dimanche 19 février 2017

Le cas Malaussène Ils m'ont menti

Daniel Pennac







  • Broché: 320 pages
  • Editeur : Gallimard (3 janvier 2017)
  • Collection : Blanche
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070142310
  • ISBN-13: 978-2070142316









Je dirais même plus,  le cas Pennac! Car n’est-il pas en train de nous conter sa propre histoire, à peine masqué sous le pseudo d’Alceste, qui se ferait harceler par son éditeur pour reprendre la saga à succès des années 80?

Les revoilà donc, quelques-uns des personnages fameux qui égayaient les pseudo-polars de leurs facéties familiales. La tribu a évolué, ils ont tous quelques années de plus, et ont apparemment un dessein commun, protéger Malaussène de leurs frasques, car même si le temps a passé , ce dernier a toujours tendance à se retrouver dans des combats qui ne le concernent pas.

Cette fois encore, la trame repose sur une intrigue policière, l’enlèvement d’un postulant à la retraite, contre rançon du montant de son parachute doré. 
C’est dans la peau curieusement grimée d’une juge singulière que nous est restituée Verdun, la soeur de Malaussène (là je salue la bonne idée de l’auteur d’avoir inséré un index dans les dernières pages pour nous remettre en mémoire les protagonistes nombreux des romans précédents). On ne sait pas trop comment elle est au naturel puisqu’on la surprend à chaque fois en train de se tartiner des couches de plâtre sur la figure et de la graisse sur les cheveux avant de chausser des cul-de-bouteille, et d’enfiler son kilt et ses chaussettes! Elle a en tout cas de belles qualités d’intuition et de déduction , qui lui permettent de détricoter l’imbroglio dans lequel s’est fourré une partie de la tribu.


Le style est toujours le même et le propos narratif est toujours aussi confus, mais l’ensemble a un peu perdu de son charme. La mise en abime est intéressante (Malaussène le personnage,  qui veille sur son auteur). C’est peut-être un peu court pour se remettre dans l’ambiance. Il faudra donc attendre la suite promise pour se faire une idée globale.



vendredi 17 février 2017

Autre-monde T7 Genèse

Maxime Chattam







  • Broché: 618 pages
  • Editeur : Albin Michel (16 novembre 2016)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2226393072
  • ISBN-13: 978-2226393074








Après six épisodes de la saga Autre-Monde, on est habitué : l’exode à la recherche du dernier coeur de la terre nous fait traverser des contrées que nulle cartographie ne saurait identifier, , tant la face du monde a été bouleversée par la tempête d’un soir de Noël deux ans plus tôt. Et l’on ne s’étonne plus d’y croiser des insectes géants, des monstres sanguinaires munis d’organes de prédation démesurés et terriblement délétères, de rencontrer des peuplades plus ou moins mutantes, embryons de néo-civilisations, qui se construisent autour de nouvelles croyances. Le filigrane qui nous accorde des temps de pose dans le combat sans fin que mène notre bande d’ados repose sur les sentiments amoureux de plus en plus prégnants qui unissent Ambre et Matt.

Entropia se fait toujours plus menaçante et sa puissance croît avec ses victoires successives. Ses alliés ne sont que des pantins qu’elle dévore lorsqu’ils ne sont plus utiles.

Cependant, au terme d’un long récit, Ambre et Matt, comme le lecteur, sont en attente d’une explication sur l’origine des événements fondateurs. Est-ce une réponse de Gaïa aux maltraitances de ses hôtes humains? Quel est le rôle de la libre circulation de millards de données numériques?

Il était bien sûr inévitable que se produise le combat final, au cours de pages très mouvementées, à la manière des batailles auxquelles le cinéma nous a fait assister (et pour moi, même technique que face à l’écran : je fais autre chose en attendant la fin pour voir qui a gagné, ou je tourne plus vite les pages!).

L’opus est à la hauteur des précédents. Déçue cependant par la fin, (l’ai-je comprise? ou plutôt l’ambiguïté n’est-elle pas voulue?  Pour laisser le lecteur libre de choisir, ou pour alimenter un débat entre fans, ce qui est aussi une façon d’atténuer la nostalgie de devoir quitter pour toujours les personnages de cette fresque - plus de 5000 pages, ça laisse des traces).


