Agnès Desarthe

Itinéraire sinueux d’une famille depuis Oran au coeur du vingtième siècle, le récit débute avec l’arrivée en France d’un jeune homme de dix-neuf ans, qui s’apprête à poursuivre ses études à Paris. Trente ans plus tard, une petite fille de sept ans, « consciente d’être sur le déclin » depuis que ses boucles ont laissé la place à une chevelure terne et plate, s’interroge sur ses origines, et sur sa place dans le conflit qui déchire le Proche-orient, quand la géographie ou la religion se mêlent pour brouiller les pistes de l’origine.
Les figures familiales seront analysées à l’aune de cet exil fondateur. Avec un portrait acéré de la grand-mère, qui bien que femme, est chef de famille .
Une personne autoritaire et brutale qui se débat comme elle peut avec l’impuissance que fabrique l’exil. Manières nouvelles, vêtements nouveaux, nourritures inconnues. Quand on quitte son pays, on se sent destitué, infantilisé. On perd d’un coup ce qu’on a mis une grande partie de sa vie à acquérir.
Ces années d’enfance, qui sont des années d’apprentissage, font feu de tout bois. Ainsi, passé le temps de la maternelle où la narratrice avait ressenti une appétence pour le savoir, le temps de l’école a été un terrain propice pour tenter de comprendre le fonctionnement de la société.
L'école n'a été pour moi qu'un laboratoire de relations humaines, un lieu protégé, où je tentais de comprendre ce que signifiait les liens, l'autorité, la concurrence, la jalousie, l'admiration, un Dieu neutre, dépourvu d'affect, préexistant, ignorant de la généalogie, exempt de toute culpabilité familiale.
Les mots, la langue, les outils de communication font l’objet de réflexions en lien avec l’appartenance. Ainsi :
Lorsqu'on cherche à restituer le sens d'un texte, la connaissance du vocabulaire ou de la syntaxe ne suffit pas. Quand on passe d'un idiome à l'autre, on en emporte avec soi plus que des mots.
On comprend la portée d’une telle affirmation quand sait le talent de l’auteur en matière de traduction.
En filigrane, un amour partagé pour la chanteuse Oum Kalsoum dont la voix a occupé les espaces de silence familial en créant un ciment propice à la transmission.
Récit intime, qui tente de composer avec les souvenirs et les bribes de l’histoire racontée, le puzzle d’une identité à construire . Avec comme toujours, l’art de manier la langue, qui fait mouche .
Merci à Netgalley et aux éditions Buchet-Chastel
192 pages Buchet Chastel 8 janvier 2026
#Quiseressemble #NetGalleyFrance

L'école n'a été pour moi qu'un laboratoire de relations humaines, un lieu protégé, où je tentais de comprendre ce que signifiait les liens, l'autorité, la concurrence, la jalousie, l'admiration, un Dieu neutre, dépourvu d'affect, préexistant, ignorant de la généalogie, exempt de toute culpabilité familiale.
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Une personne autoritaire et brutale qui se débat comme elle peut avec l’impuissance que fabrique l’exil. Manières nouvelles, vêtements nouveaux, nourritures inconnues. Quand on quitte son pays, on se sent destitué, infantilisé. On perd d’un coup ce qu’on a mis une grande partie de sa vie à acquérir.
Née en 1966, Agnès Desarthe est écrivaine et traductrice.
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