mardi 29 novembre 2016

L'arche des lumières

Manuel Wicquart










  • Poche: 264 pages
  • Editeur : Lepeupledemu.fr Editions (17 février 2016)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 1092961461
  • ISBN-13: 979-1092961461






C’est une dystopie d’un niveau tout à fait honorable que Babelio et Les éditions Le peuple de Mü, que je remercie, m‘ont confiée pour la dernière opération Masse critique imaginaire.

Une nouvelle ère a succédé à celle que nous connaissons, avec sa planète exsangue, ses problèmes politiques et religieux. Il a fallu mettre à l’abri les humains confrontés à une curieuse épidémie d’anémie foudroyante, et pendant qu’on y était, tout a été placé sous contrôle : les naissances, les décès (programmés vers 60 ans, gloups!), et la vénération d’un dieu universel. Le tout sous cloche.
Bien entendu, que que cet ordre parfait ne subisse aucune menace, le service de sécurité est irréprochable. Et c’est l’un de ses membres le plus fiable, Franz, qui sera au devant de la scène tout au long de ces 250 et quelques pages.

Franz est affilié au service d’interception : il « accompagne » les seniors vers le service d’euthanasie, il chasse les rebelles (requalifiés en malades mentaux, et susceptibles de bénéficier d’une « rééducation »), bref, il contribue à l’ordre ambiant.

Il suffit d’un grain de sable pour ruiner un engrenage idéal, ici, le grain de sable est une cartouche de lecture, que lui confie Peter Cholls, l’homme de 66 ans qu’il vient intercepter. Ce qu’il y découvre fait chanceler ses certitudes. 

Régime totalitaire théocratique, théorie du complot, écologie, coût de la liberté, nombreux sont les thèmes analysés, avec adresse, ce qui fait que sur un thème classique , L’arche Des Lumières s’en tire avec les honneurs

C’est fort bien écrit, clair et simple, sans concession à la facilité cependant. Certes , bien d’autres romans ont exploré ce thème, mais c’est sans doute le charme du personnage et l’ambiance générale, dans un univers avec jusque ce qu’il faut de spéculations sur l’évolution de la  technique, qui en fait un bon roman, qui portait et devrait tenter même les lecteurs peu adeptes de science fiction.

C’est assez cinématographique, et on imaginerait bien un Christopher Nolan ou un Ridely Scott s’y atteler.

Un blâme pour la couverture, franchement peu attirante, et qui n'aurait pas plaidé en faveur du livre , en d'autres circonstances


Merci encore à Babelio et aux éditions Le Peuple de Mü pour ce bon moment de lecture



vendredi 25 novembre 2016

Le pactole

Cynthia d'Aprix Sweeney








  • Broché: 432 pages
  • Editeur : Fleuve éditions (8 septembre 2016)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Anne Damour
  • ISBN-10: 2265114537
  • ISBN-13: 978-2265114531













New-York, une fratrie, de l’argent. C’est une bonne base pour construire un roman bien actuel, avec ce qu’il faut de bons et mauvais sentiments pour conduire l’intrigue, et des personnages bien incarnés et fortement liés par une obsession commune : l’argent.

Un peu comme le laboureur de la fable, le père a anticipé les éventuels imprudences de ses enfants en créant un compte bien approvisionné mais pas immédiatement accessible. Ce n’est que lorsque la benjamine des quatre enfants aura quarante ans que l’argent sera débloqué. Oui mais voilà, Léo le petit dernier n’est pas à une bévue près, et comme par enchantement le magot disparaît pour financer les conséquences d’un accident de voiture sous l’empire de l’alcool et de la drogue. Certes, il ne s’agit que d’un emprunt, mais Bea, Jack et Melody accordent une confiance limitée à leur frère en ce qui concerne la restitution de ce pactole.

Tout tourne autour de ces quatre personnages, ce qui rend d’ailleurs la première partie du roman un peu complexe : chacun bénéficie d’une présentation dynamique de son histoire et de son entourage, cela fait donc beaucoup de monde et il faut faire un peu de gymnastique cérébrale lorsqu’on aborde un nouveau chapitre. Quand les repères sont en place, la lecture devient très addictive et passionnante.

La famille ne brille pas par son harmonie, et s’ils se côtoient ainsi à nouveau, c’est dans le but avoué de récupérer leur part, avec pour chacun d’excellentes raisons  (la perspective du pactole ne les a-t-il pas conduit à des audaces qui expliquent l’urgence soudaine de ce besoin?). 

