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Anomalies cosmiques ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Aurélien Barrau

















« On n’apprend rien de la victoire, on n’apprend que de la défaite", disait Clemenceau. La formule pourrait résumer le thème de ce livre d’Aurélien Barrau, qui s’attache à démontrer, qu’en sciences, dans le domaine de la recherche, ce sont les épines, les îlots d’incompréhension, les énigmes , les écueils d’une théorie qui semblait l’ultime, en un mot, les anomalies, qui permettent d’avancer. 


Que ce soient les trous noirs, les relations paradoxales de l’entropie et du big bang, l’énergie de certains rayons cosmiques, toute ces entorses à la mécanique bien huilée et qui souvent dépassent l’entendement, constituent un terreau fertile pour une évolution des idées et des modèles, qui sont de toutes façon faux jusque’à ce qu’un nouveau concept émerge, avec sa part provisoire de vérité. 


Hormis le questionnement sur le raisonnement, qui doit toujours être remis en cause, ces réflexions débouchent sur des questions métaphysiques. Mais ce n’est pas le propos.  Lors de la visioconférence, alors que l’on a demandé à Aurélien Barrau pourquoi il excluait l’existence d’un Horloger à tout ça, la réponse est claire. Il ne parlera pas de son positionnement, qui est une affaire personnelle, et considère qu’il s’agit d’une question beaucoup plus sérieuse que celle qui voudrait  que la physique corroborerait l’existence de Dieu. Il confesse d’autre part que les scientistes anticléricaux l’agacent encore plus que les croyants fondamentalistes !


Pour revoir au propos de l’ouvrage, j’aime aussi cette comparaison de la réflexion humaine, limitée à ses capacités sensorielles et intellectuelles, au monde des poissons : 


« Les poissons pourraient s’étonner qu’il y ait de l’eau partout dans l’univers. Mais en réalité la solution est plus simple. Là où il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de poisson pour le constater ».


Ce livre, qui aborde des problèmes complexes, et on le conçoit puisque ce sont ceux qui font cogiter la communauté scientifique, est aussi superbement écrit, et met en évidence que science et poésie sont loin d’être incompatibles.


Je remercie sincèrement Babelio et les éditions Dunod pour cette lecture, assortie d’une rencontre virtuelle passionnante, et qui m’a permis de sortir de ma zone de confort.


208 pages Dunod 7 septembre 2022

Masse critique privilégiée Babelio





Chaque nouveau modèle réécrit une page du palimpseste épidémique en changeant drastiquement la grammaire et la syntaxe. Parfois même la graphie et le phonèmes.

*

Le fantasme d'une gestion par l'excellence, ancrée sur la culture de l'évaluation est profondément antinomique avec la pensée subtile et exploratrice. 

*



Critique ce temps l'est encore par la suffisance qu'il exacerbe. Par son incapacité à recevoir l'altérité. Par son recours au mépris quand il faudrait l'écoute, par son appel à la tolérance quand il faudrait l'amour.








Aurélien Barrau est un astrophysicien spécialisé dans la physique des astroparticules, les trous noirs et la cosmologie. Il travaille au laboratoire de physique subatomique et de cosmologie (LPSC) du CNRS à Grenoble. Il est professeur à l’Université Grenoble Alpes (UGA)

Notre cerveau

Hervé Chneiweiss






  • Broché : 272 pages
  • Editeur : L'Iconoclaste (23 octobre 2019)
  • Collection : IC.ESSAIS
  • Langue : Français










Merci à Babelio et aux éditions L’Iconoclaste pour leur confiance.

Notre Cerveau est sans conteste un ouvrage de vulgarisation scientifique portant sur la neurophysiologie.  En s’appuyant sur les recherches récentes, concernant le fonctionnement de notre cerveau, le but est de tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues, qui ont la vie dure, tant elles ont pu séduire lorsqu’elles se sont fait un chemin parmi les rumeurs scientifiques. Ainsi, il est clair maintenant que nous ne sous-utilisons pas nos fonctions cérébrales. Cet organe noble travaille sans relâche, sans congés annuels ni RTT, jour et nuit, et même lorsque nous tentons de le mettre au repos par la méditation ou même le sommeil. Ce sont des interprétations erronées d’expériences à une époque où la science balbutiait, qui se sont répandues, et on peut le comprendre : une sous-utilisation laissait une marge de manoeuvre pour développer des compétences inactives. 

