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Le fabuleux piano ⭐️⭐️⭐️

 Sonia Devillers 











« Je n’ai jamais joué de piano, ou si peu »


L’instrument mythique, auquel est consacré ce récit , n’est donc pas à priori une histoire personnelle. Pourtant ce qui nous est conté fait écho aux ruptures douloureuses de la famille de Sonia Devillers. D’origine roumaine, ses grands-parents ont dû tout abandonner derrière eux , y compris le piano de sa grand-mère, auquel elle tenait beaucoup, en 1961 lorsque leur pays les a chassés, eux ainsi que tous leurs compatriotes juifs. 


« Mes grands-parents, mon arrière-grand-mère, ma mère et ma tante adolescente furent parmi les premiers à être ainsi monnayés, ils furent forcés de renoncer à leur nationalité et d'abandonner leur maison, il fallut tout vider, tout donner, tout liquider. »


Si elle ne parvient pas à retrouver la trace de ce piano, sa recherche la met sur les traces d’un autre instrument, le fameux Erard portant le numéro de série 63037. 


Lorsqu’elle parvient à contacter la dernière survivante de la famille Enoch, elle se voit remettre une dizaine de petit carnets écrits à partir de 1931, par Jacques Enoch de 1931 à sa mort.


Nous découvrirons alors ce que fut la vie de la famille Enoch, depuis Wilhem, qui fit l’acquisition du piano Erard. 

Mais en même temps, se dresse un réquisitoire édifiant autour de la main-mise des allemands sur les biens des juifs qu’ils avaient chassés : leur mobilier, leurs moindres possessions tout a été dévalisé. Y compris les oeuvres d’art et les instruments de musique. Des convois monstrueux ont été acheminés vers l’Allemagne. 


En alternant le focus de l’histoire familiale personnelle et de celle des Enoch, vers un plan plus élargi autour de la guerre et de l’acharnement des allemands sur la population juive d’Europe, l’autrice nous livre un récit auquel on ne peut rester indifférent. Ce travail de fourmi sur les petits carnets illisibles de Jacques, très focalisé sur la météo, trouve peu  à peu sa raison d’être et sa valeur de témoignage. 


On aura aussi l’occasion de mettre à niveau ses connaissances sur la construction d’un piano …


« Les marteaux sont placés à 59 mm de la corde basse, et à 54 mm de la corde haute » 



Le texte est plus un récit qu'un roman , mais l'intérêt historique est particulièrement important. 


Merci à Netgalley et aux éditions Robert Laffont 



288 pages Robert Laffont 27 août 2026

#Lefabuleuxpiano #NetGalleyFrance








Mais dans la vie de tous les jours, quand l'Histoire n'est pas complètement faite, est-ce qu'on voit venir l'apocalypse ?




Sonia Devillers



Née en 1975, Sonia Devillers est  journaliste, chroniqueuse et animatrice de radio, sur France Inter principalement, ayant l'économie, la culture et les médias comme sujets de prédilection.




Les enracinés ⭐️⭐️⭐️⭐️

Claire Norton 











En 1912, au coeur de la Bretagne rurale profonde, la vie quotidienne est rude. Les travaux des champs sont harassants et on ne risque pas de faire fortune. Un quotidien rythmé par les saisons et une vie frugale. Le sort des femmes est assujetti à cette précarité : rares sont les mariages d’amour, ils se déclinent plutôt en fonction de l’acquisition de terres supplémentaires …


Mais deux ans plus tard, l’assassinat de Jaurès et l’entrée en guerre changera la donne, privant les fermes de leurs bras les plus solides. 


Marie s’est glissée dans le rôle de sa mère alors que celle-ci mourrait jeune, écrasée sous une charrette lors de la moisson. C’est désormais elle qui se charge de la gestion du quotidien pour la famille. Au moins réussit-elle à s’échapper de cette grisaille grâce aux livres que lui donne Louis, le fils des propriétaires. 



« Victor Hugo, George Sand, Gustave Flaubert, l’emportaient  ailleurs, lui enseignaient des mots qu'elle n'aurait jamais osé penser, mais lui apprenaient surtout à écouter. Elle les goutait lentement, les répétait tout bas, parfois à haute voix, dans les champs, histoire d'entendre comment ils tenaient ensemble et d'écouter leur musique. »


Entre ces deux là le courant passe. Mais Ambroise, amoureux de Marie pourrait en prendre ombrage.


