dimanche 3 novembre 2019

Le corps d'après

Virginie Noar






  • Broché : 249 pages
  • Editeur : FRANCOIS BOURIN (22 août 2019)
  • Collection : ROMAN
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français











Hymne ou élégie à la féminité, à la maternité?

Ce récit, tant il est difficile d’y associer le mot roman, est une confession excrément intime de tout ce qui peut tourmenter l’esprit féminin, de la petite enfance, celle qui crée les les ancrages pour les souffrances futures jusqu’à l’âge adulte, lorsque la terrible étape de la maternité vient bouleverser encore ce qui semblait être établi sur des critères façonnés par l’entourage, la famille, la société.

Les questions sont ordinaires, et constituent le fond e commerce de toute une littérature censée comprendre et proposer des solutions, comme si elles existaient, ces solutions. Puis-je être mère? Qu’est ce que c’est être une bonne mère? Jusqu’à ce que l’urgence d’un petit être vagissant refoule ces interrogations pour laisser place à un instant maladroit et toujours culpabilisant.

La grossesse, avec son lot de modifications corporelles aussi étranges que l’évolution de l’enfance vers la puberté, la sensation d’être habitée, et surtout l’intrusion intempestive de mains étrangères à l’intérieur de son corps, pour d’autres raisons que le plaisir partagé, dans une volonté de bien-faire qui ne se pose plus les questions de l’accord de la patiente. 


Point culminant de l’épreuve : l’accouchement. Décrit avec sensibilité et réalisme, cette douleur incomparable qui survient par vagues successives, annihilant tout raisonnement logique, avec la seule terreur de la vague suivante. Et puis les tissus meurtris, déchirés, qui sonnent le  deuil du corps jouissant d’antan. Assortis d’une fatigue immense, hypnotisante, délétère. Et la naissance de l’angoisse permanente pour la survie de l’enfant.


A qui s’adresse un tel récit? Aux femmes, sans doute, pour faire ressurgir ce vécu plus ou moins lointain. Mais je serais curieuse de savoir ce qu’en pensent les hommes s’ils tentent l’aventure de se plonger dans cette lecture.




Quelles sont les chemins qui mènent au désir d'une vie à fabriquer ? Est-ce pour laisser une trace de tout ce qu'on ne parvient pas à dire derrière les je t'aime ? Est-ce biologique, hormonal, inné que de vouloir engendrer un même que ce soit ? Est-ce pour ne pas faire mourir l'éternité ? Est-ce de l'égoïsme pur ou alors le paroxysme du narcissisme collectif qui fait de nous des êtres multipliables, reproductibles à l'infini, capables de fabriquer des milliers de nous-mêmes et de féconder la planète avec des identiques ? Est-ce parce que nous avons atrocement peur de la solitude à venir ? Est-ce pour avoir toujours une main à tenir, une main qui s'accroche, une main pour s'agripper ? Est-ce pour se remplir la tête et la vie de milliers de choses à penser ? Est-ce pour donner une deuxième chance à l'enfant qu'on a été, où est celui qu'on a oublié d'être, celui qui a du trop se taire d'être un enfant en dessous des adultes ? Est-ce qu'au fond on voudrait réparer réinventer et puis rêver une nouvelle histoire? Est-ce qu’on voudrait faire mieux que nos parents, nous différencier de ceux qui ont façonné nos névroses au lieu de nous aider à grandir ? Est-ce une manière de se distinguer, de devenir des exceptionnels dans un monde uniforme et trop lisse ? Est-ce parce que les autres attendent, derrière les années, que j'endosse le tablier pour devenir mère à mon tour, « alors est-ce que tu t'y mets toi aussi, regarde autour de toi, elles sont toutes enceintes » ?


*

J'aime les premières fois comme les matins balbutiants,  la possibilité d'un autre dessein, celui de la révolution, l'amour fou, le silence. À l'inverse les soirs semblent enfermés ce qui n'a pu être accompli. Les nuits qui tombent sont comme des génériques de fin sur un tableau mortifère, d'ailleurs elles tombent alors que les matins se lèvent, elles s'effondrent alors que les matins triomphent. Les aurores offrent des possibles au monde que les nuits exhalent l’échec.









Virginie Noar est une auteure française. 

"Le corps d'après" (2019) est son premier roman.  

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