mercredi 16 septembre 2020

Des rêves à tenir ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Nicolas Deleau




  • Broché : 198 pages
  • Éditeur : Grasset (2 septembre 2020)
Existe en version  numérique

#Desrêvesàtenir #NetGalleyFrance











D’emblée, Nicolas Deleau nous offre une  très belle description de l’ambiance hivernale et une belle lumière accompagne les descriptions des lieux. La magie d’une soirée humide qui appelle à rejoindre les univers  clos à demi révélés par les fenêtres chichement éclairées.



Sur une terre du bout du monde, face à l’océan, ils se retrouvent autour d’un verre, alors qu’en bas de la falaise, les vagues se lancent indéfiniment à l’assaut des roches. Lorsque Job revient, le narrateur est le seul à s’ apercevoir que quelque chose cloche. Les autres respectent son silence qui en dit si long. Les autres, ce sont les Partisans de la langouste , forts de leur union et en quête d’action sinon musclée , du moins visible. Pour lutter contre l’incohérence du monde. 


Lorsque le narrateur capte le message d’un cargo destiné à la casse, et dont l’équipage a décidé de s’approprier pour secourir les migrants en détresse sur la Méditerranée, le groupe trouve sa raison d’être, plus vivante et fédératrice que des tags sur les bâtiments de la ville.


Nicolas Deleau nous propose un roman à tiroir. L’histoire de Job se démarque de celle du groupe, elle-même en marge de ce qui se passe sur le bateau rebelle. 


J’ai aimé ces trois dimensions, qui se rejoignent sans se confondre.


J’ai aimé aussi la frontière ténue entre la réalité et le fantastique, accentuée par l’insistance de l’auteur pour se défendre de recours à la métaphore.


L’histoire de ces migrants secourus s’est ancrée dans la réalité peu après que j’ai tourné la dernier page alors que l’Ocean-viking se décrétait en état d’urgence . Loin du rêve d’un état flottant indépendant…


Si l’écriture est moins élaborée, moins éloquente  que dans le premier roman de l’auteur, Les Rois d’ailleurs, elle gagne en authenticité.


Et je ne tiendrais pas rigueur à Nicolas Deleau d’avoir fait évoluer la barque à frites du Vorlen en café-bibliothèque! Quelle belle idée!





Il bruinait. La bruine est une grande maîtresse ; elle donne au monde la cohérence d'une crépuscule. Tout s'y floute, gris-bleu ; on baigne dans un élément qui n'est ni l'air ni l'eau, qui fond l'aube et le couchant, et vous enveloppe plus sûrement encore que le malheur.

*

Posez-vous les yeux fermés, au ras de l'eau, quand la houle calme floue et reflue sur des rochers que couvrent les balades. C'est un bruit qui fourmille, le bruit mouillé de centaines de milliers d'adieux de la mer aux vies qu'elle regagne et quitte. C'est un pétillement infini ; le chant de l'estran.

*

La poésie, c'est un acte? Ça doit être un acte. Et pour que ce soit un acte - virement un acte, un truc incontestable - il faut y arriver, au point d'incandescence. Qui n'a jamais eu l'impression, en lisant un poème, qu'on a causé à sa place ?

*

Il n'y avait plus de musique : de cela je me souviens encore. On a goûté le silence. Ce rhum n'était pas un alcool, c'était un voyage ; des siècles de souffrance ; des coups de fouet sur des dos ; du sang, des larmes - et c'était affreusement bon. 


 








Nicolas Deleau
, écrivain et voyageur est né en 1974. Après des études au lycée Chateaubriand de Rennes puis à l’ENS de Fontenay/Saint-Cloud, Nicolas Deleau part quinze mois dans les îles Kerguelen dans le cadre du service national. Professeur de lettres, il enseigne en 2004 au lycée français de Luanda (Angola) puis à celui d’Addis-Abeba (Ethiopie). Il publie en 2006 La dent d'orque et autres voyages autour de mes bibelots, recueil composé des récits de ses voyages et de ses propres illustrations. En 2012, il s’installe à Pondichéry et publie son premier roman Les rois d’ailleurs. 


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