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Sainte Emmerderesse ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

 Audrey Alwett 











Suzanne saisit l’opportunité qui s’offre à elle sous la forme d’une manne soudaine et inespérée : elle a gagné au loto. Une jolie somme, mais pas de celles qui constituent un matelas inépuisable pour toute une vie. Cependant, ce million d’euros va lui permettre de fuir sans explication sa famille qui la traite comme une esclave taillable et corvéable à merci !


Elle se retrouve ainsi propriétaire d’un manoir, qui a englouti son pécule. Elle devra donc chercher les moyens financiers d’entretenir cet édifice , qui n’est pas de la première fraîcheur. Trois colocataires eux même en rupture avec leurs proches feront l’affaire. La découverte d’une tombe dédiée à Sainte Emmerderesse sera le début d’une folle aventure , qui emporte le lecteur dans une lecture jubilatoire 


« D 'ailleurs, qu'est-ce qu'une emmerderesse ? Une emmerdeuse, assurément, mais en plus raffinée, car le suffixe « -resse » de la noblesse. On le trouve dans enchanteresse, chevaleresse, doctoresse, ou vainqueresse. Ça vous impose un pouvoir aussi. On emmerde pas une emmerderesse , c'est elle qui vous emmerde. »


Non seulement l’entreprise de nos laissés pour compte se développe au-delà de leurs attentes mais elle est une véritable  école d’indépendance et d’excentricité assumée. 


Par ailleurs l’autrice insère avec beaucoup de malice une foule d’informations historiques , en particulier sur la vie des saints ou de l’histoire de la religion catholique, ou de l’intimité de l’un de nos plus illustres rois, avec une verve réjouissante. On se régale.


Ainsi on fustige Sainte Catherine : 


« Si la religion avait eu deux sous  de logique, Sainte-Catherine serait devenue la patronne des vieilles filles à chat qui vivent leur meilleure vie, affalées sur les coussins de leur bibliothèque, en sirotant des cocktails. Au lieu de quoi, elle devint celle  par qui l'on enjoignait aux femmes de trouver un mari avant leur 25 ans. »


Et je n’ose pas parler de Saint Brice !


Bien d’autres thèmes plus contemporains sont égratignés par la griffe de l’autrice, comme les réseaux sociaux : 


« Facebook fut créé par un homme aux allures de gargouille, pour noter les étudiantes des États-Unis, comme de la bidoche en vitrine »


Ou l’inégalité entre les hommes et les femmes 


« On apprend aux femmes à se contenter de peu. En revanche, pour les hommes, c'est Monica Bellucci ou rien. »




On s’installe dans l’histoire avec un grand plaisir, la revanche des faibles est toujours une source de bonheur, mais attention le parcours n’est pas forcément gravé dans le marbre et un revers de taille risque fort de troubler la sélénite retrouvée de nos personnages.


Un premier roman brillant et drôle,  qui se paie le luxe d’être de plus instructif ! 


416 pages Héloïse d’Ormesson 15 janvier 2026








Les emmerdes sont une chose qui nous rapprochent tous en tant qu’humains.



C'est une constante de l'humanité. On a jamais trop besoin de la bousculer pour en réveiller la bête et ses bas instinct, suspendus à elle, comme une armée de tique.



La fonction sociale des boucs émissaires n'est plus à prouver.. Dans la Grèce antique, on les sacrifiait  pour expier les fautes collectives. Mettre un groupe à l'index, ça vous fédère une nation. Plus tard, la Bible,  on culpabiliserait tout un genre, ce serait la faute à Ève. Selon les siècles et les lieux, les Gaulois, les Roms, les Savoyards ou les transgenres prendraient leur tour.





Audrey Alwett



Née en 1982 Audrey Alwett est une écrivaine française.elle publié de nombreuses romans jeunesse et de la Fantasy.  Sainte Emmerderesse est son premier roman adulte 


La révélation ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Chris Chauvin 











C’est une véritable symphonie en dogue majeur que nous propose Chris Chauvin, une composition aux accents slaves, hantée par les noms des plus grands écrivains russes. Pourtant ces noms sont portés par des chiens ! Des lévriers, des caniches, des labradors et d’autres spécimens issues de la rencontre fortuite de couples en proie aux appels de leurs sens. 


