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Le Royaume

Emmanuel Carrère







  • Broché: 640 pages
  • Editeur : P.O.L (28 août 2014)
  • Collection : Fiction
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2818021189
  • ISBN-13: 978-2818021187
  • Existe en version numérique









Sacré pavé pour une sacrée histoire, à défaut d'être une histoire sacrée! 

Pour déboulonner un mythe et par la même occasion brûler ce qu’il a adoré, Emmanuel Carrère prend son temps et raconte comme on pense, mêlant doutes et certitudes (ces dernières appartenant à sa propre histoire : il laisse les doutes planer sur l’honnêteté des historiens et des hagiographes). Il résume en une phrase sa démarche « historique, romanesque, agnostique ».

Des histoires de Jésus, il en existe des légions (et pas uniquement romaines) : toutes construites sur les témoignages indirects, et quand on connaît la subjectivité des interprétations et des bévues même de la part de personnes qui ont assisté à un événement, on se doute bien qu’il faut être méfiant en ce qui concerne l’authenticité de faits rapportés : bonne ou mauvaise foi (!) des rapporteurs, perte des premiers écrits (eux aussi indirects), erreurs de transcription ou d’interprétation (sans oublier que les apôtres du messie étaient presque tous illettrés et les chargés de  com ont du faire appel aux scribes ) : tout cela rend bien aléatoire la vérité historique des textes qui font référence pour les catholiques. et cela importe peu, car lorsque l’on est capable d’admettre la vraisemblance des postulats fondateurs de la religion chrétienne (résurrection et immaculée conception, cette dernière étant un scénario de l’Eglise, et en aucun cas une revendication de Jésus), la véracité historique des textes n’a qu’un importance secondaire.

L’originalité de cette recherche des origines d’une religion qui concerne à peu près un quart de la population de la planète, est liée aux raisons de cette quête, issue d’une foi perdue, une vraie foi sans réserve, qui conduit un individu à consacrer toute son énergie, aux dépens de son entourage ou de son travail. Cela évoque bien entendu un embrigadement sectaire, même si les gourous qui ont oeuvré avec succès, qu’ils se nomment Paul ou Luc, ont depuis longtemps disparu et ne survivent que par des écrits d’origine contestée. Le christianisme, une secte qui a réussi : le rôle d’Augustin n’est pas ici évoqué, alors que l’explosion et la dissémination de la religion sont largement liées à l’énergie de ce dernier, qui de plus a bénéficié de soutien politique efficace.

En ce qui concerne l’écriture, le charme du conteur oeuvre ici encore. On retrouve le rythme et la mélodie de Limonov, qui avaient fait de ce triste personnage le héros d’un conte moderne. Ici encore, la prose séduit, en partie par son ancrage contemporain.

Ce livre changera -il la face du monde? A voir…..

Merci à Price minister pour cette participation aux matchs de la rentrée littéraire 2014








Entretien avec Emmanuel Carrère, gagnant du... par lemondefr

Dérapages

Véronique Deprêtre






  • Broché: 131 pages
  • Editeur : Onlit Editions (8 octobre 2014)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2875600540
  • ISBN-13: 978-2875600547
  • Existe en version numérique










Dérapages, oui, mais contrôlés! Il faut une belle maitrise des ressources du langage et une imagination débordante (à moins qu’il ne s’agisse d’un sens particulièrement affuté de l’observation) pour commettre cette ribambelle de nouvelles plus surprenantes les unes que les autres. Pas de fil rouge, ni dans le style ni dans le thème, c’est une plongée dans un univers imprévisible : si le recueil s’ouvre sur le monologue d’un psychopathe, la suite de ces mises en bouche est extrêmement varié, et l’auteur fait la démonstration  de tout ce dont elle est capable en matière de travail des mots. C’est une sorte de feu d’artifice avec une galerie de portraits insolites, un psychanalyste narcissique, des amoureux de la gangrène, la revanche d’animaux de cirque, chaque nouvelle surprend le lecteur, qui est malmené, bousculé…Mais qu’importe puisqu’il aime plutôt ça! D’ailleurs l’auteur ne s’y méprend pas et affirme dans un avertissement (peut-on le nommer ainsi, alors qu’il se situe entre deux nouvelles, en plein milan du livre?) : 

