lundi 18 novembre 2019

Dénouement

Aurélie Foglia





  • Poche : 237 pages
  • Editeur : José Corti Editions (22 août 2019)
  • Collection : Domaine français
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français









 Il faut être plutôt en forme et optimiste lorsqu’on attaque Dénouement, qui est une apologie du verre à moitié vide,  incarné par une jeune femme sur qui le destin s’acharne obstinément : son couple bat  de l’aile, son enfant la rejette c’est d’ailleurs un  petit monstre insupportable,  son travail ne la passionne pas et l’angoisse et la relation avec ses parents la conforte dans son sentiment d’imposture. La séparation est inéluctable, avec perte et fracas, le macho qui est son ex, entend bien tout gagner dans l’histoire. L’attitude de l’enfant, la confronte à ses propres faiblesses qu’elle vie comme autant d’échecs  dont elle s’attribue tous les torts. Quelle soit femme, mère ou enfant, Dolorès porte bien son prénom.

Une petit lueur d’espoir apparaît lorsqu’elle essaie de se reconstruire, après un épisode de dépression sévère : Internet est un portail facile mais peu fiable. La rencontre et la relation qui se met en place avec Jean semble vouée dès le départ à l’échec.

Belle écriture avec le sens de la formule, mais un tantinet désespérant tout de même. La pathologie dont souffre cette jeune femme appose un filtre grisâtre sur le scénario de sa vie, et une petite thérapie semblerait hautement nécessaire, sans laquelle le schéma d’ensemble risque fort de se répéter sans relâche

Histoire malheureusement banale d’une dépression ordinaire, avec une vraie qualité d’écriture.





Une femme facile, pensent-ils. Vite ivre. Pas d'alcool mais d'odeurs, d'images fugitives et d'effleurements, de rencontres avec les insectes, de bonnes choses, des mots, des livres, toute la vapeur du monde qui la prends et lui monte à la tête. À cause de cette façon d'être, elle, Dolores, a besoin  d'encore plus de force que les autres, pour ne pas être tout de suite écrasée ni dévorée.

*

Peut-être, sans doute, viendra le jour où il ne croira plus au Père Noël, puis le jour où il ne croira plus en son père, comme elle a cessé de croire en Dieu. Connaissant ses colères et son caractère absolu, adulte, il en voudra au monde entier de lui avoir raconté de telles craques. Il deviendra criminel ou écrivain qui sait.





Aurélie Foglia est maître de conférences en Lettres à l'Université de Nantes de 2007 à 2012 ; maître de conférences en Lettres à l'Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle depuis 2012. (Source : Babelio)

samedi 16 novembre 2019

Pandémie

Robin Cook




  • Broché : 528 pages
  • Editeur : Albin Michel (30 octobre 2019)
  • Collection : A.M.THRIL.POLAR
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Pierre Reigner










Pandémie :  le titre est un peu trompeur car  Cook s’attaque plutôt à la découverte récente en génétique du Cripsr/cas9 une méthode révolutionnaire qui permet de travailler  l’ADN un peu comme on le veut sur  le vivant. 

Le roman ne commence pas comme souvent par une représentation à l’état au niveau cellulaire de ce qui se passe dans l’organisme de la victime impliquée. Cette fois rien ne nous explique ce qui arrive à cette une jeune femme de 30 ans victime d’une détresse respiratoire aiguë dans le métro New York. Lorsque Jack Stapleton se charge de l’autopsie à l’institut médico-légal où il travaille toujours,  il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord par l’importance des lésions constatées au niveau de l’appareil respiratoire de la jeune femme qui fait qu’elle s’est littéralement noyée dans ses propres poumons. Par ailleurs Jack constate qu’elle a subi une transplantation cardiaque et surprise au niveau des analyses toxicologiques systématiques dans le cadre d’une mort subite comme celle-là,  il semble que la jeune femme n’avait  aucun traitement immunosuppresseur ce qui est absolument incontournable pour éviter qu’une greffe d’organe soit rejetée par l’organisme receveur. 