A l’origine du bouleversement qui nous sera conté, un accident, de ceux qui précédent souvent les grandes découvertes. Le chien du dénommé Vadim Arkadiévitch Balaïev subit une transformation au contact d’un irradiateur, instrument destiné à améliorer  la glisse d’un snowboard, passion absolue de Vlad, le carrossier au langage fleuri.


L’effet est radical, il fait du chien un animal doté d’une intelligence particulièrement affutée. Son bon coeur fera le reste pour lui, et il s’acharnera à faire profiter ses congénères de ce surplus de compréhension. Une fausse bonne idée ???


Un sujet très original, des personnages exceptionnels, depuis la Ferme des animaux je n’ai pas le souvenir de voir des animaux tenir un rôle aussi important dans un roman.


Mais les humains sont bien présents, avec à leur tête le dénommé Vadim sus-cité dont les dialogues sont à eux seuls une prouesse tant il doit être difficile de garder le cap pour exprimer ses moindres échanges dans son langage poétique à force d’être ordurier !

On y côtoiera aussi une kiné aveugle, une étudiante en ingénierie 3D, un directeur marketing et sa chef d’atelier Svetlana,, et une foule d’autres personnages pris dans l’engrenage de cette folle histoire.


Outre une belle connaissance de la culture russe et de Moscou particulièrement, ainsi que de l’univers des chiens, l’autrice fait preuve d’une belle imagination pour nous conter cette fable philosophique qui suscite de nombreuses réflexions sur notre propension humaine à mettre le bazar dans nos vies dès qu’un groupe animé d’un but commun se constitue. Ces animaux qui découvrent la vie en société et tentent tirer parti pour améliorer leur sort, nous ressemblent étrangement.


Et puis je ne manquerai pas de souligner l’écriture : j’admire le talent pour décrire l’aspect d’un visage aux traits marqués par l’alcool :


« Avec les années, elle avait fini par lui patiner la face d'une surprenante, nuance carmin-violacée, dont  la teinte, n'était pas sans rappeler, justement, le célèbre étendard  marqué d'une faucille et d'un marteau »


Premier roman remarquable, pour son originalité et la virtuosité de sa prose.


Merci à l’autrice pour sa confiance


442 pages Librinova 26 novembre 2025







Nos noms, reprit-t-il, seront un signe de ralliement, la marque indubitable de notre insurrection, et puisqu'à ma connaissance, aucun chien n'a encore été élevé au rang de chefs parmi les hommes, autant choisir à cet effet, les noms qui sont les plus illustres parmi les leurs : cela sonnera, comme un perpétuel avertissement, comme une menace qu'on adressera à leur vile arrogance


*


C'est fou, quand j'y pense, la foule de choses qu'on nous impose depuis la naissance ! Et voilà que maintenant dans le faible espace de liberté qu'il me reste, je devrais encore me soumettre à la volonté d'un tel ou d'un tel ? Homme ou chien, c'est la même vermine…quand elle entend dominer les autres.


Désirant depuis toujours comprendre ceux qui s’expriment différemment, ceux qui peuvent paraître inadaptés dans un monde chamboulé, notamment les animaux, Chris Chauvin a entrepris des études d’écologie, à la fin des années 1990, avant d'approfondir l'éthologie sociale des primates. Quelques années et voyages plus tard, toujours dans un même soucis d’éloignement des sentiers battus et de compréhension de langages alternatifs, Chris Chauvin a travaillé successivement auprès d'enfants dyslexiques, d’élèves amérindiens de Guyane ou des écoles internationales de métropole ne parlant pas le français. Chris Chauvin, alias Nastasia-B sur Babelio, prépare un second roman intitulé La Joueuse de banjo et l’entomologiste.







Amputation ⭐️⭐️⭐️

 Bruce Wagner 




Los Angeles brûle. Ambiance d’apocalypse. Le feu dévore les villas et tue sans état d’âme. Emergeant de ce décor de fournaise, on découvrira les voix successives d’un panel de personnages hauts en couleur. Un trio de racailles qui y voient une belle occasion de piller, une vieille femme  qui se souvient, une influenceuse pro palestinienne, la maire afro-américaine de la ville, entre autres,  et je n’oublierai pas celui qui m’a le plus touchée : Stephen, l’humoriste coincé sous un arbre déraciné, dont les liens avec Le Seigneur des anneaux se font très intimes ! 


