samedi 24 avril 2021

Vivonne. ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Jérôme Leroy





  • Éditeur : La Table Ronde (7 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 416 pages









Autour d’Adrien Vivonne, l’évanescent poète, gravitent quelques personnages qui seront les piliers de l’histoire. Alexandre, son éditeur et « ami » depuis le collège, Chimène, qui mute en Chimère lorsqu’elle rejoint les combattants de Nation Celte, mais aussi Béatrice la bibliothécaire de Doncières, ou Sophie, l’attachée de presse. Et sur un cercle concentrique encore plus distant , les innombrables admirateurs de celui que finalement on ne croisera pas jamais, le ratant de peu à chaque fois.


Et pour le décor, il faut imaginer notre pays dans un futur proche, alors que les mises en garde de plus en plus pressantes sont restées lettre morte, et au moment où nous faisons la connaissance d’Alexandre, un typhon dévaste Paris, tandis que les Dingues au pouvoir tentent de résister à l’assaut de la capitale par des hordes de tout poil, armées jusqu’aux dents.


Nous sommes donc plongés en pleine apocalypse. Tandis qu’Alexandre part sur les traces de son ami envers qui il éprouve des remords pour toutes les vacheries qu’il a pu lui faire par pure jalousie, il découvre peu à peu le charisme quasi surnaturel du poète. Une sorte de messie, qui sème un message d’amour et fait fondre les foules.


Même si le contexte et la construction du roman est différente, il y a quand même du Francis Rissin en filigrane de Vivonne, par l’influence qu’il exerce sur ceux qui l’approchent mais aussi par sa propension à disparaître.


Il fait un peu peur, ce roman, par les perspectives peu réjouissantes de notre avenir proche et que l’on perçoit comme inéluctables. Mais il fait aussi entrevoir des îlots radieux de paix retrouvée, autour des paroles du poète qui sont autant de textes sacrés.


Récit atypique, et envoûtant, avec peut être quelques longueurs cependant. Mais tout de même un excellent moment de lecture ! 




Non, ses pleurs sont plutôt des pleurs de la reconnaissance d'être au monde, d'avoir une vie devant soi pour en explorer la beauté, tout en sachant qu'un retour vers le ventre originel sera toujours possible, parce qu'il y aura toujours la mer, le sexe des femmes, et la poésie pour le dire.

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Vous devez savoir qu'il a toujours été un peu fugueur, depuis l'enfance. Il cherchait un endroit où aller.

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La particularité de sa génération, c'est qu'elle avait vu Soleil vert à quinze ans, et qu'à cinquante, elle vivait dedans 

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Détester ses amis, c'était quelque chose qu'il avait toujours su faire. C'était pour ça qu'il avait réussi dans le milieu littéraire. Détester ses mais, on peut même dire que c'était une règle.

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Seuls les idiots croient que la réalité apprend plus de choses que les romans. Les romans sont les Guides du Routard de l'existence. En mieux écrits et avec des personnages qui nous ressemblent, même s'ils ne nous plaisent pas, surtout s'ils ne nous plaisent pas.

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On dirait que partout où je vais, je tombe sur des lecteurs de Vivonne, sur des évaporations, des distorsions de l'espace et du temps.







Jérôme Leroy a été professeur de français dans un collège du Nord, avant de se consacrer à la littérature. Il est l'auteur de romans, de nouvelles et de poèmes.


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