Abonnés

Affichage des articles dont le libellé est Document. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Document. Afficher tous les articles

Querelle à la française ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Bernard Guillot 












A la fin du quatorzième siècle à Paris, Christine de Pizan et Jean de Montreuil ne savent pas encore qu’ils s’opposeront avec passion autour du célèbre Roman de la Rose. Nous serons conviés à découvrir leur parcours de vie, assez aisé pour Jean de Montreuil, dont le carnet d’adresse et l’opportunisme l’aideront grandement. Plus complexe pour Christine de Pizan qu’un deuil précoce a contrainte à lutter pour pouvoir élever ses enfants. Malgré tout, la fièvre de la lecture et de l’écriture ne l’a jamais quittée. 


La controverse tourne donc autour du roman médiéval que les deux protagonistes n’envisagent pas de la même façon. L’argumentaire est intéressant mais il permet surtout de nous faire comprendre l’ambiance anti féministe qui règne à l’époque. Le débat est passionnant.


Nous avons aussi le privilège de découvrir le monde du livre de l’époque : la bibliothèque Jean de Montreuil était énorme : une centaine d’ouvrages ! Le temps nécessaire à la copie, et le coût des matériaux en faisaient un objet de luxe !


"Dans les familles aisées il est de bon ton de posséder un ou deux livres" 


L’aspect historique n’est pas occulté : la France ne va pas très bien, assaillie par les Anglais, en proie à des luttes fratricides pour la conquête de la couronne. Une période très trouble qui s’achèvera avec le coup de bluff de Jeanne d’Arc, qui délivre Orléans puis Paris !



Revenons sur le personnage central de ce roman, Christine de Pizan. 



"Toute sa vie, elle a lutté contre la misogynie la plus crasse, quarante ans à se battre contre les arguments fallacieux des clercs phallocrates, des décennies  entières à dénoncer l'orgueil et la folie des hommes qui ont emmené la France au bord de la ruine" 


Une lutte quotidienne que  l’on n’a aucun mal à imaginer, à subir : 


"Le genre de plaisanterie, qui se veut au second degré, et qui vous salit un peu, dans les diners en ville, quand vous le laissez passer sans rien dire – et bien sûr qu’on ne dit jamais rien, allez, quoi, on s'amuse, si on peut plus rigoler. "


C’est ainsi que ce roman traite 

"Les questions qu’entre les lignes de leurs textes, ils posent à notre temps. "


Un roman historique donc, mais comme j’aimerais en lire tous les jours, pour combler mes lacunes tout en y prenant un grand plaisir . Car le ton du livre, le soin apporté pour mettre en parallèle cette époque et la notre (autant dans les situations que dans la langue) sont réjouissants !


Un  grand merci aux éditions Les Avrils et à Netgalley 


224 pages Les Avrils 22 janvier 2026

 #Querelleàlafrançaise #NetGalleyFrance 







Voyager au Moyen Âge s'apparente parfois à ce jeu pour enfants, qui demande de relier les points pour faire apparaître un lion, un château ou un dauphin


*



Jean de Montreuil, haut  fonctionnaire et cumulard  de bénéfices, lui qui ne jure que par le latin des grands maîtres, et voit en elle une youtubeuse qui monétise ses contenus 

*


Le Prévot de Lille, attaque sous la ceinture sacrifiant à ce rythme masculin, qui, depuis les thermes romains, jusqu'à Twitter, consiste à resserrer les rangs sur le dos des femmes


*


Quand la femme reste dominée par ses émotions, l’homme, le vrai, sait dompter ses passions : telle est la fable qui survit à toutes les religions 

Bertrand Guillot


Né en 1974, Bertrand Guillot est un écrivain français . II donne également des cours d'alphabétisation à des adultes du XIXème arrondissement de Paris. B.a-ba est le roman de cette expérience. 


La bagarre ! ⭐️⭐️⭐️

 Léo Lebrun 











Le risque est grand de se heurter à des limites bien tangibles lorsque l’on décide de reprendre une activité sportive avec des ambitions de futur champion ! Le narrateur, qui a arrêter  sa pratique du judo à la ceinture marron rêve d’achever ce parcours avec en ligne de mire le graal du grade : la ceinture noire. Mais rapidement ses articulations limitent ses ambitions. C’est l’occasion pour lui de revenir sur une enfance au sein d’une famille sportive puisque son père Frédéric Lebrun a été une figure  de proue du judo national, avec David Douillet et Teddy Riner. 


