lundi 24 août 2020

La Disparition d'Adèle Bedeau ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Graeme Macrae Burnet



  • Broché : 288 pages
  • Éditeur : Sonatine (30 août 2018)
  • Traduction (Anglais) : Julie Sibony
  • Existe en version numérique







C’est un roman étrange, un peu hors du temps, que l’on verrait bien adapté au cinéma en noir et blanc… par Chabrol?


Manfred Bauman est un triste sire. Accoudé au comptoir du restaurant de la Cloche, l’esprit accaparé par une auto-analyse du moindre de ses propres gestes, et de l’effet qu’ils ne manqueront pas de produire sur les habitués, on ne peut pas dire que le personnage inspire la sympathie. Quant à cette curieuse impulsion qui le conduit à épier Adèle, la serveuse lorsqu’elle quitte son travail pour aller rejoindre un jeune homme à scooter…


Quand l’inspecteur Gorski entre en scène, c’est pour tenter de résoudre l’énigme de la disparition d’Adèle, et le projet lui tient particulièrement à coeur, dans le but à peine avoué d’exorciser un échec ancien, peut-être lié aux insuffisances d’un enquêteur débutant.


Alors Manfred, toujours dans le calcul subtil des conséquences de ses dires, avec une marge d’erreur confortable, s’enferre dans les mensonges, induits  par ses précédentes allégations. Alors que la vérité l’aurait sans doute exclu de la liste des suspects, ou pas….


Je ne lis pas les préfaces, et en tout cas, pas avant d’entamer la lecture du roman proprement dit. Mais suffisamment intriguée par le ton et l’histoire, j’ai voulu en savoir plus sur cet auteur. Et là, on se demande si ce n’est pas Manfred Bauman lui-même qui a pris la plume pour nous embobiner! C’est signé des initiales de l’auteur affiché sur la couverture, mais on y découvre la vie romanesque de Raymond Brunet qui serait le véritable auteur. Quant à Chabrol…..

Tout cela pour dire que cette préface -là, il ne faut pas la manquer.


C’est avec beaucoup de talent que Graeme Macrae Burnet entraine son lecteur dans un tourbillon de miroir aux alouettes, qui empêchera ce roman de tomber dans une oubliette de la mémoire! Et incitera à découvrir les autres écrits de l’auteur 




C’était un soir comme les autres au restaurant de la Cloche. Derrière le comptoir, le patron, Pasteur, s’était versé un pastis, signe que la cuisine fermait et que dorénavant le service serait assuré par son épouse, Marie, et la serveuse, Adèle. Il était neuf heures.

*

Deux ans plus tard, lorsque Manfred avait raté son baccalauréat, son grand-père l’avait de nouveau convoqué dans son bureau. C’était une pièce au premier étage de la maison, dans laquelle Manfred avait d’ordinaire interdiction d’entrer. Les murs étaient recouverts de livres de droit du sol au plafond, et au centre trônait une grande table ancienne. Il y avait une cheminée, mais M. Paliard était contre le fait de chauffer inutilement la maison et, même au plus froid de l’hiver, il refusait, histoire de donner l’exemple aux autres membres du foyer, d’allumer un feu, préférant rester assis emmitouflé avec un chapeau et une écharpe, dans une atmosphère viciée d’haleine givrée et de fumée de pipe. Manfred n’était convoqué dans le bureau que pour y discuter de sujets de la plus haute importance.

*

Gorski regretta d’avoir pris son imperméable. C’était une douce journée ensoleillée, sans perspective de pluie à l’horizon. Il s’arrêta sur le seuil du restaurant de la Cloche le temps de s’allumer une cigarette, son manteau replié sur le bras gauche. Il remonta la rue de Huningue jusqu’au carrefour. Le commissariat était à quelques minutes à pied sur la rue de Mulhouse, mais Gorski n’avait aucune envie d’y retourner. À la place, il traversa et continua sur l’avenue du Général-de-Gaulle. La plupart des commerces étaient fermés à l’heure du déjeuner et les rues étaient calmes. Gorski aimait ce moment de la journée. On aurait dit que la ville faisait une pause pour reprendre son souffle quelques instants, bien que le rythme de la vie à Saint-Louis ne justifie pas vraiment une telle interruption. Gorski marchait cependant d’un pas déterminé, comme pour donner l’illusion qu’il était en route vers un rendez-vous important.




Graeme Macrae Burnet est un écrivain écossais.
Il a étudié la littérature anglaise à l'Université de Glasgow avant d'enseigner en France, en République tchèque et au Portugal.
Son premier roman, "The Disappearance of Adele Bedeau", a obtenu le New Writers Awards en 2013.


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