Ces deux là se retrouveront dans l’enfer des tranchées !


Ce roman  illustre bien la vie rurale du début du siècle dernier, et nous livre une énième déclinaison de ce que la guerre a pu commettre de ravages et de morts inutiles.


« Une violente détresse s'abat sur Louis. Alors c'était ça, la guerre ? Des hommes en rouge, trop voyants, qui tombaient les uns après les autres sous des balles et des obus qu'on ne voyait même pas. »


L’écriture est simple et accessible et devrait conquérir un vaste public attaché au terroir et à la petite histoire dans la grande.



Le tome 1 s’achève sur une question terriblement accrocheuse : 


"Oui, à ce moment précis, chacun cherchait à se dessiner un chemin

Comment auraient-ils pu imaginer que le destin, au même instant, s'apprêtait à le tracer de tout autre »



De quoi trépigner d’impatience en attendant le deuxième tome !


Merci à Netgalley et aux éditions Robert Laffont.


432 pages Robert Laffont 13 août 2026

#LesEnracinés #NetGalleyFrance 







Mais ce qui les avait peut-être le plus soudés, c'est d'avoir affronté la peur ensemble. Celle qui s'accrochait aux tripes et qui vous paralysait surtout quand il fallait courir.


*

 

« Une violente détresse s'abat sur Louis. Alors c'était ça, la guerre ? Des hommes en rouge, trop voyants, qui tombaient les uns après les autres sous des balles et des obus qu'on ne voyait même pas. »




« Victor Hugo, George Sand, Gustave Flaubert, l’emportaient  ailleurs, lui enseignaient des mots qu'elle n'aurait jamais osé penser, mais lui apprenaient surtout à écouter. Elle les goutait lentement, les répétait tout bas, parfois à haute voix, dans les champs, histoire d'entendre comment ils tenaient ensemble et d'écouter leur musique. »


 

Claire Norton



Née en 1970, Claire Norton est une romancière française.

La maison des os et de la pluie ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Gabino Iglesias 











Est-il besoin de croire aux esprits errants pour adhérer à cette sombre histoire de vengeance ? Peu importe, se fondre dans le scénario pourra quel que soit le cas fournir au lecteur des frissons d’angoisse.

Tout part d’un assassinat : Maria a été abattue de deux balles dans la tête (l’arme créant deux petits trous que le thanatopracteur aura maladroitement camouflés, et qui viendront hanter les rêves du narrateur tout au long du récit). Le fils de Maria, effondré, entraine sa bande de potes dans une folle équipée vengeresse. Remonter la filière pour atteindre les responsables ultimes de l’affaire, et pour cela, à chaque étape, procédant d’une expédition punitive, infliger tortures et interrogatoires musclés pour faire éclater la vérité !


L’action se déroule dans les bas-fonds de Porto Rico, au sein d’une population qui rêve le plus souvent d’exil, tout en restant profondément attaché à la terre de ses ancêtres, où les traditions syncrétiques mêlent les cultures en fusionnant  les traditions catholiques amenées par les colons espagnols, les croyances spirituelles des esclaves africains et le chamanisme des populations autochtones. C’est la force de ces croyances qui donne sa puissance au roman. Les manifestations occultes sont souvent à la lisière du rêve,  on ne sait donc si elles relèvent de l’imagination des personnages ou si on assiste à des scènes vécues.


La peur est une constante drainée au fil des lignes :


« Une des choses plus douloureuses, quand on grandit, c'est de constater que les peurs dont on ne parle pas, ne disparaissent pas d'elle-même. Au contraire, elles grandissent dans l’obscurité. »


Il ne faut pas oublier que nous vivons cette histoire en compagnie de personnages jeunes, encore marqués par les épreuves qu’ils ont vécues dans leur tendre enfance (deuil, violences..) et qu’ils se construisent dans un monde sans douceur. 

On comprend donc l’ambiance de dépression :


« Nous sommes des animaux tristes à la recherche d'une raison de s'extirper, de la fange dans laquelle on évolue, histoire de se donner l'illusion que la vie vaut le coup »


La nature proche, l’océan est aussi le véhicule de forces occultes et difficilement contrôlables, d’autant que l’endroit est régulièrement sinistré par des catastrophes naturelles.


