mardi 23 mars 2021

Toni tout court ⭐️⭐️⭐️⭐️

Shane Haddad 




  • Éditeur : P.O.L (7 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 160 pages
  • Première sélection Prix Orange








Ne pas se fier à la toute première impression : l’originalité de la syntaxe pourrait être de nature à décourager le lecteur. Or le rythme imprimé par l’alternance de la première et de la trois!ème personne, la brièveté des phrases devient vite une musique envoutante. 


C’est donc au rythme des pensées agitées et turbulentes de Toni, le jour de ses vingt ans, que l’on découvre peu à peu qui se cache derrière ce personnage en quête de sens et d’identité. Seule au au  coeur des foules anonymes du métro ou du restaurant, c’est sur les gradins d’un stade de foot qu’elle semble enfin trouver un sentiment d’appartenance, de communion, dans cette liesse qui unit les spectateurs. Peu importe le spectacle du stade dont elle connait à peine les règles;


Cette journée dense en micro-événements est un rite de passage de l’adolescence  à l’âge adulte, avec la métaphore d’une blessure rituelle, et les plaisirs régressifs qu’il faudra oublier. 


Le lecteur est à la fois spectateur de la mutation mais aussi en pleine immersion dans les pensées automatiques de la jeune femme. Pensées désordonnées qui confinent parfois à la folie.


C’est un premier roman impressionnant et original, reflet du ressenti d’une génération en mal de repère.



Toni se réveille un matin avec quelque chose entre le cœur et la gorge qui lui donne un air chagrin. Le matin elle est sensible. C'est le matin d'un match, c'est un vendredi. Possible que Toni ait fait un mauvais rêve la nuit dernière, parce que cette chose qu'elle a entre le cœur et la gorge n'est pas là tous les matins. Certains matins elle a cette chose, ce qui fait qu'elle connaît la sensation. Mais certains matins elle ne l'a pas et elle oublie que la chose existe. se réveille un matin avec quelque chose entre le cœur et la gorge qui lui donne un air chagrin. 

*

Paule tu es un oublié. Je t'ai eu sur ma peau mais aucune trace n'est restée. Paule je ne pense plus à toi. Si je pensais encore à toi je te ferais du mal.


C'est ce béton. Il y en a tellement qu'on a envie de toucher. Le toucher pour mieux le comprendre. Mais combien de saletés de microbes et de bactéries vont se poser sur mes doigts. Combien de peaux ont troublé le repos de ses murs. Des peaux transpirantes, des peaux  infectées, des peaux  boutonneuses, des peaux  irritées. On ne voit rien dans la mémoire du béton. Le béton ne retient rien,  pas de chair, pas de souffle.





À 24 ans, Shane Haddad publie son premier roman “Toni tout court”. Un roman d'apprentissage ultra contemporain, commencé dans le cadre d'un master Création littéraire. 

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