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Carcoma ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Layla Martinez 












Une maison qui se manifeste et se rebiffe , déclinant un panel de bruitage pour s’exprimer. Il faut dire qu’elle en a connu des histoires, elle a en mémoire  les drames vécus par trois générations de femmes, sous le joug d’hommes toxiques. 


Les époques se mêlent , qu’importe c’est toujours la même histoire, et ces femmes sont toutes animées d’un même désir de vengeance, ce que l’écriture, hantée par la révolte, lancée comme un crachat, fait bien sentir. 


C’est un lourd secret qui dort au cœur de ces murs. 

De la grand mère à la petite fille, unies dans un même combat contre l’injustice sociale, les deux voix alternent, et nous font voyager dans le temps , pour comprendre cette rage inassouvie et unir ces trois générations par le lien de l’indicible.


La violence traverse les âges, portée par les non-dits et relayée par les ombres. Elle relève  d’une haine globale , celle des femmes qui méprisent, fortes de leur statut social , celle des hommes qui oppriment, pour la seule raison d’un privilège auto attribué, depuis tant de siècles. 


La balance penchera t-elle du côté de la morale ?


160 pages Seuil 3 janvier 2025

#Carcoma #NetGalleyFrance 

Traduction : Isabelle Gugnon





Moi elle ne peut me berner sur le reste, car j’ai tout vu, car je connais la carcoma, ce ver qui la ronge, ce prurit dans la poitrine, pareil à un cheval sur le point durer mais qui n’en fait rien, rien, et qui en fin de compte ne s’emballe pas.


*


Telle est la cause du décès de tous les occupants de cette maison, la haine ou celle des autres, la haine, toujours la haine.


Layla Martínez



Layla Martínez est une écrivaine et chroniqueuse espagnole née en 1987. 


Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins

Alejandro Palomas








  • Broché : 224 pages
  • Editeur : Cherche Midi (2 janvier 2020)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Espagnol) : Vanessa Capieu












Lorsque Guillermo répond avec l’honnêteté de l’enfance à la question « quand je serai grand, je veux être… »,  un signal d’alerte s’allume dans l’esprit de l’institutrice. Se distinguant des destins de footballeurs, princesses ou tennismen, l’enfant  veut être Mary Poppins. Parce qu’elle peut voler, et qu’elle existe puisque Guillermo l’a rencontrée à Londres, en vrai,  dans un théâtre. Et qu’elle lui a confié un secret. Et surtout elle est la seule à pouvoir remédier avec sa magie aux problèmes de la vie. Et la suite du roman, démontrera qu’ils ne sont pas fictifs, ces problèmes. De bons gros problèmes d’adultes que les enfants subissent de plein fouet. 

A travers le discours naïf de Guillermo, et les commentaires de la psychologie chargée de mettre en lumière la partie cachée de l’iceberg, les thèmes abordés sont multiples. Le deuil, le mensonge bien intentionnée, les mariages forcés, le regard de l’autre, la souffrance de l’absence…


Lorsque Alejandro Palomas donne la parole à l’enfant, il le fait avec une grâce et une authenticité admirable. C’est pareil pour les autres personnages, ce qui rend le roman vivant et jamais mièvre ou ennuyeux. L’écriture est vraiment convaincante. 

Et pour ce qui est de la fin, que je ne dévoilerai, pas, je préfère cependant suggérer de se munir de mouchoirs, et d’éviter de terminer le livre en public!


Très belle découverte d’un auteur tout en sensibilité, traitant de sujets graves avec beaucoup de style et d’empathie. 



Il reste à peine plus d'une journée avant la fin du trimestre et tout s'est tellement accéléré que j'ai peine à croire que j'ai rencontré Guille pour la première fois il y a seulement quelques semaines. Mais tel est le temps quand les sentiments sont en jeu : capricieux, imprévisible, parfois bon camarade et à d'autres moments, le pire des ennemis.

*

- Et elle est où ?
— Là, je ne sais pas, mais elle vit à Londres, parce que là-bas on parle anglais. Moi, je la connais. Au pont du 15 août, maman et papa m’ont emmené la voir là-bas. Elle était dans un théâtre avec ses animaux et elle chantait. Et à la fin, quand tout le monde a été parti, elle nous a fait entrer dans sa chambre et elle m’a raconté des trucs. »
La maîtresse a touché son grain de beauté.
« Mmm, elle a fait. Des trucs comme quoi ?
— Ben… C’est secret… 


*

« Monsieur Antúnez, je pense qu’il y a certaines choses dont vous aimeriez avoir connaissance », ai-je déclaré.
Il m’a regardée avec méfiance. Son regard était celui du père qui veut savoir mais qui n’a aucune envie de l’entendre.
Depuis plusieurs années, depuis que la situation est devenue ce qu’elle est, les cas comme celui de Manuel Antúnez sont de plus en plus nombreux : des parents qui croulent sous les problèmes, trop occupés à faire face au quotidien et à trouver des moyens de répondre aux besoins les plus basiques pour assumer un poids supplémentaire. Manuel Antúnez a haussé les épaules.









Alejandro Palomas est un écrivain et traducteur.

