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La maison de mon père ⭐️⭐️⭐️

 Akos Verboksy












Une semaine c’est court pour faire le bilan d’un passé familial exhumé au fil des rencontres. C’est pourtant le projet du narrateur, qui traverse l’Atlantique pour atterrir à Budapest, où il a passé son enfance. Avec un objectif, retrouver la maison au grenier situé au rez-de-chaussée, que son père avait entrepris de restaurer pour y abriter les actrices de sa vie amoureuse dissolue ! C’est en compagnie de son ami d’enfance qu’il partira à la recherche de la bâtisse, l’occasion de faire resurgir les anecdotes du passé. 


Roman nostalgique,  qui fait la part belle aux aléas de la mémoire, qui sait si bien brouiller les pistes. La lecture est plutôt agréable, mais il est facile de se perdre parmi  les générations évoquées, d’autant que les souvenirs émergent au fil des rencontres et ne respectent pas une chronologie ordinaire. 


Hommage au père, malgré tout, malgré les infidélités et la tendance à s’alcooliser et malgré le fossé qui sépare cet homme du père idéal, celui que le narrateur fantasmait dans ses écrites d’enfance. Aucun jugement, pas d’indulgence non plus, c’est un constat et une analyse de ce sur quoi s’est construit le narrateur. 




304 pages bruit du monde 4 janvier 2024 







Rien ne pouvait plus mal résumer ce qui était mon père que le kitch d'une fontaine musicale et les bondieuseries d'un prêtre. En même temps, personne n'avait envie de partager des anecdotes touchantes ou cocasses, ni d'écouter une version magyar de  My Way.


*


Pour traiter une maladie, ce n'est pas une épouse, une sœur, une fille, un fils, ce qu'il faut, c'est des médecins et des infirmières, mais surtout des patients prêts à être soigné. J'ai fini par comprendre que tant que le malade refuse de reconnaître son mal, on ne peut rien pour lui.



Akos Verboczy



Né en Hongrie, Akos Verboczy est arrivé au Québec à l’âge de onze ans. Il a été chroniqueur, rédacteur de guides, de discours et de rapports officiels

Bientôt les vivants ⭐️⭐️⭐️

 Amina Damerdji











Dans les années 90, Sidi Youcef est un village où il aurait faire bon vivre, si la politique et la religion n’y avaient pas semé le désordre et la terreur. C’est dans ce contexte de guerre civile que Selma tente de vivre sa jeunesse et sa passion pour les chevaux. 


Si les différents partis s’affrontent et massacrent aveuglément, la discorde s’immisce au sein même des familles pour peu que les voies divergent. L’oncle de Selma et son propre père deviennent des ennemis, ce qui plonge dans  désespoir leur mère , qui rêve de repas partagés autour de la table familiale.



Ce roman, qui retrace cette période de bouleversement de la société algérienne, avec la montée de l’islamisme, touche par l’incarnation du conflit au sein d’une famille dont chaque personnage intervient avec ses doutes et ses espoirs. On vit avec Selma et sa famille l’angoisse du drame qui menace en permanence. 


Peuplé de personnages sans concession, chez qui l’on sent la violence latente, prête à s’exprimer  au moindre prétexte, le récit ne laisse pas indifférent. 



288 pages Gallimard 4 janvier 2024








Voilà à quoi jouent nos enfants maintenant, soupirèrent-ils. Eux-mêmes avaient cessé depuis longtemps de réprimander leur progéniture quand elles feignaient d'arracher la tête d'un petit frère, en brandissant une branche taillée en couteau.




Amina Damerdji


Amina Damerdji est née en 1987 en Californie; elle a grandi à Alger jusqu'à la guerre civile puis en France où elle commence à écrire de la poésie. Elle a publié des textes dans plusieurs revues de poésie et a écrit, en 2015, un recueil "Tambour-machine". Elle est co-éditrice de la revue La Seiche.

Bientôt les vivants est son deuxième roman



Felicità ⭐️⭐️⭐️

Serena Giuliano 












Quand le décor rehaussé de paillettes se heurte à la dure réalité du deuil et de l’absence…

Laura est organisatrice de mariage, plutôt haut de gamme, si l’on en juge par les caprices hallucinants des futurs époux, et elle a la chance de vivre dans un cadre magnifique, près de Milan, dans la région des lacs. Une vie de rêve, mais le sort en a voulu autrement : celle qui fût son âme soeur vient de mourir dans un accident de voiture laissant seuls son mari et une toute petite fille, dont elle est la marraine.



Malgré le thème central du  deuil, d’autant plus amer qu’il n’a pas de reconnaissance officielle comme pour un proche parent, le récit ne manque pas de légèreté , en grande partie grâce aux aléas des programmations de mariage, ce qui évite l’effet plombant.


L’idée de transmettre à l’orpheline ce que fût sa mère via des mails qu’elle pourra lire dans l’avenir est assez réussie, ces confidences différées sont les bienvenues pour le lecteur !


Des pages agréables à parcourir, une histoire où l’on reste cependant en surface, sur des thèmes pourtant complexes. 


