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Rappelle-moi, ma belle ⭐️⭐️⭐️

Anna Ostasenko Bogdanov











Peu adepte des biographies et des témoignages, j’ai cependant été tentée par la personnalité du personnage (et ce terme est doublement adéquat ) de ce récit. 

Qui ne connaît pas les frères Bogdanov, qui ont fait partie du paysage médiatique depuis les années 80 où ces jumeaux au physique avenant parlaient de science et de fiction adroitement mêlées, jusqu’aux apparitions dérangeantes dans des talk-shows destinés à  se montrer et à leur décès à quelques jours d’intervalles, atteints par le Covid.

Tout cela on le connait, et finalement il n’y aura pas beaucoup plus d’incursion dans la vie intime d’Igor, sous les mots de sa fille. 

En revanche, la généalogie familiale est largement développée , en particulier autour de cette grand-mère, qui les a élevés, confisquant à Maya son rôle de mère. On comprendra aussi les clefs d’une famille dysfonctionnelle, les traumatismes subis, et le spectre permanent d’un racisme qui s’appuie sur l’identité du père de Maya, amant d’Istenne, la grand-mère  d’Igor et Grishka.


On en retiendra la difficulté de se construire sur des sables mouvants, entre non-dits et usurpation de rôle. Des accidents dans une lignée qui se fonde sur des mensonges, des approximations difficiles à assumer. 


Mais ce qui transparaît dans ces lignes, c’est la souffrance d’Igor, malgré l’apparente désinvolture et l’auto-persuasion d’une éternité méritée, avec en filigrane une absence de repères fondateurs.


Le récit est bâti sur des témoignages, des traces laissées dans des courriers (ceux de la grand-mère) , ou des textes rédigés par Igor lui-même ou encore des extraits d’interviews. Il est en revanche difficile  d’y repérer une construction logique. Les époques se mêlent, la famille y est dispersée, ni la chronologie ni un thème conducteur ne permettent de s’y retrouver.



Plus qu’un ouvrage de révélations qui rétablirait une vérité au coeur du flou laissé en pâtures aux médias, il s’agit d’un cri d’amour d’une fille pour son père , un hommage rendu à cet homme dont elle fut la mère, la soeur et aussi la fille …


Merci à Netgalley et aux éditions Lattès 



352 pages Lattès 19 août 2026

#Rappellemoimabelle #NetGalleyFrance








Peut-être, imaginait-t-il en moi, cette douceur, cette force maternelle confisquée. À cette confiance incite néanmoins un malaise. Celui de la confusion des générations, de l'abolition de ma place d’enfant.


 Anna Bogdanoff


Née en 1991, Anna Ostasenko Bogdanoff est la fille de Igor Bogdanoff et Ludmilla d'Oultremont.

Elle est diplômée de la Fémis. Elle a signé en tant que réalisatrice et coscénariste plusieurs documentaires et courts-métrages. Rappelle-moi, ma belle est son premier roman. 


Un marché noir ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Bérénice Pichat 











Après l’immense succès de La petite bonne, multiprimé, Le Marché noir, de Bérénice Pichat est dans les rayons de toutes les librairies. Difficile de passer cette épreuve du deuxième roman , qui risque de souffrir de la comparaison : on attend aussi bien sinon mieux ! Eh bien c’est réussi, avec brio !


La France  occupée  représente ici le fond du décor. La Guerre de 39-45 avale son lot de soldats et du côté des civils, on est  littéralement affamé, rationné, et on fait la queue devant des magasins quasiment vides . C’est le cas de notre héroïne, Servane, qui vit avec son beau-père dans un immeuble où chacun épie les allées et venues des uns et des autres. Lorsqu’elle se voit proposer une possibilité d’améliorer son ordinaire, elle ne réfléchit pas longtemps , elle accepte  de faire passer des colis, des messages, avec peut-être l’occasion de faire partie des rebelles qui n’acceptent que le pays soit bradé…


La vie quotidienne de la France de cette période sombre entre 1943 et 1945 est relatée avec précision et montre le sérieux d’une documentation où rien n’a été laissé au hasard. Avec un focus particulier sur les difficultés d’approvisionnement 


« Derrière le paravent, dans le coin qui sert de cuisine, elle, le devine, penché sur une soupe aux choux, comme presque tous les jours. C'est toujours meilleur que les rutabagas. Elle n'en peut plus de leur goût de terre en purée, de leur consistance granuleuse, quand on les mange en morceaux, avec un couteau et une fourchette pour maintenir l'illusion d'un repas »


"Cette année encore, il n’y aura ni huîtres, ni vin. Les assiettes serviront à déposer une main tranche de pâté de foie dégoté par Cécile. Une vraie folie. Dans un balbutiement gêné, elle lui a avoué le prix : soixante-quatre francs, , et la portion est minuscule. Sans cela, on se serait contenté du rituel système D - d’un pâté qui n'en a que le nom, fait de mie de pain, mêlée et de levure."