Ce n’est qu’un exemple de ces mythes que l’auteur réfute avec de solides arguments.

 Les quelques cas cliniques rapportés sont des classiques mais renforcent l’argumentation à l’aune des connaissances récentes.


L’ouvrage est ainsi instructif, et suffisamment pédagogique pour être compris d’un non-spécialiste, mais c’est aussi un beau livre, alliant art et science. Les pages colorées représentant des coupes de tissu nerveux alternant avec des oeuvres picturales et des poèmes, qui apportent aux données scientifiques une dimension plus large, en les sortant du ghetto de la recherche pure et dure.


Bel ouvrage, que je conseillerai à tous les lecteurs qui s’intéressent aux neuro-sciences, mais aussi aux autres, car la double entrée scientifique et artistique offre un accès à un public plus large. 






Un monde meilleur : Et si l'intelligence artificielle humanisait notre avenir?

Hervé Cuillandre







  • Broché: 178 pages
  • Editeur : Maxima Laurent du Mesnil (5 avril 2018)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2840019485
  • ISBN-13: 978-2840019480











Qui aurait pu imaginer lorsque les pavés volants dévoilaient des plages insoupçonnées cernées de barricades, que nous dépendrions un jour de couteaux suisses électroniques mettant dans nos poches tout le savoir de l’humanité, mais aussi un big brother d’une efficacité redoutable? Sans violence, c’est avec plaisir que nous avons accueilli ces gadgets, qui nous facilitent réellement la vie, impossible de le nier. Les balbutiements de la technique émergente font place à une redoutable efficacité.

Faut-il en pleurer ou en rire? Suivre le mouvement ou se marginaliser?

Hervé Cuillandre opte pour le verre à moitié plein. A savoir que la digitalisation de notre monde est une opportunité pour libérer l’homme des tâches répétitives que la machine accomplit beaucoup plus rapidement et efficacement. Pour que l’homme se consacre à ce qu’il sait faire de mieux, créer, imaginer, inventer. L’utopie ainsi envisagée juxtapose l’homme et la machine dans une complémentarité parfaite. 
Le processus est déjà en marche et les effets attendus commencent à émerger, pour le pire (élire Trump ou sortir de l’Europe comme pour le meilleur (naissance de réseaux concurrentiels aux monopoles financiers par le biais des blockchains). Il ne sera pas nécessaire d’attendre la fin du siècle pour en mesurer les conséquences.

Telle est la thèse développée dans l’ouvrage, qui a le mérite d’être clair et accessible au commun des mortels dont je fais partie. Pour une fois, j’ai à peu près tout compris, et il faut tout l’art du pédagogue pour que je parle des big datas et autres BAFA, comme si j’en prenais tous les matins au petit déjeuner.

Cette vision résolument optimiste (libérer l’homme des tâches aliénantes )  soulève quand même de nombreuses questions. La révolution considérable de nos modes de vie risque fort d’engendrer des effets collatéraux indésirables, particulièrement dans la période de transition. Sans oublier que dans des mains (humaines) mal intentionnées, les données que nous fournissons quotidiennement dans la moindre de nos actions dès lors qu’elles passent par un support numérique, ce que je suis en train de faire en rédigeant cette chronique, pourraient avoir un effet boomerang très délétère (l’auteur envisage cette option).
La vision angélique d’une humanité connectée ne doit pas faire oublier le risque d’un contrôle omniprésent. La déviance vue comme une opportunité de progrès est certes une option positive, mais rébellion  rime avec répression. 

C’est donc clair et court. D’autant que les derniers chapitres sont redondants, ce qui est pédagogique, mais pas forcément utile.

A mettre dans toutes les mains pour mesurer l’ampleur de la révolution en marche , dont on est loin de mesurer toutes les conséquences , alors que votre émerveillement devant les prouesses techniques auxquelles nous avons accès (ceci pour les générations qui ont vécu sans) nous entraine sur des voies incertaines. 


il faut au moins en être conscient.



