lundi 18 juin 2018

Le polar de l'été

Luc Chomarat













  • Broché: 208 pages
  • Editeur : MANUFACTURE DE LIVRES (8 juin 2017)
  • Collection : LITTERATURE
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
















Imaginez-vous passer le seuil d’une librairie pour demander Le Polar de l’été! Euh, lequel, le dernier Minier, Paula Hawkins, Franck Thilliez? Non, le Polar de l’été (sauf que là le nom de l’auteur vous échappe, alors ça se complique )…

Une fois le malentendu dissipé, après avoir apprécié la plastique de la pin up de couverture, c’est parti pour la découverte. Et peu à peu le voile qui se lève : si les références aux polars sont nombreuses et mettent en évidence les injustices et les a priori des lecteurs sur ce genre , il est vain de rechercher le moindre homicide ou l’ébauche d’un inspecteur aigri mais si séducteur. 
Le narrateur s’est cependant confié une mission : celle de retrouver un ancien polar confidentiel dans son succès médiatique, mais qui s’est paré des mérites de  la mémoire nostalgique.
Tout cela pour compenser le drame de l’écrivain en quête d’inspiration : la page blanche. C’est en effet par  le plagiat que l’homme veut relancer sa carrière d’auteur, sans trop de risque étant donné la nature et l’ancienneté de l’ouvrage quasi méconnu.

Deuxième leurre, confucéen, l’important n’est pas le but mais le chemin. Et on accompagne avec plaisir la recherche du roman perdu, et de l’inspiration extorquée.

Avec plaisir , parce le style est alerte, les dialogues bien ciselés, avec ce qu’il faut d’auto-dérision pour rendre le personnage sympathique.

Un faux polar pour décrire les affres de la création littéraire, fort bien écrit, et qui laisse espérer que d’autres pages surgiront de l’imagination personnelle de l’auteur , qui signe là un roman trop personnel et original pour être soupçonné de plagiat.




J'aimais le mystère des titres et des illustrations de couverture qui existaient pour ainsi dire "à côté" du livre. Tant qu'on ne lisait pas le livre, il restait le monde merveilleux de tous les possibles : qui était cette femme en chemise de nuit et qu'allait-il lui arriver?

*

 - Il y a un truc que je ne supporte plus dans les polars, c'est quand le flic prend sa voiture et glisse un CD de Miles Davis dans le lecteur

- Je vois ce que tu veux dire

- N'est-ce pas? Le flic prend sa voiture et, nom de Dieu, il glisse un CD de Miles Davis dans le lecteur! Aucun rapport avec l'histoire, c'est juste parc que ça fait bien, le héros qui écoute Miles Davis. L'auteur montre qu'il connait Miles Davis




dimanche 17 juin 2018

Une journée exceptionnelle

Kaïra Rouda









  • Broché: 384 pages
  • Editeur : CHARLESTON (10 avril 2018)
  • Collection : Charleston Noir
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Amélie de Maupeou









Une Journée exceptionnelle peut-elle rendre une lecture exceptionnelle?

Cela commence doucement. Le narrateur semble un peu imbu de lui-même mais très prévenant pour sa tendre épouse. Une escapade est prévue , sans les deux adorables enfants du couple, dans leur maison au bord du lac Erié. Tout va bien. Et puis peu à peu, et c’est le mot crescendo qui me vient, l’histoire dérape et le lecteur n’est pas au bout de ses surprises. L’angoisse monte peu à peu, pour enfin arriver à des pages que l’on tourne le plus vite possible pour espérer arriver à la solution la moins catastrophique. 

Peu de personnages, on est presque dans un huis-clos, avec la sensation d’enfermement qui en est le corollaire.  Le narrateur est peut-être un peu trop caricatural, mais quand on a eu l’occasion de croiser sur son chemin des individus de ce genre, on se dit qu’on est peut-être pas si loin que ça de la réalité. 

