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Le vestiaire américain ⭐️⭐️⭐️⭐️

 

Le vestiaire américain par Desportes


Jean Desportes

Il avait tout pour réussir, et il est allé au bout du chemin tout tracé. Formaté depuis toujours l’aune des ambitions familiales, le parcours n’a pas posé de problèmes :


« Le genre de garçon valable et sans histoire, parfait résultat de l’éducation d’un milieu, que toutes les familles espéraient voir un jour franchir leur porte »


 Il est doué, il sait faire. Trop bien ? Lorsqu’il pointe du doigt une anomalie dans la gestion des comptes d’un client, et qu’il en fait part à son N+1, une descente aux enfers commence…


Se retrouver au placard, sans bien comprendre son erreur, c’est une occasion rêvée de faire le point sur son parcours, et d’en repérer les failles. Les motivations profondes ont sans doute été uniquement une façon de rentrer dans le moule, de ne pas faire de vagues. Mais si les apparences renvoient un portrait lisse, net, et sans bavures, la pression est une sorte de carburant qui permet de se voiler la face. 


Si le personnage est au départ peu sympathique, sûr de lui, trop parfait, on comprend avec ce qu’il nous dit de son histoire, que les choix ont été faits pour lui, à sa place. Il suffit d’un grain de sable pour tout remettre en cause, et l’édifice qui semblait si solide s’effondre en un instant. 


Le milieu dont il est issu est décrit avec ironie, et le narrateur égratigne les coutumes, les mariages arrangés, où les rencontres sont tout sauf fortuites et la place de la tradition comme focus incontournable.


C’est une leçon d’humilité pour ce jeune cadre, qui, s’il paraît imbu de lui-même présente malgré tout la qualité de ne pas jeter un regard méprisant sur ceux qui n’ont pas eu sa chance initiale. 


L’écriture est brillante, et rend parfaitement compte de la morgue puis de la lucidité des propos du héros.  


Le roman dénonce plus qu’il n’approuve les dérives d’une classe sociale, qui bien que née avec une cuillère d’argent dans la bouche, n’est pas plus à l’abri d’une déconfiture que l’ensemble des acteurs du monde du travail. Prenant au fil des pages un ton de thriller, la lecture devient addictive. 


356 pages, Les éditions du Rocher 1er février 2023 

 #LeVestiaireaméricain #NetGalleyFrance








 J’étais, je le savais parfaitement, le genre de garçon valable et sans histoire, parfait résultat de l’éducation d’un milieu, que toutes les familles espéraient voir un jour franchir leur porte 


.


Avant de devenir une oeuvre pressée sur du papier bible relié dans un in-folio couverture cuir sanctuarisée en haut d’une étagère, un livre est un matériau vivant qui raconte son époque en saisissant les moeurs de ceux qui la traversent. 


Né en 1980, Jean Desportes est auteur, journaliste et chroniqueur TV.



1 commentaire:

  1. Je ne connaissais pas du tout, merci pour la découverte, ça pourrait peut-être me plaire.

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