Abonnés

L'art du ricochet ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Nicolas  Delesalle 












« Elle se situe peut-être entre le pancréas et le foie. C'est une alarme organique qui doit remonter à la nuit des temps, une glande secrète enfouie entre les chairs au fil des siècle de sélection naturelle, planquée dans les tripes, loin de la raison, et qui se met à vibrer quand quelque chose ne tourne pas rond,  quand, avant les yeux, le nez et les oreilles, le ventre se rebiffe et dit « non ! »


Cette première phase apparaitra à nouveau au cours  du récit lorsque les circonstances s’y prêteront. Là, au début du roman Kolia se trouve  à la frontière entre l’Ukraine et la Moldavie, sur le point de rentrer à Paris après avoir effectuer le reportage pour lequel il était en mission;.Mais quelque chose ne va pas et le risque est important de rater l’avion du retour. Pourtant :


« Par expérience  d’autant que par épuisement , je devine qu’il va falloir me laisser porter par le courant. »


Alors les souvenirs surgissent. Le premier renoncement ? Il a pour prénom Mathilde, et dès le premier regard échangé, dans la cour de récréation de l’école maternelle, l’attraction est immense. Mais c’est l’occasion de comprendre que « l’existence n’est pas un buffet à volonté ! »


Les chapitres comportent  le récit des galères de ce reportage, tracas de toutes sortes, mais aussi magnifiques échanges autour de l’absurdité de la guerre en cours.  En alternance des souvenirs épars qui ont cependant compté pour se construire une philosophie de la vie. Il y sera question d’un bateau de pirate, arrivé à bon port avec quelques années de retard, d’une sélection d’équipe de football , qui emportera comme un séisme des projections d’avenir, d’une lutte au yaourt contre une croissance lente …et bien d’autres épisodes, traités avec beaucoup d’humour d’autodérision mais qui n’en restent pas moins autant de leçons de vie, avec un  focus sur le temps qui passe et la notion d’âge, si mouvante. 


« J'ai compris que je ne serai jamais aussi jeune qu'au moment où je me demanderais si je ne suis pas trop vieux. Je ne serai jamais aussi jeune qu'à cet instant-là. Et à chaque fois que je le pourrai, j'irai voir, en pensée, les baleines de l'île de Ré."


Ce passage met bien en valeur la grâce de l’écriture, autre atout majeur du roman. 


Un récit est très agréable à parcourir, en raison de ce parti pris de narration, en ricochet, d’un sujet à l’autre, ce qui permet  de ne pas se retourner écrasé sous un récit plombant.


Un roman profondément humain, pour le meilleur et pour le pire. 


Merci à Netgalley et aux éditions Lattès 


252 pages Lattès 7 janvier 2026

#Lartduricochet #NetGalleyFrance 







J'ai compris que je ne serai jamais aussi jeune qu'au moment où je me demanderais si je ne suis pas trop vieux. Je ne serai jamais aussi jeune qu'à cet instant-là. Et à chaque fois que je le pourrai, j'irai voir, en pensée, les baleines de l'île de Ré.


*




Elle se situe peut-être entre le pancréas et le foie. C'est une alarme organique qui doit remonter à la nuit des temps, une glande secrète enfouie entre les chairs au fil des siècle de sélection naturelle, planquée dans les tripes, loin de la raison, et qui se met à vibrer quand quelque chose ne tourne pas rond,  quand, avant les yeux, le nez et les oreilles, le ventre se rebiffe et dit « non ! »


Nicolas Delesalle



Né en 1972, Nicolas Delesalle est grand reporter à Paris Match depuis septembre 2018.


Lire aussi 

Valse russe

Le bâtiment ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Mehdi Bayad 











L’homme qui accoste le rivage d’une île pour s’isoler dans une location saisonnière semble à bout. Il est urgent de fuir les soucis qu’il a laissé sur le continent, tandis que là-bas, son compagnon est en réanimation. Nous comprendrons peu à peu l’évolution de leur histoire avec ses développements les plus récents qu’il qualifie comme « un océan d’horreurs »,  au gré des messages vocaux qu’il lui adresse. S’il est coupé du monde, il reste néanmoins relié à une amie de qui il reçoit des SMS.


S’il prête peu d’attention à la trappe découverte sous le tapis du salon ou aux bruits qu’il ne saurait qualifier d’inhabituels puisqu’il découvre l’endroit, le lendemain offre son lot d’interrogations. La silhouette entr’aperçue à la fenêtre aussitôt disparue sur une série de selfies est intrigante. Puis des rencontres viendront semer le doute sur l’ambiance générale de l’île où semble régner une omerta. Et bien sûr, ce bâtiment, qu’un garçon étrange  en uniforme jaune l’a incité à venir découvrir. Un établissement qui se glorifie d’apporter la sérénité à ses résidents. Malgré tout, quelques  réticences le retiennent  et on le comprend, car on trouve régulièrement des cadavres de suicidés sur la grève à proximité du bloc de béton, 


« Et puis il y a le Bâtiment. Quel est son rôle ? Que symbolise t-il ? Pièce colossale bien qu’invisible. »



Ambiance thriller , sans aucun doute avec l’art de créer la confusion chez le lecteur à l’image du désordre qui règne chez le narrateur. Des personnages que l’on peine à cerner, et le lecteur peut se retrouver atteint d’un syndrome paranoïaque, enclin à soupçonner tout intervenant et à chercher du sens caché derrière chaque dialogue !

