Eli Cranor
A la chaine est un titre particulièrement bien choisi, pour les sens multiples que l’on peut y associer :
Parle t-on du travail exténuant, payé une misère que Gabby et Eddy effectuent chaque jour, sans pouvoir y déroger, car leur situation économique est plus que précaire ! Nous y reviendrons.
Mais sans doute peut-on penser à la cascade d’événements qui vont survenir dès qu’Eddy commettra son forfait initial …
Autre ambiance chez les Jackson. Luke est le patron de l’usine, ambitieux, il est sur le point de décrocher une promotion et pour cela prêt à tout, y compris de léser ses ouvriers des heures supplémentaires qu’ils effectuent. Marié à un femme fragile, il est père d’un bébé de six mois, qui jouera un rôle central dans l’histoire.
Tout démarre lorsqu’Eddy, acculé par le propriétaire de son mobilhome qui en vient aux menaces, kidnappe l’enfant des Jackson !
Si le décor présente des similitudes avec le précédent roman d’Eli Cranor traduit en France, Chiens des Ozarks, et que le sujet met en scène ici encore les déshérités de la société capitaliste américaine, on y trouve encore davantage l’analyse des drames que vivent au quotidien tous ceux qui n’ont pu accéder à une éducation digne de ce nom et que la nécessité du quotidien contraint à se détruire dans des emplois sous payés et inhumains. La description des conditions de travail à l’usine est révoltante : debout dix heures dans le froid (5°), avec le choix entre se pisser dessus ou porter des couches pour éviter que le temps de pause ne soit décompté, dans une odeur prégnante, qu’ils ramènent à domicile…
« Les travailleurs pissaient dans leur froc à chaque service, plusieurs fois dans la journée, parfois. De petites flaques se formaient occasionnellement autour de leurs bottes, en caoutchouc, et la chaîne, continuait à avancer, et ces poulets dont la vie n'avaient aucune valeur régnaient en quelque sorte en maître sur les employés et leurs besoins les plus élémentaires. »
« Tout rêve américain naissait d’un cauchemar. Chaque fortune , même modeste était bâtie sur un terrible péché »
Eli Cranor met l’accent sur la condition des femmes, en s’appuyant sur les deux protagonistes, au destin bien différent, mais malgré tout unies dans leur fragilité.
« Elles avaient beau s'être rapprochées durant ces 24 heures –partager leur chagrin– leurs histoires n'étaient pas les mêmes. »
Ces femmes suscitent chez le lecteur une profonde empathie, pour les désillusions que le parcours a pu créer, ainsi que leur rapport à la maternité.
Enfin, la bande son qui accompagne le récit nous incite à écouter la voix grave et les rythmes sobres des chansons sombres et mélancoliques de Johnny Cash.
Ce roman est le deuxième roman traduit en français, sur les quatre écrits par l’auteur. On attend les autres avec impatience !
Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine
320 pages Sonatine 5 février 2026
#Àlachaîne #NetGalleyFrance
Traduction Emmanuelle Heurtebise
Titre original Broiler
« Les travailleurs pissaient dans leur froc à chaque service, plusieurs fois dans la journée, parfois. De petites flaques se formaient occasionnellement autour de leurs bottes, en caoutchouc, et la chaîne, continuait à avancer, et ces poulets dont la vie n'avaient aucune valeur régnaient en quelque sorte en maître sur les employés et leurs besoins les plus élémentaires. »
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Elles avaient beau s'être rapprochées durant ces 24 heures –partager leur chagrin– leurs histoires n'étaient pas les mêmes.
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« Tout rêve américain naissait d’un cauchemar. Chaque fortune , même modeste était bâtie sur un terrible péché »

Né en 1988, Eli Cranor est un romancier américain, auteur de romans noirs.
Il a grandi à Russellville, dans l'Arkansas, élevé par deux parents enseignants qui lui ont transmis le goût de la lecture et de l’écriture.
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