La panoplie de ces êtres disparates offre l’opportunité de varier les ponts de vue et de dynamiser la lecture, qui est parfois difficile d’accès en raison de nombreuses références souvent cryptiques. 


Le roman est assez court mais j’ai malgré tout éprouvé une sensation de longueur dans des chapitres que je n’ai pas compris.


Une lecture mitigée, sans doute réservée à des connaisseurs chevronnés des peoples américains. Un risque aussi de gloire éphémère pour ces noms qui s’effaceront dans la course à la célébrité qui gomme impitoyablement la renommée dans ce palimpseste de la vie publique 


Une mention spéciale pour la traductrice qui a accompli un travail remarquable, si l’on considère l’originalité du style de certains des personnages !


Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine 


304 pages Sonatine 21 mai 2026

Traduction Karine Lalechère 

Titre original : Amputation 23 09 25

#Amputation #NetGalleyFrance





Donc t'étais à la plage à t'enfiler des plateaux de fruits de mer gratos pendant que je bouffais de la merde en zonz ?

Hahaha, écoutez-le qui fait le bonhomme. Quand je t'ai connu t'étais un bébé ! Tu chiais encore ton Happy Meal !


*


Elizabeth Finch ! La Bernie Madoff des bobards –Bernadette Madoff Finch ! La folle dingue en mal d'attention, qui racontait qu'elle avait un cancer des os, décrivait ses séances de chimio, et faisait semblant de vomir dans les toilettes du studio pour se faire plaindre !


Bruce Wagner


Né en 1954, Bruce Wagner est un acteur, producteur, réalisateur, scénariste et écrivain.




Bilan Mai 2026

 


Il suffit parfois d'un cri ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Ludovic Deblois











Si le roman s’ouvre sur l’assassinat d’un ethnologue au Brésil, les chapitres qui succèdent à ce prologue nous inviteront à découvrir l’univers de différents personnages, jamais indifférents au sort de la planète, mais pas nécessairement à l’unisson quant aux moyens de gérer l’affaire. 


En France, une catastrophe naturelle fait la une de l’actualité : une tempête sans précédent ravage le Sud-Ouest. Les météorologues n’ont rien vu venir et n’ont donc pas alerté la population. Pourtant, Amaya, dont les recherches tournent autour du comportement animal dans ces situations, avait fait part de ses observations sur les dauphins et les oiseaux…


Le hasard l’amènera à rentrer Nassim, dont les compétences en décryptage des sons seront fort utiles pour comprendre ces émissions nouvelles captées chez les animaux. Leur association fructueuse pourrait même aller au-delà de la collaboration scientifique…


Difficile d’ignorer le tonitruant de Mutigny, fervent défenseur de la chasse à courre, particulièrement actif pour défendre ce qu’il considère comme ses droits et bénéficiant d’une oreille attentive de la part du président de la république. 


Ce dernier, Chabert, tente vainement de faire régner une harmonie autour de ces sujets sensibles, mais doit aussi composer avec sa vie de famille : sa fille est devenu mutique sans qu’un traumatisme ait été repéré par l’entourage. 


L’intrigue principale tournera autour de ce message que les animaux tentent de faire passer aux hommes, avec en parallèle une enquête pour comprendre le meurtre commis en Amérique du Sud. Peu à peu, les personnages se croisent se rencontrent pour donner une cohérence globale à l’intrigue


On parcourt avec beaucoup d’intérêt  cette dystopie , qui nous invite à revoir nos liens avec les animaux, pas seulement dans le but de sauvegarder ce qui peut l’être encore mais nous faire imaginer une véritable coopération et non une relation de prédateur-proie. 


Un roman riche, mené tambour battant, avec une belle documentation, parfaitement intégrée au texte 


Merci à l'auteur pour sa confiance 



340 pages Candela 10 janvier 2026






C'est normal qu'on veuille éradiquer ses prédateurs ! On n'en a assez de cette apologie de la biodiversité. Dans la nature, c'est plus fort qu'il l'emporte, un point c'est tout. Si on intègre pas ça, on se fait bouffer !



Né en 1977, Ludovic Deblois est un écrivain français. Il suffit parfois d’un cri est son troisième roman. 



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