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La joie de vivre

Emile Zola







  • Poche : 508 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche; Édition : Le Livre de Poche (31 août 2003)
  • Collection : Classiques
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français








Découverte de ce tome jamais lu. On y retrouve Pauline, la fille des Quenu, les charcutiers des Halles, dans Le Ventre de Paris. La petite est orpheline et sera recueillie par la famille Chanteau, qui vit sur la côte normande.

C’est une adorable enfant, gaie, attentionnée, et prête à aider quiconque le mérite à ses yeux, fût-il homme ou animal.

Les Chanteau  sont moins enthousiasmants : le père, goûteux chronique mais incapable de résister à l’attrait d’une bonne table, il sera l’objet de toutes les attentions de Pauline. Madame Chanteau, reine de la mauvaise foi et de la cupidité et le fils, le pire des trois. Lazare est un jeune homme de dix-huit ans, inconstant, et frivole. A la manière des Bouvard et Pécuchet, il s’entiche de passions diverses et variées, qu’il abandonne aux premières difficultés. Ainsi , il sera tenté par la musique puis la médecine, puis la chimie, sans oublier la littérature, autant d’entreprises vouées à l’échec, ce qui serait un moindre mal si pour démarrer ses projets, il ne puisait pas à chaque fois dans l’héritage que la petite Quenu a touché lors du décès de ses parents.

Pour ne rien arranger, Lazare est aussi inconséquent dans sa vie amoureuse.

On imagine bien ce qui va se produire.

Ce tome est très médical :  entre les descriptions cliniques de la goutte, qui ne bénéficiait à l’époque d’aucun traitement vraiment efficace, les études médicales de Lazare, certes brèves, mais néanmoins entamées, et le mal infectieux qui ronge Pauline et manque de la faire passer de vie à trépas. Le personnage du médecin de famille est aussi représentatif des limites de cette science sous le second empire.

Le roman oppose des personnages radicalement différents, avec Pauline qui irradie d’une lumière douce et d’un optimisme à tout crin et la sinistre famille Chanteau. Quant à Lazare, c’est lui qui illustre ici la théorie de la dégénérescence chère à l’auteur. 

Reste Véronique, la dévoué domestique, pragmatique, observatrice et conduite au désespoir par la déliquescence de cette famille.


Encore un roman passionnant.



...N'importe, retiens bien les paroles : on a conquis la végétation terrestre, n'est-ce pas ? Les plantes, les arbres ce dont nous nous servons, ce que nous mangeons ; et bien, peut-être la conquête de la végétation marine nous enrichira-t-elle davantage encore, le jour où on se décidera à la tenter.


*

Je reconnais bien là nos jeunes gens d'aujourd'hui, qui ont mordu aux sciences, et qui en sont malades, parce qu'ils n'ont pu y satisfaire leurs vieilles idées d'absolu, sucées avec le lait de leur  nourrices. Vous voudriez trouver dans les sciences d'un coup et en bloc toutes les vérités, lorsque nous le déchiffrons à peine, lorsqu'elles ne seront sans doute jamais qu'une éternelle enquête. Alors, vous les niez, vous vous  rejetez dans la foi qui ne veut plus de vous, et vous tombez au pessimisme... Oui, c'est la maladie de l fin du siècle, vous êtes des Werther retournés.











Un livre de martyrs américains

Joyce Carol Oates







  • Broché : 859 pages
  • Editeur : Philippe Rey (5 septembre 2019)
  • Collection : Roman étranger
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Claude Seban










Avec Un Livre de martyrs américains, Joyce Carol Oates aborde le difficile sujet de l’avortement. Malgré ce droit considéré comme acquis depuis que la  médecine a sécurisé les pratiques et la loi précisé les conditions, les choses ne sont pas aussi simples en pratique, et particulièrement aux Etats-Unis, où les groupes religieux sectaires refusent les règles établies par l’état pour s’en remettre à ce qu’ils considèrent comme les lois divines. Et cette opposition de principe se limite pas à des débats internes : manifestations, entrave à l’accueil des femmes dans les centres dédiés, voire meurtres qui visent les médecins « destructeurs de bébés ».