L’héroïne est une jeune fille ordinaire, touchée par sa condition d’orpheline et par la  précarité ambiante. Une proie idéale pour ceux qui ont vite compris que la situation pouvait être profitable. 

On est solidaire avec elle, elle devient l’amie que l’on voudrait aider pour lui ouvrir les yeux…


L’écriture est sobre, très fluide et agréable à parcourir. Le processus de triple discours qui caractérisait La petite bonne, est repris mais dans une moindre mesure. Il permet malgré tout de comprendre ce que la narration du point de vue de Servane ne permet pas de saisir. 



Une belle réussite donc que ce deuxième roman, qui devrait recevoir les faveurs d’un public large. 


Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils



288 pages Les Avrils 20 août 2026

#BérénicePichat #NetGalleyFrance







« Derrière le paravent, dans le coin qui sert de cuisine, elle, le devine, penché sur une soupe aux choux, comme presque tous les jours. C'est toujours meilleur que les rutabagas. Elle n'en peut plus de leur goût de terre en purée, de leur consistance granuleuse, quand on les mange en morceaux, avec un couteau et une fourchette pour maintenir l'illusion d'un repas »


*


Cette année encore, il n'y aura ni huîtres, ni vin. Les assiettes serviront à déposer une main tranche de pâté de foie dégoté par Cécile. Une vraie folie. Dans un balbutiement gêné, elle lui a avoué le prix : soixante-quatre francs, , et la portion est minuscule. Sans cela, on se serait contenté du rituel système D- d’un pâté qui n'en a que le nom, fait de mie de pain, mêlée et de levure.



Originaire du Havre, où elle vit toujours, Bérénice Pichat partage son temps entre enseignement et écriture.


Lire aussi :


La petite bonne


Le seul gouffre du monde ⭐️⭐️⭐️

 Guillaume Huon 




Dans un paysage californien aux couleurs de l’enfer, ravagé par les incendies qui se succèdent, un jeune garçon cède à la panique alors qu’il dit voir une femme, dont ill fait une description précise, des vêtements et de la coiffure. Personne autour de lui ne confirme ses propos. Une raison de plus pour inquiéter ses parents, qui ont du mal à faire face aux terreurs nocturnes dont souffre l’enfant . Pourtant, un an plutôt une jeune femme a disparu non loin de là et son signalement correspond à la vision !


C’est un point de départ intriguant, et on se pose mille questions sur ce qui va être saisi de cette scène pour créer le fil narratif : les fantômes, la capacité de communiquer avec les disparus, les troubles hallucinatoires et ce qu’ils prédisent de la folie….


Rien de tout cela. Il sera question de disparitions, du vide qu’elles laissent et des interrogations sempiternelles autour du mystère. Du remords d’un instant d’inattention, de ne pas avoir faire attention aux signes prémonitoires ….


On a l’impression que chaque thème est abordé puis, on passe à autre chose, à travers l’histoire des différents personnages : la soeur de la disparue, un homme qui travaille dans un centre consacré aux disparitions, et qui a lui même perdu son père dans des conditions similaires…



L’écriture est superbe, comme elle l’avait été dans le roman précédent de Guillaume Huon, Le Gardien sans sommeil, 


« Loren avait savouré en respirant l'ombre des pins par la vitre entrouverte –  leur parfum était si riche ici, comme s'il avait de l'épaisseur, bien loin de l'amertume râpeuse que le vent portait parfois jusqu'à Fresno, quand il soufflait de l’est et qui évoquait une mauvaise bière –, mais, à présent, ce n'était plus qu'une piste, qui se tordait dans les collines, une voie que personne n'avait tracée, sinon l'habitude, des années de passage sur des méandres inclinés, fissurés »


Mais ce qui s’annonçait prometteur d’une intrigue complexe, se cantonne finalement aux séquelles provoquées par la disparition inexpliquée de proches. Sujet important, certes, mais le début laissait entrevoir d’autres développements.


Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy


198 pages Calmann-lévy 19 août 2026

#LeSeulGouffredumonde #NetGalleyFrance







On disait que plusieurs années de sécheresse avaient fourni un combustible de millions d'arbres morts, que les flammes s’étendaient sous terre et tuaient les racines, que les nuées se voyaient de l'espace, et que l'armée était peut-être bien impliquée, avec une arme laser, secrète


Lire aussi 


Le gardien sans sommeil


Guillaume Huon vit en Normandie. Ancien professeur de français, latin et grec, il se consacre aujourd’hui à l’écriture.


