Pierre Devriendt
C’est un repas de famille qui a tout déclenché. Il y est venu seul. Comme il le dit, passé les premières vingt minutes de l’apéritif, plus rien de l’intéresse. La conversation s’éternise sur des sujets bateau. Mais au lieu de subir l’ambiance dans une demi-conscience, voilà qu’il met à interroger sa voisine, et lui pose une question aussi intime qu’inattendue : a-t-elle une passion ? L’intérêt pour le sujet s’empare des convives, mais l’arme se retourne bientôt contre lui, prié de répondre à sa propre question. C’est lors qu’il avoue créer des blasons. Et de s’expliquer auprès de la famille entière sur la signification de ce hobby. Il s’agit de coller incognito au dos d’une toile un texte imaginé à partir de ce que lui inspire l’oeuvre.
« Quand je vois un tableau qui me touche, j'écris ce que je ressens. C'est une sorte d' hommage au peintre, même s'il ne lira jamais… »
A ce petit jeu, il s’est fait prendre et a été considéré comme un voleur, la famille avait entendu parler de cette anecdote qui lui vaut le mépris général de ses proches. Mais finalement cet épisode est en quelque sorte le premier jour du reste de sa vie qu’il consacrera à cette activité, en tentant cependant d’en tirer profit et abandonner son train-train de petit fonctionnaire. Un choix crucial d’autant que l’avenir laisse entrevoir des horizons plus sombres.
« Trop de choses en moi auront été modestes, le désir de ma mère de m'avoir, ma carrière de besogneux administratif, la liste de mes amours. Je ne veux pas que la fin de ma vie le soit aussi. »
Une idée très originale qui permet au lecteur de s’immiscer dans le monde de l’art pictural et de la poésie, ici réunis dans l’imagination créative de l’auteur.
Le glissement d’une vie faite d’ennuis et de dépression larvée vers le développement d’une entreprise aussi folle que nécessaire.
Dans la veine de Bouvard et Pécuchet, cité dans le texte, ce roman plein d’humour aborde pourtant le thème de la solitude ordinaire, de l’ennui de petites vies plus subies que choisies, et n’y a t-il pas de meilleur héros que celui qui opte pour le pas de côté, avec l’énergie que le risque procure ?
« Quelques rares, en sortent une œuvre, illustre ou confidentielle. Tous les autres se consument et s'éteignent, faute d'avoir su et, comble de l'ironie, sans avoir non plus profité des petits plaisirs du chemin. »
Sur la voie prédite des soucis à venir, l’art est une forme de thérapeutique :
« Les oeuvres d’art semblent-elles agir comme un retardateur de l’oubli. Parce qu’elles véhiculent les émotions les plus puissantes, probablement »
Un roman très agréable à découvrir, pour son originalité, pour son contenu artistique intéressant, et pour l’humour qui permet d’aller le fond de cette histoire en somme plutôt désespérante.
Merci à l’auteur pour sa confiance.
228 pages M.E.O 22 janvier 2026
SP
« Quand je vois un tableau qui me touche, j'écris ce que je ressens. C'est une sorte d' hommage au peintre, même s'il ne lira jamais… »
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« Trop de choses en moi auront été modeste, le désir de ma mère de m'avoir, ma carrière de besogneux administratif, la liste de mes amours. Je ne veux pas que la fin de ma vie le soit aussi. »
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« Quelques rares, en sortent une œuvre, illustre ou confidentielle. Tous les autres se consument et s'éteignent, faute d'avoir su et, comble de l'ironie, sans avoir non plus profité des petits plaisirs du chemin. »
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« Les oeuvres d’art semblent-elles agir comme un retardateur de l’oubli. Parce qu’elles véhiculent les émotions les plus puissantes, probablement »

Après une carrière de consultant d’entreprise où il fallait écrire « rapide, utile et contrôlé, Pierre Devriendt découvre le plaisir de donner vie à des personnages qui s’affranchissent de l’auteur et de ses intentions de départ.








