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James ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Percival Everett 


James par Everett


Jim est esclave. il appartient à Mme Watson, et vit sur sa propriété avec sa femme et sa fille. Apprenant qu’il va être vendu, il prend la fuite, rejoint par Huckleberry Finn, qui de son cote tente d’échapper aux violences de son père. Tous les deux vont  effectuer un périple aussi dangereux que formateur, sur les berges du Mississipi.


Si Percival Everett retravaille cette histoire célèbre, c’est pour en modifier les codes et refaire l’histoire du point de vue de l’esclave. Loin d’être ce personnage illettré et inculte, le cliché commun des récits d’esclavage, Jim ressemble à ce symbole du théâtre, ce masque double, jouant le rôle qui lui permet juste de ne pas être lynché, pour révéler dès qu’il le peut son autre moi : un homme qui sait lire et écrire et se délecte des leçons de Voltaire.


Chaque rencontre est l’occasion de faire des choix, avec en ligne de mire la survie, et pour but de retrouver sa famille pour rejoindre un état où il pourra vivre libre. 


Le roman dresse un état des lieux de la violence inhérente à cette époque où  l’esclavage commence à être remis en question. La guerre de Sécession est sur le point d’éclater. 


Tout l’intérêt réside dans le fait d’avoir inversé les rôles, d’avoir enfermé les blancs esclavagistes dans des personnages caricaturaux et souvent ridicules. Au point de se distraire devant des spectacles où ils ne se rendent pas compte qu’ils en sont les cibles. Pire encore, double farce, Jim est amené à se fondre dans un personnage blanc qui se déguiserait en noir  !


Le récit est essentiellement constitué de dialogues, laissant au lecteur la tâche d’en tirer des conclusions. Beaucoup d’action, de rebondissements, calqués sur le récit original de Mark Twain, que l’on a immédiatement envie de relire.


Loin d’être une simple relecture de Huckleberry Finn, le roman, en décalant l’angle de la narration offre une analyse de ce que fut l’esclavage et la négation de l’humanité pour encore une fois des raisons de profit et d’argent. 


288 pages L’Olivier 22 août 2025

Traduction : Anne-Laure Tissut

Prix Pulitzer 2025






L'attente constitue une grande partie de la vie d'un esclave, qui attend et attend qu'on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. La récompense chrétienne, juste et méritée , au bout du bout.


*


Si l'on vient déjà de l'enfer, alors est-ce que retourner en enfer, c'est rentrer chez soi ? Même en enfer, si tant est  qu'il existe, on saurait où les feux sont un peu moins brûlant, les rochers un peu moins acérés. Il en était ainsi de mon enfer.


Percival Everett


Né en 1956, Percival Everett est un écrivain et professeur américain. 


Le dernier nuage ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Frédéric Chignac 


Le dernier nuage par Chignac


Imaginez-vous à Londres, en 1802. Les usines ont envahi la ville, les londoniens  suffoquent dans une atmosphère embrumée et polluée. L’un d’entre eux a cependant les yeux tournés vers le ciel. Peut-être parce qu’il est  croyant mais surtout parce qu’il s’est pris de passion pour l’études des nuages.  


« Luke Howard venait d'avoir 30 ans. C'était un homme réservé, austère, toujours vêtu de noir. Il appartenait à la communauté des quakers, une société religieuse, dont les membres s'appelaient entre eux « amis » et nommait les autres « gens du monde. »


Lorsqu’il n’est pas dans les nuages, il « perce la profession d’apothicaire, avec sa femme Mariabella et son assistant Silvanus. 

Son meilleur ami, avec qui il partage le souvenir d’un deuil cruel est journaliste, et soumet au patron du Gentleman’s magazine, qui refuse la publication. Mais lorsque Luke présente son ébauche de lexique à l’Askesian Society, un club de scientifiques, le patron du journal concurrent , Philosophical magazine est partant pour la parution  d’un article sur le sujet…




C’est ainsi que nous serons plongés au coeur de cette époque bouillonnante d’idées et de révolutions, tandis que les relations avec la France sont des plus tendues, en raison de l’appétit de conquête de Napoléon Bonaparte. 


L ‘analyse de l’évolution de cette recherche est particulièrement intéressante, surtout si on la don-confronte à la rigueur et aux carcans qui font progresser les connaissances scientifiques à notre époque. La plus grand liberté régnait dans ce domaine. Quitte à faire jaillir des théories loufoques qui trouveraient bien des adeptes. 


On assiste aussi à la guerre entre les deux journaux, par articles interposés. Le reproche principal fait à Luke par le Gentleman’s  magazine est l’utilisation du latin pour sa nomenclature ! Avec en arrière-pensée le souci d’un nationalisme bien marqué.


Il y sera question de trahison, d’amour, de religion ( et des doutes de la famille Howard)  et d’un projet fou, pour aller au bout de la démarche. On y croisera le roi George III, le spécialiste des vents, Beaufort,  et même l’illustre poète Goethe que l’on découvrira amateur de sciences. 