« A moins de se sentir l’âme d’Héraclès dans les écuries d’Augias, qu’il [le lecteur] jette ces nouvelles dont les règles grammaticales et syntaxiques suintent la pleine ménopause. A quel genre de cérémonie textuelle serait-il donc convié, où s’étalent  comme autant de partitions aléatoires, ici des enfantillages sans âge, là des états d’âme jargonnant d’une adolescente prétendument branchée, le flux de pensée indigent d’un esprit simple, le délire de quelque pervers ou psychotique s’approchant de chacun à s’en brûler les encres».

Alors, prêts à risquer cette chevauchée à cru, dans un décor ordinaire, mais sur un cheval fou?








Bruno Coppens chronique "Dérapages" de Véronique Deprêtre dans 50° Nord ARTE BELGIQUE from ONLIT Editions on Vimeo.

Pas pleurer

Lydie Salvayre








  • Broché: 278 pages
  • Editeur : Seuil (21 août 2014)
  • Collection : Cadre rouge
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2021116190
  • ISBN-13: 978-2021116199









L'hommage maternel : de nombreux écrivains se livrent à cet exercice à la fois intime, parfois impudique mais le plus souvent émouvant pour le lecteur, quelque soit le cadre de cette relation complexe entre mère et fils ou mère et fille. Lydie Salvayre ajoute à la liste ce récit d'une période  particulière de l'histoire de Montse, adolescente isolée d'une Espagne rurale et engoncée dans les carcans de la tradition, alors que la guerre civile éclate. Les chemins de la liberté que dévoilent la révolution sont pavés de cadavres et le revers de la médaille est bien sombre. Les familles se déchirent, tandis que les alliances changent la donne. Il est peu probable que Montse ait eu conscience alors des enjeux de la bataille. Les confidences que reçoit l'auteur alors que l'âge et la maladie ont altéré sa façon d'être au monde, mais pas sa mémoire ancienne , sont la trame du récit. En miroir de l'inconscience de cette jeunesse prête à en découdre quels que soient les sacrifices nécessaires, un texte de Bernanos, l'écrivain catholique, révolté, indigné par l'attitude des responsables religieux qui encouragent et bénissent les massacres aveugles, sur de simples suspicions de manquement à la foi, prétexte pour une dictature ignoble.

L'admiration a succédé à la honte, honte de cette mère qui parlait le fragnol, une sorte de novlangue métisse, constellée de néologisme que les hispanisants sauront décrypter, admiration lorsque l'auteur prend conscience de la richesse et de la force dramatique de cette période historique qu'a vécu sa mère.

C'est un très bel hommage rendu, un magnifique témoignage d'amour filial.

Une seule réserve, personnelle, qui pourra s'étendre à tous ceux pour qui l'espagnol est une langue hermétique : autant les néologisme peuvent être évocateurs de mots qu'il n'est pas utile de connaître , autant les phrases entières et non traduites peuvent donner l'impression de passer à côté de quelque chose. 


     



Pas pleurer - Lydie Salvayre par EditionsduSeuil

À vivre couché

Pauline Hillier







Editions Onlit

Numérique | 6,99 euros | 978-2-87560-046-2
Formats : epub + kindle + pdf
Papier | 14 euros | 978-2-87560-052-3
Nombre de pages : 175
Langue : français









La première phrase est déterminante pour accrocher le lecteur et susciter l’envie de poursuivre ou pas la découverte d’un texte. Il aura suffi d’un  « Le tarama, je déteste » pour qu’immédiatement je sois captive de cette lecture. Non par dégoût du tarama (j’aime plutôt ça) mais parce que cette petite phrase ne pouvait pas être suivie de banalités ennuyeuses. Et je n’ai pas été déçue.