La révolution digitale s’est invitée dans nos smartphones et nos ordinateurs à travers une multitude de nouveaux services. Notre quotidien s’en trouve grandement amélioré mais nous avons été obligés de fermer les yeux sur les risques du tout-digital. Pourtant, il ne sert à rien de craindre le monde qui s’annonce. Nous devons au contraire l’anticiper pour mieux nous y intégrer, et défendre des valeurs humanistes.


*

La course à la digitalisation aboutit à l’embauche massive de jeunes talents et au départ des plus anciens, deux groupes humains pourtant complémentaires , les plus jeunes offrant des vecteurs de communication inédits à leurs aînés, eux-mêmes porteurs du sens dont les plus jeunes ont besoin.

*

La presse écrite se bat pour conserver la qualité de ses productions face à l'information immédiate, gratuite et non vérifiée. Dans ce domaine, les populations n'ont certaienment jamais été aussi vulnérables à la déformation de la vérité. Pour se procurer une information vérifiée, il faut payer et prendre le temps de lire? Comprendre notre monde, conserver le recul nécessaire pour se faire un avis a un coût, que tout le monde n'est pas prêt à payer. Cette inégalité face à l'information se ressent jusque dans les urnes, et présente un danger pour notre système


La vie secrète des arbres

Peter Wohlleben








  • Broché: 260 pages
  • Editeur : Les Arènes (1 mars 2017)
  • Collection : AR.ENVIRONNEMEN
  • Langue : Français
  • Traduction (Allemand) : Corinne Tresca
  • ISBN-10: 2352045932
  • ISBN-13: 978-2352045939









Une seule envie en tournant la dernière page : aller faire une balade en forêt ! 

C’est un excellent document scientifique , avec de grandes qualités pédagogiques. On en apprend des choses sur les hêtres et les sapins , sur les collemboles et les lichens , sur la croissance des séquoias et sur la chlorophylle. Et si on les assimile aussi bien, c’est grâce au talent de conteur de l’auteur et son art de nous transmettre sa passion. 

Du coup, les vegans n’ont qu’à bien se tenir. Parce que si les chênes sont capables d’émotions, de souffrance, on ne  voit pas pourquoi il n’en serait pas de même pour les carottes et les salades!
Ne faisons pas de mauvais esprit : il n’empêche que les capacités de communication, et de coopération ,  car il s’agit bien de cela, lorsqu’on fait parvenir aux voisins des messages d’alerte sur la présence d’un prédateur qui s’en prend à votre écorce, sont bien étonnantes . 

On retient également la formidable complexité des interactions , entraide ou concurrence , entre tous les éléments composant le système écologique forestier : insectes, champignons, bactéries , virus, l’équilibre fragile se fait autour de la lutte de chacun pour sa survie. Ça fonctionne, tant que le prédateur suprême n’y met pas son grain de sel : coupes claires, nettoyage, voire destruction pure et simple , nos congénères n’y vont pas de main morte 

Une pensée pour les arbres des villes, que Maxime Leforestier (le bien nommé) avait chanté naguère : 

« Comme un arbre dans la ville
Pour pousser je me débats
Mais mes branches  volent bas
Tout prêt des autos qui fument 
Entre béton et bitume »



Quand la passion s’allie à l’art de conter et au désir de transmettre, cela donne un superbe récit, à lire, relire, et offrir.


J'ai vu une fleur sauvage L'herbier de Malicorne

Hubert Reeves









  • Broché: 256 pages
  • Editeur : Le Seuil (9 mars 2017)
  • Collection : Science ouverte
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2021290883
  • ISBN-13: 978-2021290882











Après avoir contemplé l’infiniment grand, Hubert Reeves baisse les yeux vers le petit, le ténu, le délicat, que pour un peu l’on piétinerait avec indifférence.

Ce sont les sentinelles des saisons, qui illuminent de leur palette infinie nos talus, nos sous-bois,  nos prairies, se permettant avec l’outrecuidance de semer le désordre dans le jardin que nous cultivons. Au risque d’être taxé de mauvaise herbe, de celle que l’on sépare du bon grain.

