Elise Lépine
Cette histoire d’amour nous fait voyager sur une une vingtaine d‘année, de la Normandie à Casablanca.
Nous disposons au départ de très peu d’indices, des prénoms qui de toute évidence ont compté pour l’héroïne, Reine, la présence d’une petite fille, Rose et le fantôme d’un homme dont on lui annonce la mort.
En 1938 Reine vit dans une petite maison ouvrière, pleine d’enfants, qui mangent à peine à leur faim. La mère est victime d’un accident domestique et le père accepte sans rechigner que Reine et une de ses soeurs soient recueillies chez un couple en mal d’enfant. C’est en effet une vie de princesses qui attend les deux gamines. Pour quelques années cependant, le temps que le pays s’aligne sur l’Allemagne pour exclure la communauté juive. Ce couple de commerçants aisés se retrouve brutalement au ban de la société et finit par disparaitre, trahi par ceux la même qui les comptaient parmi leurs proches. Pour les petites c’est le retour à la case départ, la pauvreté et la promiscuité. C’est à ce moment là qu’est présenté le frère Gustave, aux agissements troubles.
A seize ans, Reine quitte la France pour rejoindre Casablanca où vit son oncle, lui aussi privé de progéniture, Mais c’est une ambiance bien différente qui attend la jeune fille …
On navigue entre les époques, de façon plutôt aléatoire, et c’est ainsi que se construit peu à peu l’intrigue.
L’histoire qui constitue le coeur du roman est ainsi une trame pour une série de portraits, de personnages, sans concession. On évoluera avec Reine dans des milieux très différents, du prolétariat totalement démuni, à la bourgeoisie aisée puis dans le milieu des expatriés colons au Maroc. On ne peut éviter de faire le rapprochement avec les romans de Pierre Lemaitre, en particulier avec le personnage d’Estelle, aussi bête que méchante.
Une fois muni de quelques indices que la progression de la lecture met en évidence, on lit avec plaisir ce roman attachant, avec une certaine fascination pour le parcours atypique de Reine. Il sera peut-être moins apprécié par les lecteurs que la déstructuration temporelle agace !
Merci à Netgalley et aux éditions Grasset
220 pages Grasset 14 janvier 2026
#Lescourantsdarrachement #NetGalleyFrance
Reine est sur la plage, sa fille dans les bras. Elle ouvre un parasol sous le ciel rose. Elle jette une serviette sur le sable, en plie une autre en guise d'oreiller et dit à son enfant rendors-toi un peu. La petite est assise silencieuse, un reste de colère dans ses points fermés. Reine l'embrasse doucement sur le front.
*
Elle avait encore aux oreilles les éclats violents de la nuit passée , sur les poignets les traces des doigts qui l’avaient arrachée à sa mère
Née en 1985, Elise Lépine est journaliste au "Point", chroniqueuse et auteure.


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