dimanche 21 août 2016

Monsieur l'écrivain

Joachim Zelter






  • Poche: 128 pages
  • Editeur : Grasset (4 mai 2016)
  • Collection : Littérature Etrangère
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Allemand) : Olivier Manonni
  • ISBN-10: 2246852625
  • ISBN-13: 978-2246852629










Plus proche de la nouvelle que du roman, ce court écrit a pour mérite l’originalité du traitement. 

L’auteur aurait pu produire un pamphlet sur l’injustice et la loterie qui créent de toutes pièces un succès littéraire. L’iceberg immergé des écrits refusés dans un pays où il y'a plus d’écrivains que de lecteurs ne peut que laisser remonter de temps à autre ce leitmotiv du créateur mal-aimé, incompris…

Ici deux personnages se rencontrent : un auteur connu, de ceux qui décrochent un contrat pour de futurs ouvrages, et dont es difficultés ne peuvent venir que d’une éventuelle angoisse de la page blanche, le deuxième est un gus un peu plus original, quasiment illettré,qui harcèle notre narrateur pour que « monsieur l’écreuvain » jette un « coup d’oeille » sur ses écrits. Lorsqu’ il accède à sa demande, l’auteur  découvre avec étonnement qu’il s’agit d’un CV, original certes, tout le monde n’est pas né d’un berger ouzbek, mais c’est un simple CV.

Il s’instaure alors une relation bizarre entre les deux hommes, faite de fascination réciproque, de harcèlement, et peut-être de bienveillance.
L’écrivain lit, corrige les poèmes, les pièces de théâtre, les romans, bref la cons équeute production désastreuse de Selim Hacopian.

Lorsque le candidat à la publication reçoit une réponse positive d’un maison d’éditions qui s’est laissée séduire par une histoire de chameaux, la relation entre les deux compères prend un autre tournure.

La traduction a du être un sacré challenge et je ne suis pas sûre qu’elle donne un reflet fidèle de l’original, dans la mesure où la base du récit c’est le traitement du langage comme objet littéraire. Mes piètres talents de germaniste ne me permettront pas de vérifier mon hypothèse.
Il n’en reste pas moins que le style entassez lourd et qu’il existe de nombreuses redites (sur 128 pages…)

Le ton est satirique, le raisonnement est mené jusqu’à l’absurde et comme c’est court, on passe un bon moment. Mais on n’imagine pas quelque chose de plus long avec cette construction.



Ce n’est pas un coup de coeur, pas un coup de griffe non plus, vite lu, vite oublié, je présume.




Chaque ligne, chaque mot, chaque virgule, fût-elle totalement loupée, car toute virgule loupée, lorsqu'elle est virgule d'écrivain, est une virgule volontaire, inévitable, une virgule qui décide de tout.


vendredi 19 août 2016

L'autre qu'on adorait

Catherine Cusset







  • Broché: 304 pages
  • Editeur : Gallimard (18 août 2016)
  • Collection : Blanche
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2072688205
  • ISBN-13: 978-2072688201









Bel hommage à un ami perdu, à travers de portrait sans complaisance mais beaucoup de tendresse.
C’est à la fin du lycée, dans les années 80 que la bande se constitue, des étudiants prometteurs, y compris Thomas, même si, déjà, les résultats dont il ne doutait pas ne sont pas à la hauteur de ses espérances. Sciences-Po, c’est un piètre succédané quand on vise Normale Sup. Ça ne marche pas en France, qu’à cela ne tienne, Les Etats-Unis sauront reconnaître sa valeur. et Thomas s’embarque dans des années de déménagements, de postulation, d’amours aussi définitives que transitoires, d’alcool, un peu, d’insomnie, beaucoup, d’exubérance et de déconvenues qui peu à peu sapent les bases fragiles d’une personnalité pas ordinaire.

On est immergé avec Thomas dans le milieu universitaire américain, avec sa hiérarchie des établissements, ses codes internes, sa liberté pédagogique et ses limites infranchissables (le principal piège que Thomas n’évite pas, c’est l’interdiction absolue d’avoir une relation avec une étudiante). Les repères historiques sont également adroitement insérés. c’est une belle évocation, à la fois littéraire et pédagogique, des Etats-Unis de la fin du vingtième siècle, sans oublier les références nombreuses à la musique, et à la littérature, puisque Thomas est un 
"vingtièmiste" spécialiste de Proust.

