Bérénice Pichat
Après l’immense succès de La petite bonne, multiprimé, Le Marché noir, de Bérénice Pichat est dans les rayons de toutes les librairies. Difficile de passer cette épreuve du deuxième roman , qui risque de souffrir de la comparaison : on attend aussi bien sinon mieux ! Eh bien c’est réussi, avec brio !
La France occupée représente ici le fond du décor. La Guerre de 39-45 avale son lot de soldats et du côté des civils, on est littéralement affamé, rationné, et on fait la queue devant des magasins quasiment vides . C’est le cas de notre héroïne, Servane, qui vit avec son beau-père dans un immeuble où chacun épie les allées et venues des uns et des autres. Lorsqu’elle se voit proposer une possibilité d’améliorer son ordinaire, elle ne réfléchit pas longtemps , elle accepte de faire passer des colis, des messages, avec peut-être l’occasion de faire partie des rebelles qui n’acceptent que le pays soit bradé…
La vie quotidienne de la France de cette période sombre entre 1943 et 1945 est relatée avec précision et montre le sérieux d’une documentation où rien n’a été laissé au hasard. Avec un focus particulier sur les difficultés d’approvisionnement
« Derrière le paravent, dans le coin qui sert de cuisine, elle, le devine, penché sur une soupe aux choux, comme presque tous les jours. C'est toujours meilleur que les rutabagas. Elle n'en peut plus de leur goût de terre en purée, de leur consistance granuleuse, quand on les mange en morceaux, avec un couteau et une fourchette pour maintenir l'illusion d'un repas »
"Cette année encore, il n’y aura ni huîtres, ni vin. Les assiettes serviront à déposer une main tranche de pâté de foie dégoté par Cécile. Une vraie folie. Dans un balbutiement gêné, elle lui a avoué le prix : soixante-quatre francs, , et la portion est minuscule. Sans cela, on se serait contenté du rituel système D - d’un pâté qui n'en a que le nom, fait de mie de pain, mêlée et de levure."
L’héroïne est une jeune fille ordinaire, touchée par sa condition d’orpheline et par la précarité ambiante. Une proie idéale pour ceux qui ont vite compris que la situation pouvait être profitable.
On est solidaire avec elle, elle devient l’amie que l’on voudrait aider pour lui ouvrir les yeux…
L’écriture est sobre, très fluide et agréable à parcourir. Le processus de triple discours qui caractérisait La petite bonne, est repris mais dans une moindre mesure. Il permet malgré tout de comprendre ce que la narration du point de vue de Servane ne permet pas de saisir.
Une belle réussite donc que ce deuxième roman, qui devrait recevoir les faveurs d’un public large.
Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils
288 pages Les Avrils 20 août 2026
#BérénicePichat #NetGalleyFrance
« Derrière le paravent, dans le coin qui sert de cuisine, elle, le devine, penché sur une soupe aux choux, comme presque tous les jours. C'est toujours meilleur que les rutabagas. Elle n'en peut plus de leur goût de terre en purée, de leur consistance granuleuse, quand on les mange en morceaux, avec un couteau et une fourchette pour maintenir l'illusion d'un repas »
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Cette année encore, il n'y aura ni huîtres, ni vin. Les assiettes serviront à déposer une main tranche de pâté de foie dégoté par Cécile. Une vraie folie. Dans un balbutiement gêné, elle lui a avoué le prix : soixante-quatre francs, , et la portion est minuscule. Sans cela, on se serait contenté du rituel système D- d’un pâté qui n'en a que le nom, fait de mie de pain, mêlée et de levure.
Originaire du Havre, où elle vit toujours, Bérénice Pichat partage son temps entre enseignement et écriture.
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