Petite, je disais que je voulais me marier avec toi ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Mehtap Teke











Cela commence par un vertige, suscité par une relation ambiguë avec les personnages : le tutoiement crée un flou et le voile se lèvera plus tard, lorsque le « je » sera identifié.


En fait, et pour résoudre cette question, le personnage à qui la narratrice s’adresse est son père, dont elle imagine dans un premier temps, peut-être au gré des histoires familiales rapportées, l’enfance dans le pays natal, l’école quittée à regret, pour travailler dans les champs de coton, les soeurs que l’on marie selon la  tradition, mais aussi la maladie du père, qui ne sera pas soignée, le condamnant à une mort rapide.

Viendront le départ pour la France, les travaux pénibles puis les souvenirs communs de la petite fille, totalement fascinée par ce père élevé au rang de héros. Cette idéalisation ne quittera jamais la narratrice.


C’est un amour, sans concession, éternel et irrévocable, que nous confie la narratrice et sans doute pour une part non négligeable l’autrice. C’est aussi le parcours rude d’une famille pauvre, appartenant à une ethnie exposée à la haine aveugle. L’immigration est à peine un choix, et à nouveau les années galère, les emplois précaires et usants, puis l’amour d’une famille, et le lien distendu mais tenace avec le pays originel.


Ce chant d’amour est suffisamment sincère pour oublier l ‘écueil de cet artifice qui consiste à tutoyer un personnage, qui nécessite toujours un temps d’adaptation pour se repérer.



247 pages Viviane Hamy 17 Août 2022






Quand chaque matin, tu te levais sans rechigner pour te coucher, chaque nuit, sans soupirer, tu te brisais ; tu perdais les étincelles qui avaient forgé tes rêves. Et ce, dans l'espoir que tes enfants puissent atteindre un environnement social qui t'étais inaccessible. Tu t'acharnais à vouloir leur bâtir la vie que tu aurais désiré avoir. Tu te donnais du mal pour leur offrir une éducation différente de celle qui avait été la tienne, au moyen d'un travail qui t’asservissait.


*


Qu'il est douloureux d'avoir conscience de ce que l'on est amené à perdre au fil du temps ! Il semble que la vie soit faite pour être rejetée, afin que le dénouement qu'elle offre soit plus facilement accepté.







Mehtap Teke est une écrivaine née en 1982. Elle grandit en Belgique, parcourt divers pays du monde, puis s’installe aux Émirats arabes unis. Elle fait des études de journalisme et de communication.


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