208 pages Robert Laffont 7 mars 2023







Le soleil brille comme jamais. Non, mais comment ose-t-il ? Le ciel devrait être à mon image, en larmes. Il devrait pleuvoir, comme je pleure, pleuvoir tout ce qu'il  a dans le ventre, gronder, afficher une sale mine.


*

 Son visage n'exprime pas grand-chose–si ce n'est un soupçon de lassitude ? Une chose est sûre : cet homme a le charisme d'un yaourt nature.

Serena Giuliano


Née en 1982, Serena Giuliano est une écrivaine italienne vivant en France et écrivant en français.




 



Voltiges ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Valérie Tong Cuong 











Lorsqu’un roman commence avec de personnages presque parfaits, avec une destinée qui semble idéale, ou en tout cas correspondre à l’idée  que les personnages se font d’un monde idéal, on pressent l’imminence de cailloux dans la chaussure !


Il en est ainsi pour Edouard Bauer, héritier d’une petite fortune, peu remise en cause à la mort du père malgré la découverte de l’existence d’un demi-frère caché. L’homme est brillant conduit sa carrière professionnelle avec intelligence. Il fait un mariage qui le comble , avec bientôt la naissance d’une fille qui fait son bonheur. La confiance aveugle qu’il voue à son associé lui coutera cher…



Histoire d’une chute sur fond d’anomalies du décor, dans un monde qui semble lui aussi souffrir des décisions aberrantes des décennies précédentes (cependant cet aspect n’est pas prépondérant, l’évocation des dérèglements est là comme un reflet en miroir de ce qui ce passe dans la vie d’Édouard).


Pris dans la tourmente, chaque personnage livre son état d’âme, ce qui renforce l’impression d’erreurs de choix qui auraient pu être évitées avec un peu plus de communication.


On retient avec ce roman la notion fondamentale d’impermanence. Le roc peut s’effondrer lorsqu’il s’appuie sur du sable mouvant. 


Un très beau roman, addictif, de ceux dont Bérard Pivot disait qu’il fait oublier au lecteur qu’il est en train de lire .


240 pages Gallimard 14 mars 2024








Voilà pourquoi il la désirait si férocement. Il était là, le lien entre le sexe, l'argent, la conquête–cette vieille histoire du monde. Nora était la preuve qu'il était encore puissant.


*


Les sensations lui reviennent, précises, identiques en leur puissance à celles expérimentées, quinze ans plus tôt : le souffle aboli, l'effondrement silencieux de son être, du noyau même de ce qui le constitue. 

Ce mélange massif de stupeur et de haine que seul produit la trahison.


Valérie Tong Cuong



Valérie Tong Cuong une écrivaine française, née en 1964.


Lire aussi : 


Les guerres intérieures 


L’atelier des miracles 



L'escale ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Marion Lejeune












Dans cet archipel du Danemark, la vie est réglée par le défilé des bateaux qui accostent, apportant avec leur cargaison et leurs matelots un peu d’ailleurs.La vie est simple, parfois réanimée par la grâce d’une chasse à la baleine.



Peu d’action, le rythme est celui de l’attente sans échéance précise. Mais le récit est contenu au coeur des échanges riches entre les personnages, qui hantent cette  contrée quasi désertique et aride, avec pour fil rouge l’évolution d’un héros, au fil des jours et des rencontres. 

Grigori, le personnage principal, se révèle peu à peu, à travers ou malgré ses silences et la volonté d’occulter son passé, et la solitude pour compagne fidèle.


Pour cet homme exilé, la parole prend une valeur particulière, à la fois outil de transmission mais aussi obstacle  lorsque les mots sont si différents. C’est aussi dans les livres que les mots prennent vie et ouvrent la porte au rêve. 



L’écriture superbe sculpte les paysages et dessine les personnages, en leur octroyant une grâce infinie. Le texte se déguste comme un mets rare et complexe. 


Une très belle découverte que ce premier roman prometteur ! 


288 pages Le bruit du monde 7 mars 2024





Avec tout ce qu'ils inventent d'espace, d'évènements et de personnages, les livres sont comme des îles sur lesquelles se perdre


*


Là-haut, avec le vide de tous les côtés, on pourrait croire que rien n'existe vraiment, que ces formes qu'on distingue, d'êtres humains, de choses et de montagnes, sont aussi impalpables que les nuages. On vit sur l'élan, sur la grâce, on peut croire qu'on vole. Rien ne pèse.




*


Dans le carré, les tombes sont rares et très espacées les unes des autres, comme si on enterrait des êtres immenses qui ne devaient pas se toucher, sans que personne se doute que sous la surface, les corps s’étendent, se mélangent, glissent mains et jambes dans les terriers, se dissolvent et finissent par renaître aux alentours en tiges abondantes  qu'on ne donne en pâture à aucun mouton de peur de retrouver dans son assiette, un bout de feu Marta ou de feu Pál.







Née en 1988, Marion Lejeune a voyagé en Islande, dans les pays scandinaves et en Russie. Elle vit aujourd’hui en région parisienne, où elle prépare de futures échappées. 

L’Escale est son premier roman.





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Aqua ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

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