On appréciera aussi l’atmosphère insulaire, l’incitation à la mise à distance des tracas du quotidien, contrebalancé cependant par l’irruption de l’étrange. 


 Et un twist final tout à fait inattendu… 



Sur le plan littéraire, l’auteur décline avec beaucoup de malice différents styles : des mémos vocaux justifient le tutoiement de l’interlocuteur, au chapitre rédigé comme une pièce de théâtre avec énumération des personnages didascalies et dialogues. On a également des messages SMS, ou des extraits de blog. chaque variation s’adaptant aux circonstances. Tous ces articles apportent au texte une vitalité appréciable.



Un premier roman remarquable  pour son audace et son originalité, une plume prometteuse.


Merci à Netgalley et aux éditions Le masque 



360 pages Mehdi Bayad 7 janvier 2026

#Lebâtiment #NetGalleyFrance






La réalité n'existe pas, tant qu'aucune parole n'est venue la définir. Taire, c'est anéantir. Parler, c’est faire advenir.


*

« Et puis il y a le Bâtiment. Quel est son rôle ? Que symbolise t-il ? Pièce colossale bien qu’invisible. »


 

Mehdi Bayad


Né en 1989, Mehdi Bayad est un auteur, metteur en scène et réalisateur vivant à Bruxelles. Il est actif dans le domaine du théâtre, de la fiction radiophonique et de la littérature.


Querelle à la française ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Bernard Guillot 












A la fin du quatorzième siècle à Paris, Christine de Pizan et Jean de Montreuil ne savent pas encore qu’ils s’opposeront avec passion autour du célèbre Roman de la Rose. Nous serons conviés à découvrir leur parcours de vie, assez aisé pour Jean de Montreuil, dont le carnet d’adresse et l’opportunisme l’aideront grandement. Plus complexe pour Christine de Pizan qu’un deuil précoce a contrainte à lutter pour pouvoir élever ses enfants. Malgré tout, la fièvre de la lecture et de l’écriture ne l’a jamais quittée. 


La controverse tourne donc autour du roman médiéval que les deux protagonistes n’envisagent pas de la même façon. L’argumentaire est intéressant mais il permet surtout de nous faire comprendre l’ambiance anti féministe qui règne à l’époque. Le débat est passionnant.


Nous avons aussi le privilège de découvrir le monde du livre de l’époque : la bibliothèque Jean de Montreuil était énorme : une centaine d’ouvrages ! Le temps nécessaire à la copie, et le coût des matériaux en faisaient un objet de luxe !


"Dans les familles aisées il est de bon ton de posséder un ou deux livres" 


L’aspect historique n’est pas occulté : la France ne va pas très bien, assaillie par les Anglais, en proie à des luttes fratricides pour la conquête de la couronne. Une période très trouble qui s’achèvera avec le coup de bluff de Jeanne d’Arc, qui délivre Orléans puis Paris !



Revenons sur le personnage central de ce roman, Christine de Pizan. 



"Toute sa vie, elle a lutté contre la misogynie la plus crasse, quarante ans à se battre contre les arguments fallacieux des clercs phallocrates, des décennies  entières à dénoncer l'orgueil et la folie des hommes qui ont emmené la France au bord de la ruine" 


Une lutte quotidienne que  l’on n’a aucun mal à imaginer, à subir : 


"Le genre de plaisanterie, qui se veut au second degré, et qui vous salit un peu, dans les diners en ville, quand vous le laissez passer sans rien dire – et bien sûr qu’on ne dit jamais rien, allez, quoi, on s'amuse, si on peut plus rigoler. "


C’est ainsi que ce roman traite 

"Les questions qu’entre les lignes de leurs textes, ils posent à notre temps. "


Un roman historique donc, mais comme j’aimerais en lire tous les jours, pour combler mes lacunes tout en y prenant un grand plaisir . Car le ton du livre, le soin apporté pour mettre en parallèle cette époque et la notre (autant dans les situations que dans la langue) sont réjouissants !


