Abonnés

Affichage des articles dont le libellé est rentrée d’automne 2024. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rentrée d’automne 2024. Afficher tous les articles

Le déluge ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Stephen Markley











Impressionnant  dès le premier coup d’oeil , avec ses mille pages ! Le thème, les rumeurs et les quelques avis glanés sur la toile sont malgré tout tentants. Un premier chapitre nous met en garde contre les dangers des hydrates de méthane, piégés dans les clathrates, qui risquent fort de se libérer des profondeurs de notre planète qui se réchauffe. Suivront en chapitres alternés une succession de personnages et de groupes, dont l’évolution sur quarante ans, suit l’inexorable dégradation de nos conditions de vie sur terre. 


La description de l’évolution climatique est tellement probable que l’on n’a même pas l’impression de lire de l’anticipation. C’est bien sûr glaçant, d’autant que le roman met bien en évidence les priorités des politiques dont l’apparent intérêt pour l’écologie sous-tend des manoeuvres pour récupérer des électeurs. Manipulations et traitrise sont les maitres mots de la gouvernance. 


Il faut s’attendre malgré tout à une lecture exigeante, qui ne peut rester superficielle, au risque de s’y perdre complètement, cat les personnages sont nombreux et leurs pôles d’intérêt parfois distincts juste par la nuance. 


En revanche, pour qui se passionne pour l’évolution politique américaine, mais aussi mondiale, c’est une mine d’or, un texte qui décortique les mécanismes qui régissent la lente mais certaine évolution vers le totalitarisme et la dictature. 



Une lecture marquante, dont je ne retiendrai pas les personnages, sans doute trop nombreux mais l’ambiance générale, qui nous donne l’impression que le top départ est donné et que nous le constatons chaque jour en suivant simplement les actualités. Et que quoiqu’il advienne, nul de prendra les bonnes décisions pour nous sortir de ce pétrin. 


1039 pages Albin-Michel 21 août 2024

Traduction : Charles Recoursé










                Et une fois que t’as pigé le rapport entre le ketchup et le statu quo impérialiste, c’est dur de ne pas se laisser démoraliser. C’est comme les illusions d’optique : la première fois t’as du mal, mais quand tu comprends le truc, tu ne vois plus que ça.


*


        La mort n’est jamais qu’une manifestation de la deuxième loi de la thermodynamique : les choses tendent vers un état d’entropie maximale. La dégradation constante de tout. L’ultime régression vers la moyenne. Je trouve ce principe presque excessivement utile .


*


            Je voudrais seulement que tu comprennes que le bonheur, ça consiste à utiliser ses talents pour faire des choses qui nous dépassent. Ça n’ a pas besoin d’être religieux. Il suffit juste qu’une cause soit noble..


*


                On vit sur une magnifique petite boule bleue, qui déborde de joie, et qui avait une chance sur un milliard d'exister, au milieu d'un univers immense et glacial. Donc, soit on contente d'être une bande de gentils bénis-oui-oui, qui s'auto congratulent, soit on fout le bordel. On balance un coup de pied dans la fourmilière et on fout le feu la politique..


*


Pour le citoyen lambda, qui tapotait  sur son téléphone, le monde devenait de plus en plus déroutant et agressif, et, pendant ce temps, à son insu, lui-même, laissait des données qui définissaient  sa psychologie, laquelle était ensuite échangée et  marchandée entre observateurs de tout poil


*


            Une fois qu'il commencera à fondre, c'est toute la civilisation humaine qui accusera le coup. On ne parle pas d'un pauvre rhume avec un taux de mortalité à peine supérieur à la normale. Là, c'est près de 4 millions de kilomètres de cubes de glace qui vont se dissoudre dans les océans. Même si les effets reste localisés et légers, ils pourraient être dramatique pour la survie de l'humanité, mais vous, vous restez assis sur votre cul avec des airs de bébé tout content.



Stephen Markley est un écrivain américain, né en 1983. Avec son premier roman, Ohio (2018), il s’impose comme un formidable cartographe de l’Amérique contemporaine et de ses fractures. Ce roman est en cours d'adaptation télévisée aux États-Unis.


Le paradoxe de la lumière ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Francis Guèvremont 











C’est sur une déflagration que s’ouvre le roman Le paradoxe de la lumière ! Une explosion a emporté une dépendance de la propriété où Judith Durancy avait installé son laboratoire de recherche. Les ruines du bâtiment sont curieusement découpées, à l’emporte-pièce. Ce qui intrigue les enquêteurs qui s’intéressent à cet événement, c’est que l’on retrouve le cours de la chercheuse à des centaines de kilomètres de là !


Le  mari endeuillé trouve une clé USB sur laquelle la chercheuse avait écrit un journal. Il découvre alors tout un pan caché de la vie professionnelle de sa femme. 


Si la trame scientifique s’appuie sur les données physiques qui régissent le temps et l’espace, (et dans ce domaine, on peut me raconter n’importe quoi, je gobe tout !) une part non négligeable est consacrée au couple, à la vie à deux, qui peut s’étendre sur des dizaines d’années, sans que l’on puisse pour autant prétendre connaître son partenaire !


Un romand de science fiction qui se lit sans déplaisir.


192 pages Forges de Vulcain 27 septembre 2024







Judith était une théoricienne, elle était fascinée par les propriétés de la matière, mais sa curiosité n'allait pas au-delà. Il savait aussi qu'elle le travaillait depuis de nombreuses années au développement d'un mystérieux appareil.


*


La vitesse de la lumière. Je crois avoir trouvé le moyen de faire voyager un véhicule plus vite que la lumière.



 


Francis Guévremont est né à Montréal. Il a fait des études de lettres aux États-Unis et y a enseigné la littérature à l'université. Il vit en France depuis 2009. Il a notamment traduit William Morris.




