Audrey Alwett
Suzanne saisit l’opportunité qui s’offre à elle sous la forme d’une manne soudaine et inespérée : elle a gagné au loto. Une jolie somme, mais pas de celles qui constituent un matelas inépuisable pour toute une vie. Cependant, ce million d’euros va lui permettre de fuir sans explication sa famille qui la traite comme une esclave taillable et corvéable à merci !
Elle se retrouve ainsi propriétaire d’un manoir, qui a englouti son pécule. Elle devra donc chercher les moyens financiers d’entretenir cet édifice , qui n’est pas de la première fraîcheur. Trois colocataires eux même en rupture avec leurs proches feront l’affaire. La découverte d’une tombe dédiée à Sainte Emmerderesse sera le début d’une folle aventure , qui emporte le lecteur dans une lecture jubilatoire
« D 'ailleurs, qu'est-ce qu'une emmerderesse ? Une emmerdeuse, assurément, mais en plus raffinée, car le suffixe « -resse » de la noblesse. On le trouve dans enchanteresse, chevaleresse, doctoresse, ou vainqueresse. Ça vous impose un pouvoir aussi. On emmerde pas une emmerderesse , c'est elle qui vous emmerde. »
Non seulement l’entreprise de nos laissés pour compte se développe au-delà de leurs attentes mais elle est une véritable école d’indépendance et d’excentricité assumée.
Par ailleurs l’autrice insère avec beaucoup de malice une foule d’informations historiques , en particulier sur la vie des saints ou de l’histoire de la religion catholique, ou de l’intimité de l’un de nos plus illustres rois, avec une verve réjouissante. On se régale.
Ainsi on fustige Sainte Catherine :
« Si la religion avait eu deux sous de logique, Sainte-Catherine serait devenue la patronne des vieilles filles à chat qui vivent leur meilleure vie, affalées sur les coussins de leur bibliothèque, en sirotant des cocktails. Au lieu de quoi, elle devint celle par qui l'on enjoignait aux femmes de trouver un mari avant leur 25 ans. »
Et je n’ose pas parler de Saint Brice !
Bien d’autres thèmes plus contemporains sont égratignés par la griffe de l’autrice, comme les réseaux sociaux :
« Facebook fut créé par un homme aux allures de gargouille, pour noter les étudiantes des États-Unis, comme de la bidoche en vitrine »
Ou l’inégalité entre les hommes et les femmes
« On apprend aux femmes à se contenter de peu. En revanche, pour les hommes, c'est Monica Bellucci ou rien. »
On s’installe dans l’histoire avec un grand plaisir, la revanche des faibles est toujours une source de bonheur, mais attention le parcours n’est pas forcément gravé dans le marbre et un revers de taille risque fort de troubler la sélénite retrouvée de nos personnages.
Un premier roman brillant et drôle, qui se paie le luxe d’être de plus instructif !
416 pages Héloïse d’Ormesson 15 janvier 2026
Les emmerdes sont une chose qui nous rapprochent tous en tant qu’humains.
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C'est une constante de l'humanité. On a jamais trop besoin de la bousculer pour en réveiller la bête et ses bas instinct, suspendus à elle, comme une armée de tique.
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La fonction sociale des boucs émissaires n'est plus à prouver.. Dans la Grèce antique, on les sacrifiait pour expier les fautes collectives. Mettre un groupe à l'index, ça vous fédère une nation. Plus tard, la Bible, on culpabiliserait tout un genre, ce serait la faute à Ève. Selon les siècles et les lieux, les Gaulois, les Roms, les Savoyards ou les transgenres prendraient leur tour.

Née en 1982 Audrey Alwett est une écrivaine française.elle publié de nombreuses romans jeunesse et de la Fantasy. Sainte Emmerderesse est son premier roman adulte