Mais avec Joyce Carol Oates, rien n’est tout blanc ou tout noir. 

Le roman débute sur un fait divers : le meurtre d’un médecin gynécologue par un adepte d’une secte anti-avortement. Luther Dunphy abat d’un coup de fusil le Dr Vorhees ainsi que l’homme qui l’accompagnait dans la difficile tâche quotidienne qui consiste à se rendre sur son lieu de travail. 

Loin d’opposer le méchant assassin et le vertueux médecin, l’auteure dissèque avec une grande précision l’histoire de ses personnages et tente d’expliquer, sans excuser, le cheminement qui a pu aboutir au drame. Et sans se limiter au couple tueur-victime, elle étend son analyse aux autres  membres des deux familles, liées malgré elles par cette brusque rupture dans leur destin. Personne n’est innocent dans l’affaire. Au -delà des convictions, chaque personnage tisse sa propre toile d’araignée. 

C’est passionnant, et malgré l’épaisseur du récit, on est captivé d’un bout à l’autre. Difficile de lâcher ce monument, qui allie romanesque et analyse pointue d’une société complexe. 


Un excellent cru de l’américaine prolixe. 





Même quand j'accompagnais mon père à son travail et travaillais à côté de lui sur un chantier, il ne me parlait que si c'était nécessaire. Bien que chrétien, il ne pardonnait pas facilement, il n'oubliait pas facilement. Avec le temps sa fureur et son dégoût finirent par diminuer comme un lino  neuf perd peu à peu de son brillant, devient terne sous la crasse et cesse d'être remarqué.


*


Fonte de la neige, de la glace. Toits qui dégoûtent. Bancs de neige qui fondent lentement et coulent dans les caniveaux, les fossés. Trottoirs luisants, flaques . Traînées de boue dans les champs, de part et d'autres des chemins. Partout les traces de l'hiver : branches brisées, feuilles pourries, squelettes de sapin de Noël abandonnés dans les terrains vagues, lambeaux de papier, plastique. Le soleil brillaient, vif et ardent à midi, puis faiblissait dans l'après-midi. L'air devenait froid et prenait une odeur métallique qui pinçait les narines de Dawn.

*

La belle princesse Jamala, à la tête rasée , aux dagues  tatouées, étincelante, en Lycra moulant… moins arrogante et moins sûre d'elle, maintenant, les bras mous, hébétée de fatigue. Tel était le secret de la championne noire : elle n'avait jamais boxé plus que quelques rounds. Elle avait toujours gagné ses combats rapidement. Elle était toute debrillant, de parade, avec quelques coups très percutants et précis. Mais son endurance n'avait jamais été mise à l'épreuve.



Née en 1938,  Joyce Carol Oates est une poétesse, romancière, nouvelliste, dramaturge et essayiste américaine.

Francis Rissin

Martin Mongin











  • Broché : 500 pages
  • Editeur : Tusitala (21 août 2019)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français















Encore sous le choc et sous le charme de ce roman incroyable! Incroyable au sens littéral du terme, tant l’histoire est délirante, et au sens également de peu commun, peu ordinaire. 

Ne pas se fier au premier chapitre, qui pourrait être décourageant : le texte du cours universitaire d’une prof de lettres concernant des écrits hypothétiques consacrés à…Francis Rissin,  peut paraître abscons.  Mais, déjà entre les lignes, quelques indices poussent à la curiosité. 

C’est ensuite un festival de romans dans le roman, à partir d’un portrait qui se resserre en cercles concentriques autour de l’énigmatique personnage qui donne le titre au livre. Portrait en négatif, à partir de ce que chacun veut y mettre: le flic obstiné, la foule en délire, les voisins putatifs, et à chaque fois on part sur un récit différent (ce pourrait être un livre pour île déserte, tant il est protéiforme et déstabilisant. il est probable qu’une seconde lecture apporterait un autre regard sur l’affaire. 

