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Parfois l'homme ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Sébastien Bailly 











Comment parcourir le temps d’une vie en compagnie d’un personnage aussi commun que disparate, universel et singulier, chargé d’un miroir  qui renvoie une image de notre monde contemporain, avec ses absurdités et ses moments de grâce ?


Point n’est besoin de le nommer, il est L’homme. De sa naissance à son déclin il franchit les étapes d’un parcours que l’auteur sait diversifier afin de toujours s’y retrouver. Il est un de nos proches ou un inconnu dont on sait les tourments, il est un ami, un fils, un collègue, il est tout cela à la fois. 


Le tout est assaisonné d’un humour aussi juste que grinçant. Aussi drôle que désespérant, tant la banalité de nos parcours individuels que l’on pense uniques apparaît ainsi dans toute sa splendeur et sa dérision. 


Lu avec plaisir et avidité, impatiente de découvrir les nombreuses réflexions issues du regard décalé de l’auteur sur notre destinée. 


192 pages Tripode 8 février 2024








Vu de près, il est globuleux, ovoïde, squameux. On s'extasie. Ses parents n'osent pas le trouver hideux. Le médecin leur dit que la chose retrouvera forme humaine en quelques jours. Un beau bébé joufflu en pleine santé apparaîtra bientôt.


*


L'on passe  rapidement de la question de savoir pourquoi on a voulu un enfant à la question générale et définitive : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Là, ça se corse. On plonge le petit doigt dans des philosophes au nom imprononçable et aux phrases alambiquées On les repose très vite sur l'étagère de la bibliothèque municipale.


*


Ah, mais on avait dit : pas de tétine, jamais… Mais le parent a craqué après trois nuits sans sommeil.


*


L'homme se cabosse lorsqu'il joue à la guerre, reçoit des projectiles, des éclats d'obus, des flèches empoisonnées. Ces vieilles blessures, le feront souffrir lorsque le temps tournera la pluie. La probabilité d'échapper à l'ecchymose est faible. Viendront dans le désordre, le coquard, l'écorchure, l'entaille, l’éraflure, les égratignures. Et c'est ainsi que l'homme fait connaissance avec ses limites.


*

C'est pour fêter cette hypothétique  retraite qu'ils boivent depuis vingt ans, tous les soirs, en augmentant petit à petit les doses, éloignant chaque fois un peu plus leur chance d'en profiter.


*


L'homme qui n'a pas tenu de journal à l'adolescence, ignore à quelle honte rétrospective il échappe.


Sébastien Bailly


Sébastien Bailly est journaliste, collaborant notamment à Ouest-France, Libération et dans Télérama.


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