Les personnages ne sont pas forcément très charismatiques (à la réflexion, c’est sans doute Leo, le plus dingue, qui l’emporterait sur ses frères et soeurs), mais les portraits sont suffisamment fins pour retenir l’attention du lecteur.
Bien sûr il existe un petit suspens : le pactole sera t-il restitué? Mais ce n’est pas l’objet central finalement. Le coeur du roman tourne autour des liens qui se nouent et se dénouent pendant cette période. Les protagonistes en ressortiront plus riches, mais de quoi? (c’est là que la fable du laboureur prend tout son sens.

Ce n'est pas non plus sombre du début à la fin : l'humour se cache au détour des pages (cf citation).

Un bon moment de lecture, sans doute pas inoubliable, mais recommandé à tous les lecteurs affamés des pépins familiaux de la Grande Pomme.



Malgré le froid, tommy et Franck Sinatra étaient tous les deux assis dehors sur les marches, comme ils aimaient à le faire. Sinatra occupait sa place habituelle, sur la troisième marche à partir du bas, le museau dressé, l'oeil globuleux aux aguets, la queue battant joyeusement la contremarche en ciment derrière lui. 





mardi 15 novembre 2016

Les Tisserands

Abdennour Bidar







  • Broché: 192 pages
  • Editeur : LES LIENS QUI LIBERENT EDITIONS (4 mai 2016)
  • Collection : LIENS QUI LIBER
  • Langue : Français
  • ISBN-13: 979-1020903969
  • ASIN: B01BBIGX9G





C’est un écrit qui fait tellement du bien qu’il serait désobligeant de le classer dans la catégorie « feel-good » notion qui en elle-même fleure le gnangnan, la bluette, l’eau de rose.
Ce qui fait du bien ici, c’est l’espoir, si précieux en ces temps de désespérance.
L’espoir que ce monde , cette planète et ses hôtes , qui en constituent l’étoffe, non seulement cessent de se déchirer, mais se reconstruisent, pour évoluer vers une nouvelle humanité. C’est possible si les Tisserands, ces légions d’individus déjà en marche, continuent leur oeuvre salvatrice.

"Déjà un peu partout dans le monde commencent à se produire "un million de révolutions tranquilles, dans tous les domaines de la vie humaine : travail, argent, santé, habitat, environnement. J'appelle Tisserands les acteurs de ces révolutions. Leur objectif commun, en effet, est très simple : préparer ensemble le tissu déchiré du monde"

Car, oui, ils existent déjà, maintenus dans l’ombre par les médias qui préfèrent contempler et se gaver jusqu’à l’écoeurement des témoignages de la déchirure : 

"Voila comment en toute inconscience on fabrique aujourd'hui des générations de gens qui ne croient plus en rien, des découragés d'avance, des cyniques, qui, quand ils ont la chance de ne pas faire partie des damnés de la terre, se replient peureusement dans leur petit pré carré de bien-être privé."


La première étape pour devenir un Tisserand, c’est de tisser un lien avec soi-même, avec son moi profond. Un outil, la méditation , le retour au calme, la chasse au vacarme qui agite nos pensées et parasite nos actions. Pas de dogme, pas de rituel,  inutile s’il n’est pas en lien avec une compréhension (c’est ce que proposent les religions : une application de quelques tâches plus ou moins contraignantes, pour gagner un éventuel aller simple pour une vie dans l’au-delà). Malraux avait prédit que le 21è siècle serait spirituel ou ne serait pas. Quelle clairvoyance! 

"Combien d'entre nous ont creusé assez loin, avec assez d'acharnement dans la terre noire de leur intériorité pour y déterrer la source bouillonnante d'eau vive?"



C’est l’étape incontournable pour accéder à la réparation ou au tissage du deuxième lien, le lien à l’autre. Il s’agit de travailler ensemble, de faire ensemble (encore un raté pour les religions, qui pourtant étymologiquement , vraiment répondre à ce but, alors que force est de constater que le résultat est à l’opposé de ce que l’on pourrait en attendre). C’est aussi la transmission, et particulièrement à nos enfants, « plongés dans un monde où on perd vite haleine » (Pep’s).
. C’est le passage d’une verticalité (le pouvoir, la hiérarchie, la concurrence) à l’horizontalité (l’entraide, la coopération, le partage, et la co-construction).

Le dernier lien bafoué est le lien à la nature. Pas besoin de long discours pour en démontrer la nécessité. Respect de cet environnement qui ne nous appartient pas, dirait-on de la feuille qu’elle appartient à l’arbre? Elle est l’arbre , simplement. 

Chantier immense, mais déjà en marche. On connaît la puissance d’un travail communautaire, les sociétés d’insectes nous le prouvent. Et nous pouvons aussi être ces insectes, ces individus qui seuls sont inefficaces, mais assemblés sont capables du meilleur comme du pire. 