Récit autobiographique plutôt que roman, le texte nous immerge dans la vie quotidienne d’une famille dont la raison de vivre est le sport de haut niveau, mais relate aussi les sentiments et les émotions qui naissent à la fois de l’irruption des souvenirs mais aussi de ce que suscite le fait d’écrire :

« L'une des choses que j'ai préféré dans Yoga, est aussi l'une des choses que je préfère dans Céline, à savoir ce « truc du livre » en train de se faire. J'ai aimé l'histoire du devenir de ce livre, car il exprime bien ce que j'ai éprouvé lors de mes premiers mois d’écriture. »


Témoignage intéressant pour ce premier écrit.


280 pages Panseur 7 mars 2024










Les hommes n'ont généralement qu'une misérable attention à ce que vivre peut signifier. Vivre ? La question ne se pose tout simplement pas. Et ceux qui la posent me semblent toujours un peu à côté de la plaque. Ils plongent dans la première méthode de développement personnel sur laquelle ils tombent sans se demander si cette libération en six principes n'est pas une aliénation de plus.


*


Peut-être que le sens de la vie c'est de choisir ses prisons. L'important est de ne pas perdre le double des clés.


*


L'une des choses que j'ai préféré dans Yoga, est aussi l'une des choses que je préfère dans Céline, à savoir ce « truc du livre » en train de se faire. J'ai aimé l'histoire du devenir de ce livre, car il exprime bien ce que j'ai éprouvé lors de mes premiers mois d’écriture.




Leo Lebrun


Né en 1986, Léo Lebrun a appris à écrire avec Christiane, sa maîtresse de CP, à l'école publique Jules Michelet (Talence, Gironde). Vainqueur d'un concours d'orthographe en classe de quatrième, il s'est occasionnellement autorisé à écrire dans des carnets, le plus souvent lors de voyages.


Proust Océan ⭐️⭐️⭐️⭐️

Charles Dantzig 











Ce récit aurait pu être intitulé Miscellanées proustiennes, tant le propos est varié. Bien sûr il est question de l’oeuvre, mais aussi de l’écrivain, et bien entendu de la relation entre le narrateur et l’auteur de la Recherche.


Les thèmes abordés sont multiples. 


  • Les portraits de personnages, qui sont souvent composites et que l’amateur d’histoire peut rattacher à telle ou telle personnalité ou même à plusieurs.
  • l’antisémitisme, et l’affaire Dreyfus, replacé dans le conte politique de l’époque
  • L’opinion de têtes d’affiche littéraires sur l’oeuvre de Proust, comme Céline, Cocteau, Gide …
  • Le style si unique, avec une analyse précise, comme la triple adjectivation, qui rapproche Proust de Racine, ou l’utilisation de conjonctions,  :

« Les conjonctions dans Proust sont l’ajout de maïzena dont la cuisinière précautionneuse fait un ajout ultime pour maintenir la sauce » 

De cette liste non exhaustive , on retient la preuve de l’admiration sans borne de Charles Dantzig pour l’oeuvre, et une connaissance solide à la fois de la biographie et du roman. 


Ecrit avec une certaine familiarité, parfois matérialisée par des traits humoristiques, le récit se lit avec plaisir, et sans doute encore plus si l’on a lu la Recherche. Mais il pourrait aussi susciter une envie de découvrir ce classique indémodable. 


Merci à Netgalley et aux éditions Grasset 


336 pages grasset 21 septembre 2022

 #ProustOcéan #NetGalleyFrance 







Tout lecteur d’un grand livre est une enveloppe qui, se remplissant de sa substance, lui donne vie et se modifie avec elle.


*


On n’écrit un livre pour personne, on écrit une lettre à quelqu’un. Et envers ce quelqu’un, que l’on veuille le séduire, l’amuser, le distraire, le persuader, s’en faire excuser ou aimer, on a une intention, alors que dans un livre on est réduit à avoir du génie 


*


La politesse est courante, la délicatesse exceptionnelle. La politesse peut n'être que la chorégraphie d'un cœur glacé. Et l'enfant piqué à la délicatesse devenu un délicat offre des délicatesses en retour desquelles il obtient au mieux des indifférences qui, pour sa peau tendre, sont des lacérations.


*


Il vole dans mille nids de tout petits éléments qui le frappent en vue d'un personnage qu'il a en tête, il les agglomère aux bien plus nombreux éléments imaginatifs afin de donner à ce personnage un air de  sur-le-vif. Le romancier est une pie qui vole du zircon pour faire du diamant


*


Mettre au jour un seul sujet est déjà splendide ; Proust l’a fait pour plusieurs.