Lola va mourir ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Victor Dumiot 




« Lola l'ignore, mais à chaque seconde, elle risque : d'être empoisonnée au mercure comme Catherine, d'être égorgée comme Valérie, d'être brûlée vive comme Séverine, d'être écrasée, comme Maïté, abattue au fusil de chasse, comme Janine, étranglée comme Mathilda, défenestrée comme Hadas, battue à mort, à coups de bouteille comme Marie-Christine, elle risque ce que d'autres femmes, tout aussi seules, risquent  dans un monde où les femmes et les hommes coexistent, bon gré, mal gré. » 


Ce que Lola ignore, le lecteur le sait avant même d’aborder la première page de ce roman. Déjà avant la fuite, la violence était dans les mots et parfois dans les gestes. C’est sans aucun doute le motif de cette fuite, vers la France avec l’un de ses fils. 

La solitude la rattrape et quand elle croise sur son chemin cet homme que nous lecteurs, connaissons comme un repris de justice dont il faudra patienter pour apprendre ce qui a motivé sa peine et sa libération. Le piège se construit autour d’elle et c’est juste le mécanisme qui nous manque pour comprendre l’essentiel de cette histoire .


Lorsque c’est le fils qui devient narrateur, on sait qu’il a tout compris. 


« Il me rappelait, ces lions  que je regardais parfois sur National Geographic. Ceux qui mordent dans l'antilope et leur arrache les muscles vivants. »


Mais qui tient compte des impressions d’un ado qui ne voit pas d’un bon oeil le remplacement de son père ?



Accompagné d’une bande son détaillée (mais que je n’ai pas l’honneur de connaitre), le roman exprime une violence qui s’installe progressivement, faisant monter d’un cran à chaque chapitre l’angoisse, ce que l’on sait inéluctable de ce destin que l’on voudrait tant pouvoir changer.



Une réelle efficacité dans le propos et une analyse pointue des mécanismes de la violence dans ce roman, qui hélas témoigne d’un état des lieux plutôt désespérant. 


Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy 


300 pages Calmann-lévy 

 #Lolavamourir #NetGalleyFrance







"Lola l'ignore, mais à chaque seconde, elle risque : d'être empoisonnée au mercure comme Catherine, d'être égorgée comme Valérie, d'être brûlée vive comme Séverine, d'être écrasée, comme Maïté, abattue au fusil de chasse, comme Janine, étranglée comme Mathilda, défenestrée comme Hadas, battue à mort, à coup sde bouteille comme Marie-Christine, elle risque ce que d'autres femmes, tout aussi seules, risquent  dans un monde où les femmes et les hommes coexistent, . bon gré mal gré." 



« Il me rappelait, ces lions  que je regardais parfois sur National Geographic. Ceux qui mordent dans l'antilope et leur arrache les muscles vivants. »


Victor Dumiot



Victor Dumiot a grandi aux îles Marquises. Ancien élève de l’École normale supérieure, il se spécialise dans les œuvres de Georges Bataille et de Michel Foucault.

Actuellement rédacteur en chef de la revue littéraire Année Zéro, après Acide, Lola va mourir est son deuxième roman 












Fanny à la folie ⭐️⭐️⭐️

 Emilie de Turckheim












Un début prometteur, par le charisme du personnage et la cause à défendre : si la septuagénaire a laissé ses enfants vider la maison qu’elle occupait depuis des décennies pour aller vivre dans un établissement pour personne âgées, on perçoit bien l’amertume de ses propos pour ce tournant dans son existence. 

Avec le tri nécessaire, remontent les souvenirs que les objets portent : une façon simple de faire part de ce passé au lecteur.


On note l’importance des escaliers tout au long du roman. En tête de chaque chapitre, une phrase empruntée aux plus illustres auteurs de la littérature mondiale . Est-ce en raison de la chute qui apporte de l’eau au moulin de la famille pressée de la voir libérer les lieux ? Ou pour la symbolique :


« Il suffit de mettre les pieds dans ce genre d'escalier pour l'éprouver au plus profond de soi. On s'élève en tournant en rond. »


Mais peu à peu le propos se dilue, et l’on arrive presque par mégarde au coeur du sujet, un important secret dont la révélation peut provoquer une implosion dans la famille.


Une lecture en demi teinte sur une thème intéressant mais qui se perd au fil du texte…


Merci à Netgalley et aux éditions Lattès 


360 pages Lattès 19 septembre 2026

#Fannyàlafolie #NetGalleyFrance 






L’art du médecin est d’adouber un mal qui hésite encore entre le rêve et la réalité 



Née en 1980, Emilie de Turckheim est autrice de 18 romans 


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Rappelle-moi, ma belle ⭐️⭐️⭐️

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