mercredi 15 janvier 2020

Germinal

Emile Zola








  • Poche : 605 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche; Édition : Le livre de poche (2000)
  • Collection : Classiques
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français










Germinal, c’est un monument. Un chef-d’oeuvre qui n’a pas pris une ride. Une plongée en apnée au coeur de la mine, et on souffre avec ces hommes et ces femmes qui descendent jour après jour dans la fosse, pour un salaire qui ne leur permet pas de manger à leur faim.

On retrouve Etienne Lantier, à la recherche d’un travail, prêt à accepter n’importe quoi pour ne pas mourir de faim. C’est ainsi que son sort se lie aux herscheuses, aux haveurs et à tous ces forçats que la mine détruit un peu plus chaque jour qui passe.

Les patrons sont prompts à trouver le moindre prétexte pour réduire encore les maigres émoluments dispensés aux ouvriers. Dame, les affaires ne vont pas si bien pour ces bourgeois repus : la mine ce n’est plus ce que c’était!

Alors la révolte gronde et le charisme d’Etienne fait le reste : la grève est déclarée. Avec nombre de victimes innocentes.

Zola décrit avec un réalisme époustouflant la misère et la lutte pour survivre du peuple des mines. En contraste, la vie des bourgeois qui tirent les ficelles, et qui dégustent des mets de luxe à s’en rendre malades, est sidérante. 

La révolte dans sa détermination n’est pas sans rappeler celle qui agite notre pays depuis plus d’un an. On y ressent le pouvoir et force d’un mouvement de foule qui dépasse la simple volonté des individus. 

C’est un roman violent, et je m’étonne de l’avoir lu pour la première fois à 15 ans. 


Aucun regret au contraire de l’avoir redécouvert, bien au contraire, c’est un incontournable dans la série des Rougon-Macquart.



Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seule la grande route de Marchiennes à Montsou, 10 km de pavés coupant tout droit, à travers les champs de betterave. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par le souffle du vent de Mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayer des lieux de marais et de terres nues. Aucune ombre d'un arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres.

*

Jusque-là, il n'y avait eu que la révolte de l'instinct, au milieu de la sourde fermentation des camarades. Toutes sortes de questions confuses se posaient à lui : pourquoi la misère des uns ? Pourquoi la richesse des autres ? Pourquoi ceux-ci  sous le talon de ceux-là sans l'espoir de jamais prendre leur place ? Et sa première étape fut de comprendre son ignorance. Une honte secrète, un chagrin caché le rongèrent dès lors. : il savait rien, il n'osait causer de ces choses qui le passionnaient,  l'égalité de tous les hommes, l'équité qui voulait un partage entre des biens de la terre. aussi se  prit- -il pour l'étude du goût sans méthode des ignorants affolés de science.

*

Oui ce soir, le peuple lâché, débridé, galoperait ainsi sur les chemins ; et il ruissellerait du sang des bourgeois. Il promènerait des têtes, il sèmerait l'or des coffres éventré. Les femmes hurleraient, les hommes auraient ces mâchoires de loups, ouvertes pour mordre. Oui, ce serait les mêmes guenilles, le même tonnerre de gros sabots, la même cohue effroyable, de peau sale, d'haleines empestées, balayant le vieux monde sous leur poussée débordante de barbares. Des incendies flamberaient, on ne laisserait pas debout une pierre des villes, on retournerait à la vie sauvage dans les bois, après le grand rut, la grande ripaille, où les pauvres, en une nuit, efflanqueraient les femmes et videraient les caves des riches. Il n'y aurait plus rien, plus un sou de fortune, plus un titre des situations acquises, jusqu'au jour où une nouvelle terre repousserait peut-être. Oui c'était des choses qui passaient sur la route comme une force de la nature, et ils en revenaient le vent terrible au visage.


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