mercredi 2 septembre 2020

Avant la longue flamme rouge ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Guillaume Sire





  • Broché : 336 pages

  • Éditeur : Calmann-Lévy (2 janvier 2020)
Existe en version numérique

  • Langue :  Français





C’est un récit dramatique et profondément émouvant.


 L’histoire remonte à 1975, au Cambodge, lorsque les khmers rouges destituèrent Norodom Sihanouk de son trône, déclenchant une guerre civile avec tout ce qu’elle implique d’atrocités. Saravouth a onze ans. S’il ne peut mesurer tous les enjeux de ce qui vient bouleverser son quotidien, il perçoit clairement le danger qui rode, et se tient prêt à tout instant à se réfugier dans son Royaume intérieur, nourri des instants de bonheur qu’il cueille comme des coquelicots poussés sur une ruine pierreuse, et d’un univers littéraire qu’il découvre  avec gourmandise, où décors et personnages se plient à ses volontés. De Peter Pan à l’Odyssée, ils sont là bien présents, ses compagnons de voyage, dont il a conscience que leur disparition signifierait la fin de tout. Jusqu’où ses capacités d’imagination pourront-elles le protéger contre l’Empire extérieur si cruel?


La perte de sa famille, sa survie miraculeuse lors d’une fuite digne des plus rocambolesques films d’aventures, tout cela est d’autant plus incroyable lorsqu’on apprend qu’il s’agit d’une histoire réelle et que le jeune garçon rêveur vit de nos jours aux Etats-unis, entre défis aux échecs et lutte contre les démons qui ont envahi son Royaume. La vidéo dont le lien apparait à la fin de l’ouvrage est terriblement émouvante.


La littérature ne manque pas de récit de guerres, y compris ceux contés par des enfants (on se souvient du sublime Petit Pays de Gaël Faye). Et celui ci ne se démarque pas, si ce n’est pas l’extraordinaire intelligence et la capacité de résilience hors du commun du héros, et du don d’écriture de l’auteur qui manie les mots pour composer un récit où se mêlent barbarie et  onirisme, pour un grand moment de lecture.




Les mots, leur dit-elle, sont des hameçons envoyés par les poètes pour creuser des sillons sous le soleil, la mer, les cimes de l'Himalaya, les jardins multicolores, les horloges mécaniques. Les mots dansent partout. Ils travaillent. Ils organisent des  batailles. La vie, les étoiles, la peau, le silence, ce sont des mots. Ce sont des hameçons. Il suffit d'écouter.

*

La mémoire Bode autour de ces jours des ramifications qui fleurissent ou au contraire, pourrissent, de sorte que tous les matins, les fleurs et les zones infectées s'agencent différemment. Saravouth est en vie. Ces fleurs, cette pourriture, c'est la vie.











Guillaume Sire est un écrivain français né en 1985. 
Il commence avec la poésie, et des prix remportés au concours de l’Académie des jeux floraux pour les poèmes "L’amour est une impression" (2005) et "Nymphéas" (2006).
Repéré par l’écrivain Denis Tillinac, il publie son premier roman, "Les confessions d’un funambule", aux Éditions de la Table Ronde en 2007. 

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