Le roman est rédigé comme un scénario, et on imagine aisément une version cinématographique de ce thriller domestique. Sauf que la narration est menée presqu’exclusivement par le monologue intérieur du personnage principal, qui contribue donc aux suspens en ne partageant que sa propre interprétation de l’histoire. C’est d’ailleurs ce qui fait l’originalité du roman.

On passe donc un bon moment, stressant à souhait. il faut peu de temps pour choisir son camp.

Merci à Explorateurs du polar via lecteurs.com et aux éditions Charleston noir pour leur confiance.





jeudi 14 juin 2018

L'affaire mayerling

Bernard Quiriny








  • Broché: 270 pages
  • Editeur : Rivages (3 janvier 2018)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français







Bien curieuse affaire dont le présumé coupable à défendre ou pas est  un immeuble! Une construction moderne, qui prend lieu et place d’une ancienne bâtisse extorquée, après des manigances obstinées, à son ancienne propriétaire. Déjà contesté avant même d’avoir surgi de terre, le bâtiment devient rapidement l’objet du malheur de ses habitants, ceux-la même qui s’étaient endettés pour  acquérir le logis de leurs rêves. Rien ne va plus pour eux : les couples se déchirent, les isolés pètent les plombs et l’immeuble lui-même s’auto-mutile rapidement.

L’idée est plutôt plaisante. Cependant Toute cette partie où l’on assiste aux méfaits subits par les co-propriétaires est un peu longue et finalement attendue. D’autant que les personnages sont nombreux, (clin d’oeil ici à Perec) et l’on peut s’y perdre. 

L’intérêt s’éveille lorsque l’auteur suggère l’origine possible de tous les maux, mais le fin fond de l’affaire a des allures de pétard mouillé.

On peut sourire à l’accumulation des situations conflictuelles, une sorte de condensé des possibilités de mésentente au sein d’un voisinage.
Et c'est un pamphlet contre la mégalomanie urbaine, qui attire toujours plus les foules , sans pour autant faire leur bonheur.


Un peu déçue donc, surtout en comparaison de Le village évanoui, beaucoup apprécié, il y a quelques années.






Les villes se droguent à la construction. Les grues innombrables sont des seringues ; le béton, une drogue. Plus la ville se pique, mieux elle se sent. Et pourtant, c'est par là qu'elle meurt 






mardi 12 juin 2018

La vie de A à Z

Debbie Johnson










  • Broché
  • Editeur : Milady (13 juin 2018)
  • 480 pages
  • Collection : Milady Romans
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Hanne Hammer





Lorsqu’on n’a pas réussi à réparer l’irréparable de son vivant, pourquoi ne pas tenter de la faire depuis le néant? il n’est pas nécessaire de recruter une armée de fantômes : les exécuteurs testamentaires (même si le terme fleure la double peine) sont là pour veiller et inciter les héritiers à accomplir leur mission.
C’est donc avec discrétion qu’Andrea vit ses derniers mois de souffrance, mais en utilisant toute l’énergie qui lui reste pour élaborer un plan imparable, espère-t-elle, pour réconcilier ses deux filles, fâchées depuis des années. Pourquoi? L’auteur vous fera patienter pour révéler l’origine de la brouille.
Avec méthode et stratégie élaborée, Andrea confiera à un ami proche le soin d’accompagner la lente réconciliation des deux soeurs. Et pour que les choses soient pimentées, à la fois pour les deux jeunes femmes et pour le lecteur, c’est une sorte de jeu de piste alphabétique qui leur sera proposé. De A à Z.

L’astuce utilisée pour la construction fonctionne à merveille, puisque de nombreux points nécessitent un éclaircissement dans cette histoire familiale sans doute assez banale. Si l’on veut comprendre ce qui s’est passé, il faut tourner les pages.

Mais ce n’est pas un pensum. Et il ne faut pas se laisser impressionner par l’ambiance morbide des premières pages. Le sujet n’est pas là. On est vite emporté, parce que l’écriture est agréable, que l’humour apparaît plus souvent que la peine et que les personnages, dans leur imperfection réaliste sont plus que sympathiques. Les émotions sont souvent sollicitées , mais de façon suffisamment délicate pour ne pas plomber le récit, qui est malgré tout celui d’un deuil.

