vendredi 25 octobre 2019

La débâcle

Romain Slocombe








  • Broché : 528 pages
  • Editeur : Robert Laffont (22 août 2019)
  • Collection : Roman
  • Langue : Français










Mise en lumière d’une courte mais dramatique période de l’histoire de notre pays : à la suite de la « drôle de guerre », les allemands attaquent avec violence, et l’armée française en totale déconfiture ne peut résister. 110 000 morts parmi les militaires. Pour compléter l’humiliation, ce sont huit à dix millions de civils qui quittent les grandes villes du nord et la Belgique, fuyant devant l’armée allemande pour se retrouver sur les routes, abandonnant peu à peu les biens plus ou moins précieux qu’ils avaient jugé indispensables, mais qui perdent rapidement de leur valeur lorsque la faim, le froid et les tirs ennemis les exposent à un péril mortel chaque jour :  100 000 morts et 90 000 orphelins!

Romain Slocombe met en scène alternativement les militaires et les civils, représentés par quelques personnages qu’il a choisi plutôt privilégiés, du moins avant que leur fuite ne les mette à la même enseigne que les autres exilés. 
Le désarroi de l’armée est clairement évoqué, avec force détails concernant le nom des régiments, divisions, etc, et de l’armement dont ils disposaient C’est un peu complexe pour qui ne connaît pas bien l’histoire militaire, mais on peut lire rapidement ces passages, qui n’apportent rien à l’intrigue, sinon de prouver s’il cela était nécessaire, l’érudition et le sérieux de l’auteur en matière de documentation.

Quand à la famille Perret, qui quitte la capitale au volant d’une voiture de luxe, persuadée d’effectuer en quelques heures le trajet qui les mettra à l’abri, on ne peut pas dire qu’ils inspirent la sympathie. En particulier la mère, qui accorde plus d’importance à la mort de son chien qu’à celle de son employée! Seule la jeune fille, loin d’être sotte, sortira grandie de cette épreuve. 
N’oublions pas Lucien et Hortense, dont le périple aura sans doute inspiré au rédacteur de la quatrième de couverture le qualificatif usurpé de road-trip et qui vivent  séparément des heures denses et angoissantes. Parviendront-ils à se retrouver?

La lecture n’est pas facile, en particulier en raison des nombreux développements concernant le fonctionnement de l’armée, mais c’est un roman qui marque, et l’abondance de détails confère au récit une réalité saisissante et poignante. L’utilisation du présent  renforce cette impression d’être au coeur  du récit. 





Toute la grâce, la poésie – avec son cortège de papillons, de fleurs et de fécondations magiques – qu’elle prêtait à l’amour lui étaient retirées d’un seul coup. L’existence lui paraissait lâche, ignoble, vile, monstrueuse. Et Jacqueline ne comprenait pas que les parents aient des enfants si c’est pour les rendre malheureux ; elle a décidé de n’en avoir jamais, parce qu’elle ne veut pas qu’ils le soient.

*

Les balles ne lui font pas peur, elle s’est toujours représenté la mort comme une délivrance. Mais elle trouve dégueulasse de la part des pilotes italiens de s’attaquer à des civils. Sur la route, des gens poussent des cris de cochon qu’on égorge.

*

-Ce sont des R35 comme sur la couverture de Match ! affirme Jacqueline. Son frère corrige : -Non,non,ce sont des Hotchkiss H 39. Ou ,plus précisément ,l’engin blindé que son constructeur nomme le « char léger Hotchkiss 1938 modèle H ».Mais ils ressemblent au Renault ,je te l’accorde .On en a produit plus de 600 exemplaires pour nos divisions légères mécaniques et nos divisions cuirassées de réserve… Curieux , celui de tête n’a pas ses garde-boue…










Romain Slocombe est un écrivain. français né en 1953, aux talent multiples  : bande dessinée, dessin, peinture, illustration, photographie, cinéma, essais et roman. 

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