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Scopophilia ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Alexandra Matine 











L’histoire débute au cours du confinement, alors que tout un chacun découvre une nouvelle dimension du temps, libéré des contraintes d’une vie minutée par les obligations professionnelles et leurs corollaires  les déplacements chronophage.  De nombreux confinés se découvrent ainsi des talents cachés  dans des domaines aussi divers que variés ! Pour Georgia, seule sur le campus universitaire, tout commence par une chorégraphie sur les toits du bâtiment où elle réside. 

Et comme ceux qui n’ont pas d’inspiration pour sortir de leur routine ont aussi beaucoup de temps pour voir les autres s’exprimer, la vidéo devient un succès immense. Et avec cette incursion presque involontaire dans l’univers du réseau social, la vie de Georgia bascule. 


Outre le fait d’entrer dans les coulisses de ce monde virtuel, qui démontre le pouvoir des images jusqu’à l’absurdité (mais on n’est pas si loin de ce qui se passe réellement), on vit du point de vue de l’influenceuse les multiples pièges tendus 


« ce monde virtuel avait quelque chose de rassurant. Mais entre ses vies parallèles, la membrane commence à s’amincir ; 

force Georgia, à prendre conscience qu'une seule de ces vies est la vie, pleinement vécue. Elle avait cru que ce qu'elle montrait n'était pas qui elle était, mais n'est-elle pas devenue ce qu'elle montre ? »


Le roman n’omet pas de mentionner le rapport au corps , véhiculé par les messages, qui vantent pour la plupart les bienfaits de produits destinés à la recherche d’un corps féminin désirable :


« Un ensemble de fragilité à maintenir en équilibre. Une longue glissade, maîtrisée dans un filet de soie. Quand on dit d'une femme que c'est une professionnelle, cela veut dire qu'elle est travailleuse du sexe. Comme si les femmes n'avaient qu'une seule chose à maîtriser, qu'un seul bien à vendre, leur corps, et une seule façon de le faire, en satisfaisant, les hommes »



On assistera donc à la métamorphose progressive de l’univers de Georgia. Et j’utilise ce terme de métamorphose à dessein. Cela ne peut être un hasard si le nom de l’héroïne est si proche du héros de Kafka, qui subit lui aussi une transformation inattendue de sa vie.



Difficile d’en dire plus, pour ne pas révéler les choses, mais on assiste tout de même à un glissement spectaculaire des événements , qui donne une dimension supplémentaire au roman. 


Mêle si on n’a pas l’impression de découvrir complètement l’envers du décor, ce  roman offre une déclinaison originale de l’univers des réseaux sociaux, qui n’en sortent pas vraiment grandis, ni  du côté des acteurs du spectacle ni de celui des spectateurs sans qui rien de tout cela n’existerait !


C’est mon roman préféré de cette autrice.


Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils


400 pages Les Avrils 5 mars 2026

#Scopophilia #NetGalleyFrance 









« ce monde virtuel avait quelque chose de rassurant. Mais entre ses vies parallèles, la membrane commence à s’amincir ; force Georgia, à prendre conscience qu'une seule de ces vies est la vie, pleinement vécue. Elle avait cru que ce qu'elle montrait n'était pas qui elle était, mais n'est-elle pas devenue ce qu'elle montre ? »



« Un ensemble de fragilité à maintenir en équilibre. Une longue glissade, maîtrisée dans un filet de soie. Quand on dit d'une femme que c'est une professionnelle, cela veut dire qu'elle est travailleuse du sexe. Comme si les femmes n'avaient qu'une seule chose à maîtriser, qu'un seul bien à vendre, leur corps, et une seule façon de le faire, en satisfaisant, les hommes »


 

Alexandra Matine


Alexandra Matine est diplômée de Sciences-Po.


Elle commence une carrière de journaliste à Londres avant de s'installer à Amsterdam, en 2014, où elle travaille pour Netflix. 


Une place à soi ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Joannic Royer Bellais 











C’est un épisode de burn-out domestique qui conduit Frédéric à la gare du nord, après avoir décidé sur un coup de tête de retrouver la trace de son ami Jérémy, parti vivre à Londres trente ans plus tôt. Pour des raisons que lui-même n’identifie pas clairement, ces retrouvailles sont urgentes et indispensables. Pourtant le voyage ne s’annonce pas comme prévu, et le départ en shuttle est compromis. C’est en suivant la trace de l’ado qui lui a volé son vélo à la gare, sous son nez, que son destin va le conduire sur des pistes très déstabilisantes, très loin du but initial !


Il se fera, le voyage en Angleterre  mais pas comme prévu, et le monde que Frédéric découvre lui ouvre les yeux sur des réalités dont on a tous conscience mais pour lesquelles nous ne sommes pas tous impliqués en première ligne. Et si les retrouvailles ont lieu par un de ces hasards que la littérature permet, elles permettront de mettre une focale grand angle sur les caprices du destin.


