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En attendant Dogo ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Jean-Bernard Pouy












Un polar signé Jean-Bernard Pouy, c’est à n’en pas douter un rendez-vous avec le plaisir de lire ! Fan depuis longtemps de l’un des fidèles de la regrettée émission de France-culture Des Papous dans la tête, je retrouve avec bonheur le ton bougon et l’humour irrévérencieux de l’auteur.


Il est donc question d’une disparition, celle du frère de la narratrice. Soudaine, incompréhensible, imprévisible. Le trentenaire s’est littéralement évaporé, laissant sa famille en proie aux doutes les plus terribles. 


Avec l’aide d’un zélé détective, la jeune femme enquête, tente de faire parler les indices les plus dérisoires et les plus absurdes. 


Mais l’intrigue s’agrémente d’insertions originales. Comme les chroniques de faits divers parues dans la presse régionale bretonne, ou les  nombreux débuts de roman qu’ambitionnait d’écrire le disparu. Autant d’exercices de styles. Et de référence littéraires aussi drôles que déjantées. 

Sans oublier un fond de chronique sociale, dans un pays qui exprime sa colère sur les ronds- points, faute de s’exprimer via les urnes, pendant que des guignols font usage de leur connaissance en explosifs.


Déjanté, inventif, drôle. 


Cela n’empêche pas l’intrigue de tenir la route avec une surprise pour le dénouement, que je n’avais pas vu venir. 



Une belle réussite et je remercie Babelio et les Editions Gallimard.


200 pages Gallimard 6 janvier 2022




 Sinon la France profonde s’enfonçait dans la profondeur. En Ardèche, une septuagénaire étendait tranquillement son linge quand elle a été attaquée par un lièvre qui lui a sauté sur le pied, la mordant violemment pour, ensuite, s’en prendre au mari. Puis aux policiers venus en renfort. « Les agents n’ont pas eu d’autre choix que de faire usage de leur arme », a indiqué un officier.


*


Les jours où est prévue une pièce nommée « Guignol se retire du monde », il y a foule, et queue sur la place. On dit même qu’un jour Derrida est venu en loucedé, déguisé en bébé Cadum.


*


C’est vrai que des enquêteurs de la section Disparus de la police avaient déjà farfouillé un peu partout. Mais quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on ne trouve jamais, on ne voit pas l’indice qui tue, la poutre au milieu de la paille.







Jean-Bernard Pouy est un écrivain libertaire français de roman noir et un directeur de collections littéraires.

Auteur à succès, il inaugure les collections (Zèbres, Le Poulpe, Pierre de Gondol, Série grise, Tourisme et polar). 








Le sang des Belasko ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Chrystel Duchamp












Si vous passez la porte de cette maison remarquable par son architecture et son implantation, vous prenez le risque de croiser sur votre chemin le mal sous toutes ses formes.


C’est d’ailleurs elle, la maison, qui prend la parole, dans le prologue. Quelques jours après le décès de Mr Belasko, les enfants à présent orphelins se réunissent dans la maison. La tragédie se met en place. On n’en saura pourtant pas plus immédiatement, sinon que l’un des enfants est hospitalisé en état de choc et qu’auprès de lui, le capitaine Jouvry essaie de comprendre l’enchaînement  des événements.


Chaque chapitre et narrateur apportera sa pierre à l’édifice, qui modifiera peu à peu le portrait de cette famille enviée pour sa réussite !


Comment s’est déroulé le drame, il faudra attendre les dernières lignes pour comprendre.


Lecture addictive, inquiétante, une intrigue bien menée et qui réserve des surprises jusqu’à la fin.


300 pages Archipoche 20 janvier 2022





Certains jours sont restés gravés dans ma mémoire;
Celui où les Belasko franchirent mon seuil en est un. 

*

Les émotions non exprimées ne meurent jamais. Elles sont enterrées vivantes et libérées plus tard de façon plus laide. Oui. Cette citation résume parfaitement comment nous en sommes arrivés là.





Chrystel Duchamp est une autrice française née en 1985. Elle se consacre à l'écriture de thrillers. 




Dix âmes, pas plus ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Ragnar Jónasson





  • Éditeur ‏ : ‎ MARTINIERE BL (14 janvier 2022)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 352 pages









Excellent polar nordique tant  pour l’intrigue, que pour l’ambiance et la construction.