Mais la forme n’empêche pas le fond : le mythe Francis Rissin est un prétexte adroit pour faire un état des lieux politique, au sens premier, à savoir l’organisation et l’exercice du pouvoir dans une société organisée.Après un récit hagiographique, l’auteur n’hésite pas à inclure une dystopie glaçante sur fond de peine de mort. 

Quelle ne fut pas ma surprise, au coeur du roman de voir citer la minuscule bourgade de la Croix Hélléan, à quelques encablures du berceau de ma famille maternelle! Et comme ce phénomène s’est reproduit à plusieurs reprises en cours de lecture, sur des petits détails géographiques ou historiques, la paranoïa ambiante s’est emparée de moi : Martin Mongin, vous me connaissez, je ne vois pas d’autre explication. Ce livre a été écrit pour moi!!!

Par contre, il est possible que l’effet de séduction ne soit pas universel. il faut accepter de se faire balloter comme un fétu de paille au gré des bourrasques imaginatives de l’auteur. Et je comprendrais tout à fait que l’on ne partage pas mon enthousiasme.


S’il y avait un peu moins de pages, et qu’une pile immense ne m’attendait pas pour partir explorer de nouveaux univers d’écrivains, je le relirais immédiatement.


Challenge pavés Babelio 2019



Il y a des livres qui existent, les livres qu'on peut facilement se procurer sur les étals des librairies, chez les bouquinistes ou dans les arrière-salles poussiéreuses des antiquaires de la rue de Sèvres, ses livres qui nous présentent lascivement leur dos colorés sur les étagères des bibliothèques, pour qu'on les caresse du bout des doigts. Il y a des livres qui existent et les livre qui n'existent pas, les livres qui n'ont jamais été écrits, les livres imaginaires,  les livres de roman.


*

Francis Rissin avait manifestement vécu dans les parages ; mais s'il était mort, si on l'avait retrouvé inanimé au pied des rochers de la Falconnière, alors sa dépouille ne se trouvait ni à Saint Rambert en Bugey ni à Arandas. Autrement dit, il courait encore dans la nature et allez  savoir si un cadavre qui court n'est pas un homme vivant.


*
Je sais qu'il sera là, et pourtant je peux déjà vous affirmer que ce ne sera pas tout à fait lui – ou en tout cas que ce sera sûrement l'un d'entre eux. Car je sais qu'ils sont un régiment, ils ont toute une armée. Car je sais que Francis Rissin est légion.




Né en 1979, Martin Mongin est professeur de philosophie, et passionné de politique. Francis Rissin est son premier roman.

Pandémie

Robin Cook




  • Broché : 528 pages
  • Editeur : Albin Michel (30 octobre 2019)
  • Collection : A.M.THRIL.POLAR
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Pierre Reigner










Pandémie :  le titre est un peu trompeur car  Cook s’attaque plutôt à la découverte récente en génétique du Cripsr/cas9 une méthode révolutionnaire qui permet de travailler  l’ADN un peu comme on le veut sur  le vivant. 

Le roman ne commence pas comme souvent par une représentation à l’état au niveau cellulaire de ce qui se passe dans l’organisme de la victime impliquée. Cette fois rien ne nous explique ce qui arrive à cette une jeune femme de 30 ans victime d’une détresse respiratoire aiguë dans le métro New York. Lorsque Jack Stapleton se charge de l’autopsie à l’institut médico-légal où il travaille toujours,  il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord par l’importance des lésions constatées au niveau de l’appareil respiratoire de la jeune femme qui fait qu’elle s’est littéralement noyée dans ses propres poumons. Par ailleurs Jack constate qu’elle a subi une transplantation cardiaque et surprise au niveau des analyses toxicologiques systématiques dans le cadre d’une mort subite comme celle-là,  il semble que la jeune femme n’avait  aucun traitement immunosuppresseur ce qui est absolument incontournable pour éviter qu’une greffe d’organe soit rejetée par l’organisme receveur. 