Voilà pourquoi c’est un livre qui fait du bien. Alors,  amis lecteurs, lisez et transmettez, vous gagnerez ainsi vos galons de tisserand.



Là où est le péril, croît aussi ce qui sauve, disait Hölderlin : au moment même où la mondialisation en équilibre très précaire, très instable entre tout ce qui se connecte et tout ce qui se déconnecte peut encore déboucher sur le meilleur ou le pire, voilà qu'apparaît comme par miracle, et comme par hasard au rendez-vous, une génération spontanée de Tisseurs de monde entrés en lutte contre la Grande Déchirure

*

S'ils se rassemblent dans des lieux consacrés à la vie intérieure, c'est à la condition de ne pas y trouver des maîtres de religion, mais une fraternité sans hiérarchie.

*

Le mainstream de l'information reste obsédé par tout ce qui va mal, continuant ainsi à entretenir un climat anxiogène, et à répandre la conviction démoralisante d'un désenchantement quasi total du monde humain. Or c'est faux! Il se passe bien autre chose dans le monde que des crises , de la violence, de catastrophes et des guerres.

*

Se voir soi-même e,n train de creuser avec ses mains la terre noire de ses propres profondeurs.
S'exercer à voir cette terre devenir humide, puis à voir une eau claire en émerger, une eau lumineuse puissante et fraîche.
S'asseoir auprès de cette source pour contempler sereinement le jardin si vert que cette eau de lumière fait naître tout autour.

*

Il me paraît impératif...d'écrire un nouveau genre de livres transversaux, transdisciplinaires, qui allient la question de la vie sociale et de la vie intérieure :  et d'autres (ou les mêmes) dans lesquels le savoir scientifique et la sagesse s'inspireront mutuellement.








lundi 14 novembre 2016

Les fabuleuses tribulations d'Arthur Pepper

Phaedra Patrick







  • Broché: 320 pages
  • Editeur : MILADY (23 septembre 2016)
  • Collection : MILADY LITTE
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Cédric Degottex
  • ISBN-10: 2811217991
  • ISBN-13: 978-2811217990










Arthur Pepper. La phonétique de son patronyme est le reflet de sa vie lorsque nous faisons sa connaissance. Veuf depuis un an, il s’est figé dans un train-train désespérant, englué dans ses rituels, ses petites habitudes,  qui l’isolent et lui font consacrer toute son énergie à leur entretien.

Lorsqu’il commence à comprendre que faire le tri dans tout ce qui représente le passé n’est pas une offense à la mémoire de son épouse adorée, il découvre au fond d’une botte, un bracelet à breloques, qu’il ne se souvent pas d’avoir vu au poignet de sa propriétaire . C’est le commencement de la fin, l’adieu à cette  existence sclérosée : Arthur Pepper va se consacrer à son corps défendant dans une quête, voire une enquête , destinées à mettre en lumière tout un pan méconnu de la vie de celle qu’il croyait si bien connaître. 
Fini la routine, notre senior part à l’aventure, et se fait secouer les puces :

« Bon vous n’êtes plus tout jeune, c’est sûr, mais vous n’êtes pas non plus grabataires. Il vous reste peut-être vingt ans à vivre : vous voulez vraiment les passer à planter des jacinthes et à boire du thé? »
il est certain qu’avec ce que lui a réservé l’auteur, fini les jacinthes et le thé. Mais bonjour les rencontres et les liens nouveaux.

C’est donc une sorte de roman initiatique tardif, puisqu’en cherchant dans le passé de sa femme « c’est surtout lui-même qu’il avait appris à connaître ». 

Deux problèmes avec ce roman : 

  • le manque de finesse des ficelles qui relient les éléments les uns aux autres. Plutôt que des ficelles ce sont plutôt des couleuvres que le lecteur doit avaler. La plus épaisse étant sans doute le numéro de téléphone qui date de plus de trente ans , inscrit sur une breloque, et toujours actif …. Cela rend l’intrigue improbable, mais bon.

  • Le deuxième écueil me semble lié à la traduction : on trouve quand même des constructions de phrases un peu curieuses : « Je n’aime pas n’en faire que pour moi »….Ce n’est pas fondamentalement rédhibitoire, mais cela crée des ruptures dans la fluidité d’un récit auquel on a déjà du mal à adhérer.