On est clairement sur le versant feelgood, mais sans que le lecteur soit pris en otage par des injonctions à modifier son cheminement.

Lecture légère sur un thème grave, un très bon moment.

Merci à Netgalley et aux éditions Milady pour leur confiance


#LaVieDeAàz #NetGalleyFrance



samedi 9 juin 2018

Avec toutes mes sympathies

Olivia de Lamberterie







  • Broché: 256 pages
  • Editeur : Stock (22 août 2018)
  • Collection : La Bleue
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français













Lorsqu’on apprécie une critique littéraire , ayant pignon sur rue dans une des revues les plus lues au sein de la presse féminine et dont les interventions radiophoniques ou télévisées sont toujours reçues avec plaisir, il peut être tentant de découvrir le personnage de l’autre côté de la barrière, avec pour seul indice le titre (pré-rentrée littéraire , avare de quatrième de couverture). 

Olivia de Lamberterie a donc pris la plume. Pour coucher sur le papier un  épisode récent et douloureux. A visée thérapeutique? Peut-être pas. Même si le chagrin est encore là, l’absence s’est inscrite comme un fait indéniable et irréversible. C’est une perte intolérable , avec une souffrance en cascade qu’alimente la détresse de toute la famille qui avait en commun l’amour de ce frère qui n’a pas pu supporté le poids de son existence.

Et curieusement , malgré l’empathie que l’on peut ressentir face à la peine confiée, et ce d’autant que l’on a connu la même perte, le récit n’est pas plombant. Car derrière les larmes , derrière la colère, l’on entend la voix que les ondes nous ont rendue familière, et malgré tout, l’humour peut apparaître entre deux sanglots et au delà de la crainte d’une malédiction moins occulte que génique, et les questions induites sur le risque pour les générations futures.

C’est aussi l’occasion d’en savoir un peu plus sur la femme, sur son enfance et l’on retrouve avec bonheur des évocations des moeurs et habitudes des années 60. 
Le texte est truffé de titres de livres et de chansons, une sorte d’ancrage dans la réalité, lorsque les piliers de ce qui constitue nos vies sont sapés à la base.



Bercée au fil des phrases par la musique de cette voix que je connais bien, j’ai parcouru avec plaisir et compassion ces confidences intimes qui modifieront sans doute la qualité des futures apparitions professionnelles de l’auteur, mais pas de façon négative, loin de là.


Merci aux éditions Stock et à Netgalley pour leur confiance

#AvecToutesMesSympathies #NetGalleyFrance




Je lis comme je respire, j'ai mes rituels, je commence par la page 66 pour voir si l'ouvrage en vaut la peine, puis je dévore. J'adore cette existence parallèle, cette réalité augmentée.  Lires est l'endroit idéal pour qui évolue, comme moi dans un entre-deux. entre le shampoing anti-poux dans les cheveux de mes fils et L'Appel de la forêt

*
Nous rions aux étoiles, nous dansons, le vertige est proche, mais nous sommes parmi les debout. Nous ne sommes plus tristes à en mourir. On s'habitue au couteau planté dans les tripes.
















lundi 4 juin 2018

Proust à la plage

Johan Faerber





  • Broché: 224 pages
  • Editeur : Dunod (23 mai 2018)
  • Collection : A la plage
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français








Remarquable! Que l’on ait lu A la Recherche du temps perdu, que l’on soit en train de  le lire , ou que l’oeuvre ait laissé des bribes de souvenirs (là on est en plein dans le thème) d’une lecture passée, l’essai s’impose comme une évidence. De l’oeuvre à l’auteur et de l’auteur à l’oeuvre, les passerelles se succèdent, avec une déconcertante facilité, tant Proust consacra sa vie à la rédaction du roman. 

