lundi 4 janvier 2021

Les coeurs pleins ⭐️⭐️⭐️⭐️

Lauriane Bordenave





Éditeur : J.-C. LATTÈS (28/10/2020)

300 pages 

Existe en version numérique 








 Les coeurs auront été fort sollicités en 2020 pour les titres : qu’ils soient imparfaits, synthétique, ou inquiets. Pour Lauriane Bordenave, ils sont pleins ! 


C’est Lila qui prend la parole et nous confie ses angoisses avant d'entreprendre une quête personnelle et d'ouvrir la boite de Pandore de son histoire familiale


Le premier jour de son stage d’interne à Lariboisière, Larib pour les initiés, elle fait connaissance avec ses deux collègues et avec le mandarin par excellence en la personne du patron du service de neuro-chirurgie où elle va passer ses six prochains mois. Malgré ce travail qui la passionne, elle ne comprend pas cette angoisse qui l’étreint et finit par lui ôter toute énergie. Quel secret intime est en train de faire surface et pourquoi dans cet endroit et à cette période de sa vie ? Bien accompagnée par le prince charmant de service, à savoir l’anesthésiste , elle va partir à la recherche de son passé pour tenter d'y voir plus clair.



C’est agréablement écrit et on s’attache à la narratrice. Avec quelques jours de recul, c’est peut-être un peu trop romantique, mais les propos médicaux sentent le vécu et la réflection autour du don d’organes est intéressante. 





Je ne m’attendais pas à ça. Ce qui est arrivé à l’hôpital Lariboisière n’était pas prévu au programme. Je ne m’attendais à rien de spécial en réalité, rien de plus que la routine d’un stage exigeant en chirurgie. Je m’attendais à marner, ça oui, car à Larib les internes triment comme des malades ; façon de parler.

Si j’avais su, en tout cas, j’aurais peut-être rebroussé chemin.

*

Alors que je prends mes marques à Larib, petit à petit, l’inquiétude que j’ai éprouvée à mon arrivée ne se dissipe pas, bien au contraire. La plupart du temps, je fais bonne figure, je donne le change, mais par moments, fugacement, je me renferme, avec la sensation bizarre que le monde ne tourne pas rond. Je ressens un sentiment d’insécurité inexpliqué et grandissant. Je me surprends à froncer les sourcils plus souvent qu’à mon tour. J’ai mis plusieurs semaines à porter pleinement attention à cette tension qui s’installe insidieusement pour ne plus me quitter. Dans le courant du mois de juin, je porte en moi une anxiété mal contenue, qui arrive à son paroxysme une nuit de garde aussi blanche que les autres.

*

Yves nous avait recommandé de choisir un métier qui nous permette d’être indépendants, poussant le conseil au raccourci suivant : Tu feras médecine ou droit, sous-entendu Il n’y a que ça de vrai. J’ai donc suivi son conseil avisé, car c’était une vision certes étriquée, mais également sécuritaire de l’avenir : la faculté, allez hop, sur des rails, carrière brillante, aucun risque de chômage, roule ma poule. Du reste, j’aurais tout aussi bien pu choisir le droit sur Ravel, la plateforme minitel des affectations post-bac de l’époque, et devenir avocat ou juge. Mais non, j’ai fait comme maman. Les chiens ne font pas des chats. Toutefois, je me pose parfois la question : Qui d’autre aurais-je pu être que le docteur Babin ? La réponse vient toute seule, évidente : rien, personne. Ma blouse blanche me va comme un gant, je suis médecin de la tête aux pieds, dans l’âme pourrait-on dire. Je suis heureuse d’aller travailler le matin et je trouve un sens à mon activité. Je rends service. Je n’ai donc aucun regret d’être rentrée dans le moule qu’Yves avait imaginé pour nous protéger.






Lauriane Bordenave est médecin anesthésiste au centre régional de lutte contre le cancer Gustave Roussy.
Elle a travaillé sur le développement de l'utilisation de l'hypnose médicale au bloc opératoire.

En octobre 2017, sort "L'hypnose pour mon enfant", aux éditions In Press.
En février 2018, elle publie un livre en collaboration avec Adrian Chaboche : "L'autohypnose" aux éditions Josette Lyon.

Les coeurs pleins est son premier roman




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