Mara Goyet
Un sujet bien actuel, qui nous plonge dans le coeur ardent de nos moyens de communication contemporains, pour le meilleur et pour le pire : il s’agit du commentaire, cette brève réponse à une invite, fut-elle commerciale ou ostentatoire, et qui en quelques mots peut déclencher une avalanche de haine gratuite.
Une analyse fine de son fonctionnement, de son rôle et de ce qu’elle dit de notre société nous est proposée dans cet essai aussi interessant que drôle. Car la dérision et l’humour sont des armes redoutables et indispensables face à l’océan d’inepties que l’on risque de croiser si l’on se penche sur le phénomène.
Avec internet et les réseaux sociaux, ce moyen de s’exprimer, sans trop s’exposer (l’anonymat ou le pseudonyme sont des capes d’invisibilité qui incitent les plus timorés ou les moins courageux à laisser une trace discrète) est apparu comme une opportunité de clamer son existence :
« Écoutons ses cris disparates dans la Babel des opinions : « J'existe », hurlent les humains au bord du précipice, « J'étais là. », « J'ai un avis sur les bouts des fourchettes. ». »
Ainsi de nombreux exemples , parfois récurrents, sont proposés au fil du récit. L’exemple des commentaires sur un modèle de fourchette en dit long sur la trivialité des sujets à propos desquels nous sommes sollicités :
« Quand on nous demande de commenter notre expérience, à longueur de temps, pour tout, est à la fois un immense foutage de gueule et une perspective joyeuse : libre à nous de commenter à notre manière notre nouveau percolateur, d’écrire une ode à la capsule, d'insulter le réservoir d'eau ou de composer, comme Bach , une cantate du café »
Pourtant si l’on peut tomber sur des pépites , le plus souvent le commentaire est au mieux inutile , au pire décevant
« Les commentaires sont des ultima verba permanents. Peu de bons mots, mais beaucoup de mots. »
Les relations du commentaires avec la politique ne sont pas négligées : quid de la démocratie ? L’espace circonscrit du commentaire est -il réellement une occasion d’exprimer son avis, de participer à la « vie de la cité » ?
« L'espace des commentaires est au cœur de ses interrogations, dans la mesure où il incarne une forme d'espoir civique ( d'égalité, d'accomplissement d'individuel, de possibilité d’action), suivi ede cruelles désillusions, assorties d'angoisse multiples. ».
Avec une écriture enlevée, spirituelle mais réfléchie, Mara Goyet nous propose un essai bien ancré dans notre actualité. Alors à l’issue de la lecture, que décide t-on : ignorer cette masse immense de glose le plus souvent peu digne d’intérêt ou se pencher sur le phénomène comme un éthologue au dessus d’une fourmilière ? Répondre systématiquement à ces demandes d’avis au moindre de nos achats ou services (le côté dangereux pour ceux qui en dépendent n’est pas abordé) ou au contraire les destiner immédiatement à la poubelle ?
A commenter ….
192 pages Gallimard 5 février 2026
La modestie apparente de l'exercice du commentaire ne doit donc pas dissimuler la profondeur des enjeux : commenter, donne à chacun la possibilité de laisser une trace et d'imprimer un peu le monde de sa singularité
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Sans prétendre que tout le monde se surveille désormais en écrivant, il n’est donc pas impensable que l'aire du commentaire modifie notre manière d’écrire
Née en 1973, Mara Goyet a grandi dans les beaux quartiers, fut élève en khâgne au lycée Fénelon pour devenir professeure d’histoire-géographie, et s’est retrouvée dans un collège "sensible" de Seine-Saint-Denis. Une expérience narrée dans un best-seller paru en 2003 dans "Collèges de France".








