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Le Calamity Club ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

 Kathryn Stockett 











1933. Une période funeste pour de nombreux américains, que la crise de 29 a mis sur la paille, parfois au sens propre. Le roman s’ouvre sur une scène cocasse, où l’on fait connaissance avec l’une des deux grandes figures de ce roman, Birdie, qui est en train de faire l’acquisition d’une grande quantité de préservatifs ! Pour une jeune femme célibataire, cela a de quoi surprendre, compte tenu du puritanisme ambiant. Nous devrons attendre un peu pour comprendre l’enjeu de cet achat.



Nous sommes dans le Delta du Mississipi pour lequel 


« La radio aimait se vanter des records battus  par le Mississipi en matière de malnutrition et de pauvreté 


On revient un peu en arrière et on découvre la jeune Meg, dans un orphelinat, après que sa mère l’a laissée seule dans la maison où elles habitaient. Pour une raison inconnue, la fillette est devenue le souffre douleur de la directrice, une femme très impliquée dans les bonnes oeuvres du secteur, et dépositaire d’une morale bien-pensante, et qui rapidement devient odieuse. 




Parallèlement Birdie quitte sa mère pour tenter de demander un aide financière à sa soeur Frances, qui a fait un beau mariage, avec un banquier.


L’histoire nous réserve bien des surprises au delà des apparences …


Quinze ans après La couleur des sentiments, Katryn Stockett, nous revient avec un roman passionnant et terriblement addictif. Rapidement on fait fi des 682 pages pour se plonger avec délices dans les aventures peu ordinaires et les destins croisés de Birdie et Meg. Elles ont tout aussi attachantes l’une que l’autre, et incarnent de vraies héroïnes de roman, des personnages inoubliables. 



On se plonge dans une période historique dramatique, vécue par les populations les plus pauvres, mais pas uniquement, on peut vite constater que de belles fortunes qui semblaient solides ont pu s’effondrer du jour au lendemain. 


D’autres personnages incarnent les défenseurs d’une morale étriquée, qui appartient souvent à une classe épargnée par la crise économique. Mais derrière les principes énoncés, n’y a t-il pas parfois des secrets et  des souffrances cachés ?


De nombreuses références littéraires sont évoquées, souvent à travers les lectures de la petite Meg : Twain, Lucy Maud Montgomery et sa maison aux pignons verts, Jack London …



Enfin l’aventure qui donne son titre au roman, rapporte une fabuleuse entraide féminine qui ne recule devant aucun sacrifice.


J’ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, pour son contexte historique et la richesse des personnages


682 pages Robert Laffont 28 mai 2026

Club lire 





« La radio aimait se vanter des records battus  par le Mississipi en matière de malnutrition et de pauvreté 




Kathryn Stockett


Née en 1969 , Kathryn Stockett est une romancière américaine. Son premier roman La couleur des sentiments a connu un succès mondial 


Lire aussi :


La couleur des sentiments 


À mots couverts ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Pierre Devriendt 










C’est un repas de famille qui a tout déclenché. Il y est venu seul. Comme il le dit, passé les premières vingt minutes de l’apéritif, plus rien de l’intéresse. La conversation s’éternise sur des sujets bateau. Mais au lieu de subir l’ambiance dans une demi-conscience, voilà qu’il met à interroger sa voisine, et lui pose une question aussi intime qu’inattendue : a-t-elle une passion ?   L’intérêt pour le sujet s’empare des convives, mais l’arme se retourne bientôt contre lui, prié de répondre à sa propre question. C’est lors qu’il avoue créer des blasons. Et de s’expliquer auprès de la famille entière sur la signification de ce hobby. Il s’agit de coller incognito au dos d’une toile un texte imaginé à partir de ce que lui inspire l’oeuvre. 


« Quand je vois un tableau qui me touche, j'écris ce que je ressens. C'est une sorte d' hommage au peintre, même s'il ne lira jamais… »


A ce petit jeu, il s’est fait prendre et a été considéré comme un voleur, la famille avait entendu parler de cette anecdote qui lui vaut le mépris général de ses proches. Mais finalement cet épisode est en quelque sorte le premier jour du reste de sa vie qu’il consacrera à cette activité, en tentant cependant d’en tirer profit et abandonner son train-train de petit fonctionnaire. Un choix crucial d’autant que l’avenir laisse entrevoir des horizons plus sombres.


« Trop de choses en moi auront été modestes, le désir de ma mère de m'avoir, ma carrière de besogneux administratif, la liste de mes amours. Je ne veux pas que la fin de ma vie le soit aussi. »


Une idée très originale qui permet au lecteur de s’immiscer dans le monde de l’art pictural et de la poésie, ici réunis dans l’imagination créative de l’auteur. 

Le glissement d’une vie faite d’ennuis et de dépression larvée vers le développement d’une entreprise aussi folle que nécessaire.