Parlons des amours de Thomas, et de son talent de séduction. Elles sont toutes vite attirées par le charme et le bagout du frenchy, prêtes à passer sur ses excès. Ana, Elisa, Olga (une folle grave celle-là), Nora, elles ont toutes été sincèrement aimées. Aucune n’est restée. 

Peu à peu, le portrait révèle les failles qui expliquent le prologue dramatique, avec la découverte du corps de Thomas. Les indices sont subtilement amenés, l’insomnie, les excès, les échecs aussi, dont on ne connaît pas clairement la cause, mais qui pourraient bien être liés à des agissements inopportuns du jeune homme. Pour aboutir à une claire explication qui donne la cohérence et la raison d’être du récit.

Tout cela est très bien fait mais…

Le choix de l’auteur de s’adresser au personnage principal par un tutoiement est une épreuve pour le lecteur. On comprend l’intention, qui correspond à une sorte d’éloge funèbre  où l’on s’adresse au défunt, en retardant le moment où l’on ne pourra plus s’adresser à lui. Mais il faut, en tant que lecteur, presque visualiser ce dialogue mortuaire pour suivre l’intrigue. D’autant que c’est Catherine, l’auteur, qui parle. Certes, au fil de la lecture, la gymnastique s’acquiert, mais il faut tout de même un certain temps pour naviguer aisément dans le texte.


Belle écriture (malgré le procédé) pour une belle lecture.

Merci à Babelio et à Gallimard pour leur confiance



Deux 20 sur 20! Par quelle malédiction les obtiens-tu sous un autre nom quand tu essaies d'être médiocre, et ne réussis-tu pas à décrocher un 13 ou un 14 en ton nom?
Qu'il s'agisse du bac ou de Normale sup le modèle de la dissertation reste le même. Echoue-t-on quand le désir est trop fort? Echoues-tu quand ton désir est trop fort?

*

Le seul vrai voyage, comme le dit Proust, ne consiste pas à aller vers de nouveaux paysages mais à voir l'univers avec les yeux et les oreilles d'un autre, et que c'est par l'art que "nous volons vraiment d'étoiles en étoiles".



lundi 15 août 2016

Passé Parfait

Leonardo Padura






  • Poche: 276 pages
  • Editeur : Points (7 mai 2008)
  • Collection : Points Policier
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (espagnol) : Caroline Lepage

  • ISBN-10: 2757809385
  • ISBN-13: 978-2757809389










Premier opus de la Suite hispano-américaine, Passé Parfait met en scène le flic récurrent qui mènera les enquêtes imaginées par Leonardo Padura.

L’ambiance cubaine es au rendez-vous à travers les allusions répétées, mais discrètes aux difficultés d’approvisionnement, les « camarades » qui ponctuent les dialogues lorsque les échanges sont un tant soit peu formels, les cigares que fume le chef. On se promène une fois sur le Malecon et  l’on retrouve ces noms de rue réduits à une simple lettre. Elle l’est moins par la musique, car les protagonistes de l’histoire sont plus attirés par les Mamas and Papas ou Credence clearwater revival que par Buena vista social club.

Quant à notre flic censé nous accrocher, nous lecteur, pour faire de nous des aficionados de ses déboires, il est comme il se doit attiré par l’alcool (le début donne le ton : Mario Conde se réveille le lendemain d’une colossale cuite au rhum, le crâne comme une pastèque trop mure, et l’on se dit que , dans une telle ambiance, ça va être chaud de trouver les coupables), sa vie sentimentale est un vaisseau fantôme qui fait escale sur des îles aux sirènes callipyges. Et il a un truc, une faculté de repérer le détail qui tue, la fausse-note dans le témoignage, bref, le super flic dont on tolère les frasques parce qu’il n’ a pas son pareil pour vous démêler un sac de noeud et faire le clair là où la plupart nagent dans le brouillard.

Quand on est familier des polars contemporains, tout cela est peu original. Il faudrait alors que l’intrigue qui constitue la trame du roman tienne la route.

Ici, Mario a connu le disparu qui fait l’objet de l’enquête, puisque cet enfoiré lui a même piqué la femme de ses rêves pour l’épouser. C’est donc l’occasion de retrouver la jeune femme, que les années n’ont pas rendue moins désirable. 

