samedi 14 septembre 2019

Le bal des folles

Victoria Mas








  • Broché: 256 pages
  • Editeur : Albin Michel (21 août 2019)
  • Collection : A.M. ROM.FRANC
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français










Il était prudent, à la fin du 19ème siècle de ne pas afficher une conduite hors des sentiers battus, lorsque l’on était une jeune femme de bonne famille. La sanction menaçait toute « déviante » : direction la Salpétrière, sans autre forme de procès, sans certificat médical, sans même avoir eu un comportement constituant un danger pour soi-même ou pour autrui. D’ailleurs, il est vraisemblable que la seule volonté de l’entourage suffisait à faire enfermer toute personne jugée gênante pour ses proches. Et bien sûr, une fois prisonnière de la sinistre bâtisse, il est extrêmement compliqué de prouver sa « normalité ». 

C’est l’époque où Charcot travaillait sur les manifestations de l’hystérie, qu’il mettait en évidence par l’hypnose, devant un groupe d’étudiants admiratifs. 

Certes les connaissances étaient maigres concernant le fonctionnement du corps humain, mais l’expérimentation faisait fi de l’individu. Aussi la folie pouvait-elle s’exposer, et se donner en spectacle, comme c’était la coutume une fois par an à l’asile, au cours de ce Bal des folles qui donne le titre à l’ouvrage. 

A travers l’histoire d’Eugénie, qui a le tort de posséder des pouvoirs de communication avec les morts, Victoria Mas nous convie au quotidien des habitués du service de psychiatrie, patientes et soignants, et c’est toute la détresse de ces femmes qui apparait entre les lignes. 

Témoignage d’un temps passé, peu enclin à prendre du recul sur ses pratiques scientifiques, 
le roman a le mérite de rendre hommage à ces femmes victimes de la folie de leur entourage. 
Sans pathos, basée sur des documents historiques, le roman se parcourt avec agrément, tout en frémissant d’indignation sur le sort injuste de ces femmes humiliées.


Premier roman, déjà deux fois remarqué (Prix Stanislas et Talents Cultura), présent dans la sélection du prix Fémina, Victoria Mas fait une entrée remarquée dans le monde de la littérature.


Les gens sont-ils si faibles qu'ils ont besoin de croyances et d'idoles, qu'ils ont besoin d'un lieu, même, où venir les prier, comme si chez soi, dans sa chambre, n'était pas suffisant ?

*

Un dépotoir pour toutes celles nuisant à l'ordre public. Un asile pour toutes celles dont la sensibilité ne répondait pas aux attentes. Une prison pour toutes celles coupables d'avoir une opinion.

*

Libres ou enfermées, en fin de compte, les femmes n'étaient en sécurité nulle part. Depuis toujours, elles étaient les premières concernées par des décisions qu'on prenait sans leur accord.









Victoria Mas est fille de la chanteuse Jeanne Mas.

Elle a travaillé dans le cinéma comme assistante de production, scripte et photographe de plateau. 

Elle étudie le cinéma et la littérature anglo-américaine aux Etats-Unis où elle a vécu 8 ans.
Elle y publie en 2014 un ouvrage dédié à la cuisine française, véritable guide pour les américains désireux de se familiariser avec les us et coutumes gastronomiques en vue d'un séjour en France : "The Farm to Table French Phrasebook: Master the Culture, Language and Savoir Faire of French Cuisine".

De retour en France, elle obtient un master en littérature à la Sorbonne.

"Le bal des folles" (Albin Michel, 2019), son premier roman, figure dans la première sélection du prix Stanislas qui récompense chaque année un primo-romancier de la rentrée littéraire. 

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