succès amplement mérité. 




Croiser un silencieux, un vrai silencieux, interroge toujours le sens - la nécessité- de sa propre parole, dont on se demande soudain si elle n'est pas un emmerdant babil, de la boue de langage.

*

Je pourrais convoquer ici le paradoxe de toute quête de connaissance : plus on découvre un fragment du monde, mieux nous apparait l'immensité de l'inconnu et de notre ignorance.

*

Il crève en nous  l'illusion que nos blessures sont uniques. Elles ne le sont pas. Aucune blessure n'est unique. Tout devient affreusement commun dans le temps. Voilà l'impasse : mais c'est dans cette impasse que la littérature a une chance de naître.





Mohamed Mbougar Sarr, né le  à Dakar au Sénégal, est un romancier sénégalais d'expression française et lauréat du prix Goncourt 2021 pour La Plus Secrète Mémoire des hommes.








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