samedi 15 août 2020

Que sont nos amis devenus ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Antoine Senanque



  • Broché : 224 pages
  • Editeur : Grasset (11 mars 2020)
  • Collection : Littérature Française



Découverte de l’auteur avec ce roman qui se donne des airs de polar, même si pour une fois, le flic de service est non seulement pitoyable mais aussi nul, dans ses capacités de déduction. 


Lorsque Pierre Mourange attend patiemment l’arrive de son épouse et de sa fille chez leur thérapeute familial, il ne se doute pas qu’une partie de son existence va changer. Les deux femmes de sa vie n’arrivent pas, il sort du cabinet pour confier son mal-être à une masseuse professionnelle, et c’est pendant cet épisode réconfortant que le psychiatre dont il fut le dernier patient à plus d’un titre, choisit de mettre fin à ses jours. Avec le revolver que par curiosité Pierre a manipulé quelques instants…


Cette intrigue est le support pour d’autres évocations, des histoires d’amour, naissantes ou mourantes, des histoires d’amitiés, si profondes qu’elles survivent à des trahisons pardonnées mais pas oubliées, ou font franchir le rubicond de la légalité. 

On aime aussi les papys qui font de la résistance malgré la puissance des forces qui gouvernent l’administration d’une institution qui héberge des personnes âgées 


Le ton est quelque peu désabusé, mais les circonstances ne sont pas particulièrement drôles, et malgré tout, certains personnages nous feront sourire par leur compétences cachées ou leur incompétence notoire.


Beaucoup de plaisir donc à la découverte de ce roman qui m’incite à vouloir explorer l’univers littéraire de l’auteur .




Dans le monde animal, moins tu as de neurones, plus tu te reproduis. Regarde les insectes, à cette minute même, dans le monde il y en a dix milliards de milliards qui continuent à pondre des oeufs. Les poissons sont cent mille fois plus nombreux que les humains. L'anchois européen nous bricole cinquante mille ovules par tête, en moyenne. On ne peut ps dire que ce soit le gratin de la pensée, non?

*

Il y a des enfants qui ont l'air naturellement méchants, se disait Pierre. Des sales gueules qui ne doivent rien aux violences de la vie encre pacifiques avec elles, et qui anticipent stupidement la charge d'amertume, de tristesse, de souffrance promise. Crétins prophétiques, impatients de rejoindre leur chemin de croix.
Sans descendance, Camille avait pour les enfants une appétence limitée. Sa proposition d'interdire la vie au moins de 18 ans n'avait pas emporté tous les suffrages à l'époque où il rédigeait des manifestes pour une société meilleure.

*

Jamais Pierre ne cesserait de louer les bienfaits de l'alcool. Il lui devait tellement. Il avait protégé sa santé des menaces les plus graves, l'anxiété, la dépression, éclaireurs de toutes les maladies en devenir. La vodka avait été la femme de sa vie. Protectrice, caressante, fidèle, mère de détente, d'oubli et de sommeil. Des gouttes de rosée perlaient au find de son verre et  il les contemplait dans la lumière du Sylvia comme des oeuvres d'art. Elles chatoyaient dans son obscurité de vieux pub anglais. L'alcool était bon et beau.




Antoine Sénanque
est né en 1959, à Neuilly sur Seine. De sa carrière d’interne chef de clinique, il tire un premier roman coup de poing, "Blouse", brûlot acéré contre la médecine qui lui vaudra la reconnaissance du public autant que les foudres de ses pairs. 


En 2007, il reçoit le prix Jean Bernard pour son second ouvrage, "La Grande Garde". Neurologue expérimenté, il parvient à rendre palpable la tension d’un service de chirurgie et dépeint les rapports de pouvoirs au sein du monde hospitalier. L’écriture de Sénanque est chirurgicale, précise, brutale et sans concession, pleine d’humeur et d’humour, toujours. 

(Source : Babelio)





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