mardi 15 décembre 2020

Retour à Reims ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Didier Eribon




  • Éditeur : Editions Flammarion (27 octobre 2010)
  • Langue :  Français
  • Broché : 247 pages
  • Existe en version numérique





Didier Eribon est philosophe et sociologue. Cet ouvrage est celui d’un parcours, de ceux pour lesquels on ne parierait pas un kopeck quand on connaît le milieu dont il est issu. 


Fils d’un ouvrier, et d’une femme de ménage, son parcours scolaire est très atypique, à l’aune de ce qui se pratique dans sa famille. Il fait partie des rares qui échappent, mais pas complètement, à la sélection liée, non aux mérites et aux capacités, mais à l’origine sociale. Et l’auteur insiste sur le fait que cette sélection n’est pas réservée aux années collège et lycée. Une fois passé le Rubicon du baccalauréat, les filières efficaces sont l’apanage d’une élite informée, qui n’ira pas perdre son temps sur les bancs d’une université qui n’est une aporie.


Cette situation hors norme au sein de sa famille le conduit à un rejet, et ce d’autant qu’il est homosexuel, ce qui est une infamie pour ses parents, et l’on imagine la jeunesse de l’auteur visé et atteint à chaque plaisanterie ou insulte à l’égard de « gens comme lui ».


Un parcours douloureux donc, et un ressenti qui n’est pas sans rappeler ce qu’Annie Ernaux a pu partager dans ses écrits, auteur d’ailleurs citée à plusieurs reprises.


On retrouve aussi ce sentiment d’équilibre instable entre deux mondes, volontairement à l’écart de sa famille, mais avec l’impression tenace de ne pas être accepté dans son nouvel environnement, qui pourtant le comble dans son désir de connaissances. C’est la même chose pour ceux dont la famille a du quitter ses terres d’origine, et qui deviennent étrangers à vie que ce soit  sur la terre d’accueil ou sur celle qu’ils ont quittée.


Double question de l’identité sociale et sexuelle, sur le modèle d’une auto-analyse sincère.




Les traces de ce que l'on a été dans l'enfance, de la manière dont on a été socialisé, perdurent même quand les conditions dans lesquelles on vit à l'âge adulte ont changé même quand on a désiré s'éloigner de ce passé, et, par conséquent le retour dans le milieu d'où l'on vient – et dont on est sorti, dans tous les sens du terme – est toujours un retour sur soi et retour à soi, des retrouvailles avec un soi-même autant conservé que nié.

*

Je me méfie tout autant des injonctions à l'a-normalité qui nous sont adressés par les tenants – très normatifs également, au fond – d'une non - normativité érigée en "subversion" prescrite, dont j'ai pu constater tout au long de ma vie à quel point normalité et a-normalité était des réalités à la fois relatives, relationnelles, mobiles, contextuelles, imbriquées l'une dans l'autre, toujours partielles… et à quel point aussi légitimité sociale pouvait produire des ravages psychiques chez ceux qui la vivent dans l'inquiétude et la douleur .



  

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