dimanche 10 février 2019

C'est lundi aujourd'hui

Sytske Van Koeveringe






  • Broché: 342 pages
  • Editeur : Nil (3 janvier 2019)
  • Langue : Français
  • Traduction (Néelandais): Arlette Ounanian








Elle s’introduit chez les gens, en toute légalité, on lui a même confié les clés, puisqu’elle est femme de ménage. Ce qui devait au départ être un petit boulot pour financer ses études, devient finalement un job à part entière, éclipsant même les anciens projets de poursuivre l’écriture après avoir été publiée. 
Un sacré poste d’observation, que de percevoir les failles de ses contemporains à travers leur gestion du quotidien. De la bauge nauséabonde aux alignements par forme et couleurs, tout un panel de souffrances se cachent derrière une vitre éclairée au crépuscule, donnant alors l’illusion d’une vie rêvée. 
Mais ce que constate  Julia la laisse au fond un peu indifférente. Sa souffrance à elle se noie dans l’alcool, de plus en plus, de plus en plus tôt dans la journée, n’hésitant pas à se servir dans les réserves de ses employeurs. Et on perçoit peu à peu, dans les confidences, mais aussi les mails, reçus parfois mais surtout envoyés, la profonde détresse occultée. Peu à peu, apparait  l’image d’une carapace qui se fendille, laissant à nu une immense fragilité.

Atypique dans la construction, dans l’intrigue, avec un personnage original, ce roman vous mène par le bout du nez, en vous perdant sur de fausses pistes. Amoral, mais lucide sur notre façon de vivre au 21è siècle, superficiel parfois pour mieux asséner une vérité profonde, c’est aussi chaotique que la jeune femme qui tient les rames pour un naufrage annoncé.


 A lire, et peut-être à  à relire.

#CestLundiAujourdhu #NetGalleyFrance








J’ouvre la porte du réfrigérateur. Une puanteur épouvantable, mélange de relents chimiques et de moisissure, s’en échappe, comme si l’air lui-même était prêt à suffoquer. Je me dépêche de refermer la porte. Ça cogne dans ma tête. La douleur s’est déplacée du côté droit vers le côté gauche. À chaque fois que je sens une odeur forte, j’ai l’impression qu’on m’écrase les tempes.Dans l’évier, des restes de nourriture gonflée et ramollie d’avoir trempé trop longtemps dans l’eau. Des taches de café sur le mur, deux malheureuses plaques électriques incrustées de matière indéfinissable. Je remplis un seau d’eau chaude. Chez tous les clients, je commence, de préférence, par la cuisine.

*

À l’étage, j’ouvre les portes et les placards. Tous les placards de la cuisine sont pourvus d’autocollants qui les séparent en deux : Joséphine et Ferdinand. Les couverts aussi sont séparés. Dans le frigidaire, il y a des récipients recouverts d’une feuille d’aluminium qui sont destinés à Ferdinand uniquement. Son nom est écrit sur un autocollant bleu. Dans le balconnet, une barre de chocolat soixante-quinze pour cent cacao pur. Tout en bas, un autocollant rose sur lequel il est écrit Joséphine. On n’entend pas un bruit en bas. Ferdinand a dû s’endormir.
Je romps un morceau de chocolat. Tout en mâchant, je prélève une petite part d’un bloc de parmesan qui est aussi pour elle. La combinaison chocolat-fromage, c’est plutôt pas mal.


*

C’était mon premier amour. Quand nous nous sommes quittés, j’ai envoyé toutes mes notes à Maurice. Il m’a proposé un contrat, que j’ai signé dans la semaine. Sans discuter de l’à-valoir. C’est la banque de sa femme qui l’a réglé. Quand j’ai demandé s’il fallait changer le nom de Kamiel, Maurice a répondu que ce n’était pas nécessaire. Qu’il lui semblait intéressant de le garder. « Le nom a quelque chose de buté, d’authentique, c’est accrocheur », a-t-il dit durant une de nos premières séances rédactionnelles.



Sytske van Koeveringe est diplômée de l'Académie Gerrit Rietveld en 2014 en études visuelles et linguistiques. Son travail peut être vu à la Fusion, Le Guide, Hard // tête, MisterMotley, Das Magazin. Elle était avec la première génération de Slow Writing Lab du Letterenfonds. Et elle vit et travaille à Amsterdam.


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