Après un court séjour à Reykjavik, on accompagne Una à Skala, un hameau retiré peuplé d’une dizaine d’habitants, en mal de professeur pour les deux enfants du village. Les difficultés financières de la jeune femme constituent un argument essentiel pour qu’elle propose ses services. Arrivée sur place, des phénomènes étranges et une animosité progressive des locaux rendent la tâche plus compliquée que prévu. Puis survient le drame…


C’est le genre de thriller impossible à lâcher, que l’on dévore de chapitre en chapitre …allez, juste un de plus, pour se retrouver encore plongée dans l’intrigue au petit matin,  où cela ne vaut pas le coup de laisser les dix dernière pages…


L’ambiance est sombre à souhait et aucun personnage n’est vraiment fiable. Il y a un moyen simple d’entrevoir la vérité, mais il faut y penser. Et les chapitres intermédiaires laissent vraiment dans le flou, tant il est complexe de les rattacher au récit en cours.



Une lecture très appréciée, dont je remercie Babelio et les éditions La Martinière.




Je sais d'expérience que le monde est suffisamment dangereux, suffisamment dur et injuste pour qu'on ait en plus le besoin d'inventer des devants et des monstres.

*

Le grincement d'une porte dans le hall d'entrée la figea de terreur. Tandis que ses yeux s'habituaient peu à peu à l'obscurité, elle entendit les pas se rapprocher. Pétrifiée, elle n'osait plus faire un geste, surtout pas regarder par dessus le dossier du canapé.






Ragnar Jónasson est auteur de roman policier.Nouvelliste, il écrit également en anglais. Il vit à Reykjavik. 


Du même auteur : 

                                                         Sótt Huis clos à Sigluflördur





Grand calme ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Giles Blunt




  • Éditeur ‏ : ‎ Sonatine (12 mai 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 336 pages
  • Traduction (Anglais) : Charles Bonnot
  • #Grandcalme #NetGalleyFrance









    Un excellent polar avec deux intrigues pour le prix d’une, une petite enquête qui implique un ex-chanteur de rock addict au sexe, dont se charge à titre personnel Lise Delorme, inspecteur à Algonquin Bay et une grande enquête à la suite de la découverte de jeunes femmes mortes de froid, et le décor est clairement à chaque fois une scène de crime. 


    Parallèlement on parcourt les pages d’un journal, qui rapporte les tribulations d’une expédition de recherche scientifique dans l’Arctique.


    Bien entendu quelque chose relie ces deux histoires et il faudra tout lire pour le savoir.


    Tout y est pour passer un bon moment, la solidité de l’intrigue et l’adresse avec laquelle elle est développée. L’humour des dialogues, basé sur les relations plus ou moins chaleureuses d’une équipe d’enquêteurs, avec une seule femme, et bien sûr un chat noir, qui ne comprend rien à rien et sur qui il ne faut pas compter pour faire avancer les investigations.



    On salue aussi l’immersion dans ce milieu particulier et inhospitalier qu’est le cercle polaire.

    Un beau travail de documentation


    Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine.



    Il y a une nuit au sein de la nuit. Même à des latitudes tempérées, même au cours de nuits dont on considère la durée comme "normale", il peut y avoir un moment, une heure ou deux, qui ressemble à une nuit dans la nuit. L'heure où une femme comprend qu'elle ne peut plus faire semblant d'aimer son mari. L'heure où un jeune homme estime que le monde ne lui offrira jamais la vie dont il rêve et juge préférable de mettre un terme à celle qu'il a.

    *

    "Venez voir." Arsenault était entre la table et le lit, une silhouette dodue qui se découpait sur la fenêtre lumineuse. Il désigna l'une des rares vitres restées intactes. 
    "On dirait une Volkswagen, dit Loach, merci de nous l'avoir montré.
    -Pas le nuage, la fenêtre. Il faut avoir le bon angle. "

    *

    Elle continua de parler. L'idée lui vint qu'elle ne mourrait pas tant qu'elle parlerait. C'était un mythe connu : la danseuse qui ne doit pas cesser de danser, la conteuse qui doit continuer de narrer ses histoires pour repousser le destin.






    Giles Blunt est un romancier et scénariste canadien, spécialisé dans le roman policier.

    Il grandit dans la petite localité de North Bay, dans le Nord de l'Ontario. 










