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Une bête à son tour ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Anna Haillot 











« Tout dans ce monde permet de détruire et de réparer, de réparer et de détruire » 


Cette discrète affirmation contient toute l’essence de ce texte.


Un décor triste, comme peut l’être un site industriel, un cadre désespérant pour ces employés qui  n’ont guère le choix : 




« La zone est assourdissante. Son bruit mécanique et industriel pèse lourd. Si je vide mon cerveau, que j'y mets seulement les bruits de la zone, c'est le désordre total. La compression vibrante, le martèlement, les pièces fracassées dans des bacs en acier. La zone grince, elle nous accable, elle ponce l’émail de nos dents et crépite. J'entends des sirènes, des alarmes, je veux me fendre le crâne en deux.. »


On ressent sans difficulté la sensorialité des phrases, le ressenti transmis par les mots : on vit avec les employés de cette usine l’agression des sens. 

Mais à cette agression physique s’ajoute la pression mentale d’une chef qui jouit de son rôle avec un bel enthousiasme …


Hors de ce carcan, la nature, et le cycle du vivant. Les chiens que l’on élève ou sauve d’une mort annoncée, les fourmis que l’on observe…


« L'écosystème n'est pas dénué de violence, mais pour lui il s'agit de prolonger la vie. »



Un roman fort sur l’aliénation au travail, le fonctionnement en vase fermé d’un système social qui se construit sur la production et la consommation , écrit d’une main convaincante et un style aussi précis que poétique. D’ailleurs la poésie s’y invite sans se cacher , avec les écrits que la narratrice confie à un carnet  initialement destiné à recueillir des données de rentabilité …



Intemporel, ce roman est un concentré de données sociologiques qui disent notre monde : une foule de sacrifiés qui travaillent pour une poignée de nantis.


Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils 



240 pages Les avrils 20 août 2026

#Unebêteàtontour #NetGalleyFrance









« Tout dans ce monde permet de détruire et de réparer, de réparer et de détruire » 


*

La zone est assourdissante. Son bruit mécanique et industriel pèse lourd. Si je vide mon cerveau, que j'y mets seulement les bruits de la zone, c'est le désordre total. La compression vibrante, le martèlement, les pièces fracassées dans des bacs en acier. La zone grince, elle nous accable, elle ponce l’émail de nos dents et crépite. J'entends des sirènes, des alarmes, je veux me fendre le crâne en deux..


*



L'écosystème n'est pas dénué de violence, mais pour lui il s'agit de prolonger la vie


 Anna Haillot


Anna Haillot est diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Limoges et du Master de Création Littéraire du Havre. Une bête à son tour est son premier roman .

Ici, maintenant ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Tom Newlands 











Tom Newlands donne la parole à une jeune fille, que l’on verra évoluer sur quelques années. Parole qu’elle saisit avec beaucoup de véhémence. Ses propos font fi de toute langue de bois. Ce qui est à dire est dit, point barre. Mais il y a aussi de la poésie dans la façon qu’elle a de conter ce qui lui arrive.


Nous sommes en Ecosse, dans une petite ville, ancienne cité minière, dépourvue de tout attrait et sans avenir.

Elevée par une mère fragile, en fauteuil roulant, elle voit d’un oeil méfiant l’arrivée d’un nouveau compagnon, qui s’installe chez elles. Pourtant, même si son passé (et son présent) est trouble, il semble bienveillant envers Cora. Il persistera cependant toujours un doute sur sa probité 


Alors malgré les failles et les coups du destin , le récit reste lumineux et parfois drôle 


« J'ai mis ma fourchette devant mon œil, ça lui faisait comme des petits barreaux de prison sur la gueule. Il collait parfaitement dans le décor, mais en même temps il m'avait fait une patate au four – d'ailleurs j’'étais en train de la manger–et ça, c'était quand même un talent . »


Trash mais drôle !


Cora cache un secret, une révélation qui lui a été faite lors de ses années de scolarisation mais qu’elle a gardé pour elle. Sans le révéler, on veut nous faire croire qu’il est la clé de tous les soucis mais on peut quand même dire qu’il n’explique pas tout, qu’il n’est qu’un obstacle de plus sur ce parcours chaotique.



