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L'homme qui n'avait pas assez d'une vie ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Douglas Kennedy










Trente ans plus tôt, nous avons laissé Ben Bradford en couple avec Ann, et leur fils Jack. Il se faisait appeler Andrew Tarbell et peinait à se reconstruire une identité de photographe star, tandis que l’oeuvre posthume de son précédent avatar Gary Summers profitait d’une gloire usurpée. 


Lorsque nous le retrouvons, Ann vient de mourir d’un cancer et Andrew ne croit plus en son avenir. Le poids du chagrin et l’isolement qu’il ressent ne l’empêchent pas de suivre à distance la carrière de journaliste de son fils. Or celui-ci s’apprête en bon lanceur d‘alerte à révéler une affaire de plagiat  autour du roman d’un écrivain récemment disparu. Mais le plagiaire n’est autre d’Adam Josh, le fils qu’Andrew a eu avec Beth sa première femme ! L’affaire est donc extrêmement  délicate pour Andrew, qui voudrait épargner la chèvre et le chou. 


« Envers quel fils, dois-je me montrer le plus loyal ? »


Douglas Kennedy est passé maitre dans cet art de composer avec les intrigues embrouillées à souhait sans que jamais le lecteur ne s’y perde. De même que si l’on n’a pas lu le tome précédent, L’Homme qui voulait vivre sa vie, ou si on a oublié les méandres de l’intrigue, les repères sont savamment inclus dans le roman et on s’y retrouve sans peine.


Comme tous les romans de Douglas Kennedy, la fluidité de l’écriture et la vivacité des dialogues opère comme un charme et le nombre de pages n’est en aucun cas un obstacle. Les chapitres  se succèdent avec une vélocité que le suspens et les cliffhangers entretiennent sans relâche. L’autodérision n’est pas absente : 


« J'ai une question philosophique. Vous croyez qu'on tisse toujours nous-mêmes les filets dans lesquels on s’empêtre"


L’ambiance est bien américaine, et même si  le propos est moins politique, si l’on repense à Et C’est là que nous vivrons, il est sans doute plus intime. Réflexions sur la mort et l’absence : 


« Les morts ne nous laissent jamais en paix – qu'ils nous manquent terriblement, ou que leur décès ait été un soulagement. En chacun de nous, au bout du compte, vivent tous ceux que nous avons perdu. »



Un énorme plaisir donc de renouer avec ce héros obstiné, qui se débat avec toute sa volonté contre les coups du sort, mais aussi contre ses propres pièges .


Merci à Netgalley et aux éditions Belfond 


650 pages Belfond 7 mai 2026

Traduction Chloé Royer 

Titre original : more than a face 

#DouglasKennedy #NetGalleyFrance







J'ai une question philosophique. Vous croyez qu'on tisse toujours nous-mêmes les filets dans lesquels on s'empêtre


*



Les morts ne nous laissent jamais en paix – qu'ils nous manquent terriblement, ou que leur décès ait été un soulagement. En chacun de nous, au bout du compte, vivent tous ceux que nous avons perdu.



Né en 1955, Douglas Kennedy est un écrivain américain qui décrit de manière très acerbe certains aspects des États-Unis d'Amérique.


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Rien que la vérité ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Michael Finkel 











Ce titre, condensé si on le compare au titre original (True story: murder, memoir, mea culpa ) représente bien le message que véhicule ce texte. Citation partielle d’une expression empruntée  au monde de la justice, que l’on côtoiera largement, dans sa version américaine, elle dit aussi cette quête perpétuelle distillée tout au long du récit. Savoir ce qui s’est passé en décortiquant chaque énoncé, chaque écrit issu du personnage central : Chris Longo, un homme accusé d’avoir tué sa femme et ses trois enfants.

Mais la vérité est aussi un piège pour le journaliste qu’est l’auteur, exclu du New-York Times pour avoir construit une fiction à partir de ce qu’il avait perçu du monde de l’exploitation du cacao en Afrique de l’Ouest. Un faux pas qui lui coûte très cher sur le plan professionnel. 

