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Radio nuit ⭐️⭐️⭐️

 Yuri Andrukhovych











C’est brillant, sans doute un peu trop pour moi ! Après l’entrée tonitruante d’un animateur radio survolté, nous sommes convié à lire la biographie de Joseph Rothsky, qui avant de finir derrière un micro, a connu un destin des plus mouvementés. 

Le roman explore tous les styles de narration, et donne une importance remarquable à la musique, au piano particulièrement, s’inspirant d’un pianiste célèbre. Une bande son omniprésente.

Mais le roman convoque aussi de nombreux personnages parodiques de la politique pour aborder la situation critique de l’Europe de l’Est, de l’écologie, de la guerre…


C’est un feu d’artifice  où les couleurs et les lumières ont tendance à vous envahir pour vous détourner du sujet et le risque est fort de se perdre en route. C’est dommage car on perçoit les qualités hors du commun de l’auteur pour jouer avec les codes de la narration.


Bravo à la traductrice dont la tâche n'a pas dû être simple.


Un roman foisonnant qui m’aura un peu laissée en marge. 


Merci à Netgalley et aux éditions Noir sur Blanc 


384 pages Noir sur Blanc 17 avril 2025

Traduction : Iryna Dmytrychyn

#RadionuitLittératureétrangère #NetGalleyFrance







Donc. Je suis rocker. Aujourd'hui, c'est un genre presque oublié. L'exagère un peu, évidemment. Et pourtant je me pose parfois question : ne devrait-on pas accepter que le meilleur de la musique rock soit derrière nous ? que plus jamais elle n'ébranlera les fondements de ce monde, comme elle avait réussi à le faire en son temps ? 


*

Le bruit dans les oreilles montait en force. Pas un coquillage d'océan, bien plus fort. Rothsky appelait ça des "chutes d'eau diaboliques". Cela avait commencé après cet incident stupide qui avait faillie tuer au festival, par l'appel des lucioles. Rothsky avait lu quelque part que cela s'appelle tinnitus ou bien acouphène, qui s'en prend avec délectation et habilité à l'oreille, en la détruisant progressivement. surtout quand celle-ci est absolue.. Alors, l'acouphène l'est aussi. C'est donc un Monsieur Acouphène en imperméable gris foncé, cache-nez et haut de forme, un démon au grandes oreilles, un hallucinateur auditif du cirque des sourds.  

Yuri Andrukhovych

Né en 1960, Yuri Andrukhovych est l’une des figures les plus populaires et les plus controversées de la littérature ukrainienne contemporaine.Pour ses écrits littéraires et son activité comme intellectuel, Andrukhovych a reçu de nombreux prix nationaux et internationaux, dont le Prix Herder (2001), le prix de la Paix Erich Maria Remarque (2005), le Prix européen de l'entente à la Foire du livre de Leipzig (2006), le Prix de l'Angelus (également 2006). 






 

Les abeilles grises ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Andreï Kourkov












« Ce hameau était déjà en « République populaire de Donetsk » mais il semblait désert . Il comptait cinq ou six maisons, pas davantage. Peut-être était-ce la raison pour laquelle Svetloïé continuait à vivre comme avant la guerre, ou presque. Il n’y avait à proximité ni séparatistes ni armée ukrainienne. C’est pourquoi personne n’était parti, à quelques exceptions près. »


Dans ce hameau de quelques maisons, Pachka et Sergueï vivent à l’écart du conflit. Ils sont en « zone grise », entre armée ukrainienne et séparatistes prorusses. Les combats se déroulent à distance, pas très loin cependant, les canonnades rythment les journées  et les nuits. Si leurs avis divergent, ces deux-là n’ont guère le choix : ils doivent rester solidaires, et leurs désaccords animent les longues soirées. 

Sergueï est apiculteur et entoure ses ruches d’une attention de père de famille aimant. Il lui arrive cependant de louer les services de ses ouvrières bourdonnantes à qui veut bénéficier de l’effet miraculeux d’une séance de sieste sur les ruches alignées. 

Mais Sergueï veut offrir plus à ses compagnes mellifères. L’endroit n’est pas assez calme. Alors avec le printemps, Sergueï quitte sa maison avec son précieux convoi…



De frontières en contrôles, sur la route, Serguéï fera de nombreuses rencontres, tout à tour aidé et aidant, à la rencontre de son passé, qui resurgit là où il ne l’attend pas. Mais les abeilles seraient-elles les vecteurs involontaires d’un mal pernicieux ?



Ce roman s’est imposé comme une lecture solidaire alors que la guerre continue de décimer une population injustement attaquée. Mais cette volonté de soutenir ce peuple n’est pas juste une lecture en passant : on y découvre un auteur talentueux, qui nous conte une histoire envoutante, sans omettre le contexte  politique, mais toujours en centrant le sujet sur ce que peut ressentir le peuple, représenté par le bon sens de Serguéï.


Les lecteurs sont quasi unanimes, et le roman ukrainien remporte un vif succès, bien mérité.


Traduction (Russe) Paul Lequesne

432 pages Liana Lévi 3 février 2022





Quand on vit longtemps dans un endroit, on a toujours plus de famille en terre qu’en bonne santé à côté de soi .


*


C’était bête de s’inquiéter ainsi du temps. Le temps ne joue un rôle que là où quelqu’un le surveille et dépend de lui. S’il ne reste personne dans ce cas, le temps se fige, disparaît. 


*


Il se dit que les humains pourraient apprendre des abeilles. Les abeilles, grâce à leur discipline et à leur travail, avaient construit le communisme dans les ruches. Les fourmis, elles, étaient parvenues à un vrai socialisme naturel. N’ayant rien à produire, elles avaient juste appris à maintenir l’ordre et l’égalité. Mais les humains ? Il n’y avait chez eux ni ordre ni égalité. Et même leur police se tournait les pouces.


 



Né en  1961, Andreï Kourkov est un écrivain ukrainien de  langue russe. Les Abeilles grises est son dixième roman traduit en français.  

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