samedi 12 septembre 2020

La Fièvre ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Sébastien Spitzer




  • Broché : 320 pages
  • Existe en version numérique 
  • Éditeur : Albin Michel (19 août 2020)






Le thème n’est pas nouveau, même si les événements récents lui ont conféré une actualité brulante! 


Brûlante comme cette fièvre qui fait des ravages à Memphis, à la fin du dix-neuvième siècle : l’épidémie tue, et elle provoque dans son sillage les comportements de survie qui se font fi de toute considération empathique ou, au contraire inspirent des vocations de dévouement risqué. La maladie révèle le meilleur comme le pire. 


C’est une petite fille qui se démarque au coeur de ce récit. Emmy, onze ans, métisse,  épileptique, à la recherche du père qu’elle idéalise à l’aune du portrait flatteur que sa mère en fait. Cette quête va être profondément détournée au fil des événements, et Emmy se retrouvera avec Keathing, le blanc du Sud dans toute sa spendeur, et Anna Cook, patronne du bordel local, réaffecté au gré des besoins, au coeur de la tourmente pour tenter de sauver quelques victimes  atteintes par le fléau.


C’est une superbe évocation, racontée de façon très vivante, à un rythme soutenu, qui n’est pas sans rappeler le style de Ces rêves qu’on piétine. Impossible de s’ennuyer une seconde  en suivant le périple désespéré d’Emmy. 

C’est aussi un document qui retrace la vie dans le Sud des EtatsUnis alors que le KKK sévit pour appliquer ses propres règles pour un simulacre de justice. Ce sont des épisodes qui font mal, et c’est d’ailleurs par une scène atroce que débute le roman. Cependant si le racisme est abordé constamment dans ces pages, il n’est est pas le thème principal. C’est plutôt une sociologie des moments de crise, et si ces comportements n’ont pas disparu avec le temps, on constate malgré tout les progrès des instances qui nous gouvernent pour limiter les dégâts. 


L’auteur fait la preuve avec ce troisième roman, de ses talents de conteur qui sait traduire en un roman séduisant la somme de ses recherches bibliographiques.




La nuit touille les remords. Elle en fait une menace, des caillots de pourquoi qui collent comme des regrets. Fallait pas qu'elle s'en aille. Il n'aurait pas dû la laisser partir comme ça. Pas deux fois à New York !

*

Il y avait un mot pour cela. L'imprévision. Quand la frivolité est un instant sublime qu'on rêve de faire durer des éternités. Sa femme avait le don de créer des imprévisions. Lui, jouait de l'harmonica. 

*

L'aube est l'instant des possibles, quand les rêves reflètent et que le réel s'installe.










Sébastien Spitzer
est journaliste et écrivain français. Après Ces rêves qu'on piétine et 
Le Coeur battant du monde, La Fièvre est son troisième roman.

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