samedi 11 juillet 2020

Extincta ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Victor Dixen


  • Broché : 608 pages
  • Editeur : Robert Laffont (28 novembre 2019)
  • Collection : Collection R
  • Langue : Français

Nous sommes sur terre, mais dans  des territoires reculés et peu identifiables selon nos repères géographiques du 21è siècle. Les humains survivants s’y  sont regroupés, en quelques communautés qui bien sûr ne pensent qu’à lutter les unes contre les autres. Quant aux conditions de vie, sans animaux et sans végétation, détruits il y a bien longtemps par la folie et l’inconscience des ancêtres, elles sont extrêmement  difficiles. Ce sont les algues qui constituent la matière première pour l’alimentation les vêtements ou les produits cosmétiques.
La société a conservé des codes anciens, divisée en castes, des travailleurs parias, les suants , aux apex, l’élite de mutants qui contrôle le tout. 

La jeune Astréa, du nom de son animal totem, l’étoile de mer, gravée sur sa peau, bêche sans fin les algues nauséabondes , jusqu’à ce que son frère, pressentant une catastrophe sur la chantier s’en prenne au crachant (le surveillant) et se retrouve  prisonnier. Astréa part sur ses traces.
Pendant ce temps le prince héritier déchu, car unijambiste, Océrian, s’échappe du palais avant qu’on ne le contraigne à prendre la route pour épouser la fille d’un ennemi dont il faut se faire un allié. 
C’est le début d’un itinéraire éprouvant à travers des paysages désertiques et sous un soleil meurtrier, pour une bande de suants accompagnée d’un otage de marque…

C’est un roman d’aventure, et d’amour, sur fond de désespoir, devant l’état de cette planète exsangue et promise à une destruction totale (chaque chapitre est un compte à rebours et le titre ne laisse guère d’espoir)

Fort bien conté, et très imaginatif, on prend plaisir à voir l’évolution des sentiments entre la jeune  plébéienne et le prince aux cheveux mauves. 
J’ai beaucoup appréciera le passage où les fuyards se retrouvent chez un médecin à la retraite , qui collectionne les livres et les objets du passé. C’est l’occasion de se délecter de superbes poèmes de Baudelaire.


Un très beau roman de littérature jeunesse.


Qui sont les pleurants qui ont rempli ces pages? demanda-t-elle. - Ce n'étaient point des pleurants, car jadis les castes que nous connaissons aujourd'hui n'existaient pas. On les appelait autrices et auteurs. ils utilisaient les ressources de leur savoir ou de leur imagination pour se souvenir du passé, pour essayer de comprendre le présent, et pour tenter d'imaginer l'avenir. Tiens, justement, la section vers laquelle tu te diriges rassemble celles et ceux qui écrivaient alors de la science-fiction : une sorte de rêverie du futur.

*

Vous comprenez toutes ces langues oubliées? demanda Astréa, émerveillée.
- Certaines d'entre elles. Mais je ne maitrise qu'imparfaitement les codes culturels de l'ancien temps. 
Il se mit à penser à voix haute, tel un ermite habitué à tenir une conversation tout seul : "Les nobles Eloïs de la Machine à explorer le temps préfiguraient-ils les apex des Dernières Terres? Est-ce que le monde de la Servante écarlate, gangrené par la pollution et les déchets toxiques, constituait une prophétie de celui où nous vivons?

*

La poésie, c'est un moyen magique de voyager sans bouger ! reprit Hippocampos avec passion. C'est une prophétie du réel, capable d'ouvrir les portes de la perception ! Une substance plus enivrante que toutes les algues hallucinogènes -  et, je crois même, que les cheveux d'apex. Je te l'ai dit, ce ne sont pas les paradis artificiels qui nourrissent la rêverie immobile de mon viel âge : c'est la poésie, qui ne ment jamais.





Victor Dixen

Victor Dixen est un écrivain français. il  a remporté deux fois le grand prix de l'Imaginaire, catégorie "jeunesse francophone" : en 2010 pour le premier tome de la tétralogie "Le cas Jack Spark", et en 2014 pour le premier tome de la série "Animale".
En 2016, il obtient le Prix Chimères pour "Phobos, tome 1". Il habite à New-York avec sa famille.


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