Un  grand merci aux éditions Les Avrils et à Netgalley 


224 pages Les Avrils 22 janvier 2026

 #Querelleàlafrançaise #NetGalleyFrance 







Voyager au Moyen Âge s'apparente parfois à ce jeu pour enfants, qui demande de relier les points pour faire apparaître un lion, un château ou un dauphin


*



Jean de Montreuil, haut  fonctionnaire et cumulard  de bénéfices, lui qui ne jure que par le latin des grands maîtres, et voit en elle une youtubeuse qui monétise ses contenus 

*


Le Prévot de Lille, attaque sous la ceinture sacrifiant à ce rythme masculin, qui, depuis les thermes romains, jusqu'à Twitter, consiste à resserrer les rangs sur le dos des femmes


*


Quand la femme reste dominée par ses émotions, l’homme, le vrai, sait dompter ses passions : telle est la fable qui survit à toutes les religions 

Bertrand Guillot


Né en 1974, Bertrand Guillot est un écrivain français . II donne également des cours d'alphabétisation à des adultes du XIXème arrondissement de Paris. B.a-ba est le roman de cette expérience. 


Le poing armé de Dieu ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Hubert Prolongeau











Au début du 19è siècle dans une Amérique encore peu civilisée, où règne la loi du plus fort, 

la famille Smith vit la religion avec beaucoup de sérieux. Le fils Joseph, l’ami du narrateur, Orrin Rockwell, n’est pas le dernier à respecter à la lettre les dictats de son église. Mais rien n’avait préparé sa famille et son entourage à ce qui allait suivre. 


Le récit d’Orrin démarre sur un drame marquant : le viol de sa soeur par trois cow-boys avinés, qui subiront un vengeance en règle. Cela donne une idée assez claire de l’ambiance générale très évocatrice de l’époque des westerns, comme le clame la quatrième de couverture .


Orrin  se présente : une journée d’école lui aura suffit : 


« J’ai regardé tous ces gamins, tous plus petit que moi, même les plus âgés, si bêtement à écouter une dame parler, ça m'a paru idiot. Je leur ai dit : « je ne reviendrai plus jamais. » Et je suis sorti »


Comment a-t-il rédigé son histoire ? Il ne me semble pas que cela soit dit. Peu importe, mais dans son portrait, il nous dit :


« Je sais, traquer, un animal, me nourrir, tuer  un homme et prier Dieu. Cela est bien suffisant



À l'âge de quatorze  ans, Joseph à sa première révélation. Orrin est le premier confident. Dès ce moment l’adolescent commence à exercer son emprise sur toute sa famille et son entourage. Les Rockwell suivront les Smith dans leurs pérégrinations. L’Eglise est créée.


Rapidement des difficultés surviendront, des heurts avec d’autres prophètes auto-proclamés, et des ennemis plus importants lorsque la loi dictée par le Christ à son porte-parole inclut le mariage plural ! 


On suivra toute cette aventure, jusqu’à la mort de Joseph, et l’on sait, même si c’est la fin du roman, que l’histoire ne s’arrêtera pas là .


Ce roman est donc l’occasion de faire connaissance avec la genèse de l’Eglise des Saints du dernier jour à travers les propos peu objectifs du narrateur , fidèle jusqu’à l’aveuglement. 

Le personnage fondateur de l’Eglise n’en ressort pas grandi, et apparait comme le fantasme d’un illuminé qui se sert de son charisme pour des instincts peu avouables. 

Le personnage le plus lucide est sans doute Luana, l’épouse d’Orrin, à qui l’auteur donne la parole tout au long de du récit, et qui voit clair en joseph : 


« Tu ne peux pas continuer à tromper les gens ainsi, Joseph. Tu te sers de révélations pour assouvir tes instincts, et je ne le tolérerai plus. »



Roman historique très intéressant pour ce qu’il apporte de connaissance sur le sujet. Facile à lire, vivant, du fait des  nombreux dialogues.  On aimerait en découvrir la suite…


Merci à Babelio et aux éditions du Seuil 



320 pages Seuil 16 janvier 2026

Masse critique Babelio







La voix s'ouvrait devant moi, encore plus claire qu'auparavant. J'allais répandre cette violence, le Livre de Mormon dans une main, un pistolet dans l'autre, pour que règne enfin la paix du seigneur

Moi, le Poing armé de Dieu



*


Dieu m'a dit que l'homme n'est pas fait pour avoir une seule femme, et que s'il a créé les relations charnelle si attirantes et l'amour si beau, c'est parce que l'idéal du mariage pour les hommes est d'avoir plusieurs femmes.


*


J’ai regardé tous ces gamins, tous plus petits que moi, même les plus âgés, si bêtement à écouter une dame parler, ça m'a paru idiot. Je leur ai dit : « je ne reviendrai plus jamais. » Et je suis sorti »


*



« Je sais, traquer, un animal, me nourrir, tuer un homme et prier Dieu. Cela est bien suffisant

Hubert Prolongeau



Né en 1962, Hubert Prolongeau est un journaliste, écrivain, essayiste et auteur français de roman policier.


Article le plus récent

L'art du ricochet ⭐️⭐️⭐️⭐️

Articles populaires