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La petite sauvage ⭐️⭐️⭐️

 Laurence Nobécourt 











A la mort de leur mère, trois soeurs se déchirent autour de la succession. Les comptes d’apothicaire, les revendications argumentées avec la pire des mauvaise fois, même la notaire s’en étonne, malgré son habitude des règlements  de compte autour d’un héritage !


Tu peux raconter n'importe quelle histoire de facture, la tienne ou une autre, toutes les successions, quand elle tourne mal, se ressemble. Avec leur mesquinerie, leur misère, leur folie ordinaire.


Les familles ne sont pas naturellement des lieux, d'amour et d'accompagnement, clair et bienveillant




C’est la petite dernière qui nous relate l’affaire, elle et son double fantasmé, à qui elle s’adresse en la tutoyant.  


Or cette narratrice est écrivaine, confirmée, et les hésitations sont innombrables sur la légitimité de publier cet épisode de conflit familial. 


Revenir aux origines de cette mésentente, c’est aussi refaire l’historique de la famille, des secrets plus moins bien gardés, des traumatismes avérés, des histoires d’alcôve que l’on a soigneusement posées sous le tapis. Il y sera question de viol, d’inceste, de trahison et d’amour maternel dénaturé…


Et que vient faire cette histoire d'inceste dans ta tentative de comprendre le caractère meurtrier de la succession fraternelle ? Tu verras que tout est lié. Que des générations de confusion engendre des Arbres  pleins de drame dont  la folie humaine, porte plusieurs noms.


Malgré la soif d'amour, des êtres humains, leur pouvoir de destruction est inimaginable, il ne s'éteint jamais.


La propre histoire de la narratrice revient souvent au coeur du récit, avec cette conscience de n’avoir pas été désirée, d’avoir vécu ses premiers jours seule dans un service de pédiatrie.


Quiconque  un ressenti dans son propre corps, le désir d'anéantissement d'autrui à son endroit, pourra-t-il jamais s'en débarrasser


Chronique d’une sororité avortée, sublimée par une prose talentueuse, mais aussi règlement de compte qui dépasse le cadre d’un roman (il n’est pas difficile d’identifier les personnalités citées dans le récit, d’autant que certaines ont fait partie des célébrités de leur époque. 



On ne peut s’empêcher d’imaginer un droit de réponse et une version servie par un point de vie différent, celui des soeurs visées par le propos 



C'est comme ça que s’achèvent les guerres qui ouvrent les temps de paix, en gros c'est de guerre à venir.


Merci à Netgalley et aux éditions Grasset.


288 pages Grasset 14 janvier 2026

LaPetitesauvage #NetGalleyFrance




Tu peux raconter n'importe quelle histoire de facture, la tienne ou une autre, toutes les successions, quand elle tourne mal, se ressemble. Avec leur mesquinerie, leur misère, leur folie ordinaire.


Les familles ne sont pas naturellement des lieux, d'amour et d'accompagnement, clair et bienveillant


Et que vient faire cette histoire d'inceste dans ta tentative de comprendre le caractère meurtrier de la succession fraternelle ? Tu verras que tout est lié. Que des générations de confusion engendre des Arbres  pleins de drame dont  la folie humaine, porte plusieurs noms.


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Malgré la soif d'amour, des êtres humains, leur pouvoir de destruction est inimaginable, il ne s'éteint jamais.


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C'est comme ça que s’achèvent les guerres qui ouvrent les temps de paix, en gros c'est de guerre à venir.


Laurence Nobécourt 




Laurence Nobécourt est une femme de lettres, née dans une famille bourgeoise à Paris.


L'extinction des vaches de mer ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Adèle Rosenfeld 











Une expédition marine  vers les confins de la Sibérie en 1741 tourne au drame. Les hommes meurent de carence, de faim, de soif. Une partie de l’équipage échoue sur ce que Steller, le scientifique chargé du recueil des données de leurs découvertes pense être une île, et qui est en fait l’archipel du Commandeur.  Dans les eaux proches, d’étranges créatures vivent en troupeau. Du jamais vu, de la manne pour le savant. Mais aussi l’espoir d’une survie pour les hommes, l’animal est énorme et représente des kilos de graisse et de viande pour les marins affamés. 


