Adèle Rosenfeld
Une expédition marine vers les confins de la Sibérie en 1741 tourne au drame. Les hommes meurent de carence, de faim, de soif. Une partie de l’équipage échoue sur ce que Steller, le scientifique chargé du recueil des données de leurs découvertes pense être une île, et qui est en fait l’archipel du Commandeur. Dans les eaux proches, d’étranges créatures vivent en troupeau. Du jamais vu, de la manne pour le savant. Mais aussi l’espoir d’une survie pour les hommes, l’animal est énorme et représente des kilos de graisse et de viande pour les marins affamés.
Pourquoi alors cet acharnement à détruire ces animaux à qui ils doivent leur survie ?
Le portrait de la vache de mer, ou rhytine de Steller, animal peu harmonieux s’il en fut est pourtant ici dressé avec une sensualité étonnante. Lui prêtant des sentiments humains (de ceux qui provoquent l’attendrissement et non l’horreur) , l’autrice accentue le sentiment de perte que suscite la disparition de l’animal.
A une échelle bien plus petite, c’est un modèle de ce que l’humain est en train de réaliser jusqu’à se détruite lui-même. Toute cette partie du roman est remarquable par la qualité de l’écriture et le soin apporté à décrire le comportement absurde des hommes dont l’instinct de destruction emporte tout.
Dans une seconde partie, un lien est fait entre la fascination pour l’animal disparu, et la fin de vie d’un père, qui alimente le flux des souvenirs, du bilan d’une vie, marquée par des événements qui auront marqué le vingtième siècle d’ un sceau funeste.
Pour contrer la douleur de te voir disparaître, et moi à tes yeux, j'ai convoqué les 55 millions d'années de la vache de mer.
Autant, je pouvais dater l'arrivée de l'obsession de la vache de mer dans mon existence, autant, sa fin m'était plus confuse, elle s'était fondue dans tes derniers instants. Peut-être formait-elle un nuage métaphorique entre nous.
Hommage à un père disparu, et avec lui une partie de l’histoire de la famille, qui empreinte des voies détournées pour créer en contrepoint un parallèle ténu.
Merci à Netgalley et aux éditions Grasset
160 pages Grasset 14 janvier 2026
#Lextinctiondesvachesdemer #NetGalleyFrance
C'est le secret qui fait ça, une fois à la surface, le regard des autres et de soi change, une fois que le secret n'en est plus un, on se sent éclaté, morcelé, évaporé, comme si on avait toute notre vie été contenu dans le silence.
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Née en 1986, Adèle Rosenfeld travaille dans l’édition depuis dix ans. Parallèlement à son activité, elle développe des projets d’écriture à dimensions variables.


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