Le texte, bien que soutenu par une narratrice unique et brodé de quelques fils rouges, est construit  en une suite d’épisodes indépendants, à la lisère de la nouvelle.  Et comme avec sa série télé préférée, on a hâte de découvrir à la fin de chaque chapitre l ‘épisode suivant.
Car Pauline Hillier a l’art de transformer des situations au départ assez ordinaires, en aventures ubuesques. Une visite au zoo qui tourne à une histoire d’amour avec un gorille, quelques bons moments partagés dans un camping qui aboutissent à un retour au dénuement dans un eden approximatif, un concours d’ingurgitations de hamburgers, un sauvetage de baleine…de fuite en fuite, l’héroïne parcourt la planète, en induisant à chaque nouvelle situation, un léger dérèglement des aiguillages, au confins du surréalisme pour le plus grand plaisir du lecteur.

On perçoit une influence des séries télé, souvent citées (Sex and the city, Grey’s Anatomy, et l épisode de la trachéotomie salvatrice à l’aide d’un tube de tampax me rappelle l’épisode d’urgences où Hattaway avait réalisé la même prouesse dans une épicerie avec un corps de crayon Bic).



Comique, éclectique, érotique, poétique, c’est l’un des meilleurs textes que j’ai eu le plaisir de découvrir grâce aux éditions Onlit, que je remercie. Derrière la légèreté et l’autodérison, il me semble repérer un vrai talent d’écriture, que je suivrai volontiers.




La voix de la terre

Bernard Werber







  • Broché: 600 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (1 octobre 2014)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2226259880
  • ISBN-13: 978-2226259882
  • Existe en version numérique









Pour qui suit depuis longtemps Bernard Werber qui nous propose, trilogie après trilogie, ou romans isolés, pas de dépaysement. On retrouve la même construction en tableaux alternés, mettant ici en scène Gaïa (notre planète Terre, en mal de communication), les humains, qu’ils soient sapiens ou métamorphosis), le Dr Wells père avec son encyclopédie du savoir relatif et absolu, sorte de fil rouge dans l’oeuvre, depuis les Fourmis. Un dernier moyen de faire passer des messages au lecteurs , le tee-shirt de Martin Janicot, qui s’orne des lois de Murphy, adaptées à la situation du jour.
Pas de surprise donc avec ce troisième volet des aventures de David Wells et de ses créatures, les micro-humais ou Emacs (prononcer emache). La planète souffre et pour ne rien arrangé, une folie guerrière s’empare de l’humanité, celle même dont les ancêtres avaient pu dire à l’issu des conflits de plus en plus meurtriers « plus jamais ça ». On est en plein dedans, l’auteur analysant les mécanismes qui aboutissent à une autodestruction, qu’ils soient politiques, sociologiques, hormonaux (la testostérone n’est pas une bonne conseillère…).  Comme cela ne suffit pas des astéroïdes géants menacent de s’écraser sur la planète, qui on se demande pourquoi est assez suicidaire, et aspire à ce contact pour être fécondée!

C’est aussi et encore un livre des possibles : les populations humaines sont imaginées comme des jeux de pions sur une échiquier à 7 entrées, en fonction de leurs ambitions futures pour contrôler la société: la religion, le sexe féminin, les capitalistes, les « papillons »,  les adeptes du prolongement de la vie, les micro-humains,  ou les geeks.

Le roman se lit bien, comme un roman d’aventures matiné de SF, on suit avec plaisir ou angoisse, lorsque les analogies avec l’ambiance de notre monde réelle ressemble à un copié -collé de ce qui transparaît au fil des pages.


Il est préférable de ne pas lire isolément cet opus, même si quelques rappels sont proposés. 


Jadis nos ancêtres subissaient le monde sans pouvoir agir. Mais il s avaient l'avantage de ne pas porter la responsabilité de ce qui arrivait. Apparaissait la peste, ils mouraient. Apparaissait le froid, ils mouraient. Apparaissait la famine, ils mouraient. Apparaissait les astéroïdes, ils mouraient. Et tous acceptaient cela, car ils savaient ne pouvoir rien y faire. Et ils nommaient l'événement Dieu, Diable, Punition du ciel, Destin, Hasard, Malchance, Nature ou encore Fatalité.