Dans la veine de Bouvard et Pécuchet, cité dans le texte, ce roman plein d’humour aborde pourtant le thème de la solitude ordinaire, de l’ennui de petites vies plus subies que choisies, et n’y a t-il pas de meilleur héros que celui qui opte pour le pas de côté, avec l’énergie que le risque procure ?


« Quelques rares, en sortent une œuvre, illustre ou confidentielle. Tous les autres se consument et s'éteignent, faute d'avoir su et, comble de l'ironie, sans avoir non plus profité des petits plaisirs du chemin. »


Sur la voie prédite des soucis à venir, l’art est une forme de thérapeutique :


« Les oeuvres d’art semblent-elles agir comme un retardateur  de l’oubli. Parce qu’elles véhiculent les émotions les plus puissantes, probablement »


Un roman très agréable à découvrir, pour son originalité, pour son contenu artistique intéressant, et pour l’humour qui permet d’aller le fond de cette histoire en somme plutôt désespérante. 



Merci à l’auteur pour sa confiance.


228 pages M.E.O 22 janvier 2026

SP



« Quand je vois un tableau qui me touche, j'écris ce que je ressens. C'est une sorte d' hommage au peintre, même s'il ne lira jamais… »

 *


« Trop de choses en moi auront été modeste, le désir de ma mère de m'avoir, ma carrière de besogneux administratif, la liste de mes amours. Je ne veux pas que la fin de ma vie le soit aussi. »


*


« Quelques rares, en sortent une œuvre, illustre ou confidentielle. Tous les autres se consument et s'éteignent, faute d'avoir su et, comble de l'ironie, sans avoir non plus profité des petits plaisirs du chemin. »


*


« Les oeuvres d’art semblent-elles agir comme un retardateur  de l’oubli. Parce qu’elles véhiculent les émotions les plus puissantes, probablement »

 

Pierre Devriendt


Après une carrière de consultant d’entreprise où il fallait écrire « rapide, utile et contrôlé, Pierre Devriendt découvre le plaisir de donner vie à des personnages qui s’affranchissent de l’auteur et de ses intentions de départ. 


Sainte Emmerderesse ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

 Audrey Alwett 











Suzanne saisit l’opportunité qui s’offre à elle sous la forme d’une manne soudaine et inespérée : elle a gagné au loto. Une jolie somme, mais pas de celles qui constituent un matelas inépuisable pour toute une vie. Cependant, ce million d’euros va lui permettre de fuir sans explication sa famille qui la traite comme une esclave taillable et corvéable à merci !


Elle se retrouve ainsi propriétaire d’un manoir, qui a englouti son pécule. Elle devra donc chercher les moyens financiers d’entretenir cet édifice , qui n’est pas de la première fraîcheur. Trois colocataires eux même en rupture avec leurs proches feront l’affaire. La découverte d’une tombe dédiée à Sainte Emmerderesse sera le début d’une folle aventure , qui emporte le lecteur dans une lecture jubilatoire 


« D 'ailleurs, qu'est-ce qu'une emmerderesse ? Une emmerdeuse, assurément, mais en plus raffinée, car le suffixe « -resse » de la noblesse. On le trouve dans enchanteresse, chevaleresse, doctoresse, ou vainqueresse. Ça vous impose un pouvoir aussi. On emmerde pas une emmerderesse , c'est elle qui vous emmerde. »


Non seulement l’entreprise de nos laissés pour compte se développe au-delà de leurs attentes mais elle est une véritable  école d’indépendance et d’excentricité assumée. 


Par ailleurs l’autrice insère avec beaucoup de malice une foule d’informations historiques , en particulier sur la vie des saints ou de l’histoire de la religion catholique, ou de l’intimité de l’un de nos plus illustres rois, avec une verve réjouissante. On se régale.


Ainsi on fustige Sainte Catherine : 


« Si la religion avait eu deux sous  de logique, Sainte-Catherine serait devenue la patronne des vieilles filles à chat qui vivent leur meilleure vie, affalées sur les coussins de leur bibliothèque, en sirotant des cocktails. Au lieu de quoi, elle devint celle  par qui l'on enjoignait aux femmes de trouver un mari avant leur 25 ans. »


Et je n’ose pas parler de Saint Brice !


Bien d’autres thèmes plus contemporains sont égratignés par la griffe de l’autrice, comme les réseaux sociaux : 


« Facebook fut créé par un homme aux allures de gargouille, pour noter les étudiantes des États-Unis, comme de la bidoche en vitrine »


Ou l’inégalité entre les hommes et les femmes 


« On apprend aux femmes à se contenter de peu. En revanche, pour les hommes, c'est Monica Bellucci ou rien. »




On s’installe dans l’histoire avec un grand plaisir, la revanche des faibles est toujours une source de bonheur, mais attention le parcours n’est pas forcément gravé dans le marbre et un revers de taille risque fort de troubler la sélénite retrouvée de nos personnages.


Un premier roman brillant et drôle,  qui se paie le luxe d’être de plus instructif ! 