L’essai propose des clés, ouvre des portes de compréhension de ces quelques 3000 pages, rédigés dans ce style si particulier qu’il est reconnaissable entre mille, et peut même constituer un obstacle lorsque l’on aborde l’oeuvre pour la première fois . Mais passé cet écueil quel bonheur de se fondre dans la complexité travaillée de ces phrases à la musique unique.

On connaît Proust mondain, Proust malade. Mais peut-on soupçonner que l’homme faisait de sa vie un chantier expérimental pour que son personnage Marcel rende compte de ces états d’âme et bien au delà de la simple confidence découvre son moi profond, sa vérité?

Adroitement mêlé à l’analyse du récit, l’auteur décrit la chronologie de la rédaction. Ainsi, on apprend que l’incipit célèbre, « Longtemps je me suis couché de bonne heure », fut ajoutés dernier moment , juste avant que les dernières épreuves de « Du côté de chez Swann » ne partent pour l’impression.

L’analyse de l’écriture n’échappe pas au propos : 

« Vision et métaphore s’unissent dans le roman de Proust pour proposer, en définitive, la figure reine par laquelle Proust va faire revivre dans sa phrase le passé : l’hypotypose, cette figure de style par laquelle l’écrivain décrit les choses de manière si vive et si frappante que le lecteur a le sentiment qu’elles sont sous ses yeux. »

Sont-ce les illustrations , légères et humoristiques, qui , allégeant le propos, fournissent l’alibi du titre « à la plage »? J’ose le croire. Car s’il est très accessible, il n’en reste pas moins que le texte est sérieux et argumenté.


Très belle découverte , qui ne peu qu’inciter à lire ou relire ce roman qui compte parmi les plus importants du siècle dernier.



L'invitation

Elisabeth Day









  • Broché: 352 pages
    • Editeur : Belfond (3 mai 2018)
    • Collection : Littérature étrangère
    • Existe en version numérique
    • Langue : Français
    • Traduction (Anglais) : Maxime Berrée






    L’amitié qui lie deux êtres peut se construire sur des malentendus. Ben et Martin se sont rencontrés sur les bancs de l’école ou plus exactement dans le dortoir d’un pensionnat aussi sinistre que peuvent l’être ce type d’établissement. Et ce soir là, Ben est intervenu pour extraire Martin des griffes d’une bande de chenapans abêtis par la sensation de puissance que confère le fait d’être en groupe. Seulement voilà, le roman commence dans la salle d’interrogatoire d’un poste de police. On imagine donc bien que quelque chose a mal tourné?


    Selon les critères très  en vogue de construction en puzzle, destiné à mettre au travail le lecteur qui doit reconstituer au fur et à mesure de ce que veut bien révéler l’auteur, nous serons invités à faire des allers et retours dans le temps et à examiner  les points de vue de différents personnages.

    L’artifice fonctionne bien si les personnages sont suffisamment charismatiques pour mériter un attachement et donc un intérêt pour leur sort. C’est le cas ici, même si quelque fois l’un ou l’autre des protagonistes aurait bien mérité quelques « bottages de fesse », tant la naïveté ou l’arrogance qui les caractérisent sont irritantes.

    Le risque aussi de ce montage narratif est d’emporter le lecteur dans une recherche avide de résolution du puzzle, en masquant une écriture médiocre. Ce n’est pas le cas avec l’écriture d’Elisabeth Day, qui manie suspens, noirceur et humour avec une grande adresse.

    C’est donc une agréable lecture , dont je remercie les éditions Belfond et Netgalley.


    #L'invitation #NetGalleyFrance



    Dans le mariage, au fil du temps, on apprend à connaître les habitudes de l'autre. Toutes les manies qui s'installent petit à petit : leur évolution graduelle, de la bizarrerie charmante à la routine absurde, illogique, obsessionnelle et pour finir exaspérante.

    *

    Parfois le cours d'une vie peut changer en une seconde, parce que cette seconde n'existe pas isolée des autres : elle est reliée à la chaine infinie de minutes , de jours de semaines de mois et d'années qui se sont écoulés auparavant. Mais cette seconde d'inattention vous met par terre.