Diplômé en philologie anglaise à l'Université de Barcelone, il est également titulaire d'un master en poésie à New College de San Francisco.

D'abord traducteur des ouvrages de Gertrude Stein, Katherine Mansfield, Willa Cather ou encore Jack London, Alejandro Palomas devient ensuite scénariste et journaliste pour différents médias, activité à laquelle il se consacre toujours aujourd'hui en parallèle de son activité d'auteur. 

Il a publié plusieurs romans en Espagne et a notamment obtenu le Prix National de la littérature Jeunesse en 2016.

Énorme succès dans son pays, traduit dans une dizaine de langues, "Une mère" (Una madre, 2014) est son premier roman publié en France. 

Source : Babelio



Le dernier paradis

Antonio Garrido








  • Broché: 544 pages
  • Editeur : Grasset (4 mai 2016)
  • Collection : Grand Format
  • Traduction (Espagnol) : Alex et Nelly Lhermillier
  • Langue : Espagnol
  • ISBN-10: 2246859913
  • ISBN-13: 978-2246859918








Immersion dans l’univers grisâtre et anxiogène de la Russie soviétique du début du siècle dernier. Alors que la propagande laissait miroiter une vie de rêve, certains américains anéantis par les conséquences de la faillite économique, ont pu se laisser berner par les promesses d’un avenir meilleur. C’est le cas pour notre héros, Jack. La mort dramatique de son père et une altercation tragique avec son logeur, finissent par le convaincre, de tenter l’aventure, confrontés par les propos de son ami Andrew , qui ne voit pas d’autre alternative.

Fini les Etats-unis et bonjour la désillusion. On découvre la vie quotidienne du peuple russe et des immigrés dont le sort n’est pas plus fameux. L’argent achète ce qui peut  être acheté , c’est à dire peu de choses, si on ne fait pas partie des élites.
Quelques figures féminines croisent le chemin de l’américain, qui a su profiter d’opportunités pour améliorer son quotidien. Et son tempérament de fouineur le met vite sur la piste de complots ourdis contre ses compatriotes. Le danger ne l’arrête pas dans ses investigations. Passions, trahisons, soupçons, sont les ingrédients d’une recette romanesque relevée à la sauce paranoïa.
Certes dans un roman avec un certain suspens, on soupçonne un peu tous les personnages, mais ici, on sent que c’est un mode de vie. 

Hormis quelques longueurs ( et on est dans un univers où il ne fait pas bon trainer), l’ensemble se parcourt  avec plaisir (un peu moins cependant que le magnifique Lecteur de cadavre, mais il faut dire que je suis plus attirée par la médecine légale que par la géopolitique du vingtième siècle).


Mention très honorable donc pour cette fresque historique romancée, dont l’auteur commente en post face les sources, et fait la part de la fiction et des bases réelles, qui ont donné une trame à l’ouvrage.

Le lecteur de cadavres

Antonio Garrido






  • Broché: 768 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (3 juin 2015)
  • Collection : Policier / Thriller
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
    • Traduction (Espagnol) : Nelly Lherminier
  • ISBN-10: 2253184195
  • ISBN-13: 978-2253184195













Coup de coeur pour ce polar sino-médiéval riche en émotions, en action, et en documentation!

Nous sommes en Chine, au 13è siècle, alors que la dynastie Song est à son apogée. 
Lorsque nous faisons la connaissance de Cí, celui-ci se prépare à une dure journée de labeur à la rizière, laissant à la maison sa petite soeur malade, son père usé par l’âge, alors que Lu le frère ainé  établit son autorité sur la famille.
Pourtant, peu de temps auparavant, Cí avait su par son courage et ses qualités se faire une place et un renom à Lin’an. Son application et son habileté  à lire les indices lors de l’examen des cadavres auprès du juge Feng pouvaient lui faire entrevoir un avenir prometteur à la capitale. 
Malheureusement, le décès du grand-père contraint la famille doit rentrer au village, selon les rituels de deuil en vigueur. 
C’est le début d’une descente aux enfers pour Cí et sa famille, et bientôt pour Cí seul…
De retour à la ville, les obstacles vont s’accumuler sur le parcours du vaillant jeune homme, parfois prêt à abandonner tant le sort s’acharne sur lui..
Mais c’est un personnage hors du commun. Si sa naïveté lui vaut bien des déboires, sa résistance aux attaques physiques (pas ordinaire, puisqu’il est atteint d’une maladie neurologique rare, qui le rend insensible à la douleur au froid et au chaud. Utile quand on est attaqué, dangereux quand on est la proie des flammes). Et c’est surtout sa détermination inébranlable qui permet au roman d’emmener le lecteur pour un long voyage passionnant sur plus de sept cent pages.

Le suspens est intense, et je n’ai pu résister à la tentation de parcourir les dernières pages pour savoir si le jeune homme était toujours là…


C’est un roman d’aventures fascinant, très instructif sur l’histoire de la Chine, savamment incluse dans l’action , sans effet de copié collé. 