Si le polar est un prétexte pour lever le voile à travers de discrètes allusions aux difficultés de la vie quotidienne dans un pays sous embargo (nous sommes en 1989), c’est plutôt réussi et c’est adroit. 

Par contre, il y a tant de Wallander, de Harry, Cole ou Bosch, et de Fin McLeod, qu’ajouter un héros cassé de plus à la collection n’est pas indispensable, mais ce n’est pas rédhibitoire non plus. 


Une alternative politiquement plus incorrecte au polar nordique. A suivre?….




Dans les enquêtes il y a des antécédents, des évidences, des pistes, des soupçons, des prémonitions, des illuminations, des certitudes, des faits statistiques et comparables, des empreintes, des documents et beaucoup de hasard, mais rien d'aussi trompeur et erroné que les préjugés.

*

Le travail de Manolo mettait en relief la rhétorique bureaucratique de l'homme et son éthique stricte consistant, jusqu'à preuve du contraire à toujours défendre son chef où qu'il soit .



samedi 13 août 2016

L'auberge de la Jamaïque

Daphné du Maurier








Poche: 313 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (1 novembre 1975)
  • Collection : Littérature & Documents
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) :  Léo Lack
  • ISBN-10: 2253006874
  • ISBN-13: 978-2253006879

C'est un classique de ceux qui appartiennent à ces chefs d'œuvre dont on dit volontiers qu'on devrait les relire, même quand on ne les a jamais lus.
C'est donc fait, et je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà parcouru cette histoire , qui, du fait de la période où se déroule l'intrigue mais aussi, et là c'est plus étonnant, par le style d'écriture , qui évoque Bronte ou Collins. Bien sûr, les lieux évoqués renforcent ces analogies.

On est dès les premières lignes  dans l'ambiance : la pluie est glaciale, la route cahoteuse, il fait  nuit. Les passagers qui subissent les accidents du chemin et l'humidité du véhicule ne sont pas à la fête. Même le cocher vit un enfer. Dans l'habitacle, une jeune femme vient de quitter son village natal, pour rejoindre sa tante dans une auberge . S'occuper d'une ferme seule, en Cornouailles au 19è siècle, même si l'on séjourne dans le village de son enfance, est trop difficile. 

Mais son arrivée dans cette bâtisse lugubre, fuie et honnie par tous les habitants de la région, car l'on se doute qu'il s'y passe des choses pas très catholiques, lui laisse entrevoir des lendemains qui ne chantent pas. Sa tante est dans un état lamentable, sous l'emprise d'un homme alcoolique, et violent . Les activités qu'il pratique et qui ont lieu à la nuit tombée plongent Mary dans une terrible angoisse. 
C'est peu à peu que les faits se révèlent, peu à peu élucidés par Mary. Le déroulement du récit évoque ainsi l'ambiance d'un thriller, même si ce terme n'existait pas lorsque Daphné du Maurier a publié le roman. Même si l'on finit par se douter du fin mot de l'histoire, le lecteur ne découvre le pot aux roses que dans les dernières pages.

Un bon point pour l'ambiance, habilement calquée sur les états d'âme de Mary. Les descriptions des paysages sont remarquables et on visualise sans difficulté les landes escarpées et les marécages embrumés.

Par contre la désuétude est manifeste dans les dialogues : on n'arrive pas à croire un seul instant qu'un être aussi rustre que l'aubergiste parle une langue aussi châtiée, même si on imagine que le vouvoiement et le passé simple soient une justice rendue à la langue anglaise. La traduction aurait pu s'adapter.

Expérience très intéressante  et très agréable, malgré la faiblesse des dialogues, largement rattrapée par le pouvoir d'évocation d'une ambiance qui n'est pas sans rappeler la lande bretonne, à la morte saison quand vent, brouillard et pluie noient les contours  des paysages . 

mercredi 10 août 2016

Les perles noires de Jackie O.

Stéphane Carlier








  • Broché: 416 pages
  • Editeur : Le Cherche Midi (12 mai 2016)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2749150205
  • ISBN-13: 978-2749150208















Quand l’humour dilue les limites entre le bien et le mal.
Gaby a  clairement une vie de m…. Elle a été professeur en Colombie : à New York son diplôme et ses compétences n’ont aucune valeur et comme il faut bien manger et se loger, elle subsiste depuis des années en faisant du ménage. Mais pas chez n’importe qui : Mr Zuckerman est un vieil excentrique attiré par la beauté masculine, et surtout très riche. Quand Gaby découvre un brouillon manuscrit dans une poubelle, indiquant le nouveau code du coffre-fort et précisant son contenu, les dés sont jetés, la monotonie désespérante du quotidien ne sera plus qu’un souvenir.