Pourquoi alors cet acharnement à détruire ces animaux à qui ils doivent leur survie ? 



Le portrait de la vache de mer, ou rhytine de Steller, animal peu harmonieux s’il en fut est pourtant ici dressé avec une sensualité étonnante. Lui prêtant des sentiments humains (de ceux qui provoquent l’attendrissement et non l’horreur) , l’autrice accentue le sentiment de perte que suscite la disparition de l’animal. 


A une échelle bien plus petite, c’est un modèle de ce que l’humain est en train de réaliser jusqu’à se détruite lui-même. Toute cette partie du roman est remarquable par la qualité de l’écriture et le soin apporté à décrire le comportement absurde des hommes dont l’instinct de destruction emporte tout. 



Dans une seconde partie, un lien est fait entre la fascination pour l’animal disparu, et la fin de vie d’un père, qui alimente le flux des souvenirs, du bilan d’une vie, marquée par des événements qui auront marqué le vingtième siècle d’ un sceau funeste. 


Pour contrer la douleur de te voir disparaître, et moi à tes yeux, j'ai convoqué les 55 millions d'années de la vache de mer.



Autant, je pouvais dater l'arrivée de l'obsession de la vache de mer dans mon existence, autant, sa fin  m'était plus confuse, elle s'était fondue dans tes derniers instants. Peut-être formait-elle un nuage métaphorique entre nous.


Hommage à un père disparu, et avec lui une partie de l’histoire de la famille, qui empreinte des voies détournées pour créer en  contrepoint un parallèle ténu. 


Merci à Netgalley et aux éditions Grasset 



160 pages Grasset 14 janvier 2026

 #Lextinctiondesvachesdemer #NetGalleyFrance








C'est le secret qui fait ça, une fois à la surface, le regard des autres et de soi change,  une fois que le secret n'en est plus un, on se sent éclaté, morcelé, évaporé, comme si on avait toute notre vie été contenu dans le silence.


Lire aussi : 


Les méduses n'ont pas d'oreilles  


Adèle Rosenfeld 




Née en 1986, Adèle Rosenfeld travaille dans l’édition depuis dix ans. Parallèlement à son activité, elle développe des projets d’écriture à dimensions variables.


La maison du bonheur ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Manu Causse 











L’amour de Manu et Emma s’abrite sous un toit qui aurait pu être La maison du bonheur :  quatre grands enfants, beaucoup de vie, des discussions incessantes, de l’humour, aussi, beaucoup.  Jusqu’au jour fatidique où tout s’écroule dans la suite éternelle du temps qui passe. Youma, dix-neuf ans, la belle-fille du narrateur  est atteinte d’un cancer, une tumeur rare et agressive. La famille fait face et Youma est armée pour lutter contre cet ennemi surgi brutalement. 

Le lecteur suit ce parcours de souffrance, d’espoir et de déceptions, de temps suspendu aux résultats, du calendrier ponctué par les rendez-vous médicaux. Malgré tout et grâce au courage et à la ténacité de la jeune fille, le radeau tient la mer malmené par  une houle profonde. 


Quelle que soit l’issue, on y croit, on s’accroche aux plus petits signes de recul de la maladie, on veut y croire, comme l’a voulu Manu Causse et comme l’a montré la jeune fille. On est littéralement emporté et pris dans cette histoire d’autant plus émouvante qu’on sait qu’il ne s’agit pas d’une fiction. 


Malgré le sentiment d’injustice, on n’y trouve pas matière à fustiger la prise en charge. Là n’est pas le but. Mais on perçoit la fragilité de la communication, quand chaque mot compte et sera repris, décliné et analysé dans un espoir vain d’y déceler un pronostic. Et ces mots là restent gravés pour la vie. 


Les coups de gueule ne sont cependant pas éludés 


Casser la gueule à quelqu'un, détester quelque chose, en vouloir aux autres ou à nous-mêmes ?