C’est donc un répertoire quelques centaines de fleurs sauvages, qui  s’identifient  parfois en différé , le temps que le feuillage s’épanouisse en corolle unique. Mouron, pulsatille, digitale, épilobe, ou centaurée, elles sont parfois la version épurée de variétés cultivées, plus discrètes mais plus libres, libres de s’épanouir où bon leur semble

Chaque entrée est illustrée d’une photo qui facilite l’identification, et d’un texte descriptif et poétique, avec parfois un accès au jardin des souvenirs de l’auteur.


Un bel herbier, mis en valeur par un homme que les étoiles ont rendu sage.








Votre cerveau

Michel Cymes









  • Broché: 288 pages
  • Editeur : Stock (22 février 2017)
  • Collection : Essais - Documents
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2234082471
  • ISBN-13: 978-2234082472








Les ouvrages sur le cerveau, le bien-être, les liens entre les deux et les solutions pour y arriver, on en trouve à la pelle.
Et celui-ci ne diffère pas trop sur le contenu. Pas de surprise : alimentation équilibrée, gymnastique du corps et des neurones, exclusion des toxiques, qu’ils soient chimiques ou humains, méditation , tout cet arsenal est destiné à prévenir la décrépitude programmée, le but étant non pas d’éviter de mourir, mais en bonne santé et surtout comme le dirait Lupano en se gardant bien d’avoir le « chou qui fane »

Alors pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre? C’est clair, c’est le gentil et médiatique Cymes qui l’écrit. Il y a mis son humour et sa décontraction, ce qui allège le propos et le rend fort sympathique. 
Les différentes rubriques ne me semblent pas très pointues, mais il est vrai que tout cela a été très souvent abordé par d’autres illustres spécialistes et d’autre part l’ouvrage s’adresse à u public large. Il est très accessible et ancré sur la réalité.


Pas de révolution donc, mais un guide de bonnes pratiques accessible et agréable à lire, flirtant sur la tendance bien-être , à consommer sans modération.




Le bonheur, c’est simple comme une assiette bien pensée. Si je sacrifie volontiers au détournement du slogan publicitaire, c’est parce que la joie de vivre, le sentiment que nous éprouvons d’avoir ou pas la pêche, la capacité à nous sentir d’attaque de bon matin, d’affronter les épreuves de la vie ou d’envisager les choses avec optimisme sont aussi fonction de la manière dont nous nous nourrissons.

*

Si le cerveau ne fonctionne pas normalement, c’est le crash assuré pour pas mal d’organes et la plupart de nos fonctions. En revanche, s’il tourne à plein régime, il accomplit des miracles. Il enchante. Il fascine.



Docteur, écoutez! Pour soigner, il faut écouter

Anne Révah-Lévy







  • Broché: 162 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (9 mars 2016)
  • Collection : ESSAIS DOC.
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2226323503
  • ISBN-13: 978-2226323507










D’accord et pas d’accord

- D’accord, bien entendu sur l’importance fondamentale de l’écoute, et du dialogue qui ne prend pas l’allure d’un monologue déguisé avec des questions fermées (sinon autant remplir un questionnaire sur Internet). Une écoute attente et bienveillante, qui analyse au-delà des mots le ressenti, les émotions. Si possible sans écran interposé, qui prive de l’échange des regards.
Cet art s’apprend-il? oui sans doute, mais c’est plus qu’une méthode, c’est une attitude compassionnelle, qui devrait être un pré-requis nécessaire pour se lancer dans une carrière médicale ou paramédicale.

D’accord pour reconnaître l’ineptie de la gestion des soins à l’hôpital : je l’ai payé au prix fort. Le malade n’est pas le seul à souffrir. Les consultations en 20mn avec un téléphone dans chaque poche et l’impératif de finir la visite pour que la commande de pharmacie parte à temps, c’est à peine caricatural. Si on y rajoute le temps passé en réunions stériles dont les objectifs sont mal cadré et les décisions inhérents déjà prises, ou pire seront prises quand l’assemblée se sera délitée peu peu pour cause personnelle ou professionnelle, on voit que du temps précieux, qui pourrait être consacré à la clinique et au patient. on sait que derrière tout ça, c’est une question d’argent. Le chantier est sans doute en marche, mais combien d’examens inutiles, refaits,, qui coûtent. 

