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Une langue à soi ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
Mathieu Roger-Lacan
Pas de surprise : le constat du niveau d’acquisition de la langue chez les collégiens et lycéens est effarant. Et il ne s’agit pas de gagner des concours d’orthographe à un niveau expert : simplement maitriser un minimum de syntaxe pour que le texte, dit ou écrit soit compréhensible, ait du sens pour toute monde.
L’enjeu est de taille :
« Permettre à chacun d'acquérir sa langue propre, de pouvoir réellement savoir ce qu'il dit et écrit et de pouvoir réellement écrire et dire ce qu'il veut, est la condition même de la démocratie ».
Difficile de contester cette affirmation. Car ne pas savoir utiliser les vertus du langage, de l’expression écrite ou orale conduit tout simplement à faire usage d’expressions toutes faites, parfois sans même pouvoir les utiliser à bon escient.
« Une tendance à recourir par défaut à des phrases toutes faites, du langage prêt à parler, donc prêt à penser »
Avec un corollaire
« octroyer la liberté d'expression à une personne qu'on a dépossédé de sa langue propre est aussi utile et hypocrite que de donner un porte voix à un muet en lui disant qu'il pourra mieux se faire entendre »
Toute cette partie qui est un état des lieux que l’auteur nous propose est argumenté à l’aune de l’expérience , puisque Mathieu Roger-Lacan enseigne depuis longtemps le français à notre jeunesse. Sans s ’apitoyer sur le sort de la profession, un métier qu’il avoue apprécier, il déplore cependant les choix politiques qui semblent illogiques. Et propose de solutions.
En premier lieu, séparer les cours de langue française et les cours de littérature. Parce que la maitrise de la langue est primordiale, qu’elle serait utile également pour les autres matières enseignées, et qu’elle est sans doute un fondamental pour la vie en société.
Il y est aussi question de l’évolution de la langue et des travers contemporains qui deviennent des tics de langage.
« Se battre contre les évolutions de la langue – et au nom de quoi ? –, c'est se battre contre des moulins. »
Enfin l’auteur aborde la question de l’intelligence artificielle, sans jeter au panier cet outil qu’il faudrait savoir utiliser à bon escient. L’irruption de cette technologie est une révolution comparable à l’avénement de l’imprimerie et entraînera une révolution dans nos habitudes, comme Gutenberg l’avait fait.
Essai passionnant, pour ce sujet très actuel, très facile à comprendre.
Merci à Netgalley et aux éditions Stock
208 pages Stock 10 octobre 2026
#Unelangueàsoi #NetGalleyFrance
« Tous les tyrans gagnent à priver le plus grand nombre de leur sujet d'un accès véritable au langage, car celui-ci donne un accès aux livres, c'est-à-dire à l'esprit critique. Par contreposée, une société ou un grand nombre de personnes sont exposées quotidiennement à une langue dégradée, approximative et aliénante, et plus susceptible d’assentir à une dégradation de sa liberté et d'entrer dans un état de servitude volontaire. »
*
C'est le règne de l'hyperonyme, autrement dit le mot de la catégorie au-dessus qui englobe le mot qu’il eût été adéquat d’employer. Dans ce cas précis : titre de transport pour billet.

Un lapin court sur la glace fine ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
Yûsuke Kishi
C’est dans une salle d’interrogatoire que nous rencontrons pour la première fois Hideyuki Hidaka. Officiellement, il s’agit d’un audition libre. Mais très rapidement le piège se referme sur lui : il est placé en garde à vue pour le meurtre de son oncle. Les méthodes utilisée pour lui extorquer des aveux sont très violentes faisant écho à ce qu’a subi son père des années plus tôt, avant un procès et une condamnation à la prison. La vie de la famille en avait été bouleversée.
L’histoire semble donc se répéter et Hideyuki signe des aveux.
D’autres personnages entreront en scène : Kensuke Tarami, licencié pour avoir trop bien fait son travail (fouiller dans la vie des employés de sa boite pour trouver des raisons de les licencier !) est approché par l ‘avocat de Hideyuki pour chercher des indices qui pourraient invalider l’enquête.
Puis vient le procès lui-même.
De longs chapitres construisent le roman. Essentiellement dialogues la progression est lente mais efficace. Même si à l’instar de Kensuke on a parfois du mal a comprendre où veut en venir l’avocat. Mais l’on sent que rien n’est dit au hasard. Le calme olympien de l’homme contraste avec la déconvenue et la colère du procureur , qui pensait l’affaire limpide et facile.
C’est remarquablement construit et l’on devra attendre la fin pour comprendre ce qui se tramait derrière les manigances de la défense.
