lundi 22 juillet 2019

L'assommoir

Emile Zola








  • Poche: 566 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche; Édition : Le Livre de Poche (7 décembre 1971)
  • Collection : Classiques
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français







C’était un des opus attendus, parce que déjà lu et apprécié autrefois, L’Assommoir, histoire de l’inévitable descente aux enfers de la petite Gervaise, élevée dans la violence d’un père ivrogne, et qui un temps goûta à la  consolation temporaire de l’anisette, jusqu’à l’écoeurement. Celle que l’on appelait la boiteuse achève sa vie d’enfant à quatorze ans, enceinte des oeuvres d’Auguste Lantier, beau parleur et flambeur. Le couple quitte Plassans  pour Paris, menant grand train jusqu’à épuisement d’un pécule qui devait servir à leur établissement. Lantier boit, Lantier frappe, Lantier fait disparaitre peu à peu les quelques possessions misérables du  couple, Lantier finit par se faire la malle, au sens propre du terme. Et ce fût peut-être le moment où Gervaise vécut dans la sérénité, travaillant pour nourrir ses deux petits, et jurant de ne plus s’encombrer d’un homme. Il aura suffit de l’assiduité un peu lourdingue de Coupeau pour qu’elle mette fin à son serment, et signe là une dégringolade annoncée.

Ce roman offre des scènes mythiques, mises en  images par René Clément en 1956, celles de la fessée au lavoir, celle de la  noce déambulant sous la pluie, celle du delirium tremens, un modèle de description clinique. C’est une fois de plus un travail d’observation et de restitution remarquable que nous offre Zola, avec une grande habileté pour faire coller le cadre et l’écriture . Le langage est celui du peuple, avec ses  mots argotiques, qui sont oubliés depuis longtemps et ses expressions populaires imagées, vulgaires et parlantes.

Peu de politique dans cet opus, ce ne sont pas les divagations alcoolisées de Lantier raillant « Badingue » qui relèveront le niveau.

Pour les personnages, hormis Goujet, le forgeron amoureux, les hommes ne sont pas mis en valeurs : fainéants, alcooliques, parasites, donnant l’impression que les troquets sont plus peuplés que les chantiers, pourtant nombreux dans ce Paris en pleine restructuration.

Quant à la douce Gervaise, un bon fond, une générosité sans faille, c’est sa volonté défaillante qui la conduit à sa perte. Son désir d’indépendance disparait lorsqu’un homme lui manifeste son désir. Reproduisant le modèle familial, elle trace sa voie vers le malheur.


C’est l’un des plus forts et des plus émouvants romans de la série des Rougon-Macquart, une chronique sociale dans la lignée du naturalisme, qui décrit la fin d’une époque où le  savoir-faire anoblissait  l’ouvrier, bientôt remplacé par les machines. 



Au milieu de cette existence enragée par la misère, Gervaise souffrait encore des faims qu'elle entendait râler autour d'elle. Ce coin de la maison était le coin des pouilleux, où trois ou quatre ménages semblaient s'être donné le mot pour ne pas avoir du pain tous les jours. Les portes avaient beau s'ouvrir, elles ne lâchaient guère souvent des odeurs de cuisine. Le long du corridor, il y avait un silence de crevaison, et les murs sonnaient creux, comme des ventres vides. Par moments, des danses s'élevaient, des larmes de femmes, des plaintes de mioches affamés, des familles qui se mangeaient pour tromper leur estomac. 

*

Le vin décrassait et reposait du travail, mettait le feu au ventre des fainéants ; puis, lorsque le farceur vous jouait des tours, eh bien ! le roi n'était pas votre oncle, Paris vous appartenait. Avec ça que l'ouvrier, échiné, sans le sou, méprisé par les bourgeois, avait tant de sujets de gaieté, et qu'on était bien venu de lui reprocher une cocarde de temps à autre, prise à la seule fin de voir la vie en rose !

*

Ah bien ! vous êtes encore innocents de vous attraper pour la politique !...En voilà une blague, la politique ! Est-ce que ça existe pour nous?... On peut bien mettre ce qu'on voudra, un roi, un empereur, rien du tout, ça ne m'empêchera pas de gagner mes cinq francs, de manger et de dormir pas vrai?... Non, c'est trop bête !




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