- D’accord et pas d’accord en même temps pour expliquer l’attrait des médecines parallèles par un manque d’écoute. Les tentations sont grandes pour se tourner vers des faiseurs de miracles, et bien malin qui peut identifier l’arnaque, la rumeur, l’effet de mode d’une réelle intention de venir en aide à son prochain. Le recours à des voies moins officielles ne garantit pas que le patient sera écouté. 

 - Pas d’accord cependant, pour focaliser les anomalies autour d’un simple problème de quelques secondes d’échange en plus. Ce serait trop simple. Le secteur de la santé est malmené, les patients sont (souvent) malmenés, les soignants (au sens large, l’écoute n’est pas un privilège du seul médecin) sont malmenés.  Et dans cette ambiance de souffrance, se produisent malgré tout, y compris à l'hôpital, de vraies rencontres, qui, outre la guérison (ou pas), réconfortent, consolent le patient, et gratifient le médecin qui peut alors pour un instant avoir la certitude d’avoir opté pour  la bonne voie en cet instant et dans sa vie




L’utilisation d’Internet faisant disparaître, à l’insu même du patient et de son médecin, la possibilité de dire les choses comme elles sont au profit de dire les choses comme d’autres les rapportent. Cela ramène de la connaissance au lieu d’entendre du vécu


*

Ce qui existe dans les hôpitaux n’est pas de la médecine, c’est la distribution plus ou moins réussie de traitements qu’on compte pour ce qu’ils rapportent à l’hôpital.








Les chemins de la peste : le rat la puce et l'homme

Frédérique Audoin-Rouzeau






                




                  Poche: 622 pages
Editeur : Editions Tallandier (1 mars 2007)
Collection : Texto
Langue : Français
ISBN-10: 2847344268
                ISBN-13: 978-2847344264








Dans Pars vite et reviens tard, Fred Vargas avait largement évoqué la menace épidémique propagée par un esprit criminel. Ici l'auteur célèbre de polars porte sa blouse blanche de chercheur en archéozoologie pour dresser un état des lieux exhaustif de ce que l'on connaît à ce jour des voies de dissémination de la peste.


Si bien des aspects de la maladie sont abordés, c'est dans un but : prouver la responsabilité des rats, par l'intermédiaire de leurs puces dans la propagation des épidémies, et donc de réfuter l'hypothèse d'une contagion inter humaine. Ce sujet a  préoccupé des générations de chercheurs, avec un débat houleux au début du vingtième siècle , et des argumentations contradictoires jusque dans les années 60. La peste peut en effet se manifester dans le cadre d'épidémies qui font de nombreuses victimes mais aussi de façon sporadique, comme ce fut le cas en Inde, et dans cette situation précise, le nombre important de victime peut donner l'illusion d'une épidémie. Il faut toute la rigueur d'une analyse scientifique pour déboulonner les apparences 
Tout ceci n'est pas une vaine spéculation : il s'agit aussi d'en déduire des moyens de prévention qui pourraient s'avérer bien utiles en cas de nouvelle poussée . Parce que la menace existe, la maladie n'est pas éteinte, le contexte planétaire de brassage des populations, les possibilités d'une guerre bactériologique : tout cela pourrait faire réapparaître le fléau 

"L'histoire de la peste n'est pas close : la capacité de survie du bacille dans les profondeurs de la terre constitue une menace constante et imprévisible pour les hommes et la maladie continue de sévir régulièrement en diverses régions du monde "

D'autant que la perspective d'un vaccin n'est pas d'actualité.

Il s'agit bien d'une thèse , d'un travail sérieux, extrêmement documenté et construit selon un argumentaire rigoureux , illustré de ses preuves bibliographiques dûment indexées. 
Malgré tout, l'ensemble est facile à lire et à comprendre, même si certains développements ne seront utiles qu'à un jury qui s'attachera plus à la méthodologie, pour reconnaître ou réfuter la validité du propos. Le lecteur lambda y trouvera matière à enrichir sa culture générale dans un style loin d'être rébarbatif.

Et c'est de plus instructif et intéressant : c'est l'avantage de cette discipline qu'est l'archéozoologie, qui fait appel à différents domaines de connaissances, médicales, sociologiques, historiques, vétérinaires  ... Ainsi les mœurs de la population en matière d'hygiène au cours de l'histoire, côtoieront un catalogue détaillée de toutes sortes de puces et de leurs hôtes quadrupèdes voire bipèdes , sans oublier les voies du commerce des tissus et les données  démographiques des ravages de la maladie au cours des siècles.