Une très belle découverte : les deux autres titres de l’auteur sont déjà au menu de mes lectures à venir.

http://www.allodocteurs.fr/livre/la-selection-du-04-04-2014_13066.html



Un arbre est toujours responsable de ses fruits, mais un fruit ne peut l'être de son arbre.

*

Je ne comprends pas les motifs qui ont pu le pousser à commettre des crimes aussi épouvantables.
- Et qui peut les comprendre ? Le problème réside en ce que nous essayons souvent de juger des actes insensés avec notre bon sens.

*

Il était habituel et connu que les eunuques étaient les candidats parfaits pour administrer le patrimoine du palais, car, étant dépourvus de descendance, ils n'avaient pas la tentation de détourner des ressources à leur propre bénéfice.







http://www.allodocteurs.fr/livre/la-selection-du-04-04-2014_13066.html


Le plus jeune fils de Dieu : un évangile de bière-fiction

Carlos Salem








  • Broché: 407 pages
  • Existe en version numérique
  • Editeur : Actes Sud Editions (11 février 2015)
  • Collection : Actes noirs
  • Langue : Français
  • Traduction (Espagnol) : Amandine Py
  • ISBN-10: 2330038992
  • ISBN-13: 978-2330038991




Suffit-il d'être irrévérencieux et iconoclaste pour être drôle? 
Aller simple et Je reste roi d'Espagne m'avaient bien plus pour ces mêmes raisons , mais je suis plus mitigée pour ce dernier opus.
Le thème est annoncé dans le titre : une série de meurtres particulièrement violents provoque l'émoi à Madrid. Or quelques années plus tôt, les victimes ont de près ou de loin participé au lynchage médiatique de Dieu Jr, le cadet du célèbre aîné Jésus, en mal de reconnaissance. Dieu Jr, 33 ans, un physique ingrat, tout sauf classieux, incarne (!) le coupable idéal. Poe, qui vit plus des subsides que lui rapporte la rédaction de romans bas de gamme signés d'un pseudo que du journalisme, et qui a tissé naguère des liens d'amitiés avec le prophète du vingt et unième siècle , mène l'enquête.
Une enquête qui part dans tous les sens, avec moultes revirements, de pièges en chausse-trapes, de rebondissements en révélations extravagantes : pour tout dire, je ne suis pas sûre d'avoir tout suivi.
Ce qui fait l'originalité du roman est bien entendu le style : très décalé, surtout si l'on se réfère à la trame "biblique" du propos. C'est drôle pendant cinquante pages, mais un peu longuet sur quatre cent cinquante! On se lasse assez vite, d'autant c'est tellement envahissant que cela accentue l'impression de complexité de l'enquête . On peut d'ailleurs passer vite certaines pages, surtout les nombreux paragraphes consacrés aux exploits sexuels du narrateur : trop de sexe tue le sexe. 

Un peu déçue donc, en comparaison avec mes expériences précédentes de lecture de cet auteur.





J’en ai plus qu’assez des moralistes faux culs qui passent leur temps à nous juger mais qui ne ratent pas une seule de nos émissions. Ou alors les autres, encore pire, qui clament aux quatre vents qu’on fait de la télé-poubelle, alors qu’ils seraient les premiers à en faire s’ils avaient la moindre possibilité de devenir riches et célèbres

*

C’était un de ces bistrots qui semblent avoir été prédestinés dès la naissance à leur vocation d’étable, un abreuvoir à cow-boys fraîchement descendus de cheval, qui servent le matin un brunch à base de tartes faisant honneur à leurs noms ; le midi, des tapas frites dans la rancœur et le péché ; et le soir, qui tamisent leurs lumières, font tourner un stroboscope opacifié par les chiures de mouches, servent du vin en carafe et des pains dans la gueule en guise de sacrements.

*
Je suis orphelin, mon père. Et fier de l’être depuis que j’ai vu Star Wars

Mon truc en plus

Noël Lang (texte)
Rodrigo Garcia (dessin)









  • Relié: 128 pages
  • Editeur : STEINKIS (10 septembre 2014)
  • Collection : Roman Graphique
  • Langue : Français
  • Traduction (espagnol) : Amaïa Garmendia
  • ISBN-13: 979-1090090439












Ce truc en plus , c’est une différence, inscrite dans chaque cellule, et qui modifie pas mal de choses pour ceux et celles que le sort a désigné pour en être le témoin! 
C’est un billet aller sans retour avec escales régulières pour ressentir  le regard des autres, ceux qui en sont dépourvu, de ce truc en plus, de ce bagage dont on se passerait pour se fondre dans le monde des « ordinaires ». 

Ce n’est pas sous cet angle qu’est abordé ce thème : sous forme de BD, les auteurs proposent une immersion dans le monde de ces enfants, qui posent leur regard décalé sur leur entourage, forts d’une logique originale, imprégnés d’une poésie pas toujours volontaire, simples à en être sage et profond.

Le dessin est épuré, pour ne pas occulter le texte, fait de ces échanges drôles, ou émouvants, et toujours évocateurs. Cela sera d’autant plus vrai si le lecteur a quelques connaissances de cet univers des enfants différents.

Un très joli recueil, et je remercie les édition Steinkis et Babelio pour ce partenariat.




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