Thomas Gunzig
Plus de quarante ans après la lecture des chefs-d’oeuvre de la collection Présence du futur, qui éditait en format des incontournables (Ray Bradbury, Isaac Azimov …), je ne pensais pas retrouver un roman qui unisse la science et la fiction de façon aussi harmonieuse.
La science, oui, il en est question et même les théories les plus ardues pour des non spécialistes (relativité, mécanique quantique…) mais finalement proposée sous une forme quasi poétique et une fois que l’on a accepté de ne pas tout comprendre à l’aune de notre logique personnelle basique, ça passe, et même la découverte qui permet à partir des données de ces disciplines de passer dans une autre dimension de l’espace -temps : on s’en réjouit !
Et la fiction est géniale, imaginative , tout en gardant quelques liens avec la science évoquée ci dessus.
C’est donc un voyage ébouriffant qui nous est proposé en compagnie d’une équipe triée sur le volet pour pouvoir tirer parti d’un espace parallèle , c’est à dire comme la nature humaine ne peut s’en empêcher, en pillant les ressources à disposition. C’est sans compter avec ce que cache cet univers …
Happée par l’histoire et inquiète de connaitre son dénouement, et portée par une admiration très forte pour le personnage de Léa, j’ai dévoré cette version moderne de la découverte des Amériques.
Léa, outre le fait qu'elle soit la plus clairvoyante, est aussi une nostalgique de l’enfance, portée par une appétence pour l’observation de ce qui l’entoure.
« Un âge où tout était toujours neuf, ou chaque chose était à la fois un mystère et une fête, la lumière dans un verre d'eau, le bruit du vent contre la fenêtre, la molette de la purée, le goût d'une cerise, la couleur d'une chaise. »
On aime aussi qu’elle soit une femme, dans ce domaine assez réservé aux hommes (d’ailleurs c’est un homme qui lui volera une de ses découvertes)
On est dans un futur où les pires prédictions négatives se sont réalisées.
« il y a 30 ans, les derniers éléphants sont morts. On s'est raconté qu'on les ferait revivre, qu'on les récréerait à partir de leur ADN, comme si un fantôme en éprouvette pouvait remplacer une espèce disparue. »
Mais au delà du post-apocalyptique il y a aussi la question de la vie après la mort et là je n’en dirai pas plus.
De merveilleux passages sur le souvenir :
« Un souvenir, ce n'est pas rien, c'est quelque chose de vivant. C'est quelque chose qui agit. Quelque chose qui résiste à sa propre disparition. Quelque chose qui évolue. C'est ça que personne n'a l'air de comprendre. »
On passe donc un excellent moment, et les adeptes de la science fiction autant que tous ceux qui disent ne pas aimer le genre devraient s’y retrouver
Merci à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert
356 pages Diable Vauvert 20 août 2026
Masse critique Babelio
À ton avis, l'humanité mérite-t-elle de continuer à vivre ? Elle ruine tout ce qui est mis entre ses mains, elle s'entre-tue, la souffrance est permanente, de génération en génération, elle est parvenue à détruire son propre monde, tu ne crois pas qu'il serait temps d'en finir une bonne fois.
*
Un souvenir est une créature vivante, délicate et sensible. Un souvenir n'est pas que l'empreinte d'un évènement, court ou long, c'est un être qui habite l'univers au-delà du temps, qui se cache, et parfois revient, qui change de forme, qui se déguise, mais qui ne cesse jamais de s'adresser à vous.

Thomas Gunzig est écrivain, libraire, chroniqueur et professeur belge.
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