Au delà de l’aventure, des thèmes bien ancrés dans notre réalité d’humains du 21è siècle sont traités en posant les questions sans imposer les conclusions. Ecologie, numérisation, uniformisation par la mondialisation, dictature de l’image :  une saga ambitieuse et réussie



vendredi 10 février 2017

Désorientale

Négar Djavadi







  • Broché: 352 pages
  • Editeur : Liana Levi (25 août 2016)
  • Collection : LITTERATUR
  • Existe en version numérique  
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2867468345
  • ISBN-13: 978-2867468346








Orienter : du latin orient, qui signifie surgir, se lever. Désorientale, avec le jeu que le mot laisse entendre, laisse perplexe. Il contient tant de renoncements pour un récit tonitruant, à l’opposé  d’un résignation. Alors, est-ce le fait d’avoir été soulagée de tourner le dos à l’est qui l’a vu naître, et qui porte  dans un fardeau de traces mnésiques tout un passé à la fois rêvé et fui. Est-ce l’évocation du tourbillon que fut cette enfance tumultueuse, remuante, bariolée au cour d’une famille ancrée cependant dans une saga familiale consolidée par les légendes qu’elle s’est créées?
Est-ce une allusion au regard de l’opinion engoncée dans la tradition bien-pensante sur une orientation qui dicte le choix de partenaires de vie?

C’est sans doute tout cela. Et bien plus. 
Certes, il faut s’accrocher et il est dommage de ne découvrir le lexique des personnages qu’à la fin (un petit mot de l’éditeur n’aurait pas été superflu). 

Désorienté, donc,  le lecteur dans les premiers chapitres du roman, perdu entre les générations et leurs cohortes de fratries fourmillantes. Au point de confondre les oncles avec les grands-pères, sans parler des enfants adultérins.

Lorsque l’histoire se recentre sur le noyau familial de la dernière génération, les ancêtres se font souvenirs et transmissions, et le lecteur pourrait s’apaiser s’il n’était régulièrement sorti de l’ambiance conflictuelle qui était celle de l’Iran à la fin des années de règne du Shah, pour se retrouver dans la salle d’attente terne d’un service de procréation médicalement assistée! Et c’est finalement cette temporalité qui crée le suspens : l’histoire, de l’Iran, l’auteur nous la rappelle, mais l’histoire de son héroïne, c’est par petites touches qu’elle la construit peu à peu.

Autant dire que la lecture laisse peu de répit. C’est éclectique, ça part dans tous les sens mais c’est au final sacrément bien pensé et construit.

Exil, identité, guerre, famille, deuil, destin, les mots clés abondent, pour construite un puzzle chamarré, complexe et envoutant.




vendredi 3 février 2017

Petit pays

Gaël Faye








  • Broché: 224 pages
  • Editeur : Grasset (24 août 2016)
  • Collection : Littérature Française
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2246857333
  • ISBN-13: 978-2246857334










Quand on évoque le Burundi et le Rwanda, ce sont des images insoutenables qui surgissent immédiatement. Les deux états sont associés à la vision de machettes ensanglantées, de familles détruites, de séparations, de fuites, et de déchirure. Deux générations ont vécu avec cette ambiance mortifère. Est-ce fini? A qui la faute? 
Ce ne sont pas ces questions que se pose le jeune Gaby, né d’une mère rwandaise et d’un père français. Lorsqu’il interroge ce dernier, c’est parce qu’il vient de prendre conscience de l’existence de deux façons d’être : Hutu ou Tutsie. C’est une réponse en forme de pirouette qu’il obtient : c’est l’importance de l’appendice nasal qui différencie les deux ethnies! Cela suffit à l’enfant qui s’applique à attribuer à chaque nez son origine, amis, voisins ou célébrités médiatiques, la répartition devient un  jeu, mais par pour longtemps.
Alors que le feu qui couve sous la cendre, Gaby vit au rythme des disputes de ses parents, de ses expéditions de rapines de mangues,  ou de la recherche de son vélo volé. Jusqu’à ce que le malheur atteigne aussi ses proches.