Impression en demi-teinte donc, pour ce roman pas indispensable, mais qui peut distraire pendant quelques heures sans bouleverser la vie du lecteur




vendredi 11 novembre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers

Ransom Riggs







  • Broché: 512 pages
  • Editeur : Bayard Jeunesse (19 juin 2014)
  • Collection : Miss Peregrine
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Sidonie Van Den Dries
  • ISBN-10: 274704498X
  • ISBN-13: 978-2747044981










D’emblée, et clairement, le tome 2 vaut largement le premier, voire le surpasse. Est-ce que, familiarisé avec cet univers, le lecteur peut sans retenue entrer dans l’histoire. Est-ce parce que l’auteur, libéré des contraintes de la mise en place du scénario, a pu totalement donner toute la mesure de son imagination? Peu importe, ça marche très bien. On retrouve avec plaisir les personnages particuliers, et l’on en découvre de nouveaux. 
L’ambiance est agitée : on est dans un récit d’aventures, entre la guerre et la poursuite par les Creux et autres Estres, nos compagnons ont peu de temps pour souffler. Les rebondissements abondent qui relancent l’histoire. Et l’on a toujours l’iconographie en prime, qui inscrit le propos dans un réel revisité. C’est vraiment très habile.

Il ne reste qu’une seule chose à faire, se précipiter sur le tome 3.


Entre le premier et le deuxième tome, j’ai pu aller découvrir la version « burtonesque » de l’histoire. C’est très bien fait, même si Tim Burton prend des libertés avec les personnages et le scénario.





Miss Peregrine et les enfants particuliers

Ransom Riggs







  • Broché: 512 pages
  • Editeur : Bayard Jeunesse (19 juin 2014)
  • Collection : Miss Peregrine
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Sidonie Van Den Dries
  • ISBN-10: 274704498X
  • ISBN-13: 978-2747044981










D’emblée, et clairement, le tome 2 vaut largement le premier, voire le surpasse. Est-ce que, familiarisé avec cet univers, le lecteur peut sans retenue entrer dans l’histoire. Est-ce parce que l’auteur, libéré des contraintes de la mise en place du scénario, a pu totalement donner toute la mesure de son imagination? Peu importe, ça marche très bien. On retrouve avec plaisir les personnages particuliers, et l’on en découvre de nouveaux. 
L’ambiance est agitée : on est dans un récit d’aventures, entre la guerre et la poursuite par les Creux et autres Estres, nos compagnons ont peu de temps pour souffler. Les rebondissements abondent qui relancent l’histoire. Et l’on a toujours l’iconographie en prime, qui inscrit le propos dans un réel revisité. C’est vraiment très habile.

Il ne reste qu’une seule chose à faire, se précipiter sur le tome 3.


Entre le premier et le deuxième tome, j’ai pu aller découvrir la version « burtonesque » de l’histoire. C’est très bien fait, même si Tim Burton prend des libertés avec les personnages et le scénario.





jeudi 10 novembre 2016

Dictionnaire des grosses bétises

Philippe Jalbert






  • Album: 96 pages
  • Tranche d'âges: 3 années et plus
  • Editeur : Larousse (28 septembre 2016)
  • Collection : Hors collection Jeunesse
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2035925967
  • ISBN-13: 978-2035925961


Il existe des dictionnaires pour tout : les mots en général, les mots spécifiques par fonction ou par thème, parfois même déclinés par des « amoureux «  du sujet, les mots qui n’existent plus, les mots des langages confidentiels, etc. L’idée générale est tout de même que les auteurs aient recours à un lexique, pour déterminer les entrées, et le plus souvent c’est l’ordre alphabétique qui prime pour organiser l’ensemble.

Avec cet opus destinés aux enfants (on pourra en rediscuter), c’est la situation qui est nommée, précéder d’une injonction, « il ne faut pas ». C’est donc plus une liste qu’un dictionnaire.

Je n’ai pas repéré de hiérarchie ou de logique dans l’énumération des quarante et quelques bêtises répertoriées (les situations de mise en danger sont indistinctement citées à côté de celle qui relèvent uniquement de conventions sociales ou de discipline). Faut-il mettre sur le même plan « ne pas jouer avec le maquillage de maman » et ne pas partir avec un inconnu »?….

En conséquence, c’est une lecture, qui, malgré sa simplicité apparente, avec des dessins explicites, ne me paraît pas destinée à un usage autonome. Les choses doivent reprises par un adulte, pour les expliquer. D’autant que certains dessins , mais pas tous, emploient un humour au second degré, qui pourrait entrainer un effet contraire à celui escompté.

Le style de dessin évoque assez les Lapins crétins : le trait est assez simple, les couleurs sont vives, mais la situation évoqué ne me parait pas toujours limpide.

Pas totalement séduite par le concept, je remercie cependant Babelio et les éditions Larousse pour leur confiance