*


Les romanciers populaires du XXIe siècle sont proustiens. L'article de foi selon lequel le personnage de romancier dans un roman fait fuir les lecteurs a été abrogé depuis le début des années 2010, où les habiles commerçants de fiction prennent des romanciers pour personnages.








Charles Dantzig est un écrivain français né à Tarbes le 7 octobre 1961




Proust in love ⭐️⭐️⭐️⭐️

 









Cet essai n’usurpe pas son titre. William C. Carter y explore en effet les multiples facettes de la vie sentimentale de Marcel Proust, aussi complexe que sa syntaxe, aussi mystérieuse parfois (tout n’est pas clair). Les propos sont étayés sur les témoignages et sur les écrits prolifiques que nous a laissé l’auteur de A La Recherche du temps perdu, à travers la correspondance plus ou moins officielle, mais surtout l’oeuvre littéraire, le roman unique qui nous livre de nombreuses pistes pour comprendre sa personnalité.


Mais cela nécessite un travail d’analyse méticuleux et une connaissance approfondie des personnages  décrits, et ce travail de détective et de fin limier nous est livré sur un plateau par William C Carter. Par des allers et retours incessants de la vie à l’oeuvre, peu à  peu l’écrivain livre ses secrets les plus intimes. 

Plusieurs centaines de  personnages sont évoqués dans la Recherche et les principaux hériteront pour beaucoup de rôles qu’auront joué de véritables amis et amours de Marcel. L’entourage proche est une source inépuisable d’inspiration, avec cependant une complexité destinée à brouiller les pistes. Un personnage pourra être le résultat d’une chimère réunissant plusieurs personnes réelles.


On y côtoie le milieu littéraire du début du vingtième siècle, Morand, Gide, Cocteau, les frères Goncourt, ainsi que des futurs grand noms de la musique.


Il est sans doute nécessaire d’avoir parcouru les 2000 pages  de l’oeuvre pour apprécier l’essai, qui est très accessible sur le plan de l’écriture mais sans doute peu parlant quand on n’a pas la moindre idée de qui est le Baron Charlus ou Robert de Saint Loup.


Les inconditionnels de Proust y trouveront sûrement leur bonheur.


Merci à Babelio et aux éditions Armand Colin


283 pages Armand Colin Avril 2022

Masse critique Babelio









Le Narrateur, désormais obsédé par l'alchimie destructrice du temps, rappelle pourquoi le corps d'un être aimé contient le pouvoir de nous faire de la peine jusqu'à ce que la mort est le temps accomplissent leurs tâches, en nous laissant plus qu'en présence des souvenirs qui peuvent être recueillis et conservés dans les pages d'un livre.


*


On voit dans cet épisode, comme bien d'autres occasions dans le roman, que les désirs de l'auteur, c'est privation, son inadéquation sexuelle ont fait l'objet d'un transfert sur le Narrateur. Au fur et à mesure le roman progresse, plus il apparaît de plus en plus clairement que Proust s'est déchargé sur son double fictif d'une bonne partie de ses fardeaux, de ses mots, y compris de la neurasthénie qui  affaiblit et déprime sur son héros.








William C. Carter, professeur émérite de français à l’Université d’Alabama est le spécialiste de Proust aux États-Unis. Proust in love est le premier de ses ouvrages traduit en français.

L'affaire Rambla ou le fantôme de Ranucci ⭐️⭐️⭐️

Agnès Grossmann
















Ce document qui trouve autour de l’affaire Ranucci et de ses conséquences à long terme, fait divers atroce qui a défrayé la chronique dans les années 70 m’a au départ un peu effrayé. Refaire une enquête qui a déjà fait couler tant d’encre, est-ce utile ? 


Eh bien oui, pour ce qui est révélé. En effet, j’en étais resté à la notion d’erreur judiciaire, ayant amené un des derniers condamnés à mort en France, à être décapité pour un crime qu’il n’avait pas commis, cet aspect des choses ayant été révélé par le best-seller de Gilles Perrault, Le pull over rouge . Première surprise donc de découvrir que le contenu de cette contre-enquête était un texte cousu de fil blanc, l’auteur ayant pris beaucoup de liberté avec les faits, jusqu’à les ré-interprèter pour finalement argumenter un procès à charge contre la peine de mort. Et c’est là qu’est le piège. Le but est louable, mais les moyens délétères, pour cette famille endeuillée qui se voit propulsée au devant de la scène politique sur un combat qui n’est pas le sien.


Quant aux  suites tellement dramatiques de l’affaire, deux meurtres commis par le frère de la petite victime, des années plus tard, alors que l’enfant puis le jeune adulte n’a jamais pu se défaire de la  culpabilité de ne pas avoir sauvé sa soeur, la réalité dépasse la fiction !