Mais le fond de l’histoire reste tout de même  centré sur les parcours atroces de ceux qui ont fui la misère et la mort, pas si loin de chez nous et qui tentent par tous les moyens de franchir les frontières. On découvrira l’univers glauque des trafiquants  d’êtres humains, dignes descendants des marchands d’esclaves. 


Notre héros découvre ce monde foncièrement mauvais 


 « Je croyais avoir une petite idée de ce que pouvait être l'avis de réfugié. J'en étais à des années lumière »



Roman d’apprentissage avec un cheminement du lecteur parallèlement à celui du narrateur : 


« Je croyais qu'en vieillissant on devenait plein de certitudes sur la vie, c'est tout l'inverse. À vingt ans, j'étais complètement daltonien, je ne voyais que le noir et le blanc, c'était facile de choisir un camp. À trente j'arrivais à peine à distinguer les trois couleurs primaires, les choses ont commencé à se compliquer. Et à bientôt cinquante,  la vie est un putain d’arc-en-ciel. »


Même si ce n’est pas le sujet principal, le thème du père à la maison et de l’équilibre d’un couple, lorsque la tradition patriarcale est mise à mal, apparait en filigrane lors des échanges entre Frédéric et sa compagne. L’immense gouffre entre la précarité des migrants et le relatif confort de sa vie, même si elle ne lui convient pas met en balance la  vanité de nos plaintes dans une société riche et le dénuement des foules déplacées. 



Un roman bien écrit, dans lequel on a le sentiment que l’auteur a mis ses tripes, qui se lit parfois comme un thriller mais fait apparaitre un humanisme que l’on apprécie. 


Merci à Netgalley et aux éditions Fleuve 



240 pages Fleuve 12 mars 2026

#Uneplaceàsoi #NetGalleyFrance 










 « Je croyais avoir une petite idée de ce que pouvait être l'avis de réfugié. J'en étais à des années lumière »


*


« Je croyais qu'en vieillissant on devenait plein de certitudes sur la vie, c'est tout l'inverse. À vingt ans, j'étais complètement daltonien, je ne voyais que le noir et le blanc, c'était facile de choisir un camp. À trente j'arrivais à peine à distinguer les trois couleurs primaires, les choses ont commencé à se compliquer. Et à bientôt cinquante,  la vie est un putain d’arc-en-ciel. »


*


C'est quand même dingue la vie. La théorie du chaos dans toute sa splendeur, mon pote, l'univers est une fractale qui reproduit ses motifs à l'infini, une putain de symphonie répétitive…

Joannic Royer Bellais


Joannic Royer Bellais est né deux ans après mai 68, dans la paisible mais humide ville d'Alençon qu'il a très vite quittée pour la moiteur équatoriale du Gabon, où il a passé son enfance et une partie de son adolescence. 

De retour en France, il a poursuivi ses études un moment après le bac et il les a finalement rattrapées dans une école de cinéma.



La mélodie des fous ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Yoann Faure 











Lorsqu’Émilie Martin se présente chez William Burton, un écrivain suffisamment célèbre pour vivre largement de sa plume, elle postule pour être son infirmière. L’homme est cloué dans un fauteuil pour un handicap dont on apprendra plus tard l’origine. Ellie la joue à l’envers, lorsqu’elle déclare ne pas avoir encore décider si elle acceptait la tâche. Une joute verbale prend place entre les deux personnages, chacun prenant son tour pour proposer à l’autre un récit, qui nous permet de lever peu à peu le voile sur leur histoire . Jeu de dupes, pour lequel on ne sait pas qui manipule l’autre …

Cet échange est interrompu par des confidences issues de trois jeunes femmes dont les destins se croisent ou se mêlent avec un flou subtil , et côtoient l’univers de a folie, ses limites floues et sa subjectivité  : 


« Ce qu'ils nomment folie n'est rien d'autre que la largesse de nos âmes qui ne rentre pas dans le cadre qu'ils ont créé, un corset au bord tranchant qui fait saigner nos corps, une boîte trop petite qu'ils  appellent normalité. »




Ajoutons l’énigmatique enquêteur Bernachot, celui qui occupe un réduit, le « bureau des crimes déraisonnables » dont l’accès est rendu difficile par une porte d’ascenseur qui ne s’ouvre pas totalement mais l’homme est doté d’un esprit d’observation qui lui permet de résoudre des affaires  laissées sans réponse,



« Pour Bernachot, savoir mener une enquête, c'est se montrer virtuose. Il ne faut pas seulement percevoir les dissonances et les contretemps, mais aussi être capable de réécrire la mesure, d'harmoniser les temps et de retrouver les bonnes notes. »



C’est donc une partition subtile, à la mélodie perturbante, au rythme variable, qui se déroule sous nos yeux au fil des pages. Les fous ne sont pas forcément ceux que l’on imagine, et le suspens est laissé intact jusque’à la coda, qui se dévoile en un feu d’artifice éblouissant !