"L'océan régissait. Les rivières débordaient, leurs eaux boueuses  devenues un monstre destructeur qui déchirait les maisons, arrachait les ponts et jetait  des familles à la rue – quand il ne les emportait pas. »



Un roman noir très prenant, difficile à oublier.


Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine 


400 pages Sonatine 3 septembre 2026

Traduction : Pierre Szczeciner 

TO House of bones and rain

#LaMaisondesosetdelapluie #NetGalleyFrance





"L’île devint le terrain de jeu de la mort, le royaume de la peur et de la souffrance, le domaine des fantômes, la maison des os et de la pluie"

Gabino Iglesias



Gabino Iglesias est un écrivain portoricain , enseignant, journaliste et critique littéraire


Pampa ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Eduardo Fernando Varelo












Il ne faudra que quelques paragraphes pour se rendre compte du caractère inhabituel de ce voyage en train ! L’espace y est fluctuant, obéissant à ses propres règles : et si les champs de maïs sont une constante en ce qui concerne les terres traversées, le train laisse place à une souplesse parfois déstabilisante. Ainsi 


« Le fourgon de queue se composait d'une chambre, d'une cuisine et d'un bureau de poste, rempli de lettres et de colis, accumulés avec le temps, qui débordaient des étagères, des placards et des casiers, en attendant d'être distribués »


Il en est de même pour la plate-forme extérieure qui est « un petit balcon sur planant les voies, orné de fleurs et de plantes récoltées durant les arrêts, dont  les couleurs bercées par les secousses du trajet, n'existaient pas sur la terre immobile. »


Et que dire de la traversée des soixante-trois wagons, qui dépend du temps qu’il fait, et permet de parcourir "des déserts de sable, des forêts horizontales de troncs morts… »


C’est avec Josefina et son mari Buenaventura Sanchez que nous effectuerons ce voyage, ainsi qu’avec l’assistant, parfois absent , car parti exploré les pays traversés…


Dans ce roman foisonnant, très imaginatif, nous sommes  conviés en permanence à une gymnastique mentale pour composer des analogies et comprendre les métaphores , voir les  allégories que la lecture suscite. 


Mais on y trouvera aussi une intrigue riche en péripéties , lorsque un homme revendiquera le commandement suprême de cet équipage lancé à toute allure vers son  destin., alors qu’une foule de fuyards tente de sauver sa peau en s‘introduisant dans le convoi. 


«  des fugitifs qui ne fuyaient pas la loi des hommes, mais un destin pervers, caché au milieu des plantations »


Le propos devient alors politique et social, sans perdre ses astuces narratives hautes en couleur. 


C’est aussi parfois la poésie qui s’invite au coeur de ces lignes : 


« Les mots n'étaient pas sont fort, la solitude les avait enroulés dans un coin de son cerveau, où il fallait qu'il aille les sauver un parrain. Et quand il finissait par sortir, la brise de la marche, lui a arraché de la langue et les entraînait derrière, où il retombé avec la délicatesse d'un oiseau mort sur une cargaison. »



J’ai vraiment eu la sensation d’être en train de découvrir un grand roman, avec de multiples niveaux de lecture, et l’impression que des relectures apporteraient encore d’autres angles d’interprétation. Ecriture superbe, remue-méninges remarquable, le voyage est incroyable.


Merci à Netgalley et aux éditions Métailié


336 pages Métailié 21 août 2026

#Pampa #NetGalleyFrance

Traduction : René Solis 

Titre original Pampa








Faites attention, avec ses airs de petite grand-mère désemparée, elle embobine tout le monde, au moment où vous y attendez le moins, elle est fichue de vous voler la locomotive.


*


Être au service d'un fou, qui est sur la piste d'un caillou égaré dans la pampa pour devenir président, cela veut dire être quelqu’un.


*


«  des fugitifs qui ne fuyaient pas la loi des hommes, mais un destin pervers, caché au milieu des plantations »


 

Eduardo Fernando Varela




Né en 1960, Eduardo Fernando VARELA vit entre Buenos Aires, où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et Venise. 

Il a étudié le journalisme, la photographie et l’écriture audiovisuelle.


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Le fabuleux piano ⭐️⭐️⭐️

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