Dans un style simple, sans fioriture ni effet de marche, Frédéric Chignac nous propose une bien belle échappée deux siècles plus tôt, où nous côtoyons des personnages dont certains ont existé mais dont la dimension romanesque est née de l’imagination de l’auteur. Un premier roman très intéressant.


352 pages Hervé Chopin 25 septembre 2025







Qui ne doute pas ? Les idiots ? Les fanatiques ?  Les menteurs ? Il est sain de douter.



Quand l’or ne vaut pas plus cher que le sable, quand les ego et le pouvoir n'ont plus aucun sens, quand la vie bat, avec une intensité aussi brûlante que le soleil, le présent et le paradis se confondent.

Frédéric Chignac



Frédéric Chignac est un réalisateur français.


Maîtrise d’histoire en poche, il se tourne vers le journalisme télévisé et participe aux enquêtes essentiellement géopolitiques d’"Envoyé spécial", "Faut pas rêver" ou encore "Thalassa". Amené à parcourir le monde pour les besoins de documentaires produits par Canal + et France Télévisions, il s’improvise globe-trotter. Ses innombrables voyages font naître en lui le besoin de raconter l’autre. C’est ainsi qu’il s’essaie à la fiction.


In Violentia veritas

 Catherine Girard 











Le salaire de la peur, si ce titre évoque encore quelque chose, renverra le plus souvent au film d’Henri-Georges Clouseau avec Yves Montand et  Charles Vanel. Ces deux monstres du cinéma auront facilement éclipsé le roman qui a inspiré le film. Et il n’est pas certain que le nom de l’auteur surgisse facilement lors d’un quiz littéraire  Et pourtant Georges Arnaud alias d’Henri Girard est en lui-même un personnage de roman ! Accusé d’avoir assassiné trois personnes, son père, sa tante et leur domestique, il est acquitté. 


Lorsque Philippe Jaenada reprend l’histoire, avec la verve et le style qu’on lui connait, et sa méticulosité pour l’analyse de la documentation, il conclut que l’homme était en effet innocent.


Affaire classée ? Non, puisque la propre fille d’Henri Girard blanc un pavé dans la mare  : son père lui a avoué être l’auteur de ces meurtres, prémédités de plus !

 

Au-delà de la polémique qui oppose les deux auteurs, attardons nous sur le récit de Catherine Girard. D’emblée, il peut sembler étrange de publier un texte à charge contre son propre père. La démarche inverse aurait paru plus logique. Jaenada accusateur et Catherine Girard, avocat de la défense. Réhabilitation à l’envers !


Le personnage est intrigant : on comprend bien qu’il a vécu une enfance pourrie, près d’un père qui rend fou, et qui pourrait avoir induit par ses méthodes éducatives pour le moins déstabilisantes un trouble de la personnalité grave chez  le jeune homme. Une vie tumultueuse, sans repère, sans vision à long terme !


En revanche, le récit est assez désorganisé, et on peut se perdre dans les générations et les allers et retours dans la temporalité. D’autre part, on finit par se lasser de l’univers foutraque où évoluent les personnages. 


Est-il coupable ou non, finalement ce n’est pas la question, ce récit est plutôt le témoignage d’un amour inconditionnel d’une fille envers son père, malgré ce qu’il a pu faire dans le passé, et une volonté de faire connaitre sa vérité !


Lecture en demi teinte donc, en raison de mon manque d’attrait pour le sensationnel !


352 pages Grasset 20 août 2025







C'est l'histoire de mon père, un homme que j'aimais comme le laisse transparaître l'espace qui noue entre elles les lettres de mes mots  et ceux qui les séparent. Car l'amour est indéfectible. J'ai cherché la vérité derrière celle que je savais, sans jamais oublier l’horreur.

 

Catherine Girard


Catherine Girard est la fille d’Henri Girard dit Georges Arnaud (1917-1987), auteur du célèbre roman "Le Salaire de la peur" (1950). 


Successivement dresseuse d’éléphants à Mae Sai, navigatrice au Portugal, acheteuse de pierres précieuses en Birmanie, fleuriste de bodega à Rio, vendeuse de voitures de luxe au Japon, elle signe avec "In violentia veritas" (2025) son premier livre.


Le pays dont tu as marché la terre ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Daniel Bourrion 


Le pays dont tu as marché la terre par Bourrion



Ce premier roman est remarquable par la ténuité du propos, servie cependant par une écriture à la lisière de la poésie.




Dans un décor rural démuni, les souvenirs affluent, parfois évanescents, parfois plus précis parce qu’une scène a marqué le narrateur. 


j'ai reconstruit ce que je parvenait à collecter dans ma seule mémoire.


Si l’auteur interpelle son héros dans un tutoiement familier, c’est pour évoquer ces temps qu’ils ont partagé avant que le déterminisme social les éloignent à tout jamais . Un tutoiement comme une réparation d’une dette d’oubli.


J'écris pour toi d'ici, du domaine des vivants, temporairement. C'est le grand jeu, auquel on perd toujours. Cette règle là, nul n'y déroge, c'est une bonne chose, tu en profites comme tous les autres, le même égal enfin.