Boucher ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

Joyce Carol Oates  












Passionnant et édifiant ! Ce roman qui est construit à partir d’une compilation de faits avérés autour de la médecine expérimentale du 19è siècle aux USA, est une plongée en enfer mais aussi une lecture éblouissante tant l’art de créer une histoire atteint des sommets chez cette autrice. 


En quelques mots, il s’agit du journal d’un médecin peu remarquable, que le destin et le hasard ont propulsé directeur d’un asile où étaient enfermées des femmes aliénées (définition sujette à caution à l’époque). Sans réel contrôle de ses agissements, il se déclare chercheur et multiplie les expériences les plus immorales et les plus abjectes sur ces recluses. Certes l’état des connaissances scientifiques expliquent certaines aberrations, mais les infirmières qui l’assistaient semblaient douées d’une compassion et d’une compréhension des choses plus logiques que lui. Animé d’une ambition destinée à se faire valoir auprès de son père qui l’a toujours considéré comme un raté, aucun doute moral ne l’arrête.


Le propos est étayé par d’autres témoignages : ceux du fils de Weir, mais également de la jeune femme albinos qui, après avoir été l’objet de ses expériences, est devenu sa collaboratrice.



On est loin du consentement éclairé préalable à tout essai thérapeutique ! Les balbutiements de la science et l’idée générale que les humains ne sont pas tous égaux, selon leur sexe et leurs couleurs de peau, ont permis de tels aberrations. Le mérite de Joyce Carol Oates est de mettre en lumière ces faits révoltants et d’en faire un roman qui se dévore. 



473 pages Philippe Rey 3 octobre 2024






Ensuite, j'écoutai les oreilles de la patiente avec mon stéthoscope, cherchant à détecter un bruissement, ou un murmure évocateur de vermine, ou même des voix. Tout d'abord, il me semblait ne rien entendre, excepté peut-être le battement de sang dans le cerveau de la patiente ; puis, comme je pressai le stéthoscope plus fort entre l'oreille, il me semblait que je commençais à entendre quelque chose d'inhabituel, une sorte de murmure ou de marmonnement, pareil à des voix lointaines.


*


Quand je décrivis les grandes lignes de cette expérience à mon conseil de surveillance, répétant que ces avancées novatrices en gyno-psychiatrie seraient portées au crédit de l'asile de Trenton, sous leur supervision, elles furent accueillies avec beaucoup de respect, d'enthousiasme, sinon une totale compréhension ; car la compréhension de la recherche scientifique est limitée dans l'imagination du profane.


Joyce Carol Oates



Joyce Carol Oates est une autrice, poétesse, nouvelliste, dramaturge et essayiste américaine, née en 1938. Elle publie plus de 70 titres. 


Le livre des martyrs américains 


Daddy love


Zombie 


Mudwoman


La fille du fossoyeur 

Le syndrome de l'orangerie ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Grégoire Bouillier 












On en parle tant qu’il me semblait impossible de reporter encore la découverte des romans fleuves de Grégoire Bouillier (encore que celui-ci s’apparente plutôt à une rivière avec ses quatre cent trente deux pages)(tiens c’est contagieux les parenthèses). Une rencontre au salon du livre du Mans aura achevé de me convaincre.


Et de me plonger dans les pièces d’eau ornées de nymphéas qui ont valu à l’auteur une équivalent du syndrome de Florence, le syndrome de l’orangerie, ainsi nommé et à l’origine du titre de l’ouvrage. 


Parce que derrière les multiples tableaux consacrés à ce sujet, Grégoire Bouillier, alias Baltimore, a d’emblée décelé un secret. Un mystère morbide. La mort en filigrane. De quoi argumenter au cours de chapitres qui vont se succéder, procédant à une autopsie en règle de l’oeuvre, en ne laissant rien au hasard, de la botanique à la biographie, de la nature des pigments au contexte politique et historique. 


Nous avons donc une analyse fouillée de l’oeuvre de Monet, déguisée en enquête où se mêlent, un peu comme le fait l’ami Jaenada, des éléments autobiographiques. 


Essai transformé. J’ai vraiment apprécié ce subterfuge qui permet d’enrichir sa culture tout en parcourant avec plaisir cette production littéraire.


Et quatre cent trente deux pages me paraissent suffisantes. 


432 pages Flammarion 21 août 2024







Et si les nymphéas représentaient la dernière vision qu’aurait un soldat agonisant dans les marais de Saint-Gond, avant de fermer les yeux, deux trous rouges au côté droit ? Si j'étais cinéaste, c'est exactement ce que je filmerais.


*


En ce moment, c'est Verdun à Bakhmout, c'est Dresde à Gaza, des machines infernales, sèment partout l'enfer sur terre, des égorgeurs, ivres de sang commettent des abomination sans nom, et hier matin, le lacet de mon soulier gauche s'est cassé entre mes doigts. C'est dire combien de tous les côtés ça craque.


*


Il paraît que si on ne sait pas quel est le con dans un dîner, c'est parce que le con, c'est soi.


*


Combien de temps avant de comprendre que ce n'est pas parce qu'on aime pas la tête de veau que la tête de veau n'est pas bonne, non, c'est seulement qu'on n'aime pas la tête de veau et la pauvre n'y est pour rien, ce n'est pas de sa faute.



*


L'innovation technologique n'a pas pour ambition d'aider l'humanité (sinon à la marge), mais d'améliorer le faux du monde. Pourquoi croit-on que tant de crédits lui sont alloués ?


 

Grégoire Bouillier 


 


Grégoire Bouillier est un écrivain français, né en 1960




Article le plus récent

Pampa ⭐️⭐️⭐️⭐️

Articles populaires