Roman d’apprentissage sur un fond de misère sociale et de prédestination, Ici, maintenant est un roman social dans la droite ligne des films de Ken Loach. 

Il a pour lui un style alerte, une dynamique enjouée et une héroïne à laquelle on peut s’attacher.


L’impression de redite et de répétition est sans doute volontaire pour démontrer la difficulté de sortir de l’ornière, mais on aurait pu apprécier le propos avec quelques pages de moins.



Un premier roman marquant !


Merci aux éditions Métailié et à Netgalley 


368 pages Métailié 21 août 2026

Trad : Anatole Pons-Reumaux, Marguerite Cappelle

Titre original : Only her, only now

#Icimaintenant #NetGalleyFrance 








J'ai mis ma fourchette devant mon œil, ça lui faisait comme des petits barreaux de prison sur la gueule. Il collait parfaitement dans le décor, mais en même temps il m'avait fait une patate au four – d'ailleurs j’'étais en train de la manger–et ça, c'était quand même un talent .



*


Mam était morte. Son histoire n'irait pas plus loin, et il y avait un truc auquel on pensait jamais : la vie est une chose concrète, une histoire qui suit son cours et, d'une manière ou d'une autre, t'en es responsable. J'étais censée être responsable de la mienne, là tout de suite. Sans ma mère,. Sans personne, en vrai.


Tom Newlands 



Né en 1980, Tom Newlands est un écrivain écossais installé à Londres. Il a remporté le London Writers Award (catégorie fiction littéraire), le Creative Future Writers Award ainsi que le programme « A Writing Chance » de New Writing North.

Plus récemment, ses textes ont été publiés dans le New Statesman et New Writing Scotland, et ont figuré dans l'émission de BBC Radio Margins to Mainstream, aux côtés de l'acteur Michael Sheen.


Ici, maintenant (Only Here, Only Now) est son premier roman.


Làzàr ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Nelio Biedermann











En 1906, la famille Làzàr s’étonne autour de Lajos, ce nouveau-né à la peau transparente que rien ne semble destiner à une longue vie. Pourtant, sur les trois générations qui vont suivre, les choix et coups du destin infléchiront la courbe du destin de ces juifs hongrois pris dans la tourmente des conflits du siècle en devenir.


L’histoire est intéressante, nous faisant revivre cette première moitié du vingtième siècle un peu plus à l’est de ce que nous connaissons. Un beau travail documentaire savamment mêlé aux multiples péripéties que doit subir la famille. Les aristocrates ne pourront pas longtemps protéger leurs privilèges 


« Pour Lajos, la disparition de l'empire était la seule suite logique, car la déchéance de son père en était pour lui l'incarnation même. Malgré tout, il fut ébranlé par l'écroulement de l'univers qui était le sien. Il avait l'impression que tout s'effondrait, que le sol se dérobait sous ses pieds, il faisait partie d'un monde qui n'existait plus. »


Il faudra donc se réinventer, au gré des rencontres, et guidé par l’amour, dont on verra qu’il résiste peu aux affres du temps quelle que soit la génération…


On parle pour ce roman d’un futur classique : on peut le comprendre en constatant que le style rappelle l’écriture des grands romans du dix-neuvième  siècle : chronologie sans surprise, (point n’est besoin de reconstituer un puzzle temporel) et narration linéaire, avec très peu de dialogues. Cela donne une patte originale pour notre époque mais c’est loin d’être déplaisant. D’autant que l’on peut à l’occasion se réjouir de clins d’oeil savoureux. Comme ce chapitre qui commence ainsi 


:


« Longtemps, il s'était couché de bonne heure. »


La référence sera complétée quelques paragraphes plus tard avec une allusion à l’oeuvre de Proust. 