De plus on a pas l’identité de la jeune femme puisque son téléphone et son sac lui  ont été rapidement dérobés à la suite de son malaise. Autant dire que Jack va devoir  très rapidement outrepasser les limites de ce qui lui est attribué dans le cadre de son travail et démarrer sa propre enquête.

 On a fait connaissance auparavant avec un milliardaire chinois dont le fils est également un milliardaire chinois qui a investi son argent au niveau de la recherche médicale aux États-Unis et de son fils avec qui il semble partiellement en désaccord. Tout est en place pour que l’intrigue  se noue.

C’est avec plaisir que l’on retrouve le couple Stapleton, même si leur situation n’est pas forcément enviable : Laurie est montée en grade au niveau de l’hôpital puisqu’elle est responsable de l’institut médico-légal, mais dans sa vie privée les choses ne se sont pas fort forcément améliorées : si son petit garçon a guéri  de la tumeur donc il était atteint, sa fille âgée  de trois ans semble présenter tous les signes de l’autisme. Et pour arranger les choses sa belle-mère squatte son appartement.


L’enquête est intéressante comme d’habitude. Peut-être un peu moins de suspense et et quelques longueurs. Le cas médical est bien exploité. Par contre la fin est un peu facile et bâclée, voire invraisemblable .



C’est donc un honnête Robin Cook sans plus.  Il en fut de meilleurs et de beaucoup plus angoissants.



Robin Cook est un écrivain américain, né en 1940, auteur de nombreux thrillers se déroulant dans le milieu médical.


La débâcle

Romain Slocombe








  • Broché : 528 pages
  • Editeur : Robert Laffont (22 août 2019)
  • Collection : Roman
  • Langue : Français










Mise en lumière d’une courte mais dramatique période de l’histoire de notre pays : à la suite de la « drôle de guerre », les allemands attaquent avec violence, et l’armée française en totale déconfiture ne peut résister. 110 000 morts parmi les militaires. Pour compléter l’humiliation, ce sont huit à dix millions de civils qui quittent les grandes villes du nord et la Belgique, fuyant devant l’armée allemande pour se retrouver sur les routes, abandonnant peu à peu les biens plus ou moins précieux qu’ils avaient jugé indispensables, mais qui perdent rapidement de leur valeur lorsque la faim, le froid et les tirs ennemis les exposent à un péril mortel chaque jour :  100 000 morts et 90 000 orphelins!

Romain Slocombe met en scène alternativement les militaires et les civils, représentés par quelques personnages qu’il a choisi plutôt privilégiés, du moins avant que leur fuite ne les mette à la même enseigne que les autres exilés. 
Le désarroi de l’armée est clairement évoqué, avec force détails concernant le nom des régiments, divisions, etc, et de l’armement dont ils disposaient C’est un peu complexe pour qui ne connaît pas bien l’histoire militaire, mais on peut lire rapidement ces passages, qui n’apportent rien à l’intrigue, sinon de prouver s’il cela était nécessaire, l’érudition et le sérieux de l’auteur en matière de documentation.

Quand à la famille Perret, qui quitte la capitale au volant d’une voiture de luxe, persuadée d’effectuer en quelques heures le trajet qui les mettra à l’abri, on ne peut pas dire qu’ils inspirent la sympathie. En particulier la mère, qui accorde plus d’importance à la mort de son chien qu’à celle de son employée! Seule la jeune fille, loin d’être sotte, sortira grandie de cette épreuve. 
N’oublions pas Lucien et Hortense, dont le périple aura sans doute inspiré au rédacteur de la quatrième de couverture le qualificatif usurpé de road-trip et qui vivent  séparément des heures denses et angoissantes. Parviendront-ils à se retrouver?