La ferme

Tom Rob Smith







  • Broché: 341 pages
  • Editeur : BELFOND (2 octobre 2014)
  • Langue : Français
  • Traduction : Elisabeth Peellaert
  • ISBN-10: 2714457207
  • ISBN-13: 978-2714457202










Beau parcours que nous propose ici Tom Rob Smith

Oscillant entre la théorie du complot et les arcanes de la mémoire, le lecteur évolue sur une corde raide, contraint à rétablir son équilibre à chaque page tournée. 

Daniel recueille sa mère à Londres alors qu’elle a quitté la Suède dans la précipitation. Ce retour au pays natal était pourtant un nouveau départ pour le couple, que la crise financière avait malmené. Mais l’installation dans une petite ferme isolée de la campagne suédoise, n’a pas tenu ses promesses : au contraire, de nouvelles angoisses sont apparues, cristallisées sur la disparition de la fille adoptive de leur voisin le plus proche.  C’est là que la sagacité du lecteur est sollicitée, au diapason du cheminement du narrateur : cette femme est-elle folle ou bien existe t-il une sombre machination de pervers qui enlèvent et tuent des jeunes filles? Daniel doit-il croire sa mère, ou faire confiance à son père et aux psychiatres sollicités? 

Une exploration aux allures de pèlerinage sur les lieux où sa mère a vécu dans son enfance, et ceux de son séjour récent feront la lumière sur ce qui s’est réellement passé.

Le roman est classé dans la catégorie « thriller psychologique ». Est-ce que parce qu’au gré de la progression du récit, la vérité change de camp à chaque paragraphe? Est-ce pour le démarquer des thrillers sanglants? Toujours est-il que c’est le psychologique tient le devant de la scène.

Le propos est partiellement autobiographique, comme le confesse l’auteur dans l’épilogue, qui atteste d’un travail d’analyse minutieux autour de ce drame, que le talent de Tom rob Smith parvient à valoriser comme le travail d’un orfèvre révèle la beauté d’une pierre brute.


Merci à Babélio et aux éditions Belfond pour ce partenariat très apprécié.



Et rien d'autre

James Salter







  • Broché: 368 pages
  • Editeur : L'OLIVIER (21 août 2014)
  • Collection : OLIV. LIT.ET
  • Langue : Français
  • Traduction : Marc Amfreville
  • ISBN-10: 2823602909
  • ISBN-13: 978-2823602906














Certes le titre pouvait mettre en garde le lecteur potentiel et est cohérent avec le contenu. Mais quand même, on a envie de rajouter « So what! ». 
James Salter nous conte l’histoire de Philip Bowman, qui après la seconde guerre mondiale devient un peu par hasard lecteur puis éditeur. Sa vie se déroule au rythme de ses rencontres féminines (soit dit en passant : ou il a un regard sélectif , ou il a une sacré veine de ne croiser que des beautés renversantes!) qui sont autant d’échecs. Cela semble d’ailleurs être la norme au sein de ce microcosme new-yorkais. Personnellement je suis restée très indifférente à cette galerie de portraits, dont le nombre et la banalité  peut égarer le lecteur. 
La presse spécialisée parle d’une vie passionnante : c’est tout de même largement exagéré, à mon humble avis. On attend en vain une prise de conscience, un arrêt sur image, une tentative d’analyse , enfin quelque chose qui permette au propos de sortir de la banalité.
Sur l’écriture, est-ce la traduction, mais de nombreuses phrases sont incompréhensibles. On n’est pas dans un polar et ce n’est donc pas dramatique pour suivre l’(absence d’)intrigue, mais c’est agaçant de s’arrêter pour relire dix fois une phrase qui reste sibylline.
Lorsqu’un auteur a acquis sa réputation sur de véritables chef-d’oeuvres, et a pu ainsi embarqué de nombreux lecteurs dans son univers, le fan peut retrouver dans un enième roman, ce qui a pu le charmer naguère. Lorsque l’on découvre l’auteur, on n’a pas ces références et ce livre ne me paraît pas le meilleur moyen de se rallier à la cause de James Salter.

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