De plus on a pas l’identité de la jeune femme puisque son téléphone et son sac lui  ont été rapidement dérobés à la suite de son malaise. Autant dire que Jack va devoir  très rapidement outrepasser les limites de ce qui lui est attribué dans le cadre de son travail et démarrer sa propre enquête.

 On a fait connaissance auparavant avec un milliardaire chinois dont le fils est également un milliardaire chinois qui a investi son argent au niveau de la recherche médicale aux États-Unis et de son fils avec qui il semble partiellement en désaccord. Tout est en place pour que l’intrigue  se noue.

C’est avec plaisir que l’on retrouve le couple Stapleton, même si leur situation n’est pas forcément enviable : Laurie est montée en grade au niveau de l’hôpital puisqu’elle est responsable de l’institut médico-légal, mais dans sa vie privée les choses ne se sont pas fort forcément améliorées : si son petit garçon a guéri  de la tumeur donc il était atteint, sa fille âgée  de trois ans semble présenter tous les signes de l’autisme. Et pour arranger les choses sa belle-mère squatte son appartement.


L’enquête est intéressante comme d’habitude. Peut-être un peu moins de suspense et et quelques longueurs. Le cas médical est bien exploité. Par contre la fin est un peu facile et bâclée, voire invraisemblable .



C’est donc un honnête Robin Cook sans plus.  Il en fut de meilleurs et de beaucoup plus angoissants.



Robin Cook est un écrivain américain, né en 1940, auteur de nombreux thrillers se déroulant dans le milieu médical.


jeudi 14 novembre 2019

Née contente à Oraibi

Bérengère Cournut







  • Broché : 304 pages
  • Editeur : Le Tripode (5 janvier 2017)
  • Collection : Hors collection
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français









Ce roman illustre les années d’enfance d’une petite fille de la tribu Hopi, peuple amérindien d’Ari-zona. Même si quelques indices la désignent comme contemporaine , la période n’est pas précisée mais quelle importance lorsqu’on vit hors du temps.

Plongé au coeur de la vie quotidienne de la tribu, du clan de la fillette, le lecteur   découvre les rituels et les coutumes qui accompagnent la vie de tous les jours. et au delà des singularités qui s’attachent aux croyances, au sacré, à cette profonde communion avec la nature qui inspire respect et crainte, c’est aussi l’épanouissement d’une enfant, son ouverture progressive sur le monde et l’éveil de ses sens. 

Beaucoup de sensibilité dans l’écriture et en filigrane un gros travail de documentation, suffisamment assimilé pour se détacher des données et en modeler un récit romancé.


Le ciel était de ce bleu profond est uniforme qui fait croire à une immense voûte de turquoise polie. Sous cette voûte,  pas le moindre souffle d'air, seulement le soleil qui déploie lentement sa course et noie d'une intense clarté tout l'horizon visible. L'air était si pur ce matin là que les monts San Francisco paraissaient à portée de main. Rien ne bougeait à la ronde, le ciel était vide, la terre semblait dépourvue de créatures vivantes. Le paysage était figé dans l'attente d'une journée extrêmement chaude. Le seul mouvement perceptible était celui du sol, illusoire, qui dansait à hauteur de buisson.

*

Sur le chemin du retour, ne se doutant pas que mes cauchemars puisse venir de ses histoires d'enfants volés, mon père voulait savoir quel genre de rêves avait poussé ma mère à me conduire chez Honahöhöqya . Je lui racontais alors les immenses vagues qui s'abattaient sur le village et m'emportaient au loin  sans espoir de retour, ou bien au contraire celle qui emportaient  tout le monde sauf moi, me laissant seul isolée sur l'île de nos mesas.