La convoitise n’exclue pas la prudence : l’affaire n’est pas dans le sac, il s’agit d’être riche, mais pas de se faire prendre. Alors il faut faire preuve de mémoire et d’imagination pour concocter un scénario sans danger et faire appel à de vieilles connaissances qui ont déjà eu l’occasion de montrer leurs compétences pour organiser un changement de propriétaire des biens convoités.

Et c’est parti pour des pages d’aventures  dignes des pieds nickelés, avec suffisamment d’adresse dans la construction de l’intrigue pour que le lecteur, lui aussi, se pose bien des questions sur le mystère d’un chèque accepté post-mortem, ou la disparition d’un collier…

Il y a un côté Robin des bois dans cette histoire, qui fait que, comme souvent quand les contrevenants sont des petits vieux ou des malchanceux chroniques, on espère réellement qu’ils arriveront à leurs fins. Et compte tenu des concours de circonstances et des maladresses accumulés, il est permis d’en douter jusqu’à la fin, que je ne dévoilerai pas.

Les personnages sont croqués avec finesse et humour, sans sarcasme, mais sans complaisance (L’ex caïd qui organise le casse de telle sorte qu’il puisse tout de même profiter des boulettes de veau de la cantine en est un exemple). 

C’est réjouissant, léger, idéal pour une lecture d’été, avec ou sans soleil.
A consommer sans modération.








Il fallait se rendre à l'évidence ; plus le temps passait depuis lundi, plus elle avait de l'énergie . Plus elle s'enfonçait dans le crime, mieux elle se sentait.

*

Son trou à rat, son boulot de merde , attendre le métro sur un quai qui sent l'urine, découper des bons de déduction dans le journal du dimanche, les fissures, les fuites, les cafards , tout ce froid, toute cette crasse, l'Amérique peut les garder...

*



Pourquoi ne pas donner à son fils le nom de cet aliment sympathique, que tout le monde appréciait ? Après tout, Gwyneth Paltrow avait bien prénommé sa fille Pomme . Biscotte , c'était mieux que Pomme , surtout pour un garçon



lundi 8 août 2016

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit

Céleste NG









  • Broché: 288 pages
  • Editeur : Sonatine (3 mars 2016)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Fabrice Pointeau
  • ISBN-10: 2355843678
  • ISBN-13: 978-2355843679









Noir, c'est noir. Loin du feel-good (on serait plutôt dans le feel-bad, si le genre existait), à petites touches, l'auteur dresse un état des lieux désespérant sur le thème de l’exclusion.

Au départ, le drame : Lydia ne rejoint pas sa famille pour le petit déjeuner : le lecteur sait déjà qu'elle est morte. Les espoirs vains de la famille seront vite perdus.

C'est à partir des points de vue alternés de ses parents, de son frère et de sa sœur, que peu à peu, la logique inéluctable de cette fin macabre se met en place. C'est toute l'histoire de cette famille qui est en cause : la mère qui a renoncé à ses ambitions professionnelles, le père, d'origine asiatique, qui même né sur le continent américain, porte ses racines comme un fardeau humiliant, et les enfants stigmatisés par leur physique de métis. 
Chacun combat l'exclusion et la rancoeur à sa façon, mais la charge est lourde et la lutte vaine, et l'enfer est pavé de bonnes intentions.

L' écriture est juste et empreinte d'une certaine douceur. Pas de ton revendicatif , de pointage d'un doigt vengeur, juste une analyse psychologique plutôt bienveillante, avec cependant en filigrane un réquisitoire contre les carcans d'une classe sociale conservatrice. D'anecdotes en confidences, à petites touches, l'ambiance se met en place et les faits sont décortiqués dans leur logique implacable.
C'est aussi le portait d'un peuple  qui, malgré ses origines multiples, a du mal à faire avec la diversité et ne se reconnaît que dans des normes créées de toutes pièces. 

