lundi 6 avril 2020

La soustraction des possibles

Joseph Incardona








  • Broché : 400 pages
  • Editeur : FINITUDE (2 janvier 2020)
  • Collection : FINITUDE
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français









Brillant et efficace!

Ça commence cool : un prof de tennis gigolo séduit une femme dont la cinquantaine nantie pèse sur les épaules. Son but : se faire du fric, c’est tout, lui qui est un ex-futur champion. Un raté en quelque sorte. 

Mais voilà, si dans un premier  temps , son objectif semble atteint, il a mis le doigt dans un engrenage mortifère qui immerge le lecteur dans le milieu de la corruption et le blanchiment d’argent sale. Et dans ce milieu, quiconque, et surtout les pions exécuteurs des basses œuvres,  risque fort d’y laisser quelques plumes, voire tout son  quota de duvet. 


C’est avec une intensité croissante que la natation progresse, prenant vite le ton et la manière du thriller. Mais pas seulement. L’auteur s’immisce dans les pages, en tant que créateur, qui tient les ficelles qu’il manipule sans parfois garder  le contrôle sur le destin de ses personnages. Comme si les événements et leur logique lui échappait. 

Certes c’est un polar qui se déroule dans le milieu du grand banditisme, mais la présence précieuse de l’auteur qui intervient en voix off est précieuse pour remettre les choses dans contexte et en tirer des leçons de philosophie et pointant pour nous les failles du monde où nous vivons.


Un excellent moment de lecture.



Dans la nouvelle configuration de la modernité : les riches (nobles et aristocrates) n'aiment pas les nouveaux riches (bourgeois) qui n'aiment pas les pauvres (ouvriers).

*

Le jeu de dupe est important pour sauvegarder une dignité fragile, conti tuer à se tromper soi-même tout en conservant l'illusion d'une cohérence. En termes de psychologie sociale, Léon appelle ça la "dissonance cognitive". On reprend :

"-A quoi tu penses? demande Odile
- A rien. Je suis là. Je respire.
-Tu respires?
- Ça fait des semaines que j'ai envie de toi.
-Menteur"

*

Elle avait anticiper  un adultère maitrisé, s'offrir le professeur de tennis comme un nouveau tailleur, mais pas cette déferlante d'hormones ayant pénétré par effraction, s'insinuant et rampant, bouleversant les équilibres, renversant les barrières sociales et psychologiques. Un amour meurtrier, annihilant tout obstacle sur son passage, inconvenant et constant.

*

Le problème avec la vie qui avance, c'est qu'elle soustrait les possibles.
Justement.

Joseph Incardona Incardona est un écrivain, scénariste et réalisateur suisse.

Né d'un père italien et d'une mère suisse, il a vécu notamment à Paris et Bordeaux avant de s'installer à Genève. 

Riche de sa culture suisse et italienne, admirateur de la vitalité des écrivains de la péninsule, il puise ses références dans le roman noir - "roman social" par excellence - et la littérature américaine du XXe siècle (John Fante, Jack Kerouac, James Lee Burke, Charles Bukowsky.). 









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