1794 ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Niklas Natt Och Dag 



  • Éditeur : Sonatine (6 mai 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 544 pages
  • Traduction (Suédois) : Rémi Cassaigne
  • #1794 #NetGalleyFrance











En cette fin de 18è siècle, la régence a du mal à trouver ses marques pour administrer correctement le royaume de Suède, et c’est le sinistre Reuterholm qui est aux commandes.

Le jeune Erik Tre Rosor est né cadet d’une famille propriétaire terrienne, et ne pourra donc prétendre à la succession. Alors que ses quinze ans brûlent d’amour pour les beaux yeux de Linnéa, il lui est clairement notifié qu’un jeune maitre ne se commettra pas  à s’unir avec une sans grade. Il part noyer son dépit au-delà des mers, en attendant que son âge lui permette de passer outre les dictats familiaux. Il découvre là-bas un négoce rentable mais abject, et croise pour son plus grand malheur le sulfureux Tycho Ceton.


Le retour en suède et la noce avec sa belle tourneront au drame, dans des conditions mystérieuses . Cardell se chargera de l’enquête aidé par Emil Winge.




Voilà un thriller historique passionnant, une histoire tortueuse qui nous fait plonger au coeur de la vie quotidienne de l’époque, et nous offre des personnages complexes et envoutants, avec rebondissements et chausse-trapes à chaque page tournée.


Il est dommage de ne pas avoir repéré que ce roman est le deuxième volet d’une série, mais on peut malgré tout comprendre l’intrigue, qui est indépendante. . Par contre, je lirai très rapidement le premier, séduite par cet univers noir mais captivant 


Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine.




Peut-être que le sauvage n'a jamais été bon ? Peut-être que notre espèce est pourrie depuis l'origine ? Peut-être  le monde est-il toujours plus vieux, mais jamais meilleur ? Peut-être que tous les progrès que nous appelons civilisation ne sont qu'une façon pour notre engeance de pratiquer le mal à une échelle encore jamais vue ? Partout sur les îles, la canne à sucre pousse le long des fosses communes. Avec le sucre, nous adoucissons notre nourriture. Dieu nous viennent en aide, Éric, mais n'aurait-il pas été plus miséricordieux d'aller en Afrique directement manger les nègres ?

*

La raison pour laquelle Satan peut marcher à mes côtés et que le monde dans lequel nous vivons un enfer même, un purgatoire allumé de nos propres mains et de nous attisons les flammes par nos mensonges et la danse vaine de notre vie.

*

Il y a rarement mis les pieds alors que c'est établissement est au cœur même de la triste besogne des boudins. La suie et la crasse des fenêtres ont beau être bien à l'abri des torchons et des éponges derrière les étroits barreaux de fer, il devine au-delà les pensionnaires dans les salles, voutées sur leurs rouets depuis déjà plusieurs heures. Avec un désespoir muet,  elles se vident de leur vie. Il secoue la  tête, comme pour en balayer ces pensées, et se présente à la guérite.





Niklas Carl Bosson Natt och Dag est un auteur suédois. L’origine de son nom de famille, Natt och Dag (Nuit et Jour), provient des armoiries familiales qui représentent un bouclier scindé horizontalement, en doré et en bleu. 
En 2017, il fait ses débuts littéraires en publiant son roman "1793", qui la propulse en tête des ventes dès sa sortie en Suède, célébré par une critique dithyrambique dans plus de trente pays.













Disparues ⭐️⭐️⭐️⭐️

 S.J. Watson




  • Éditeur : Sonatine (8 avril 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 448 pages
  • Traduction (Anglais) : Sophie Aslanides
  • #Disparues #NetGalleyFrance







    Alex ne quitte pas sa caméra, prête à chaque instant à capturer quelques minutes de vidéo, avec le secret espoir que de ces instants saisis, des bribes de son passé viendraient reconstituer son histoire. Alex souffre en effet d’amnésie post-traumatique.


    Le prétexte du  tournage d’un documentaire fournit une justification à sa présence insistante dans ce  village où tout le monde se connaît, où l'on vit  apparemment sans histoires et où on se garde de remuer le passé. Mais Alex sait que des événements graves ont marqué les esprits dans les dix dernières années. Deux jeunes filles ont disparues et une troisième s’est suicidée. Et Alex a l’intime conviction que son passé est mêlé à ces disparitions.


    Peu à peu les témoignages et les vidéos font ressurgir de sombres histoires. Et il semble bien que la menace rode encore. Retrouver son passé mais aussi empêcher de nouveaux drames, c’est la mission à hauts risques que s’est donnée la jeune femme .