Bérengère Cournut est née en 1979. Elle est correctrice dans la presse et l’édition et écrivaine.

mardi 12 novembre 2019

Art et décès

Sophie Hénaff








  • Broché : 320 pages
  • Editeur : Albin Michel (6 mars 2019)
  • Collection : A.M.THRIL.POLAR
  • existe en version numérique et audio
  • Langue : Français







On s’est habitué aux titres qui annoncent d’emblée le ton, tout en résumant bien le cadre : si Rosière s’est laissé convaincre de voir ses sulfureux écrits (dans lesquels elle caricature ses collègues du 36, ce qui lui a valu sa mise au placard dans la brigade des bannis) portés à l’écran , le tournage ne sera pas de tout repos, puisque le réalisateur se fait assassiner au sein même du studio. Non seulement ça fiche le bazar sur le tournage, mais en plus Rosière fait partie des suspects, comme tous ceux qui étaient présents lorsque Michel Lavardière s’est fait occire d’un coup de poignard entre la septième et la huitième côte. 


Si Capestan participe à l’enquête , c’est à titre de guest star, puisqu’elle est officiellement en congé parental, ses retrouvailles avec Paul, avant qu’il ne soit incarcéré pou deux ans (Rester groupés : opus n°2 du même auteur ) ayant laissé des traces durables incarnées sous la forme d’une petite Joséphine de 18 mois. Autant dire que nuits courtes et poussette encombrantes grèvent quelque peu l’efficacité de la commissaire. 


L’enquête se nourrira cependant des talents et contre-performances de chacun pour disculper ou pas la fameuse Eva Rosière.

Plaisir de renouer avec l’équipe qui nous est à présent familière, clin d’œil de l’auteur qui n’hésite pas à lester son personnage principal d’un boulet d’à peine 80 centimètres de haut, mais qui n’est pas en reste pour créer un comique de situation très sympa. 

L’intrigue est encore cette fois bien ficelée : c’est un troisième tome très réussi, et on espère retrouver la bande le plus vite possible.







Au même titre que Saint-Tropez, Deauville, ce XXIe arrondissement de Paris, faisait partie de ces stations où il est plus simple de trouver des sandales à 1000 € q'un seau et une pelle à 4,50 €.

*

"Plus de brioches à tête ? ! Mais il est 10 heures !" La mamie avait finalement opté pour un croissant qu'elle avait réglé en retournant chaque piècette, vérifiant le montant de ses yeux fatigués, et bougonnant : « Vivement septembre, qu'on puisse reprendre une vie normale. » C'est-à-dire une vie avec des brioches à tête.

*

Vousrevez souvent des menaces de mort? - J'ai un compte Twitter, confirma le producteur en se levant avec des difficultés de grabataire.

*

- Ça a l'air bon, c'est quoi?
Rosière lui proposa le sachet. 
- Des noix du Périgord enrobées de chocolat. Ça décolle des aphtes et un gros cul, mais c'est dément.












Sophie Hénaff est une journaliste, romancière et traductrice française.


Figure emblématique du journal Cosmopolitan, elle est responsable de la rubrique humoristique "La Cosmoliste". Elle a fait ses armes dans un café-théatre lyonnais (L'Accessoire) avant d'ouvrir avec une amie un "bar à cartes et jeux de sociétés", le Coincoinche, puis, finalement, de se lancer dans le journalisme.

"Poulets grillés", paru en 2015, est son premier roman, 

(Source : Babelio)

dimanche 10 novembre 2019

Par les routes

Sylvain Prud'homme








  • Broché : 304 pages
  • Editeur : Gallimard (22 août 2019)
  • Collection : L'arbalète
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français







Par les routes, ce sont des décors. Avec un point de ralliement choisi par le narrateu , dans une petite ville du sud qui sert de point fixe à une cascade de départs et de rencontres. Des petites bourgades qui constituent le maillage rural de notre sol, on se délectera de leur nom, qui est le motif avoué de leur visite, pour le squatter de véhicules, héros de ce roman. (L’auteur connait-il l’existence de ce rassemblement annuel dans une petite ville de Bretagne, destiné à célébrer ces communes au nom improbable?) 

Ce sont aussi des personnages. 

Le narrateur, artiste, écrivain, éternel ado qui a cependant pris conscience du temps qui passe, sans pour autant rechercher à se créer des attaches stables. Un coucou sympa, mais un coucou quand même.

