Chris Chauvin
C’est une véritable symphonie en dogue majeur que nous propose Chris Chauvin, une composition aux accents slaves, hantée par les noms des plus grands écrivains russes. Pourtant ces noms sont portés par des chiens ! Des lévriers, des caniches, des labradors et d’autres spécimens issues de la rencontre fortuite de couples en proie aux appels de leurs sens.
A l’origine du bouleversement qui nous sera conté, un accident, de ceux qui précédent souvent les grandes découvertes. Le chien du dénommé Vadim Arkadiévitch Balaïev subit une transformation au contact d’un irradiateur, instrument destiné à améliorer la glisse d’un snowboard, passion absolue de Vlad, le carrossier au langage fleuri.
L’effet est radical, il fait du chien un animal doté d’une intelligence particulièrement affutée. Son bon coeur fera le reste pour lui, et il s’acharnera à faire profiter ses congénères de ce surplus de compréhension. Une fausse bonne idée ???
Un sujet très original, des personnages exceptionnels, depuis la Ferme des animaux je n’ai pas le souvenir de voir des animaux tenir un rôle aussi important dans un roman.
Mais les humains sont bien présents, avec à leur tête le dénommé Vadim sus-cité dont les dialogues sont à eux seuls une prouesse tant il doit être difficile de garder le cap pour exprimer ses moindres échanges dans son langage poétique à force d’être ordurier !
On y côtoiera aussi une kiné aveugle, une étudiante en ingénierie 3D, un directeur marketing et sa chef d’atelier Svetlana,, et une foule d’autres personnages pris dans l’engrenage de cette folle histoire.
Outre une belle connaissance de la culture russe et de Moscou particulièrement, ainsi que de l’univers des chiens, l’autrice fait preuve d’une belle imagination pour nous conter cette fable philosophique qui suscite de nombreuses réflexions sur notre propension humaine à mettre le bazar dans nos vies dès qu’un groupe animé d’un but commun se constitue. Ces animaux qui découvrent la vie en société et tentent tirer parti pour améliorer leur sort, nous ressemblent étrangement.
Et puis je ne manquerai pas de souligner l’écriture : j’admire le talent pour décrire l’aspect d’un visage aux traits marqués par l’alcool :
« Avec les années, elle avait fini par lui patiner la face d'une surprenante, nuance carmin-violacée, dont la teinte, n'était pas sans rappeler, justement, le célèbre étendard marqué d'une faucille et d'un marteau »
Premier roman remarquable, pour son originalité et la virtuosité de sa prose.
Merci à l’autrice pour sa confiance
442 pages Librinova 26 novembre 2025
Nos noms, reprit-t-il, seront un signe de ralliement, la marque indubitable de notre insurrection, et puisqu'à ma connaissance, aucun chien n'a encore été élevé au rang de chefs parmi les hommes, autant choisir à cet effet, les noms qui sont les plus illustres parmi les leurs : cela sonnera, comme un perpétuel avertissement, comme une menace qu'on adressera à leur vile arrogance
*
C'est fou, quand j'y pense, la foule de choses qu'on nous impose depuis la naissance ! Et voilà que maintenant dans le faible espace de liberté qu'il me reste, je devrais encore me soumettre à la volonté d'un tel ou d'un tel ? Homme ou chien, c'est la même vermine…quand elle entend dominer les autres.
Désirant depuis toujours comprendre ceux qui s’expriment différemment, ceux qui peuvent paraître inadaptés dans un monde chamboulé, notamment les animaux, Chris Chauvin a entrepris des études d’écologie, à la fin des années 1990, avant d'approfondir l'éthologie sociale des primates. Quelques années et voyages plus tard, toujours dans un même soucis d’éloignement des sentiers battus et de compréhension de langages alternatifs, Chris Chauvin a travaillé successivement auprès d'enfants dyslexiques, d’élèves amérindiens de Guyane ou des écoles internationales de métropole ne parlant pas le français. Chris Chauvin, alias Nastasia-B sur Babelio, prépare un second roman intitulé La Joueuse de banjo et l’entomologiste.