Un excellent thriller, qui ménage ses effets, et nous entraine dans un tourbillon où le génie et la folie dansent une valse macabre. 


288 pages Gros caillou 5 mars 2026

#LaMélodiedesfous #NetGalleyFrance 







 

« Ce qu'ils nomment folie n'est rien d'autre que la largesse de nos âmes qui ne rentre pas dans le cadre qu'ils ont créé, un corset au bord tranchant qui fait saigner nos corps, une boîte trop petite qu'ils  appellent normalité. »



« Pour Bernachot, savoir mener une enquête, c'est se montrer virtuose. Il ne faut pas seulement percevoir les dissonances et les contretemps, mais aussi être capable de réécrire la mesure, d'harmoniser les temps et de retrouver les bonnes notes. »


Yoann Faure


Installé à Lyon, père de trois enfants, Yoann Faure partage son temps entre l’écriture, la mise en scène et sa vie de famille. 


Auteur de théâtre et romancier, il intervient également dans le conseil et l’accompagnement de projets scénographiques.


Une ville silencieuse ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Samuel W Gailey 











« Leurs cris lugubres, s’insinuaient aux confins de ses rêves agités que l'alcool embrumait . Rauques et incessants, leurs craillements éveillaient  une lente crispation  d’effroi – en particulier aux premières lueurs de l'aube, lorsque tout se mouvait  au ralenti dans l’éclat naissant du jour à l’horizon."




Nous sommes en 1988, en Pennsylvanie. La petite ville de Black Wallnut, à l’instar de tant d’autres cités américaines, vit au rythme de ses traditions et de ses excès. Le jour du vendredi saint, Le pasteur Cap découvre un cadavre près de sa maison. Le noir des corbeaux , le blanc de la neige et le sang de la victime composent un tableau macabre, issu d’un ensemble de faits que nous serons invités à découvrir en remontant le temps d’une quinzaine de jours . 

En effet 15 jours avant Pâques, Cap avait accueilli chez lui une jeune femme en état de choc. Elle est sourde et muette et semble porter un lourd secret. Ce que nous, lecteurs, découvrirons avant les habitant Black Wallnut .


Autour de la jeune femme se cristallisent des rivalités anciennes, et des secrets inavoués. Et qui mieux qu’une étrangère pour venir le point de convergence de toutes les haines accumulées ? 


On fera ainsi connaissance avec plusieurs couples, mal assortis ou saccagés par le quotidien et les vieux démons. Le pasteur Cap est au centre de cette histoire, avec ses tourments et son secret, et la lourde tâche d’apaiser les esprits échauffés par les événements récents. Entres les doutes qui l’assaillent et l’alcool qui masque pour un temps ses angoisses, ses nuits sont agitées 


"Il roula sur le flanc et enfouit sa tête sous la couverture, afin d' étouffer les horribles bruits, en vain. Les corbeaux l'avaient escorté, franchissant avec lui, le passage entre sommeil et conscience : impossible, désormais, de faire demi-tour. "



On s’attache rapidement aux personnages, archétypes d’humains ordinaires, pris dans les rets de destins non choisis, de rêves abandonnés et de difficultés quotidiennes dans un contexte économique qui parvient si facilement à précariser la situation  de la classe moyenne. 


Il y sera question des plaies modernes de notre société, inceste, harcèlement, violences conjugales, engendrés par la frustration ou la folie..


Un roman remarquable, avec une intrigue solide, et des personnages dont l’humanité et les faiblesses nous interpellent, par ce qu’ils disent de notre monde.


Merci à Netgalley et aux éditions Buchet-Chastel. 




416 pages Buchet Chastel 5 mars 2026

#Unevillesilencieuse #NetGalleyFrance





 Leurs cris lugubres, s’insinuaient aux confins de ses rêves agités que l'alcool embrumait . Rauques et incessants, leurs craillements éveillaient , une lente crispation  d’effroi – en particulier aux premières lueurs de l'aube, lorsque tout se mouvait  au ralenti dans l’éclat naissant du jour à l’horizon. »



Il roula sur le flanc et enfouit sa tête sous la couverture, afin d' étouffer les horribles bruits, en vain. Les corbeaux l'avaient escorté, franchissant avec lui, le passage entre sommeil et conscience : impossible, désormais, de faire demi-tour.



Ce qu'elle avait naturellement considéré comme la vérité, n'était que mensonge. La normalité avait mutée, elle était devenue impensable.

Samuel W. Gailey



Samuel W. Gailey est un producteur et scénariste réputé.

Il a conçu des séries télévisées, entre autres pour la Fox et le Showtime, avant d’entamer sa carrière de romancier. Son expérience dans le cinéma se retrouve dans la force implacable de son récit, et dans son habileté à tenir en haleine ses lecteurs.


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