mardi 20 avril 2021

Les enfants sont rois ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Delphine de Vigan





  • Éditeur : Gallimard; 1er édition (4 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 352 pages








Dans la même lignée que Les Loyautés et Les gratitudes , Delphine de Vigan prend pour thème les dérives de l’interconnexion, Internet et les réseaux sociaux  et les excès qui en découlent.


Au départ, Mélanie est une jeune femme banale, de celle que l’on ne remarque pas, jusqu’à ce qu’une opportunité de participer à une émission de télé-réalité lui entrouvre la porte d’un succès éventuel et d’une reconnaissance médiatique.  Mais la porte se referme rapidement, vers un oubli général.


Des années plus tard, Mélanie s’est mariée et a donné naissance à deux enfants. Elle a su aussi réaliser ses rêves de juin fille puisque la chaine Youtube qu’elle anime n’a pas moins de cinq millions d’abonnés. Elle y met en scène ses enfants, et le succès médiatique va de pair avec des revenus conséquents. Jusqu’au jour où Kimmy, âgée de sept ans,  disparait. 


Clara, dont le rôle au 36 est de collecter tous les indices de scènes de crime pour les documents destinés aux Assises s’intéresse à cette affaire. La procédurière (c’est l’appellation officielle pour son travail) découvre alors l’univers effroyable et inimaginable des influenceurs et mesure la violence qui sous-tend ces pratiques. 


Exploitation des enfants qui n’ont pas de statut légal et ne sont donc pas protégés comme les enfants acteurs ou mannequins, harcèlement au quotidien proportionnel  à la jalousie engendrée par la célébrité et le rôle qu’on leur assigne, tout cela entraîne des traumatismes dont il est difficile de se remettre.

Quant à ceux qui font le succès de ce type de médias, ceux qui likent, qui s’abonnent, accroc au rêve qu’on leur vend pourtant cousu de fil blanc, ils sont à la fois victimes et bourreaux. Mais ça marche et les revenus qui en découlent sont loin d’être négligeables.



Mené comme une enquête policière, le roman est d’emblée addictif, et on suit avec intérêt la progression des investigations, déconcerte par l’ampleur de ce que l’on découvre. 


Lu avec plaisir et effroi ! 




En rentrant chez elle, Clara songea qu'elle avait fait preuve une habileté motrice certes aléatoire, mais d'une tolérance indéniable au sentiment  de ridicule, ce qui dans la police devait sans doute être utile.

*

Chaque famille cultive sa fable. Ou tout au moins une version épique de son histoire, enrichie au fil du temps, à laquelle s'ajoute peu à peu des prouesses, des coïncidences, des détails remarquables, voir quelques affabulations.

*

Mais Big Brother n'avait pas eu besoin de s'imposer. Big Brother avait été accueilli les bras ouverts et le cœur affamé de likes, et chacun avait accepté d'être son propre bourreau. Les frontières de l'intime s'était déplacé. Les réseaux censuraient les images de seins ou de fesses. Mais en échange d'un clic, d'un cœur, d'un pouce levé, on montrait ses enfants, sa famille, on racontait sa vie. Chacun était devenu l'administrateur de sa propre exhibition, Et celle-ci était devenu un élément indispensable à la réalisation de soi.







Delphine de Vigan est une romancière française. Après son roman "Les loyautés", paru en 2018, elle continue à explorer les grandes valeurs humaines avec "Les gratitudes", paru en mars 2019.







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