C’est cette mise à l’écart qui lui vaut de s’intéresser au cas de notre criminel, mais pas seulement. Par le plus grand des hasards, Chris Longo se fait passer pour Michael Finkel lors de la cavale qui a suivi la perte de sa famille !


Une grande partie du récit est consacrée aux échanges épistolaires ou téléphoniques entre le journaliste et le prisonnier, en attente de son procès. 


C’est donc au même rythme que le narrateur  que l’on découvre peu à peu  la personnalité de Chris Longo, un homme menteur dans l’âme et toujours très convaincant, si l’on en juge par la liste de ses victimes financières. On comprend comment il s’est construit une vie sur une montagne de mensonges dont il était impossible de se sortir. 


« Alors que la date de son procès approchait, il se met à explorer la façon dont tout dans sa vie, lentement, et inexorablement, avait commencé à se désagréger »


Un excellent mobile pour mettre fin à une spirale infernale !


Un aspect intéressant réside dans l’évolution de la relation entre les deux hommes. On perçoit bien la séduction qu’exerce Longo sur le journaliste. Et il faudra attendre la fin pour comprendre ce qui se passe du côté du prisonnier. L’ambiguïté est bien ressentie.  


On ne peut s’empêcher de penser à l’oeuvre de Philippe Jaenada, pour les similitudes dans la source d’inspiration et dans la construction, même si dans le cas de Michael Finkel, ce que l’on apprend de sa vie personnelle est en rapport direct avec l’histoire à laquelle il consacre son récit.  

Si c’est moins bavard, c’est aussi addictif en tout cas. Car on ne s’ennuie jamais au cours des quatre cent pages. Grâce à la personnalité particulière du criminel et à l’écriture efficace de l’auteur. 


Un récit assez envoutant , qui met aussi la lumière sur le fonctionnement de la justice aux Etats-unis, mais relate surtout une relation trouble entre les deux protagonistes. 


Merci à Netgalley et aux éditions Marchialy 


400 pages Marchialy 9 février 2026

TO True story : murder, memor, mea culpa

Traduction : Julie Sibony

#Rienquelavérité #NetGalleyFrance






« Alors que la date de son procès approchait, il se met à explorer la façon dont tout dans sa vie, lentement, et inexorablement, avait commencé à se désagréger »


Michael Finkel


Né en 1969, grand reporter respecté, Michael Finkel sillonne le monde et écrit pour des titres comme le New York Times, Skiing Sports Illustrated ou encore le National Geographic Adventure depuis plus de 10 ans.


La place du chat ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Patricia Delahaie 











L’article 125 du code civil est un pivot autour duquel s’articule ce roman. La loi stipule que les enfants doivent assistance à leurs parents, si ceux-ci ne peuvent pas subvenir à leur besoin. Alors que  l'obligation alimentaire des parents s'éteint dès que le majeur décroche un emploi régulier lui permettant d'être autonome, il n’y a aucune limite dans le temps, sinon la mort, dans le cas des ascendants. 


Que s’est-il passé ce jour-là, pour que Missy en vienne à étouffer sa mère avec un oreiller, à la poignarder avec un petit couteau,  pour  se livrer aux gendarmes trois jours plus tard et avouer ce crime.?


C’est par le biais d’une enquête journalistique que nous reviendrons sur le passé de cette famille. Rose, une jeune pigiste se voit confié l’interview de la matricide  qui purge sa peine dans une centrale. Le journal, « un canard de société » compte sur un peu de sensationnel pour attirer les lecteurs…


La rencontre des deux femmes sera riche. Parce que Rose offre une oreille attentive à la prisonnière et parce que celle-ci est un personnage haut en couleur ! On comprendra vite à quel point Missy a manqué d’amour, près d’une mère indigne. Pas de maltraitance physique mais une constante dépréciation de ses moindres faits et gestes et de son aspect global. Sans compter une grande instabilité au gré des folies amoureuses de cette femme, qui vécut quelques instants de gloire au cinéma, vite oubliés  : les dons d’actrices de la jeune femme n’ont pas fait longtemps illusion.