C’est le filtre d’un regard d’enfant qui donne le ton à ce récit. Le sens de ce qu’il observe et tente de comprendre ne se construit qu’avec le temps. Ce qui compte c’est l’immédiat, les repères familiaux, les copains. Ce n’est qu’à travers les regards échangés, les conciliabules, que le danger prend vie, encore distinct de la légende qui entoure les héros familiaux.

Avec la maturité et le recul, la conscience de l’absurdité et le cauchemar au quotidien deviennent des réalités, des ombres sur l’existence, des souvenirs cruels, même après l’exil.

De bien belles pages, drôles, tragiques , nostalgiques , amères et poétiques à la fois.

Comme d’habitude , les lycéens ne se sont pas trompés.

vendredi 27 janvier 2017

Un bon écrivain est un écrivain mort

Guillaume Chérel







  • Broché: 241 pages
  • Editeur : Mirobole (15 septembre 2016)
  • Collection : HORIZONS NOIRS
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2375610326
  • ISBN-13: 978-2375610329














C’est pas bien de se moquer, mais c’est quand même un peu réjouissant de se faire le complice de ces portraits satiriques mais sacrément bien restitués , ce ces auteurs qu’on adore (ou qu’on déteste), et qui font le buzz lors de chaque traditionnelle rentrées littéraires : Belvédère, Latombe, Végane, ou Mikinos, ainsi que six autres compagnons, ce qui fait bien dix (eh oui, comme dans le célèbre roman de la grande Agatha) se retrouvent épinglés et confrontés à une situation pertubante dans un décor peu banal, piégés par un mystérieux commanditaire, au risque de montrer le côté obscure de leur personnalité. Sans compter l’animosité que la concurrence fait naitre entre eux.

L’histoire, on s’en fiche un peu, ce n’est pas le sujet : l’intrigue est juste un faire-valoir pour mieux dresser la caricature de ces personnages hypermédiatisés. Travers connus (addiction au champagne, c’était mieux avant, dépression constitutionnelle …) ou complément d’enquête, ils sont dans tous les cas parfaitement identifiables. 

C’est presque démagogique de rendre le lecteur ainsi complice de ces pieds de nez à des egos démesurés (mais comment échapper à cette dérive, quand vos moindres éternuements sont des prétextes à déballage public?)

C’est une courte lecture qui n’a pas de prétention sociologique, et  qui égratigne sans méchanceté les célébrités des étals de librairie, à la manière des humoristes satiriques, tout en pointant du doigt le fonctionnement du marketing de l’édition.


On sourit, on rit, on s’indigne (pas trop), bref on passe un bon moment.




mercredi 25 janvier 2017

Numéro 11

Jonathan Coe






  • Broché: 448 pages
  • Editeur : Gallimard (3 octobre 2016)
  • Collection : Du monde entier
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Josée Kamoun
  • ISBN-10: 2070178390
  • ISBN-13: 978-2070178391











L’auteur de Testament à l’Anglaise signe là un bel opus, avec des personnages imposants, hauts en couleurs, qui ornementent la trame narrative de leurs richesses personnelles.
Le récit est contemporain et couvre une période relativement courte de la vie de deux amies, Rachel et Alison. Enfants , elles ont partagés des frissons de plaisir en construisant des fables destinées à se faire peur : il suffit d’une maison -volière, habitée par une femme  originale pour que l’imagination des enfants prenne le pouvoir sur l’observation. 

Le temps passe et les jeunes filles se perdent de vue. concours de circonstances ou aléas de la vie.Le focus s’élargit sur l’entourage et les mésaventures de Val, la mère d’Alison vont alimenter la narration. Cette ancienne chanteuse (elle a eu  une courte période de gloire) rejoint une équipe engagée dans une émission de télé-réalité. Même lorsqu’on ne se fait aucune illusion sur la construction de ces parodies de la réalité, destinées à un public de gogos, cela fait froid dans le dos.

