mardi 25 février 2020

Une machine comme moi

Ian McEwan








  • Broché : 400 pages
  • Editeur : Gallimard (9 janvier 2020)
  • Collection : Du monde entier
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : France Camus-Pichon






Et si Alan Turing avait pu se promener serein au bras de son amant, en 1982? Et si Margaret Thatcher avait perdu la guerre des Malouines? C’est dans ce contexte que débute Une machine comme moi, alors que le narrateur investit toute sa fortune (un héritage familial) dans l’achat d’un robot quasi-humain. Il en existe une vingtaine dans le monde, autant dire que c’est un placement un peu osé!

Ce trentenaire vit assez modestement en tentant d’engranger des profits spéculatifs, et vit avec sa voisine une relation fluctuante. 

L’arrivée d’Adam va remettre en question  les fondements philosophiques et éthiques sur lesquels il pensait pouvait compter pour élucider sa condition d’humain. Et bouleverser sa vie.


C’est une belle dystopie, assez convaincante (j’ai du vérifier que l’Angleterre était ou non sortie victorieuse de la guerre contre l’Argentine!), rédigée avec une assurance et une ligne de narration inattaquables. 

C’est encore un personnage de perdant (très en vogue dans la littérature de ce début d’année - où peut-être mes choix se sont inconsciemment dirigés vers ce type de héros), qui tient le rôle principal, et on s’y attache sans arrière-pensée. Les personnages secondaires ne manquent pas d’attraits non plus.


J’ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, qui devrait réconcilier les lecteurs réticents au genre, tant la portée politique et philosophique l’emporte sur la fantaisie.



C'était l'espoir garanti pour toute aspiration religieuse, c'était le saint graal de la science. Nous avions des ambitions, pour le meilleur et pour le pire : que le mythe de la création devienne réalité, que s'accomplisse un acte d'un narcissisme monstrueux.

*

Ce pour quoi les gens faisaient la queue tout un week-end présentait, six mois plus tard autant d'intérêt que des chaussettes à leurs pieds. Qu'étaient devenus les casques qui devaient faciliter l'apprentissage, les réfrigérateurs parlants doués du sens de l'odorat? Disparus, et avec eux la souris d'ordinateur, le Filofax, le couteau électrique, le service à fondue. L'avenir frappait sans cesse à la porte. Nos jouets flambants neufs commençaient à rouiller avant même d'arriver à la maison, et pour l'essentiel la vie continuait comme avant.

*

Lorsque les être artificiels nous ressembleraient jusqu'à devenir comme nous, puis supérieurs à nous, jamais nous ne nous lasserions d'eux. Ils nous surprendraient forcément. Ils pourraient nous trahir de différentes façons qui dépassaient l'imagination . La tragédie était possible, mais pas l'ennui.












Ian McEwan est un romancier et scénariste anglais.
Père de deux fils, il habite dans la City de Londres près de la gare St Pancras, une vaste maison victorienne qui apparaît dans son roman "Samedi" (Saturday, 2005).

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