mercredi 6 février 2019

La robe blanche

Nathalie Léger








  • Broché: 144 pages
  • Editeur : P.O.L (23 août 2018)
  • Existe en version numérique
  • Collection : FICTION
  • Langue : Français








Cette robe blanche me laisse bien perplexe. Si  l’on identifie clairement les deux thèmes qui composent ce récit, l’histoire de cette artiste  qui avait décidé de parcourir des pays en guerre en robe de mariée, et en autostop, et d’autre part les relations complexes entre l’auteur et sa mère, le fil qui les relie est beaucoup plus ténu, hormis une relation de simultanéité entre l’enquête avortée concernant la performance et la rencontre avec sa mère.

Les deux récits sont intéressants.

Les performances, toujours plus excessives constituent une voie de réflexion fascinante, interrogeant sur le but, sur la mise en danger de plus en plus fréquente, et sur ce qu’elles induisent au niveau du public convoqué, et sur la nature artistique ou non de ces événements. La démarche de la jeune italienne pose elle-même en soi toutes ces questions. Et sans donner de réponse (y en a t-il?), l’auteur analyse avec précision le phénomène.

La relation à la mère, entachée de souvenirs douloureux de maltraitance, soulève aussi la question du rôle que peuvent être amenés à jouer les enfants témoins des hostilités entre leurs parents. A la fois juge et parti, en conflit de loyauté que peut accentuer un chantage affectif, si fréquent dans ces situations où chacun des protagonistes fait feu de tout bois.

Tout le problème est qu’il est difficile de s’accrocher à un ensemble qui n’existe pas. à un tel point que j’ai dû relire le texte (chose possible , car là encore on est entre la grosse nouvelle et le petit roman avec les 68 pages qui le composent), pour être certaine de ne pas avoir omis quelque chose qui créerait ce liant que je n’ai pas trouvé.

Ce qu’il m’en reste c’est une belle écriture, et un don pour la narration tout à fait louable, que j’aurais aimé voir consacré à un sujet unique et abouti.



Un malheur quand même, répéta ma mère. C’était au cours de la promenade que nous faisions du côté de notre ancienne maison, au cap. Tout de suite, on sentait l’odeur des lauriers roses et des cyprès qui se mêlait plus bas, vers les plages, à celle de l’huile solaire, du sable et des beignets, relents douceâtres des fins d’après-midi surchauffées à l’ombre des pins – ici, se retenir, éviter la nostalgie pernicieuse de ces heures saturées de parfums et de lumière. 

*
Il faut rester concentrée. Pourquoi deux robes ? Parce que c’était l’idée : accomplir le périple ancestral, le fameux voyage à Jérusalem, promener sa robe comme un papier buvard sur les autoroutes, et que la matière s’imprègne, surtout que le tissu n’oublie rien, que les actes persistent dans l’épaisseur de la crasse ou l’abstraction flegmatique d’une auréole. Puis rentrer chez soi et l’exposer à côté du modèle resté pur, la grande chose immaculée debout contre son double de poussière et de pourriture. C’était l’idée.

*

La femme que ton mari convoitait s’habillait en violet, tu ne t’habillais plus qu’en violet, la couleur t’allait mal. La femme que ton mari aimait avait les cheveux courts, tu t’es coupé les cheveux, la coupe n’était pas ton genre. La femme pour qui ton mari te quittait aimait les bijoux, savait les faire jouer dans la lumière, alors tu t’y collais, faire rutiler les bijoux dans la lumière, mais tu étais inhabile, trop incertaine. Je te regarde, engoncée dans ton vieux satin blanc, je veux protéger ta maladresse, je veux l’entourer de mes mots.










Nathalie Léger, née le 20 septembre 1960, est directrice générale de l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine).
  • 2006 : Les Vies silencieuses de Samuel Beckett (Allia, 2006).
  • 2008 : L'Exposition, P.O.L, 2008 – Prix Lavinal Printemps des lecteurs 2009
  • 2012 : Supplément à la vie de Barbara Loden, P.O.L – prix du Livre Inter
  • 2018 : La Robe blanche, P.O.L – prix Wepler 2018

1 commentaire:

  1. Entièrement d'accord, bien écrit, avec beaucoup de potentiel mais qui nous laisse plutôt perplexe... Manque un vrai fil conducteur, plus épais (comme je l'explique ici https://pamolico.wordpress.com/2018/11/06/un-livre-trop-vague-la-robe-blanche-nathalie-leger/ ;) )

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