A la fin de ces études littéraires, Rachel trouve un emploi de répétitrice dans la famille Winshaw (voilà le lien avec Testament à l’anglaise), une famille pour laquelle on hésite entre la perversion (par l’argent), la bêtise, ou la pathologie psychiatrique. La jeune femme est d’autant plus déstabilisée que des phénomènes étranges se produisent.

Le titre se justifie par les allusions itératives au chiffre 11, qui permet sans le nommer de faire un état des lieux de l’Angleterre , gérée depuis Downing Street. Culture privée de financements , presse à scandale, accès aux études supérieures, évasion fiscale, c’est une peinture au vitriol que nous propose Jonathan Coe. Sans oublier les effets secondaires de la technologie. 

Une remarque pour la traductrice ou pour le chef de fabrication : ce sont les bernacles et non les bernaches (qui sont des oies migratrices) qui s'attachent aux rochers.


Tous ces sujets denses, graves sont abordés avec l’humour bien anglais de l’auteur, qui flirte même cette fois avec le fantastique, pour produire un récit extrêmement plaisant à lire, avec à la fin, l’envie de se plonger dans les aventures des Winshaw.


dimanche 22 janvier 2017

Ada

Antoine Bello






  • Broché: 368 pages
  • Editeur : Gallimard (25 août 2016)
  • Collection : Blanche
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070179672
  • ISBN-13: 978-2070179671










Le personnage central de cette histoire n’est ni beau ni laid, n’a pas de nationalité, et ne pourrait pas présenter une attestation de domicile, bien qu’il ne vive pas dans la rue. Et pourtant, il réfléchit, anticipe, commente, manipule et surtout écrase ses interlocuteurs de son savoir absolu : c’est Ada, née dans la Silicone Valley, et destinée à produire une romance qui sera vendue au moins à 100 000 exemplaires. Comment en parcourant en quelques heures tout ce qui s’est déjà vendu outre-atlantique,  avec l’acuité due ses circuits binaires : analyses du vocabulaire, des expressions, des personnages, de l’intrigue….tout ce que fait d’un roman une romance.

Tout cela est très facile, mais la question de la conscience émerge bientôt, à partir du moment où Ada décide (?) …de se faire la malle et de rendre complice un enquêteur qui n’a rien à envier à Columbo : grise mine, vie banale, Franck Logan se retrouve avec une tâche pas ordinaire.

C’est l’occasion pour Antoine Bello dont on connaît l’érudition, de plancher sur les problèmes moraux et philosophiques de l’intelligence artificielle, et de la naissance de la conscience individuelle. Les longs débats entre Ada et Franck abordent tous les aspects du concept, savamment débattu.
Je n’en dirais pas autant des pages de développement sur le baseball, entre les mérites de telle ou telle équipe et l’historique de leurs performances, qui gonflent le texte, sans apporter grand chose à l’intrigue.
De même que la biographie d’Alan Turing est un peu amenée avec des gros sabots, sous prétexte d’instruire l’inculte Franck (ou l’insulte lecteur?)

Globalement c’est tout de même une belle aventure, un excellent débat sur ce qui n’est plus de la fiction dans notre monde moderne, doublé d’une intrigue en forme de polar, très bien menée et palpitante. Les rebondissements et la construction rendent le récit vivant et soutiennent l’attention du lecteur pris dans le réseau d’un filet virtuel.


Très recommandable 





Tablette en main, elle avait montré à ses parents comment pousser d'un clic la température dans la chambre de Leon ou mesurer le taux d'humidité dans le garage. Frank, qui n'avait rien demandé, continuait de trimballer son poste de radio portatif de la salle de bain à la cuisine.

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Les dangers de l'intelligence artificielle sont à la hauteur des espoirs qu'elle suscite. Or, nous n'avons pas le droit à l'erreur :  une instruction ambiguë, une syntaxe approximative, un concours de circonstances et votre créature peut se retourner contre vous, comme Frankenstein contre son maître.

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Ecrire des livres par ordinateur, c'est la meilleure! Et qu'est-ce que j'enseignerai à mes élèves, moi? L'éducation sentimentale par Gustave Toshiba? La peau de chagrin par Honoré de Google?