Quelques faux pas dans les propos : 


"Mais il n'y a aucune certitude scientifique; On n'a pas encore découvert l'ADN" ! 

  Si, si : en 1963 !

Par ailleurs des précisions peu contributives, l'éclipse solaire qui a lieu le jour du rapt de l'enfant.  Pas forcément utile, même pour recréer le contexte.  


Agnès Grossman décrit l’ensemble sans pathos, avec l’objectivité d’une journaliste qui tente de faire éclater la vérité, polluée par la médiatisation de ces affaires. Si l’écriture est plutôt sobre (on n’est pas chez Jaenada) , le récit se parcourt avec intérêt, d’autant que l’affaire a de quoi laisser perplexe. 


320 pages Presses de la cité 6 janvier 2022

Sélection Mars Prix Elle 2022



J'ai fait tout ce que je pouvais pour essayer de bâillonner des "Salopards" qui faisaient leur beurre sur les ruines de notre famille, sur la petite dépouille de notre enfant et notre malheur à tous… Moi je n'ai eu qu'une place de spectateur, sur un strapontin, un puissant avoir notre vie mêlée à ce cirque.

*

Après deux heures de délibération, durant lesquelles le jury ne cesse d'entendre sous leurs fenêtres : « À mort ! À mort ! À mort ! », La décision est rendu. Le jury, en répondant oui à toutes les questions et en refusant les circonstances atténuantes, condamne l'accusé à la peine de mort. Le verdict est accueilli sans un mot dans la cour d'assises. Seul Christian Ranucci si murmure plusieurs fois : "ils sont fous, ils sont fous, ils sont fous !"







Journaliste, Agnès Grossmann écrit des documentaires pour la télévision. 

Elle a signé plus de quinze portraits de tueurs en série pour l'émission de France 2 Faites entrer l'accusé. 




Les 100 mots de Proust ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Michel Erman










Proust en 100 mots, c’est une gageure ! Son œuvre principale, le roman A la recherche du temps perdu n’en contient pas moins d’un million cinq et détient pour ce prodige le record du roman le plus long pour le Guiness ! Et pourtant, les lieux, les thèmes et  les personnages constituent un univers que l’on peut répertorier en mots clés, qui sont autant de guides pour le lecteur qu’il soit chevronné ou qu’il découvre l’oeuvre.  Ainsi Michel Erman consacre de courts chapitres dressant les portraits d’Albertine ou des Verdurin, évoque le Ritz ou les Champs-Elysées, mais aborde aussi l’affaire Dreyfus ou le prix Goncourt, éclairant ainsi l’époque et le contexte pendant lesquels le roman, a été écrit.  


Impossible étant donné les contraintes du format de la collection de reprendre chaque personnage, ou de développer une cartographie des lieux visités  (Mathilde Brézet a publié Le grand monde de Proust, plus conséquent, sur le même principe). C’est cependant une bonne introduction autour de l’oeuvre et de l’auteur.


Cette masse critique privilégiée  a été aussi l’occasion de redécouvrir la collection Que sais-je, souvenir des travaux de documentation quels qu’ils soient, la variété et le petit format permettant de défricher un domaine inconnu avant de se lancer dans des recherches plus exhaustives.


Merci à Babelio et aux éditions Que sais-je ? 


127 pages Que sais-je? janvier 2022

Masse critique Babelio




La production industrielle des premières "voitures sans chevaux", comme on disait à l'époque, date de 1899 avec Louis Renault. Proust a fait entrer l'automobile dans la littérature l'année suivante et montre, par-là, l'intérêt qu'il porte au progrès technique, en particulier aux moyens de locomotion, ainsi qu'aux changements psychologiques et sociétaux que celui-ci suscite.

*

C'est moins l'esprit de caste, incarné par la noblesse et reposant sur la généalogie, que l'esprit de clan qui fait la particularité du récit proustien. Celui-ci demande qu'on y travaille alors que l'esprit de caste est reçu en héritage : dans cette dialectique du maître et de l'esclave, Sidonie Verdurin ne sera pas en reste.








Michel Erman est professeur à l'université de Bourgogne et spécialiste de l'oeuvre de Marcel Proust. Il est l'auteur d'une biographie du romancier Marcel Proust, La table ronde, 2021, des Bottins proustiens, La Table ronde, 2016 et de Marcel Proust, la vie, le temps Actes Sud, 2021.







Article le plus récent

Pampa ⭐️⭐️⭐️⭐️

Articles populaires