On aimerait en être capable.


Pas de fausse pudeur, le parcours n’est pas édulcoré, le récit est donc parfois difficile à soutenir. Mais il faut en retenir l’immense amour qui a servi de lien pendant ces dix huit mois d’une épreuve que l’on ne souhaite à personne. 



Très bel hommage à une jeune fille victime d’un coup du destin, et qui a fait preuve d’une belle humanité. Difficile de tourner les pages sans être bouleversé, sans ressentir une profonde empathie pour ce drame humain, qui n’est hélas pas exceptionnel, (quelle famille n’a pas vécu de près une histoire similaire ?) . 



Merci à Babelio et aux éditions HarperCollins 


352 pages HarperCollins 14 janvier 2026

Masse critique Babelio 






Casser la gueule à quelqu'un, détester quelque chose, en vouloir aux autres ou à nous-mêmes ?

On aimerait en être capable.


Manu Causse



Manu Causse est un écrivain français né en 1972


Il est principalement l'auteur de recueils de nouvelles, de pièces de théâtre ("La fête à Fred") mais aussi de romans, français et bilingues. 


Philip & moi ⭐️⭐️⭐️

 Colombe Schneck 











Une jeune fille au pair est accueillie dans la famille de Francine du Plessix, dans le Connecticut. A quelques mètres de la maison, vit Philip Roth. Les relations entre l’écrivain et Francine sont plus que tendues, pour évoluer vers une brouille éternelle.


Le lecteur est donc convié à l’histoire de ce voisinage épineux, et l’on comprend qu’il puisse y avoir des tensions, quand on apprend à connaître , via le témoignage d’Esther la jeune française, la personnalité hautement pénible de Francine, et le caractère bien particulier de l’auteur qui n’a jamais eu son Nobel. 


Francine est une snob, qui se glorifie de connaître Philip Roth, avec une colossale finesse, ne perdant aucune occasion de signifier leurs liens. 

Quant à Philip Roth, on ne peut pas dire qu’il ressort grandi de ce portrait de prédateur sexuel tel qu’il est suggéré dans le texte.


La construction du roman est un peu perturbante. Les chapitres alternent le témoignage à la première personne d’Esther, d’abord lors de son séjour au air, puis quarante ans plus tard, lorsqu’elle revient enquêter sur le sujet qui l’obsède, mais aussi l’histoire contée par un narrateur omniscient. Cela crée un décalage dans  la narration, qui est assez dérangeant. Certes le  narrateur complète les données fournies par la jeune fille mais ce processus crée une faille entre les deux fils narratifs qui m’a un peu déstabilisée . 


Un portrait au vitriol de deux personnages centraux, incompatibles, et pourtant attirés l’un vers l’autre, Francine comme un papillon vers l alumière et Philip, affamé de conquêtes :


Son arme était la célébrité


Les manigances de Francine, la dénonciation anonyme d’une relation extra conjugale de l’auteur, sont suffisantes pour comprendre l’inimitié qui les séparait.


Intéressant sur le fond, une restriction sur le précédé littéraire , qui m’a empêchée de totalement me fondre dans le récit.


Merci à NetGalley et aux éditions Stock


300 pages Stock 2 janvier 2026

#Philipmoi #NetGalleyFrance 






Esther a développé, cet été 1991, sa faculté à regarder, écouter, deviner les faits bruts et cruels derrière les apparences, sans tenter de les améliorer. Elle est curieuse, à la limite du voyeurisme.


*


Ils sont deux étrangers qui n'ont rien de commun, sauf cette maladie du corps et de l'homme, drogués, une addiction à cette merveilleuse fiction que fabrique l'esprit et qui transforme les faits et les personnes, leur impose, ce sentiment incontrôlable, sauvage, injuste, qui rend aveugle, sourd, embellit, maquille, s'oppose la démonstration, à la raison, à la logique, et que l'on communément l’amour.


Née en 1966, Colombe Schneck est une journaliste française de télévision et de radio spécialisée dans les médias. Elle est également romancière.


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