Ce premier roman puise ses sources dans la biographie de l'auteur puisque les parents  de Céleste NG sont des immigrés originaires de Hong-Kong, que sa mère était chimiste et son père physicien à la NASA. C'est donc à partir d'un vécu personnel ou proche de racisme qu'elle a pu construire ce tableau social. 

Six ans ont été nécessaires pour aboutir à ce récit? Faudra-t-il six autres années pour pouvoir parcourir à nouveau quelque chose de cet auteur à la plume prometteuse?



  Souvenez-vous que les gens à qui vous parlez s'intéressent cent fois plus à eux-mêmes, à leurs désirs et à leurs problèmes qu'à vous et vos problèmes

*

Ce n'est pas votre faute [si maman est partie], avait dit son père, mais Lydia savait que si. Ils avaient fait quelques chose de mal, elle et Nath ; ils l'avaient d'une manière ou d'une autre mise en colère. Ils n'avaient pas été à la hauteur de ses attentes.

*
Et Hannah ? Ils avaient installé sa chambre dans le grenier,où l'on conservait les choses dont on ne voulait pas, et même à mesure qu'elle grandissait, chacun d'entre eux oubliait, de façon fugace, qu'elle existait.


vendredi 5 août 2016

Un week-end dans le Michigan

Richard Ford










  • Poche: 512 pages
  • Editeur : Points (17 octobre 2013)
  • Collection : Points
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Brice Matthieussent
  • ISBN-10: 2757837680
  • ISBN-13: 978-2757837689
500 pages pour un  week-end de Pâques ? Et de plus pour un week-end aux relents de ratage (suicide d'un ami, brouille avec l'ex, et coup de poing final pour une histoire qui commençait ...)

C'est qu'il s'en pose des questions, Franck Bascombe, journaliste sportif, et que ces interrogations font surgir réflexions, regrets et remords qu'il ne manque pas de nous livrer. Et ce type ordinairement banal ou banalement ordinaire, qui affirme que tout un chacun pourrait être un autre, que personne n'est irremplaçable, surfe sur ce créneau pour nous séduire, nous, lecteurs.
On a aux antipodes d'un polar, la narration se déroule lentement, au fil des confidences. Pas d'action, hormis un direct dans les gencives, mais beaucoup d'échanges,  de dialogues, de réflexion.

Ce qui est normal compte tenu de ce qu'il traverse : déboussolé après un mariage qui n'a pas survécu au drame familial du décès de son fils aîné 

"l'existence et la mort de Ralph servent de ponctuation et d'explication à ma vie",

  il poursuit une quête erratique et sans illusions de relations amoureuses. Le seul point d'accroche qui maintienne l'homme debout est son travail de journaliste sportif, qui lui convient, après avoir renoncé au mirage d'être un écrivain, et tenté sans y croire un instant d'enseigner la littérature à l'université (pas longtemps : il découvre rapidement qu'il était " autant  fait pour l'enseignement  qu'un canard pour le patin à glace").

C'est donc un récit intimiste, au cours duquel le personnage livre à bâtons rompus son mal-être, avec une certaine lucidité et malgré tout de l'humour et de l'autodérision. Il donne cette impression de se regarder vivre et agir avec détachement, d'un air assez goguenard, tout en pointant les travers de la société américaine des années Reagan, et le naufrage personnel de Franck renvoie à une désillusion plus globale, à la fin du rêve américain.

"Franck, pensez-vous que ce soit trop dérisoire pour remplir une vie? Travailler à un péage, élever une famille, retaper une vieille voiture comme celle ci , faire des virées sur l'océan avec son fils pour pêcher le flétan ? Peut-être aimer sa femme?"

C'est donc un récit empreint d'une certaine mélancolie, assez fataliste, mais sans pleurnicherie, les confessions d'un gars qui s'est fait une raison sans pour autant renoncer définitivement à quoi que ce soit.

Pour avoir parcouru dans le désordre ce cycle Franck Bascombe, il m' apparaît clairement que la maturité le bonifie, lui redonne du relief et le rend encore plus sympa.

Challenge Babelio pavés 2016-2017








Le monde réel est un lieu plus engageant et moins dramatique que ne le pensent les écrivains.

*

Franck, pensez-vous que ce soit trop dérisoire pour remplir une vie? Travailler à un péage, élever une famille, retaper une vieille voiture comme celle ci , faire des virées sur l'océan avec son fils pour pêcher le flétan ? Peut-être aimer sa femme?