Nos vies de citadins nous expose peu aux morsures de puces, excepté un public qui côtoient des animaux, dans un cadre domestique ou professionnels ; les rats s'ils sont là partagent peu notre environnement urbain. Cela n'empêche que la lecture de cet ouvrage apporte un éclairage particulier sur cette faune maudite dont la présence à toujours été vécue comme un fléau. 

Sommes nous si éloignés de l'univers littéraire d'un polar? Sans doute pas. Dans les deux cas, la rigueur du raisonnement qui fouille au-delà des évidences et tente de comprendre les mécanismes intimes d'un enchaînement de circonstances est nécessaire. La différence se situe dans la méthode de traitement : il est hautement improbable qu'ici l'auteur se soit laissée guider par les méandres de son imagination pour que surgisse page après page, presque contre son gré, un écrit construit selon les normes exigées dans le domaine de la recherche.

Challenge pavés Babelio 







"L'histoire de la peste n'est pas close : la capacité de survie du bacille dans les profondeurs de la terre constitue une menace constante et imprévisible pour les hommes et la maladie continue de sévir régulièrement en diverses régions du monde "



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Le syndrome de Babel

Serge Braun



  • Broché: 268 pages
  • Editeur : Odile Jacob (1 juin 2016)
  • Collection : OJ.LITTERATURE
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2738134246
  • ISBN-13: 978-2738134240

Ce n’est pas nouveau : méfions-nous des quatrièmes de couverture!
Parce que, lorsqu’on me promet un thriller, qui croise les manuscrits de Qumran, et la recherche génétique de pointe, via une pandémie qui affecte le langage humain : j’achète tout de suite!

Premier chapitre : un service de neurologie, et un médecin intrigué par une apparente augmentation d’une maladie qui ressemble à l’apraxie bucco-faciale, qui survient chez les enfants et dont l’origine est génétique. Le style est un peu convenu, mais bon, on prend.
Le lecteur est ensuite téléporté en 1948, à Bethléem, alors qu’un riche banquier (pléonasme) tente d’acquérir un rouleau précieux recouvert de signes mystérieux. La transaction se fait sous le manteau, l’ambiance est électrique et la guerre menace dans la région.

A ce point de la lecture, les choses commencent à se gâter. On part sur un long discours très pédagogique et sûrement bien documenté sur la découverte des manuscrits de la Mer Morte. C’est déguisé en dialogue, mais ça ne marche pas. Qui utilise encore le passé simple dans le langage oral pour raconter ses vacances ou même pour expliquer à son interlocuteur en quoi consiste son travail?


Retour à Paris, de nos jours. Le fils du banquier découvre la vie cachée de son père et le précieux documents. il est ami avec une chercheuse en génétique. Et c’est reparti pour des explications techniques, certes encore une fois très bien faites, mais totalement artificielles dans un roman que l’on attendait comme un polar, avec de l’angoisse, des poursuites, des méchants…tout ça quoi!

Certes une intrigue finit par être tirée au clair : on sait qui a fait la boulette  qui a abouti à l’expansion de l’épidémie. Mais là aussi, on a la description argumentée de ce qui se passerait en cas de pandémie, des moyens qui avaient été envisagés lors du pétard mouillé de la grippe aviaire il y a quelques années. Mais ces thèmes là sont abordés par d’autres auteurs de façon peut-être un peu moins scientifique (encore que…) mais beaucoup plus terrifiants.

Aucun reproche sur le plan de l’écriture, c’est du cousu main, il ne manque pas un accent, pas un accord de participe et les conjugaisons sont parfaitement maitrisées, mais l’émotion n’est pas au rendez-vous

Autrement dit, si l’on est passionné d’histoire antique et/ou de génétique moléculaire, il faut foncer pour dévorer ce roman comme un essai. Si l’on est plus concerné par les thrillers scientifiques , il vaut mieux se tourner vers Franck Thiliez ou Thierry Serfaty.







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Une histoire d'ours ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

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