Julien Dufresne-Lamy
Elle me souriait avant de toujours demander ce que j'avais envie de becqueter pour le dîner. Ma mère aimait bien le mot « becqueter ». Et tel un oisillon, je souriais d'un grand bec ajouré ?
Ces quelques mots soulignent la grande complicité et disent tout l’amour d’un fils pour sa mère. Avant de découvrir les mille facettes de la personnalité fantasque de cette femme, on la découvre le jour de sa mort. A cinquante-huit ans, dans sa maison, peu de temps après qu’un infirmier a signalé sur son cahier de transmission : « Elizabeth va très bien ».
D’ailleurs le médecin appelé pour constater le décès a conclu à une mort naturelle !
Pour le narrateur, un énorme doute subsiste. En raison de l’âge de sa mère, et des insuffisances évidentes autour de cette mort. La conclusion médicale fait loi : aucune autopsie ne sera faite, et l’incinération rapide ôte toute possibilité d’aller plus loin dans l’enquête ! Pourtant, si l’orphelin se pose la question c’est parce que le passé de cette femme recèle un grand nombre de faits qui pourraient suggérer que l’on ait affaire une mort violente et/ou intentionnelle.
C’est ainsi que le narrateur nous conviera à l’exploration du passé, récent et plus ancien d’Elizabeth. Des violences conjugales à la maladie psychiatrique, le cheminement d’une femme aussi brillante que fragile nous sera évoqué avec beaucoup de délicatesse.
L’auteur nous fait part de son ressenti et de ses réflexions sur le deuil , y compris dans ses aspects les plus triviaux,
« Je comprends que la mort, ce n'est ni penser, ni se rappeler, ni entrer en guerre avec la douleur. C'est plutôt entrer en guerre avec un service commercial d'un fournisseur d’accès. »
Mais aussi avec une grande poésie, qui suscite et retranscrit l’émotion :
"Je regarde l'absence, et ça ressemble à une mer qui scintille, des plages de sable endormi, un mistral obstiné et quelques phrases sans miracles sur une mère–fumerolle, une mère volatile, une mère–énigme qui hantera toujours comme l'oiseau du passé, l'enclos de ma mémoire. "
Pas de pathos « Ceci n’est pas un livre triste » Mais une grande sincérité dans les propos, y compris lorsqu’il s’agit de la culpabilité d’avoir délaissé cette femme isolée, entourée de personnages dangereux.
J’ai souligné la poésie de l’écriture, qui se fait parfois savante, utilisant un lexique de mots rares (hiémale, coruscant, malévole…) pour lesquels un dictionnaire peut ne pas être superflu, sans que cela soit un défaut, car ces mots sont beaux !
Ce roman est un très bel hommage à une mère, très émouvant, et il pourrait rejoindre sur une étagère à thème les romans de roman Gary ou d’Albert Cohen …
Merci à Netgalley et aux éditions Lattès
288 pages Lattès 7 janvier 2026
#Elizabethvatrèsbien #NetGalleyFrance
Je regarde l'absence, et ça ressemble à une mer qui scintille, des plages de sable endormi, un mistral obstiné et quelques phrases sans miracles sur une mère–fumerolle, une mère volatile, une mère–énigme qui hantera toujours comme l'oiseau du passé, l'enclos de ma mémoire.
*
Je comprends que la mort, ce n'est ni penser, ni se rappeler, ni entrer en guerre avec la douleur. C'est plutôt entré en guerre avec un service commercial d'un fournisseur d’accès.
*
Elle me souriait avant de toujours demander ce que j'avais envie de becqueter pour le dîner. Ma mère aimait bien le mot « becqueter ». Et tel un oisillon, je souriais d'un grand bec ajouré ?
Julien Dufresne-Lamy est un écrivain français né en 1987.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire