vendredi 12 avril 2019

Les gratitudes

Delphine de Vigan







  • Broché: 192 pages
  • Editeur : JC Lattès (6 mars 2019)
  • Collection : Littérature française
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français









C’est bien court : une grosse nouvelle ou un petit roman. Attendrissant, un peu triste, plein de bons sentiments. 

Mishka vieillit. Et chez elle, les mots s’échappent, sont remplacés par d’autres, qui démontrent la richesse du lexique chez cette ancienne correctrice de journal. Sauf que ce ne sont pas les bons mots qui prennent  place dans les phrases qu’énonce la vieille dame. Et cette aphasie s’accompagne de crises d’angoisse qui compromettent son autonomie à domicile. Place donc à l’institution, où l’on est admise après ce qui ressemble comme deux gouttes d’eau  à un entretien d’embauche!  Humour grinçant qui cache les failles de l’institution mais révélera  la fragilité des capacités de notre héroïne.

Suivront les visites de Marie et celle de Jérôme l’orthophoniste, qui tente de ralentir l’évolution, sans illusion sur l’issue.

C’est donc très court, et par conséquent on reste un peu sur sa faim. Les personnages sont esquissés, leur histoire se résument à quelques paragraphes, alors qu’on aurait voulu en savoir plus sur ce qu’était Mishka avant que la maladie ne l’atteigne. On aurait aimé en savoir plus sur la relation de Jérôme avec son père, et sur ce qui se passe dans cette maison de retraite. Tout est abordé mais survolé.


C’est dommage car le ton est juste, l’écriture belle et adroite (belle prouesse que de faire sentir l’évolution vers l’aggravation  du langage de Mishka). Et puis le thème principal, annoncé dans le titre est si important, savoir dire merci.




Elle s’appelle Michka. C’est une vieille dame aux alluresde jeune fille. Ou une jeune fille devenue vieille par inadvertance, victime d’un vilain sort. 

*

Mais enfin qu’est-ce que vous croyez, madame Seld ? Qu’on accueille ici n’importe qui, n’importe comment ? Mais vous rêvez ! Il n’y a pas de place pour tout le monde, vous le savez très bien ! Pas de place ! C’est pareil pour tout ! Quoi que vous fassiez, il faut passer des tests, des entretiens, des concours, des examens, des épreuves, des compétitions, des interrogatoires ! Vous devez montrer votre adhésion, votre implication, votre motivation, votre détermination ! À l’école, au travail, à l’université, partout, madame Seld, oui, partout, partout, partout, nous devons trier, sélectionner, élire ! Nous n’avons pas le choix. Distinguer le bon grain de l’ivraie, même dans les Ehpad !

*

Quelques minutes plus tard, une femme entre dans la chambre pour lui proposer une collation. Un petit jus de pomme avec une petite paille et un petit gâteau emballé dans un petit sachet. Les mêmes qu’au centre de loisirs.Voilà donc ce qui t’attend, Michk’ : des petits pas, des petits sommes, des petits goûters, des petites sorties, des petites visites.
Une vie amoindrie, rétrécie, mais parfaitement réglée.

*

Quand je m’imagine vieille, vraiment vieille, quand j’essaie de me projeter dans quarante ou cinquante ans, ce qui me paraît le plus douloureux, le plus insoutenable, c’est l’idée que plus personne ne me touche. La disparition progressive ou brutale du contact physique.
Peut-être que le besoin n’est plus le même, que le corps se rétracte, se recroqueville, s’engourdit comme lors d’un long jeûne. Ou peut-être qu’au contraire il crie famine, un cri muet, insoutenable, que plus personne ne veut entendre.


Delphine de Vigan est une romancièrescénariste et réalisatrice française née le  à Boulogne-Billancourt. Elle est l'auteur de dix romans, dont D’après une histoire vraie qui, en 2015, est couronné par le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens.

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