vendredi 12 mars 2021

Le syndrome de l'accent étranger ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Mariam Sheik Fareed



  • Éditeur : philippe Rey
  • Langue : Français
  • Broché : 240 pages
  • Première sélection Prix Orange




Alex oublie ce qu’il a de plus précieux dans le métro. Désiré fait un métier qui lui permet de découvrir la capitale, euphémisme  pour dissimuler le temps d’une interrogation chez son interlocuteur la vérité d’une condition peu enviable, celle de balayeur. Et c’est lui, après sa mission matinale accomplie, qui découvre la sacoche et son contenu, un ordinateur et des notes. Le début d’une histoire. 


Alors comme  il n’a pas l’art de traduire avec assurance ses pensées en mots, il fait appel à Marie, celle qui l’accueille les soirs où ce qu’il reste de son salaire ne suffit pas à lui assurer un repas. Les voeux de Désiré avec les mots de Marie : pour convaincre, en un chantage vertueux, l’auteur du roman en gestation de poursuivre son histoire.


C’est donc un roman à tiroir, avec un récit qui se crée peu à peu dans l’histoire, mettant  en lumière les étonnants processus de la création littéraire, dont les blocages peuvent tout à coup se lever à l’occasion d’un hasard bienvenu, d’une sérendipité éclairante.


C’est aussi la rencontre de personnages riches, qui cachent leurs trésors et leurs blessures parfois encore à vif, derrière des silences alourdis par l’absence d’une oreille attentive.


A l’opposé de ces personnages bien ancrés dans une réalité et un quotidien qui exclue le rêve et même l’espoir d’un avenir meilleur, Sophie illumine le récit, marionnette d’un écrivain hésitant.


Ce roman  social offre au lecteur une part de rêve et démontre le pouvoir des mots pour lever les barrières qui limitent l’accès au possible. 


Très agréable lecture.




Ils sont souvent sur ces lieux avant tout le monde, pour balayer à la force du poignet la trace des s autres. Refaire de la ville un éden du premier jour comme si la vie recommençait à neuf chaque matin : c'est leur job. Ils doivent finir la remise au propre avant que le flot des pressés ne reprenne, établir le calme et l'ordre avant la tempête quotidienne. Dans ce moment précis, Désiré trouve son shoot de sérénité et de dignité, qui fait passer le reste.

*

Dans ma vie à moi, il n'y a pas beaucoup d'histoires. Et j'aimerais vraiment connaître la suite de la vôtre. Lorsque vous m'enverrez la fin de votre récit, alors je vous rendrai le sac, et son contenu. Il ne manquera rien. 
Je ne suis pas un voleur. Je vous assure. Je n'ai presque jamais rien volé. Des sucreries quand j'étais un enfant, peut-être. Vous qui savez écrire de cette manière, offrez-moi des mots pour rêver et m'endormir.

*

Un morceau de céleri était coincé entre ses incisives. L'oter avec un ongle était exclu, car elle aurait à coup sûr rayé son vernis carmin. Une de ces toutes petites choses de la vie qui peuvent rendre un moment important absolument pénible. C'est à cause de cette infime fragment légumineux qu'elle décide de partir avant la fin. On n'était pas jeudi, elle n'avait pas vraiment de raison de rentrer maintenant, mais il était déjà tard, et elle se sentait un peu lasse.

*

Elle se prend une claque. Elle qui avait commencé tranquillement à faire du social sur des horaires calés, comme on fait de la Zumba, se trouve prisai corps dans de l'humanitaire, du pur, du dur, avec ses déviances et ses inexactitudes, ses énergie folles et ses vies qu'on y laisse, des deux côtés. Côté crève-la-faim, côté volontaires.





Mariam Sheik Fareed, née à Londres, de mère française et de père mauricien d'origine indienne, jouit d'une triple nationalité et demie.

Successivement journaliste à l'Express, testeuse de chewing-gum anti tabac, chargée de communication, enseignante, ou encore vendeuse de gaines, elle crée en 2006 un des premiers écolodge insolite de France.

Lauréate de nombreux concours de nouvelles, l'écriture de son premier roman, Le syndrome de l'accent étranger, la mènera à découvrir la situation des migrants dans Paris, et à s'investir sur le terrain.

(Source : Babelio)







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