La lecture n’est pas facile, en particulier en raison des nombreux développements concernant le fonctionnement de l’armée, mais c’est un roman qui marque, et l’abondance de détails confère au récit une réalité saisissante et poignante. L’utilisation du présent  renforce cette impression d’être au coeur  du récit. 





Toute la grâce, la poésie – avec son cortège de papillons, de fleurs et de fécondations magiques – qu’elle prêtait à l’amour lui étaient retirées d’un seul coup. L’existence lui paraissait lâche, ignoble, vile, monstrueuse. Et Jacqueline ne comprenait pas que les parents aient des enfants si c’est pour les rendre malheureux ; elle a décidé de n’en avoir jamais, parce qu’elle ne veut pas qu’ils le soient.

*

Les balles ne lui font pas peur, elle s’est toujours représenté la mort comme une délivrance. Mais elle trouve dégueulasse de la part des pilotes italiens de s’attaquer à des civils. Sur la route, des gens poussent des cris de cochon qu’on égorge.

*

-Ce sont des R35 comme sur la couverture de Match ! affirme Jacqueline. Son frère corrige : -Non,non,ce sont des Hotchkiss H 39. Ou ,plus précisément ,l’engin blindé que son constructeur nomme le « char léger Hotchkiss 1938 modèle H ».Mais ils ressemblent au Renault ,je te l’accorde .On en a produit plus de 600 exemplaires pour nos divisions légères mécaniques et nos divisions cuirassées de réserve… Curieux , celui de tête n’a pas ses garde-boue…










Romain Slocombe est un écrivain. français né en 1953, aux talent multiples  : bande dessinée, dessin, peinture, illustration, photographie, cinéma, essais et roman. 

Nana

Emile Zola








  • Poche : 500 pages
  • Editeur : Gallimard (30 avril 2002)
  • Collection : Folio Classique
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français







Nana, la petite fille des ruisseaux, la canaille de la Goutte d’or, qui a vécu sa jeunesse en guenille, entre des parents en proie à leurs démons, faibles et et malchanceux. La revoici, Nana, reine du vice, qui peu à peu étend son pouvoir sur la société huppée de cette fin de siècle, affolant par sa liberté et sa sensualité ces beaux messieurs bien mis et fortunés, du moins avant de se laisser prendre dans la toile d’araignée de la belle. 

Elle commence au théâtre, et malgré ses dons très modestes, au point de transformer en comédie un drame passionnel, elle attire l’attention sur sa personne. faisant feu de tout bois, elle introduit peu à peu le ver dans le fruit : 

« Ici, sur l’écoulement de ces richesses, entassées et allumées d’un coup, la valse sonnait la glas d’une vieille race; pendant que Nana, invisible, épandue au-dessus du bal avec membres souples, décomposait le monde. »

Passant de bras en bras et de lit en lit, elle soumet les hommes ou les femmes (une prostituée avec laquelle elle entretient une liaison), et dilapide des sommes faramineuses, ruinant peu à peu ses amants.

Inspirée de la vie de prostituées mondaines, la vie de Nana symbolise pour certains le destin de l’empire agonisant.


C’est encore une fois un superbe roman, dont le réalisme a sans doute pu choqué lors de sa parution. 



Le temps avait brusquement changé, un ciel pur se creusait, tandis qu' une lune ronde éclairait la campagne d'une nappe d'or. C'était une paix souveraine, un élargissement du vallon s'ouvrant sur l'immensité de la plaine, ou les arbres faisait des îlots d'ombre, dans le lac immobile des clartés. Et Nana s'attendrissait, se sentait redevenir petite.

*

Nana se révoltait davantage chaque jour, à l'idée de tromper Georges. Un petit si innocent et qui croyait en elle ! Elle se serait regardée comme la dernière des dernières. Puis, ça l'aurait dégoûtée. Zoé, qui assistait, muette et dédaigneuse, à cette aventure, pensait que Madame devenait bête.