416 pages Héloïse d’Ormesson 15 janvier 2026








Les emmerdes sont une chose qui nous rapprochent tous en tant qu’humains.



C'est une constante de l'humanité. On a jamais trop besoin de la bousculer pour en réveiller la bête et ses bas instinct, suspendus à elle, comme une armée de tique.



La fonction sociale des boucs émissaires n'est plus à prouver.. Dans la Grèce antique, on les sacrifiait  pour expier les fautes collectives. Mettre un groupe à l'index, ça vous fédère une nation. Plus tard, la Bible,  on culpabiliserait tout un genre, ce serait la faute à Ève. Selon les siècles et les lieux, les Gaulois, les Roms, les Savoyards ou les transgenres prendraient leur tour.





Audrey Alwett



Née en 1982 Audrey Alwett est une écrivaine française.elle publié de nombreuses romans jeunesse et de la Fantasy.  Sainte Emmerderesse est son premier roman adulte 


La révélation ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Chris Chauvin 











C’est une véritable symphonie en dogue majeur que nous propose Chris Chauvin, une composition aux accents slaves, hantée par les noms des plus grands écrivains russes. Pourtant ces noms sont portés par des chiens ! Des lévriers, des caniches, des labradors et d’autres spécimens issues de la rencontre fortuite de couples en proie aux appels de leurs sens. 


A l’origine du bouleversement qui nous sera conté, un accident, de ceux qui précédent souvent les grandes découvertes. Le chien du dénommé Vadim Arkadiévitch Balaïev subit une transformation au contact d’un irradiateur, instrument destiné à améliorer  la glisse d’un snowboard, passion absolue de Vlad, le carrossier au langage fleuri.


L’effet est radical, il fait du chien un animal doté d’une intelligence particulièrement affutée. Son bon coeur fera le reste pour lui, et il s’acharnera à faire profiter ses congénères de ce surplus de compréhension. Une fausse bonne idée ???


Un sujet très original, des personnages exceptionnels, depuis la Ferme des animaux je n’ai pas le souvenir de voir des animaux tenir un rôle aussi important dans un roman.


Mais les humains sont bien présents, avec à leur tête le dénommé Vadim sus-cité dont les dialogues sont à eux seuls une prouesse tant il doit être difficile de garder le cap pour exprimer ses moindres échanges dans son langage poétique à force d’être ordurier !

On y côtoiera aussi une kiné aveugle, une étudiante en ingénierie 3D, un directeur marketing et sa chef d’atelier Svetlana,, et une foule d’autres personnages pris dans l’engrenage de cette folle histoire.


Outre une belle connaissance de la culture russe et de Moscou particulièrement, ainsi que de l’univers des chiens, l’autrice fait preuve d’une belle imagination pour nous conter cette fable philosophique qui suscite de nombreuses réflexions sur notre propension humaine à mettre le bazar dans nos vies dès qu’un groupe animé d’un but commun se constitue. Ces animaux qui découvrent la vie en société et tentent tirer parti pour améliorer leur sort, nous ressemblent étrangement.


Et puis je ne manquerai pas de souligner l’écriture : j’admire le talent pour décrire l’aspect d’un visage aux traits marqués par l’alcool :


« Avec les années, elle avait fini par lui patiner la face d'une surprenante, nuance carmin-violacée, dont  la teinte, n'était pas sans rappeler, justement, le célèbre étendard  marqué d'une faucille et d'un marteau »


Premier roman remarquable, pour son originalité et la virtuosité de sa prose.


Merci à l’autrice pour sa confiance


442 pages Librinova 26 novembre 2025







Nos noms, reprit-t-il, seront un signe de ralliement, la marque indubitable de notre insurrection, et puisqu'à ma connaissance, aucun chien n'a encore été élevé au rang de chefs parmi les hommes, autant choisir à cet effet, les noms qui sont les plus illustres parmi les leurs : cela sonnera, comme un perpétuel avertissement, comme une menace qu'on adressera à leur vile arrogance


*


C'est fou, quand j'y pense, la foule de choses qu'on nous impose depuis la naissance ! Et voilà que maintenant dans le faible espace de liberté qu'il me reste, je devrais encore me soumettre à la volonté d'un tel ou d'un tel ? Homme ou chien, c'est la même vermine…quand elle entend dominer les autres.


Désirant depuis toujours comprendre ceux qui s’expriment différemment, ceux qui peuvent paraître inadaptés dans un monde chamboulé, notamment les animaux, Chris Chauvin a entrepris des études d’écologie, à la fin des années 1990, avant d'approfondir l'éthologie sociale des primates. Quelques années et voyages plus tard, toujours dans un même soucis d’éloignement des sentiers battus et de compréhension de langages alternatifs, Chris Chauvin a travaillé successivement auprès d'enfants dyslexiques, d’élèves amérindiens de Guyane ou des écoles internationales de métropole ne parlant pas le français. Chris Chauvin, alias Nastasia-B sur Babelio, prépare un second roman intitulé La Joueuse de banjo et l’entomologiste.







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