On remarque d’emblée le parti pris de composition stylistique, les mots simples, mais dont la juxtaposition attire l’attention. Lorsque le procédé s’affirme, avec la progression de la lecture, la mélodie originale se laisse approprier et l’on finit pas l’apprécier. Le contraste est d’autant plus fort que l’on a affaire à la description poétisée d’un milieu frustre, où le langage n’est pas le mode de communication. 


Dans ce paysage, mal loti, d’autres inégalités accentuent la mise à l’écart de certains.


La seule justice semble être le repos de la mort.


Roman court, mais il n’aurait pas été judicieux d’en rajouter, et quête d’une réhabilitation généreuse,  et très  beau texte, hommage aux gens de rien, aux fantômes  d’une époque, à ceux que le destin oublie dans sa distribution de cadeaux, et qui ne semblent  pas revendiquer une quelconque légitimité. 


128 pages  Héloïse d’Ormesson 20 aout 2025







J'écris pour toi d'ici, du domaine des vivants, temporairement. C'est le grand jeu, auquel on perd toujours. Cette règle là, nul n'y déroge, c'est une bonne chose, tu en profites comme tous les autres, le même égal enfin.


Daniel Bourrion


Daniel Bourrion a suivi des études de lettres (un DEA "Littérature et spiritualité" et une thèse rédigée, mais jamais soutenue, dans laquelle il tente de montrer les apports possibles du concept de fractales dans le champ littéraire.

Après diverses expériences professionnelles (analyste-documentaire pour l'INIST-CNRS, enseignant, conseiller principal d'éducation), Daniel Bourrion est devenu conservateur des bibliothèques. 


La cabane dans les arbres ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Vera Buck 


La Cabane dans les arbres par Buck


Son premier roman traduit en France, Les enfants loups,  avait été remarqué. Avec La cabane dans les arbres, Vera Buck confirme son talent d’autrice qui sait ferrer un lecteur, et ne plus le lâcher avant qu’il ne soit parvenu à la fin de l’ histoire qu’elle lui propose !


Arès un prologue assez impressionnant, et qui ne laisse aucun doute, on n’aura pas affaire à une fade bluette on fait la connaissance de Rosa, une jeune femme animée d’une passion hors norme pour le phénomène biologique que représente la mort. Elle a obtenu un diplôme en sciences médico-légales mais n’a pas trouvé d’emploi qui lui convienne pour utiliser ses connaissances. Elle n’en pourrait pas moins ses propres expérimentations, analysant en forêt la couleur des feuilles d’arbres, dont les nuances pourraient indiquer qu’un organisme en décomposition se trouve à sa base. Jusqu’à ce qu’elle déterre un squelette bien encombrant.

Henrik, Nora et leur fils  sont en route vers un éden suédois, parcourant les nombreux kilomètres qui les emmènent vers une main de bois au bord d’un lac, héritage d’Henrik. Dans un cadre idyllique, la petite famille s’installe. Mais rapidement des sources d’inquiétude viennent troubler les vacances rêvées …Les indices ‘accumulent, puis survient le drame..


Un autre personnage intervient régulièrement dans ce roman choral, une petite fille nommée Marla, et qui est séquestrée dans une cabane en haut d’un arbre. Qui est-elle ? On ne le saura que bien plus tard, lorsque les événements nous permettront de comprendre la temporalité. 


Totalement addictif, ce roman se lit la boule au ventre avec une impatience fébrile d’avancer dans l’intrigue, complexe à souhait. La succession des points de vue alimente le suspens, complétant peu à peu le puzzle de cette histoire. Pas de répit, pas une minute d’ennui, les pages défilent sans  temps mort. 


L’intérêt se focalise aussi autour de la psychologie des personnages, parfois conventionnels parfois plus originaux comme l’est Rosa, figure féminine libre et autonome, dont le passé familial trouble aura forgé son indépendance. Elle est un élément central du drame. 


Les trois parties  débutent tous par des extraits des histoires pour enfants de Astrid Lindgren, en référence aussi au métier d’Henrik, écrivain pour enfants, qui ne sait pas toujours faire la différence entre imagination et réalité, ce qui lui confère un statut de menteur, qui vient à point nommé pour complexifier la narration. 


Un grand plaisir de lecture donc, pour ce roman séduisant autant pour l’écriture que pour la construction. 


Autrice à suivre, sans aucun doute. 



465 pages Gallmeister 20 août 2025

Traduction : Brice Germain, 

Titre original : Das BaumHaus







Je fixe les orbite noires, tandis que que je prends conscience de la portée de ma découverte. Un crâne d'enfants. Une vieille capuche. Des os, des vertèbres et des omoplates. Qui diable ai-je bien pu déterrer ?


Vera Buck



Née en 1986, Vera Buck est une autrice allemande. 


Elle a étudié le journalisme, l'écriture de scénarios de communication, la linguistique européenne et la transdisciplinarité des arts en Allemagne, à Hawaï, en France, en Espagne, en Italie et en Suisse.




Lire aussi : 


Les enfants loups


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