lundi 2 novembre 2020

Loin du soleil ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Françoise Henry




  • Broché : 216 pages
  • Existe en version numérique
  • Éditeur : Editions du Rocher (6 janvier 2021)
  • Langue :  Français
  • #Loindusoleil #NetGalleyFrance





Loïc, l’illettré, le débile, c’est à toi que s’adresse ta voisine, celle que blesse les rayons du soleil, pour retracer ton histoire et évoquer les drames qui l’ont marquée.  


Dans la lumière d’un été, ils se sont aimés, Augustin et Nadine, la belle et légère Nadine, dont l’ambition dans la vie se limitait à trouver la meilleure exposition pour faire dorer sa peau au soleil. Tant qu’elle a pu être présente, la vie fut plutôt douce pour toi. Mais le destin en a décidé autrement. Et tu leur en as voulu, à tous, de t’avoir caché la vérité et une fois de plus de t’avoir considéré comme un idiot qui n’y comprend rien. 


Et les années sombres ont suivi, près d’un père en perdition, une marginalité induite par tes lacunes, et une famille peu aimante, voire hostile. 


Cette narratrice bienveillante qui s’attache à retracer l’histoire de Loïc, se fait la porte-parole d’une vie précaire. Chaque page contient en filigrane les prémisses d’un drame annoncé, suggérant la violence contenue et prête à exploser. Personne ne’st coupable, tout le monde est responsable. Le destin vient juste y saupoudrer le grain de sable qui peut faire vaciller tout l’édifice.



Par le biais du tutoiement, l’autrice accentue l’empathie du lecteur, à la fois pour le personnage visé, mais aussi pour cette voisine bienveillante, cachée sous sa voilette, et qui elle aussi se reproche son manque de vigilance lorsque la vie s’est chargée d’alourdir son propre fardeau. 


Histoire d’un rejet, pour les raisons si ordinaires, la peur de la différence, le besoin d’exclure pour se sentir inclus, la bêtise qui s’envisage pas un instant de se remettre en cause. Les remèdes au désarroi profond, sont aussi toujours les mêmes, on s’échappe, rarement en sublimant, beaucoup plus souvent  en se détruisant. Les paradis artificiels ont le goût de l’enfer.



C’est un beau récit, empreint d’humanité , sans être mièvre.


Merci à Netgalley et aux éditions du Rocher.




L'heure va bientôt sonner,  et tu auras une année de plus. Avant  que ça sonne, avant que ça sonne il faut te sauver, petit Loïc. Tu es vivant, tu as 30 ans. Je t'ai aperçu à la fin de l'été, j'ai amorcé le virage et soudain tu étais là, sous l'auvent de la ferme.


*

- Quoi ? grogne t-il? t'as dit quoi .
Tu ne réponds pas. Il ne t'écoute déjà plus. Quelque chose de brûlant comme une vague monte en toi et irradie ton corps. On sait bien qu'il n'y a pas beaucoup de sécurité dans l'amour, et personne ne peut être assuré d'être aimé aujourd'hui, ou demain. Pourtant les enfants, au moins, devraient éprouver cette sécurité là : être aimés par leurs parents. Ne pas savoir si on est aimé est peut-être la chose la plus déstabilisante qui soit, cela peut vous plonger dans un abîme de panique, vous conduire à des gestes  fous.

*

On t'avait dit qu'elle était partie en avion. Tu faisais confiance à ces paroles d'adultes, tu y croyais encore. Alors tu scrutais le ciel uniformément bleu de ce mois déjà frais mais ensoleillé. Tu te sentais tout petit en contemplant cette immensité, encore plus petit puisque la seule sur terre à t'avoir fait comprendre que tu ne comptais pas pour du beurre, c'était toujours ta mère. Pourtant, elle était partie sans te dire au revoir.








Françoise Henry est comédienne et auteur de pièces radiophoniques. 


Elle a publié Eclatements (poésies), Journée d'anniversaire (Calmann-Lévy, 1998), Le Postier (Calmann-Lévy, 1999), Un Amour malheureux (Pauvert, 2000), Mémoires d'un oiseau (Pauvert, 2002), La Lampe (Gallimard, 2003). 

Son titre chez Grasset, en 2006, Le Rêve de Martin, a obtenu le prix Marguerite Audoux.  

(Source : Babelio)





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