    Quelques longueurs atténuent l’efficacité du récit, car la jeune femme se pose en boucle une série de questions légitimes, certes, mais qui ne varient pas tout au long du roman. L’alternance des époques compense cet écueil en donnant  un rythme et contribue à recentrer l’attention. 


    Si ce roman noir offre un degré de suspense un peu en dessous de l’impressionnant premier roman de l’auteur, Avant d’aller dormir, qui explorait aussi le domaine de la fragilité de la mémoire, il reste un très bon thriller qui tient ses promesses de frisson. 


    Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine.




    Elle court sur la lande, aussi fort, aussi vite qu'elle peut. un croissant de vieille lune la toise ; quelque part derrière elle, au loin, les lumières du village luisent d'un jaune anémique. Mais elle garde le regard fine devant elle. Elle ne voit rien d'autre que la route, elle n'entend que le sifflement de sa respiration sèche et le croassement des mouettes qui plongent en piqué. Pas le moindre bruit laissant supposé qu'elle est poursuivie, pas un cri, pas un aboiement de chien. elle est en sécurité, se  dit-elle. Elle peut s'apaiser, cesser de courir, marcher. C'est fini.

    *

    Il faut que je parvienne à ralentir ma respiration.  D'un côté, je veux oublier toute cette affaire, rester comme je suis, souvenirs perdus et tout. Je ne veux pas avoir à les affronter. De l'autre je ne veux pas céder à cette envie. Je suis déjà enfoncée jusqu'au cou dans cette exploration : il ne s'agit même plus tellement du film, nous sommes bien au-delà, il s'agit de moi désormais. de savoir qui j'étais. Ce qui s'est passé. Comment je suis liée à Daisy.

    *

    J'ai les idées claires maintenant. Je vois très bien. Je vois comment l'extrait que je viens d'enregistrer s'insérera dans le film que je prévois de faire. sa voix, sur des images de moi, de moi à quinze ans, m'approchant du bord du monde. Peut-être pas ce à quoi s'attendait la production, mais on s'en fiche. c'est le film que j'ai besoin de faire, depuis toujours. 





    S. J. Watson est un auteur anglais.

    Il fait des études en physique à l'université de Birmingham. Il s'installe ensuite à Londres et travaille dans le milieu hospitalier comme spécialiste en audiologie, diagnostiquant et traitant surtout des enfants atteints de surdité. Il commence à écrire pendant ses temps libres.

    En 2011, il publie son premier roman, "Avant d'aller dormir" ("Before I Go To Sleep") qui rencontre un succès international. 

Je connais ton secret

 SK Tremayne




  • Éditeur : Presses de la Cité (14 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Anne Duval
  • Broché : 384 pages
  • #Jeconnaistonsecret #NetGalleyFrance





Un thriller sur fond de technologie connectée!


Jo, divorcée, la trentaine vit dans l’appartement que lui prête une amie, à Camden, ce quartier branché de Londres, et se réjouit de cette aubaine que ses émoluments de journaliste Freelance ne pourraient suffire à financer. Dans cet appartement high-tech, tout  est connecté et piloté par des assistants qui obéissent à la voix. Rien de plus normal pour une jeune femme de cette génération, dont les amis les plus proches sont des geeks affutés. Jusqu’au jour où Electra, qui se limitait à lui fournir des informations sur la météo ou à réguler le chauffage, se manifeste sans que Jo l’en ai priée : « Je sais ce que tu as fait ».



C’est le début d’une lente descente aux enfers  pour  la jeune  femme, entre paranoïa et théorie du complot, d’autant que ses antécédents familiaux pourraient lui faire craindre une hérédité funeste.


Un suspens comme je les aime, des frissons de plus en plus  intenses au cours des pages que l’on tourne de plus en plus rapidement et une réflexion connexe sur les dangers de la technologie de plus en plus invasive dans notre vie privée. 


Très bien construit et bien écrit.  Conseillé sans arrière pensée, aux amateurs de thrillers branchés technologie. Et à tous ceux que cette technologie agace ou dérange, pour les conforter dans leur opinion. 


Merci à Netgalley et aux éditions Presses de la cité.