Le roman est un dossier à charge contre la police japonaise et les insuffisances de la justice, plus encline à venir en aide aux victimes qu’a réellement donner une chance aux accusés. Quand on sait que les aveux sont obtenus par la violence…
« Défier frontalement, l'accusation, renverser ses arguments et gagner, c'est un conte de fées. Dans le monde réel, ça n'arrive pas. Tout d'abord, ils détiennent toutes les preuves, tous les éléments de l'enquête. Nous devons toujours soumettre une requête pour qu'ils nous communiquent les pièces du dossier. De plus, la requête doit préciser quelles sont les pièces à communiquer, alors que le juge lui-même ignore tout des éléments en possession du ministère public. Seul l’accusation sait ! Comment voulez-vous gagner une bataille dans des conditions pareilles ? »
Mais il ne s’agit pas simplement d’un constat politique. La personnalité d’Hideyuki interroge. C’est un homme capable de mettre son propre avenir sur la balance pour réhabiliter son père. Un combat d’honneur qui influe sur l’opinion que l’on pourrait avoir à son propos.
Après La leçon du mal et La maison noire , Le lapin court sur la glace fine est encore une fois une lecture que j’ai adoré !
Merci à Netgalley et aux éditions Belfond
416 pages Belfond 1 octobre 2026
#Unlapincourtsurlaglacefine #NetGalleyFrance
Défier frontalement, l'accusation, renverser ses arguments et gagner, c'est un conte de fées. Dans le monde réel, ça n'arrive pas. Tout d'abord, ils détiennent toutes les preuves, tous les éléments de l'enquête. Nous devons toujours soumettre une requête pour qu'ils nous communiquent les pièces du dossier. De plus, la requête doit préciser quelles sont les pièces à communiquer, alors que le juge lui-même ignore tout des éléments en possession du ministère public. Seul l’accusation sait ! Comment voulez-vous gagner une bataille dans des conditions pareilles ?
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Né en 1959, Yûsuke Kishi est un auteur de romans de science-fiction, de romans policiers et de romans d’horreur.
Nuna ⭐️⭐️⭐️⭐️
Mo Malø
Pour ce cinquième tome de la série consacrée à l’inspecteur de police Qaanaaq Adriensen, l’intrigue se déroule sur un fond politique. Nous sommes à quelques jours du référendum pour l’indépendance du pays. Or des membres du gouvernement ont été enlevés et déposés sur des floe, ces plaques de glace dérivantes issues de la banquise : une mise à mort quasi inéluctable tant la surface à explorer pour les localiser est vaste.
Mais ce n’est pas tout !
« Les trois ministres éparpillés sur les flots.
Les manifs téléguidées par une puissance occulte qui mettait le scrutin en péril.
Ses gosses impliqués jusqu'au cou.
Cet enfant imprévu qui pointait le bout de son nez.
Et pour finir… Ces cancans fétides.
Trop d’enjeux s’entremêlaient. Publics et privés. Politiques et personnels. Anciens et actuels. »
Et c’est un Qaanaaq fatigué qui se retrouve dans le tumulte de cet imbroglio. Sa blessure à la jambe, les années qui ont laissé quelques traces sur son tonus, ont entamé sa combattivité.
« Cette version diminué de lui-même. Contre le Qaanaaq d'aujourd'hui, quand celui d'hier se croyait encore capable de tant de choses. »
Tout cela lui pèse. Et pourtant d’autres perspectives professionnelles lui seront proposées !
Malgré tout, l’enquête avance et on a confiance dans les capacités même déclinantes du célèbre inspecteur. D’autant que son équipe n’est pas sans ressource.
Le sujet de l’indépendance du Groenland avait été abordé dans un court roman Groenland, Le pays qui n’était pas à vendre, une fiction dont on espère qu’elle ne sera pas rejointe par la réalité. Mais le Groenland possède des trésors de matière première qui titillent les appétits voraces des puissances étrangères …
En parallèle Adriensen se retrouvera face à son histoire familiale dont il tentera de comprendre la complexité.
Un thriller efficace, en compagnie de personnages que l’on a appris à apprécier. Une intrigue qui mêle savamment les enjeux d’investigation et l’histoire familiale complexe de l’inspecteur.
Qaanaaq disparaitra t-il complètement ou fera t-il l’objet d’une nouvelle série lorsque’il aura pris ses nouvelles fonctions ? Le doute est permis ...
Merci à Babelio et aux éditions de la Martinière.
400 pages Martinière 25 septembre 2026
Masse critique Babelio
Lui, qui aspirait au calme, il ne rencontrait que chaos. Lui qui ne voulait qu'une vie simple, il se heurtait à des montagnes de complexité.
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« Les trois ministres éparpillés sur les flots.
Les manifs téléguidées par une puissance occulte qui mettait le scrutin en péril.
Ses gosses impliqués jusqu'au cou.
Cet enfant imprévu qui pointait le bout de son nez.
Et pour finir… Ces cancans fétides.
Trop d’enjeux s’entremêlaient. Publics et privés. Politiques et personnels. Anciens et actuels. »
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« Cette version diminué de lui-même. Contre le Qaanaaq d'aujourd'hui, quand celui d'hier se croyait encore capable de tant de choses. »
Né en 1968, Mo Malø est le pseudonyme de l'écrivain Frédéric Mars, de son vrai nom Frédéric Ploton.Sous le pseudonyme de Mo Malø, il publie une série de polars se situant au Groenland : Qaanaaq (2018), Diskø (2019), Nuuk (2020), Summit (2022).
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