*

Ma fille, où il y a des femmes, il y a des claques. C'est Napoléon qui a dit ça, je crois… Lave-toi avec de l'eau salée, excellent, l'eau salée, pour ces bobos. Va, tu en recevras d'autres ; et ne te plains pas, tant que tu n'auras rien de cassé….



Le coeur de l'Angleterre ⭐️⭐️⭐️⭐️

Jonathan Coe










  • Broché : 560 pages
  • Editeur : Gallimard (22 août 2019)
  • Collection : Du monde entier
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Josée Kamoun








Le cru 2019 de Jonathan Coe s’inscrit dans l’actualité encore brûlante puisque le brexit ne cesse de faire couler l’encre, jour après jour, pour savoir comment extirper cette balle dans le pied que les anglais se sont tirée presque malgré eux. 

Bien entendu, il s’agit d’un roman et l’on retrouve des personnages déjà croisés dans Bienvenue au club, il y a quelques années. Et c’est un vrai plaisir de les voir débattre, nouer des alliances, se séparer pour mieux se retrouver au fil d’un quotidien ordinaire. Ils sont assez nombreux, autour de Benjamin, l’ermite au bord de la rivière, sa famille, ses amis, ses relations sociales. Et tout se joue autour de l’écriture de son roman, oeuvre entamée des années plus tôt et alimentée sans tri sélectif au point de se retrouver avec un pavé illisible. Ce qu’en fera son éditeur est à mourir de rire.

Grand moment aussi que l’ouverture des Jeux Olympiques, Il n’y a que Jonathan Coe pour retranscrire cette ambiance particulière, où pour quelques minutes tous les anglais se sont retrouvés soudés devant le même spectacle.

Pas de prise de position pour les Leave ou les Remain, mais une savante analyse de la situation et de sa complexité. Les politiques ne sont pas épargnés : un peu d’ironie n’a jamais tué personne.

L’humour est en effet là, parfois amer, jamais méchant, mais imprégné de ce qui fait le charme de cette spécialité britannique. 


Grand plaisir donc de parcourir ces pages, et le roman ne dénote pas parmi les autres. Les fans apprécieront et les nouveaux venus auront un aperçu fidèle du talent de l’auteur.



Un couple peut décider de se séparer pour toutes sortes de raisons : l'adultère, la cruauté, , la violence domestique, le manque de vie sexuelle. Mais une divergence d'opinions sur l'appartenance de la Grande-Bretagne à l'Europe ? 

*

Vous vous rappelez ? dit - il en regardant au Nord le mur qui entourait la piscine extérieure nichée derrière la chapelle de l’école , ils nous obligeaient à nager à poil quand on oubliait notre maillot .
Oh que oui , dit Phil .
Le plus étonnant , dit Steve , c’est que nos parents laissaient faire sans protester. Aujourd’hui on alerterait la police et les services sociaux . Du moins j’espère.
C’est vrai , appuya Phil , il y a tellement de choses qui paraissaient normales dans les années soixante - dix et qui relèveraient de la maltraitance aujourd’hui.

*

Avoir beaucoup en commun avec son partenaire, ça ne veut rien dire. Pieter et moi, nous avions les mêmes centres d'intérêt, les mêmes choix politiques, les mêmes opinions... on voit où ça m'a menée."
Elle avait déjà raconté par le menu l'histoire de son désastreux mariage, qui avait commencé comme une union des âmes et s'était achevé dans la violence domestique.
"Je me suis rendu compte que Pieter était une merde. Il mentait, il me trompait, il était violent. Vous trouvez que votre mari est une merde ?














Jonathan Coe est un auteur anglais né à birmingham en 1961. Il doit sa notoriété à l'étranger à son quatrième roman "Testament à l'anglaise". Cette virulente satire de la société britannique des années du thatchérisme a connu un important succès auprès du public. 
Jonathan Coe a reçu le Prix Médicis étranger en 1998 pour "La Maison du sommeil".