Je pense parfois à Londres comme à un riche émirat érigé sur de vastes réserves d'isolement humain, de tristesse et de mélancolie. Il n'est pas nécessaire de creuser profondément pour atteindre les fêlés, les isolés, les suicidaires, les désespérés. Ils sont tout autour de nous ; ils sont nous. Je me remémore cette femme que j'ai vue de dos dans la rue, courbée sous la neige, traînant ses gosses. Et la façon dont elle s'est subitement volatilisée, commis elle n'avait été qu'un apparition.

*

Êtes vous une femme ? Un homme ? Autre ?
Celle-là, elle est facile. Malgré mon inexplicable envie de porter une moustache en  guidon de vélo à 10 ans et de de devenir astronaute à 12, et l'intuition diffuse mais indignée que seuls les garçons étaient légitimes dans cette voie, je n'ai aucun doute sur la question. 
Femme.






S. K. Tremayne est un journaliste écrivain anglais né en 1963. Il commence par publier plusieurs romans sous son véritable nom, Sean Thomas, avant d'adopter à partir de 2009 le pseudonyme Tom Knox, puis en 2015 celui de S. K. Tremayne pour son roman "Le doute"

















Autopsie d'un drame ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Sarah Vaughan 




  • Éditeur : Préludes (10 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Alice Delarbre
  • Broché : 448 pages
  • #Autopsiedundrame #NetGalleyFrance





L’auteur de La ferme du bout du monde revient avec un récit différent, plus ancré dans la réalité du vingt-et-unième siècle. Au centre du propos, Liz, pédiatre dans un centre hospitalier de l’Ouest de Londres. Lorsqu’elle n’est pas au chevet de ses petits malades, elle est aussi une mère ordinaire, en perpétuel manque de temps et en recherche d’un subtil équilibre entre famille et travail. 


Cette profession prenante et passionnante l’expose souvent à des situations dramatiques et éprouvantes, mais le pire arrive lorsqu’elle accueille  aux urgences une de ses amies, avec dans ses bras une petite Betsey inquiétante, chez qui les examens révéleront une fracture du crâne. Si Liz est rapidement exclue de la prise en charge en raison des liens particuliers qu’elle a avec la famille, elle est malgré tout  impliquée, moralement et par les sollicitations de son entourage, qu’il lui est bien difficile d’éviter, malgré  son devoir de réserve. 


Les confidences de Jess et les questionnements de son mari, permettent peu à peu de comprendre ce qui s’est réellement passé le jour du drame .


Le roman aborde avec beaucoup de réalisme ce sujet délicat de la suspicion de maltraitance, à la fois sur ce qui peut amener des parents à commettre de tels actes, sur la délicatesse d’une enquête qui, que la famille soit responsable ou non ne peut que laisser des traces indélébiles. Et dans le cas présent, la situation ingérable de la pédiatre, écartelée entre sa vie personnelle et les liens qu’elle a noués avec la famille suspecte et le souhait de connaître la vérité quelle qu’elle soit. 


Le suspens est maintenu tout au long du roman, qui révèle la vérité dans la dernière partie. 


Excellent roman, addictif et angoissant, et traité avec toute la délicatesse que mérite le sujet. 


Merci à Netgalley et aux éditions Préludes.




- Bon, eh bien, on a réussi ! On survit depuis cinq ans au débarquement de nos enfants !

Ed tient sa coupe de champagne à bout de bras.

*

Le cri enfle. Au début, il est faible. Un gémissement, un glapissement. Timide, tremblant, attendant de voir comment il sera reçu.

Le doute se dissipe rapidement. La plainte devient un bêlement, le piège se referme, alors que le cri se condense en note de pure angoisse.

— Chut… implore la mère en se penchant au-dessus du berceau et en prenant son bébé à bout de bras.

Le son solidifie l’espace entre eux.

— Tout va bien, ma chérie, maman est là maintenant. Maman va tout arranger.

Le bébé la fixe. Onze semaines ; prise dans l’étau féroce de coliques inconsolables ; ses yeux sont deux perles noires, intenses et incrédules. Ne sois pas ridicule, disent ces yeux. Je suis furieuse, furieuse contre toi. Son visage se chiffonne de l’intérieur et sa grenouillère devient humide ; la rage virulente qui transforme son corps en fournaise incandescente doit être évacuée.

— Chut, chut, tout va bien, répète la mère.






Après des études d'anglais à Oxford, Sarah Vaughan s'est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier "La meilleure d'entre nous", son premier roman, puis, en 2017, "La ferme du bout du monde".

Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants. 

(Source : Babelio)








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