Et aussi un brusque sursaut de l’attention quand on lit :


« Cette année, les pommiers étaient particulièrement chargés en poires… »


Les références littéraires sont nombreuses, Proust, mais aussi Simone de Beauvoir ou Virginia Woolf : 


Il y avait une œuvre qu’Eva appréciait plus encore que Le deuxième sexe : c'était Une chambre à soi, qu'elle avait lu un après-midi de septembre, dans un parc, sur un banc ensoleillé. En refermant le livre et  relevant les yeux pour la première fois depuis des heures, elle était une autre femme.



Grande fresque historique , que l’on parcourt avec un grand plaisir.


352 pages Belfond 20 août 202§

#Lazar #NetGalleyFrance 

Traduction (Allemand) Rose Labourie

Titre original Làzàr







Ils étaient proprement incapables de se soucier du sort de la Hongrie–avant d'avoir la force de soutenir leur pays, ils devaient d'abord se retrouver eux-mêmes


*


Pour Lajos, la disparition de l'empire était la seule suite logique, car la déchéance de son père en était pour lui l'incarnation même. Malgré tout, il fut ébranlé par l'écroulement de l'univers qui était le sen. Il avait l'impression que tout s'effondrait, que le sol se dérobait sous ses pieds, il faisait partie d'un monde qui n'existait plus.



Nelio Biedermann*



Nelio Biedermann a étudié la littérature allemande et le cinéma à l'Université de Zurich avant d'écrire son premier roman, Anton will bleiben (non traduit).

Son deuxième roman, Lázár, va le révéler à l'international. Livre phare de la foire de Francfort, Lázár paraîtra dans trente-deux pays.


Né en 2003, Nelio a grandi sur les bords du lac de Zurich. Sa famille paternelle est issue de la noblesse hongroise ; ses grands-parents ont fui vers la Suisse dans les années 1950.

Les trois rivières ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Tiffany Quay Tyson











Melody a plusieurs bonnes raisons de revenir dans sa famille. Elle vient de rompre violemment avec le groupe de pop chrétienne avec qui elle parcourait les Etats-Unis, et sa mère Geneva vient de lui annoncer que son père est au plus mal. 

Près  de chez eux, un père et son fils ont établi un campement : on aura fait leur connaissance quelques temps plus tôt, dans des circonstances assez violentes. 

Tous ces personnages qui se côtoient avec une prudence calculée, se retrouveront unis dans la même galère lorsque les eaux viendront  envahir les terres, lors d’une tempête mémorable…



Nous sommes en 1990, dans le Mississippi, une région durement exposée aux débordements du fleuve. Les gens y sont démunis, l’alcool fait des ravages : 


« Obi ne saisissait pas la puissance de l'emprise de l'alcool sur certaines personnes, même si sa propre famille était pleine d'hommes et de femmes, perpétuellement ivres, rendus gros et léthargiques par la boisson »



On suivra donc l’évolution des relations entre ces personnages qu’un lien particulier unit, alors que les révélations successives nous feront pénétrer peu à peu dans le passé des êtres et des peuples.


On est vite happé par l’histoire et l’écriture a cette force de nous faire ressentir la détresse des personnages face aux éléments déchainés. La dégradation déjà bien amorcée de la nature et les haines aussi ancestrales que dépourvues de fondement, alliées à la consommation d’alcool, créent une atmosphère très angoissante et surtout nous font comprendre la précarité des humains face aux éléments. Malgré tout, la solidarité n’est pas un vain mot .



Une écriture très incarnée qui rend les personnages quasiment inoubliables, et donne toute sa force au roman !


320 pages Sonatine 27 août 2026

Traduction : Héloïse Esquié 

Titre original : The rivers 

#LesTroisRivières #NetGalleyFrance 








« Obi ne saisissait pas la puissance de l'emprise de l'alcool sur certaines personnes, même si sa propre famille était pleine d'hommes et de femmes, perpétuellement ivres, rendus gros et léthargiques par la boisson »



Tiffany Quay Tyson



Née en 1990, Tiffany Quay Tyson est une romancière, écrivain humoristique et enseignante primée.


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Une bête à son tour ⭐️⭐️⭐️⭐️

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