Relic

Preston & Child






  • Poche: 542 pages
  • Editeur : J'ai lu (4 septembre 2010)
  • Collection : J'ai lu Thriller
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Jean Colonna









Rien que le nom du fin limier de la série donne envie de la découvrir : Aloysus Pendergast…Cela sent le fantastique et les aventures très dépaysantes, avec des relents d’obscurantisme . Même si le premier tome ne permet pas de vraiment faire connaissance en profondeur avec cet agent spécial du FBI venu du sud, et que son rôle reste modeste dans cet opus par rapport à l’énergie que déploie Margo, l’étudiante au coeur de l’intrigue.

Les autres personnages sont nombreux et parfois difficile à mémoriser dans leur fonction. Ce qui n’est pas fondamental. D’autant qu’un certain nombre finiront rapidement dans les griffes du monstre tapi dans les profondeurs du muséum d’histoire naturelle de New-York. Le célèbre bâtiment est le siège de meurtres extrêmement violents et répétés, les premiers remontant à 7 ans plus tôt, mais le nombre de victimes semble augmenter à vitesse exponentielle, avec une mise en scène toujours identique, lacération du tronc et décapitation. Des ombres puantes hantent le sous-sol du bâtiment, créant une psychose bien compréhensible parmi les occupants des lieux. Seulement voilà, l’affaire ne doit pas être ébruitée car l’équipe de direction prépare une exposition qui doit rassembler de nombreux curieux, le but étant de booster fréquentation des lieux. Pas question donc d’alerter les médias. 

La présence malveillante se précise peu à peu et les liens avec une ancienne tribu amazonienne, décimée dans par un bombardement au napalm, orientent l’enquête vers la survie d’une chimère, un dessert pour généticien.

Si la première partie est plutôt lente, le temps représenter les personnages , d’expliquer les origines de l’affaire et de mettre en place une course contre la montre avant la fameuse exposition, on assiste ensuite à une terrible accélération des événements et le roman devient un véritable page-turner haletant.

Les auteurs ne dédaignent pas les hypothèses scientifiques, faisant  la part belle, comme dans Cauchemar génétique, à la génétique. 

Pas question donc de s’ennuyer dans ce thriller, qui , je le découvre en rédigeant ces lignes a été adapté en film sous le titre de The Relic.


Promesse de nombreuses heures de plaisir avec les quelque dix huit tomes de la série, à la recherche de frissons mais aussi pour explorer plus précisément la personnalité et l’histoire d’Aloysus Pendergast.



Une forme noire commença bientôt à s'extraire de l'obscurité lointaine, à une distance que le faisceau de la lampe de poche ne pouvait pas atteindre. Bientôt, elle cessa de bouger. On eût dit qu'elle levait la tête. Il y eut comme un reniflement étrange.

*

Généralement, on utilise l'ADN humain comme référent externe, parce que la cartographie en a été largement explorée. On provoque quand même une réaction des chaînes de polymères sur l'échantillon, d'où multiplication des gènes, des milliers et des milliers de copies apparaissent, ce qui nous donne pas mal de boulot.

*

Il parcourut rapidement le catalogue. Voilà ce qu'il cherchait :Times Picayune,de 1840 à nos jours.
Il chargea l'année 1988 dans la machine. En arrivant au mois d'octobre, il ralentit, puis s'arrêta. Un titre en grosses lettres, corps 72, s'étalait devant ses yeux au sommet de la page : 
— Dieu du Ciel !
Aprésent il voyait, sans l'ombre d'un doute, pour quoi les caisses de Whittlesey avaient passé si long temps sur le port de La Nouvelle-Orléans.









Douglas Preston, né le 20 mai 1951à Cambridge dans le Massachusetts, est un écrivain américain. Il est l'auteur de plusieurs romans dans les genres de l’horreur et du techno-thriller qu'il écrit seul ou en collaboration avec Lincoln Child.


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