« Elle était belle à l’extérieur et moche à l’intérieur » 


dira sa fille mais aussi 


« Tu ne peux pas savoir à quel point je l’admirais « 


Une personnalité fantasque, extrêmement autocentrée : 


« On dirait qu’elle est très intelligente pour obtenir ce qu’elle veut et peu réfléchie sur les conséquences de ses actes »


Cette femme qui n’a jamais accepté son statut de mère, jamais eu une once d’affection pour sa fille, ira très loin dans l’abjection ! Certes nous n’avons que le point de vue de Missy  et 


« Certaines maltraitances sont invisibles, et comment les prouver quarante, cinquante ans après les faits ? »


L’échange entre les deux femmes est très interessant, et si tout les oppose une connivence les unit. On s’attache vite à Missy, une personnalité originale , qui contraste d’ailleurs avec ce qu’elle était dans sa jeunesse. On a du mal à imaginer que la vieille dame volubile se soit soumise aussi longtemps aux caprices de sa mère. 


Une autre astuce pour maintenir l’attention du lecteur repose sur le petit doute qui subsiste sur la culpabilité de Missy…


Un roman plaisant à lire,, une écriture simple, des personnages attractifs, une bonne recette littéraire !


Merci à Netgalley et aux éditions Belfond 


304 pages Belfond 30 avril 2026

#PatriciaDelahaie #NetGalleyFrance







« On dirait qu’elle est très intelligente pour obtenir ce qu’elle veut et peu réfléchie sur les conséquences de ses actes »



« Certaines maltraitances sont invisibles, et comment les prouver quarante, cinquante ans après les faits ? »


Patricia Delahaie 



Née en 1954 Patricia Delahaie-Pouderoux est écrivaine et coach de vie.


Elle est diplômée en cinéma (montage et scénario) et en sciences humaines (philosophie, psychologie et sociologie).


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La Faussaire 


Prendre le large ⭐️⭐️⭐️

 Martin Dumont 











Après le Chien de Schrödinger, Tempo et Tant qu’il reste des îles, Prendre le large est le quatrième roman de Martin Dumont. J’hésite sur le terme roman, car le texte s’apparente plus à un récit de voyage personnel qu’à une fiction, puisqu’il nous relate une transatlantique aller-retour en famille sur un voilier. Une aventure dans laquelle se reconnaîtront tous ceux qui ont tenté ce genre d’exploit.


Si je reste conquise par le talent d’écriture de l’auteur, le sujet abordé ne fait pas partie de ce qui me fait vibrer. Je ne connais pas le lexique et ne suis pas suffisamment attirée par la confrontation cet univers particulier, que je préfère contempler bien ancrée sur la terre ferme. 


Malgré tout, et c’est là que réside tout le savoir faire de Martin Dumont, je suis allée au bout de l’affaire ( heureusement condensée en deux cents pages) et me suis attachée aux péripéties et au ressenti de l’équipage. Ce qui m’a convaincue si cela était nécessaire que ce n’est pas pour moi ! 


On peut aussi reconnaitre le courage d’une telle entreprise, fondée sur des rêves de liberté et de rupture avec un quotidien aliénant. Rêves qui peuvent vite se transformer en cauchemar, ce qui n’arrête pas les amoureux du voyage. Plus que les réels dangers et les avanies subies, ce sont les rencontres, les amitiés fussent-elles éphémères, et les découvertes d’une nature fabuleuse, contrebalancée par le constat des dégâts causés par les humains,  qui font briller les étoiles dans leurs yeux. 


Parmi ceux qui ont osé un jour prendre l large, combien diront au retour : « plus jamais » ? 



Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils 


192 pages Les Avrils 7 mai 2026

#Prendrelelarge #NetGalleyFrance







C’est dans l’attente, dans l’ennui et dans l’incertitude que tout se crée; Les passions, les folies et le plus belles amitiés.



Moi qui pensais que ce voyage ferait de moi un marin, il a peut-être simplement fait de moi un père


Martin Dumont 


Martin Dumont travaille comme architecte naval. 


Il a passé son adolescence à Rennes où il s’est épris de l’océan et de la voile.


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Le chien de Shrödinger

Tant qu’il reste des îles 


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