L’auto-stoppeur, objet de toutes les questions, un type auréolé de mystère, cultivant le doute, et incapable de résister à l’appel du chemin. Il m’a tout de suite fait penser à Augustin Meaulnes, celui-là, éternel fugitif, créant le manque et semant le doute autour de lui. Un vrai romantique contemporain.

Et puis les femmes, Jeanne, Marie, de belles personnes, qui donnent sans contrepartie, jusqu’au point de non retour.

 Il en naît une curieuse histoire, portée par la magie d’une écriture fluide, nimbée de poésie et de tendresse, qui m’a emportée presque malgré moi sur les traces laissées par le voyageur impénitent .

Une belle découverte , qui vient d'être récompensée par l'attribution du Prix Fémina








J'aime et redoute à la fois l'idée qu'il existe une ligne d'ombre. Une frontière invisible qu'on passe, vers le milieu de la vie, au-delà de laquelle on ne devient plus : simplement on est. Fini les promesses. Fini les spéculations sur ce qu'on osera ou n'osera pas demain. Le terrain qu'on avait en soi la ressource d'explorer, l'envergure de monde qu'on était capable d'embrasser, on les a reconnus désormais. La moitié de notre terme est passée. La moitié de notre existence est là, en arrière, déroulée, racontant qui nous sommes, qui nous avons été jusqu'à présent, ce que nous avons été capables de risquer ou non, ce qui nous a peinés, ce qui nous a réjouis.  Nous pouvons encore jurer que la mue n'est pas achevée, que demain nous serons un autre, que celui que nous sommes vraiment reste à venir - c'est de plus en  plus difficile à croire, et même si cela advenait, l'espérance de ce nouvel être va s'amenuisant chaque jour, cependant que croît l'ancien, celui que nous aurons de toute façon été pendant des années, quoi qu'il arrive maintenant.







Sylvain Prud'homme est un écrivain français né en 1970. Il est agrégé de lettres modernes Il  écrit depuis 2003 et a reçu plusieurs distinctions dont le prix Fémina en 2019 pour Par les routes.

samedi 9 novembre 2019

Un fille sans histoire

Constance Rivière







  • Broché : 144 pages
  • Editeur : Stock (21 août 2019)
  • Collection : La Bleue
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français







Lorsque la vie n’est que fadeur et transparence, rêvée derrière la vitre d’une fenêtre anonyme, l’attentat odieux de novembre 2017 apparaît comme une aubaine pour passer de l’ombre à la lumière. Adèle, (ou Marianne?) réagit au quart de tour pour se glisser dans la peau de la fiancée de Matteo, un jeune étudiant italien qui assistait au concert ce soir de novembre, qui a sidéré un pays entier. . Elle le connaissait, ce jeune homme , pour  l’avoir servi au bar qu’il fréquentait, et pour lui avoir dérobé les dessins qu’il griffonnait sur les nappes, s’inventant déjà une romance impossible. 

Avec prudence, elle se compose un personnage, dont a  posteriori les témoins interrogés pointeront les incohérences, trop subtiles pour mettre d’emblée le doute. Sa vie entière est remodelée à partir du drame. Et il faudra la perspicacité de la mère de Matteo pour que tombe le masque.

La construction est habile, avec la parole donnée en alternance à tous ceux qui se sont faits piéger par l’usurpatrice, ce qui donne du rythme au roman.

Même si cette histoire est une fiction, elle est d’autant plus vraisemblable que des fausses victimes ont en effet tenté de tirer parti de la confusion ambiante le plus souvent pour bénéficier d’une compensation financière. Ici la force du propos vient repose sur la personnalité de la jeune femme, inexistante aux yeux de son entourage, de celles dont on ne revient même pas le prénom,  et qui se saisit de l’occasion dans une sorte d’élan de survie, pour vivre ses illusions. Sans compassion, sans contrition ni regret. 


Un premier roman intéressant., pour la qualité de l’écriture et l’adresse avec laquelle l’auteure s’est saisie du sujet.





Adèle sentit immédiatement, instinctivement, sans y avoir réfléchi, qu'elle pourrait trouver dans ce drame où elle avait été projetée presque par hasard, en tout cas par une force qui lui avait échappé, une raison d'être, une densité, une consistance.

*

Et sa transformation au fil des semaines, comme un papillon sortant de sa chrysalide, le mouvement inverse de son corps par rapport à ceux des autres, elle s’ouvrait et s’apaisait quand les autres se repliaient.








Constance Rivière est une haute fonctionnaire et militante politique française, née en 1980.
Une Fille sans histoire est son premier roman

vendredi 8 novembre 2019

Rester groupés

Sophie Hénaff







  • Broché : 336 pages
  • Editeur : Albin Michel (30 mars 2016)
  • Collection : A.M.THRIL.POLAR
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français














Un policier a été assassiné, la brigade maudite sera de nouveau sollicitée pour mettre à contribution ses talents hétéroclites. L’équipe, et surtout leur chef, la commissaire Capestan, le sait : il y a sans doute anguille sous roche : soit on veut que l’affaire reste irrésolue, soit il y a de quoi s’attirer les foudres des collègues si on fait le clair. Les affaires pourries, c’est le lot incontournable pour la bande des bannis du 36. 

L’affaire se complique puisqu’un second meurtre sur le même mode opératoire laisse imaginer une sombre intrigue avec la vengeance pour mobile. 
Pour Capestan, l’enjeu est de taille puisque la première victime n’est autre que son beau-père, le géniteur de l’amour de sa vie, Paul. Paul dont elle est séparée depuis peu, mais qu’elle ne parvient pas à oublier. 

Toutes les incompétences qui font la force de la dream team policière seront mises à contribution, peu importe les conflits d’intérêt (de Capestan, mais aussi d’Orsini, le seul à avoir lui-même demandé son transfert chez nos flics de choc). 

On retrouve avec plaisir la bande d’enquêteurs déjantés : Torrez, le chat noir, Merlot le bien nommé, Dax l’ex boxeur dont les  neurones ont pris aussi cher que le nez, Evrard la joueuse, Rosière la littéraire  et on accueille volontiers les petits nouveaux : Saint Lô qui pense être né en 1593 et Diament, un géant qui ne veut pas décevoir sa maman. 

L’intrigue tient la route on se laisse guider par les réflexions appropriées de Capestan, bien secondée par ses collègues 


Un très bon moment délassant , qui incite à poursuivre l’aventure.



Lorsqu'un homme lui disait qu'il était une femme, elle le croyait, quand un  mythomane s' améliorait l'existence à coup de délire, elle écoutait , et si  une ancienne gloire évoquait   ses admirateurs du jour elle l'a félicitait. Le rétablissement de la vérité n'avait aucun intérêt s'il s'agissait juste d'arriver, de piétiner les rêves ou les reconstruction avec les godillots du rationnel, puis de repartir, souverainement indifférent, comme le dernier des sagouins.

*
Capestan avait intégré la brigade des mineurs sans savoir que ce serait la limite de sa résistance émotionnelle. Là, sur une affaire plus cruelle que les autres, elle avait fini par abattre un suspect, purement et simplement. « La bourgeoise qui dévisse, la douceur Kalashnikov », comme disait sa collègue Rosière, n'avait échappé au renvoi que pour prendre la tête de cette unité  de policiers au rebut, une idée de Buron, le grand patron qui avait nettoyé la judiciaire en rassemblant tous les indésirables dans un seul et même service


Sophie Hénaff est une journaliste, romancière et traductrice française.

Figure emblématique du journal Cosmopolitan, elle est responsable de la rubrique humoristique "La Cosmoliste". Elle a fait ses armes dans un café-théatre lyonnais (L'Accessoire) avant d'ouvrir avec une amie un "bar à cartes et jeux de sociétés", le Coincoinche, puis, finalement, de se lancer dans le journalisme.

"Poulets grillés", paru en 2015, est son premier roman, et conte une enquête menée par une brigade composée d'éléments indésirables de la police. Il a reçu le prix Arsène Lupin, le prix Polar en séries et le Prix des Lecteurs-Le Livre de Poche 2016 .